Votes · Scrutin n° 1198 · 1 avril 2025 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 14 de Mme Legrain à l'article premier de la proposition de loi visant à modifier la définition pénale du viol et des agressions sexuelles (première lecture).
Demandé par : Présidente du groupe "La France insoumise – Nouveau Front Populaire"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article premier
- Texte
- Modifier la définition pénale du viol et des agressions sexuelles Proposition de loi ordinaire
Amendement déposé par Mme Legrain et 65 cosignataires (LFI-NFP) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Par cet amendement, le groupe LFI-NFP propose de reformuler la définition du consentement en conservant les apports du Conseil d'Etat, et tout en disposant clairement, sans que cela soit exclusif des modalités du code pénal actuel, qu'il ne peut y avoir de consentement à un acte sexuel s'il résulte de l'exploitation d'une vulnérabilité ou d'une dépendance apparente, connue ou organisée par son auteur.
Dans son avis consultatif sur la proposition de loi, le Conseil d'Etat a préconisé l’adjonction des mots :« quelles que soient leurs natures » après l’énoncé des quatre modalités que sont la violence, contrainte, menace ou surprise afin de "souligner leur variété". Il s'agit de mieux prendre en compte les formes pernicieuses qu'elles peuvent prendre, en reconnaissant notamment que la contrainte peut être "directe ou indirecte, matérielle ou psychologique, reposant sur des abus divers d’autorité, de domination, de rapports familiaux et affectifs…".
Nous souscrivons pleinement à ces objectifs. Pour ces raisons, notre proposition de loi similaire déposée en février 2024, définissait le consentement comme étant "libre et éclairé" et apprécié à l'aune des circonstances environnantes.
Nous avons toutefois souhaité ouvrir les quatre modalités figurant aujourd'hui dans le code pénal, qui créent une présomption de consentement implicite contribuant à la culture du viol. En effet, dans de nombreux cas, l’agresseur n’a pas « besoin » de recourir à la violence, contrainte, menace ou surprise. Cela est d'autant plus vrai que dans 91% des cas de violences sexuelles, les femmes connaissent les agresseurs, et que le viol conjugal (ou perpétré par un ex-conjoint) concerne une victime de viol sur deux. […]
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Compléter l’alinéa 6 par les mots :
« ou si il résulte de l’exploitation par l’auteur d’un état ou d’une situation de vulnérabilité ou de dépendance apparente, connue ou organisée par lui. »
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Cette proposition de loi a été déposée le 21 janvier 2025 par Marie-Charlotte Garin (Écologiste et social), Véronique Riotton (EPR), Cyrielle Chatelain (Écologiste et social) et Gabriel Attal (EPR). Elle fait suite à un rapport de la délégation aux droits des femmes de l’Assemblée. D’après le texte définitif, son article unique :
- définit le viol et l’agression sexuelle comme « tout acte sexuel non consenti », au lieu d’une atteinte sexuelle commise « avec violence, contrainte, menace ou surprise » ;
- précise que le consentement est « libre et éclairé, spécifique, préalable et révocable », qu’il s’apprécie au regard des circonstances et qu’il ne peut être déduit du seul silence ou de la seule absence de réaction de la victime ;
- maintient qu’il n’y a pas de consentement en cas de violence, contrainte, menace ou surprise, quelle que soit leur nature ;
- étend la qualification de viol aux actes bucco-anaux ;
- rend ces règles applicables en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française et à Wallis-et-Futuna.
Ce que ça change
La loi concerne les victimes, les personnes mises en cause, les enquêteurs et les juges. L’enquête ne porte plus seulement sur la violence, la contrainte, la menace ou la surprise, mais sur l’existence d’un consentement.
Dans son avis du 6 mars 2025 sur la version initiale, le Conseil d’État indique que le résultat attendu est une répression accrue, en centrant les investigations sur la façon dont l’auteur peut justifier de son attention au consentement. Il rappelle le principe selon lequel il revient à l’accusation de prouver tous les éléments de l’infraction. Il relève aussi que, de 2016 à 2023, les plaintes pour viol enregistrées ont augmenté de 187 %, et la part des affaires de viol sans poursuites est passée de 63 % à 70 %.
Ce qui est contesté
En première lecture (scrutin n° 1202), le texte a été adopté par 161 voix contre 56. Ont voté contre : RN 41, Socialistes 9, UDR 5, un non-inscrit. Le groupe GDR s’est abstenu (4). Sur le texte final de la commission mixte paritaire (scrutin n° 3061), 155 pour et 31 contre : RN 27 contre (3 abstentions), UDR 4 contre, GDR 2 abstentions. Les autres groupes ont voté pour.
- Pour l’UDR, Sophie Ricourt Vaginay craint une « inversion de la charge de la preuve », au détriment de la présomption d’innocence.
- Pour le RN, Sophie Blanc juge le consentement une notion « subjective » et demande : « comment prouver qu’un consentement était « libre » ? »
- Le groupe socialiste s’est partagé en première lecture. Selon Marie-Noëlle Battistel, une partie de ses membres a voté contre, estimant qu’« aucun amendement n’a été pris en compte ».
- Pour le GDR, Édouard Bénard partage les objectifs mais garde des craintes sur l’application concrète, et demande une loi-cadre et des moyens.
Les partisans défendent un changement de logique. La ministre Aurore Bergé résume : « ne pas dire non ne veut pas dire oui ». Émilie Bonnivard (Droite républicaine) juge le texte « nécessaire » pour les victimes en état de sidération. Sarah Legrain (LFI) estime qu’il empêchera les agresseurs de « présumer le consentement ». Le Conseil d’État avait jugé une formule sur la « vulnérabilité » trop imprécise ; elle ne figure pas dans le texte final.
Où en est le texte
Après un accord en commission mixte paritaire, l’Assemblée a adopté le texte le 23 octobre 2025 et le Sénat le 29 octobre 2025. Il est devenu la loi n° 2025-1057 du 6 novembre 2025, publiée au Journal officiel du 7 novembre 2025 (dossier de l’Assemblée).
Sources
- Assemblée nationale, dossier législatif (06/11/2025)
- Proposition de loi n° 842 et exposé des motifs (21/01/2025)
- Avis du Conseil d’État sur la proposition de loi (06/03/2025)
- Sénat, texte définitif n° 8 (2025-2026) (29/10/2025)
- Scrutin n° 1202 sur l’ensemble (première lecture) (01/04/2025)
- Scrutin n° 3061 sur le texte de la commission mixte paritaire (23/10/2025)
- Compte rendu de la troisième séance du 1er avril 2025 (01/04/2025)
- Compte rendu de la première séance du 23 octobre 2025 (23/10/2025)
- Sénat, dossier législatif ppl24-504 (29/10/2025)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 50
- Contre
- 146
- Abstention
- 12
- Non-votant
- 2
- Votants
- 208
- Exprimés
- 196
- Majorité requise
- 99
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 123 membres | Contre | 0 | 35 | 0 | 0 | |
| EPR 94 membres | Contre | 0 | 33 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Pour | 37 | 0 | 0 | 0 | |
| SOC 66 membres | Contre | 10 | 15 | 5 | 0 | |
| DR 47 membres | Contre | 0 | 6 | 3 | 1 | |
| ECOS 38 membres | Contre | 0 | 21 | 1 | 0 | |
| DEM 36 membres | Contre | 0 | 10 | 2 | 0 | |
| HOR 33 membres | Contre | 0 | 13 | 0 | 0 | |
| LIOT 23 membres | Contre | 0 | 4 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Pour | 3 | 0 | 1 | 0 | |
| UDR 16 membres | Contre | 0 | 6 | 0 | 0 | |
| NI 11 membres | Contre | 0 | 3 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 35 dans le décompte
Contre (35) : Christian Girard, Jérôme Buisson, Jorys Bovet, Angélique Ranc, Alexandra Masson (ancien député), Bryan Masson (ancien député), Lisette Pollet, Serge Muller, Pascale Bordes (ancien député), Alexis Jolly, Hélène Laporte, Matthieu Marchio, Alexandre Sabatou, Sophie Blanc, Antoine Villedieu, Emeric Salmon, Béatrice Roullaud, Marine Hamelet, Frédéric Boccaletti, Sandra Delannoy, Emmanuel Fouquart, Pascal Markowsky, René Lioret, Manon Bouquin (ancien député), Thierry Perez, Pascal Jenft, Anthony Boulogne, Claire Marais-Beuil, David Magnier, Antoine Golliot, Marc de Fleurian, Jonathan Gery, Tiffany Joncour, Catherine Rimbert, Sébastien Humbert
Ensemble pour la République 34 dans le décompte
Contre (33) : Constance Le Grip, Florent Boudié (ancien député), Stéphane Travert, Brigitte Klinkert, Stéphane Mazars (ancien député), Sylvain Maillard, Sandra Marsaud, François Cormier-Bouligeon, Hervé Berville (ancien député), Graziella Melchior, Christine Le Nabour, Stéphanie Rist (ancien député), Nicole Le Peih, Stéphane Vojetta (ancien député), Guillaume Gouffier Valente, Véronique Riotton, Céline Calvez, Stéphane Buchou, Jean-Luc Fugit, Jean-François Rousset, Freddy Sertin (ancien député), Thomas Cazenave (ancien député), Christophe Marion, Anthony Brosse, Violette Spillebout, Charles Sitzenstuhl, Julie Delpech, Caroline Yadan, Eléonore Caroit (ancien député), Joséphine Missoffe, Laure Miller, Pauline Levasseur (ancien député), Anne-Sophie Ronceret
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 37 dans le décompte
Pour (37) : Élisa Martin, Mathilde Panot, Sarah Legrain, Laurent Alexandre, Manuel Bompard, Murielle Lepvraud, Anne Stambach-Terrenoir, François Piquemal, Christophe Bex, Nathalie Oziol, Sylvain Carrière, Mathilde Hignet, Andy Kerbrat, Ségolène Amiot, Matthias Tavel, David Guiraud (ancien député), Emmanuel Fernandes, Gabriel Amard (ancien député), Idir Boumertit, Jean-François Coulomme, Aurélie Trouvé, Nadège Abomangoli, Maxime Laisney, Farida Amrani, Carlos Martens Bilongo, Antoine Léaument, René Pilato, Pierre-Yves Cadalen, Sandrine Nosbé, Marie Mesmeur, Aurélien Le Coq, Anaïs Belouassa-Cherifi, Abdelkader Lahmar, Zahia Hamdane, Bérenger Cernon, Raphaël Arnault, Gabrielle Cathala
Socialistes et apparentés 30 dans le décompte
Pour (10) : Claudia Rouaux, Iñaki Echaniz, Fabrice Barusseau, Océane Godard, Jacques Oberti, Karim Benbrahim, Estelle Mercier, Denis Fégné, Florence Herouin-Léautey, Céline Thiébault-Martinez
Contre (15) : Pascale Got, Guillaume Garot, Marietta Karamanli, Marie-Noëlle Battistel, Christine Pirès Beaune, Chantal Jourdan, Isabelle Santiago, Arthur Delaporte, Mélanie Thomin, Elie Califer, Marie-José Allemand, Laurent Lhardit, Pierre Pribetich, Sandrine Runel, Ayda Hadizadeh
Abstention (5) : Mickaël Bouloux, Valérie Rossi, Christophe Proença, Sophie Pantel, Céline Hervieu
Droite Républicaine 10 dans le décompte
Contre (6) : Olivier Marleix (ancien député), Virginie Duby-Muller, Anne-Laure Blin, Alexandra Martin (Alpes-Maritimes), Justine Gruet, François-Xavier Ceccoli
Abstention (3) : Patrick Hetzel, Pierre Cordier, Fabien Di Filippo (ancien député)
Non-votant (1) : Xavier Breton
Écologiste et Social 22 dans le décompte
Contre (21) : Dominique Voynet, Jean-Louis Roumégas, Pouria Amirshahi, Hendrik Davi, Sébastien Peytavie, Christine Arrighi, Nicolas Thierry, Cyrielle Chatelain, Jérémie Iordanoff, Julie Laernoes, Sandra Regol, Marie-Charlotte Garin, Benjamin Lucas-Lundy, Catherine Hervieu, Benoît Biteau, Tristan Lahais, Damien Girard, Nicolas Bonnet, Léa Balage El Mariky, Steevy Gustave, Julie Ozenne
Abstention (1) : Sandrine Rousseau
Les Démocrates 12 dans le décompte
Contre (10) : Erwan Balanant, Sandrine Josso, Jimmy Pahun, Maud Petit, Emmanuel Mandon, Delphine Lingemann, Louise Morel, Éric Martineau, Pascal Lecamp, Anne Bergantz
Abstention (2) : Romain Daubié, Hubert Ott
Horizons & Indépendants 13 dans le décompte
Contre (13) : Agnès Firmin Le Bodo, Thierry Benoit, Paul Christophe (ancien député), Bertrand Bouyx, Xavier Lacombe (ancien député), François Jolivet, Béatrice Piron, Jérémie Patrier-Leitus, Jean Moulliere (ancien député), Didier Lemaire, Anne-Cécile Violland, Jean-Michel Brard, Nathalie Colin-Oesterlé
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 4 dans le décompte
Contre (4) : Paul Molac, Martine Froger, Joël Bruneau, Constance de Pélichy
Gauche Démocrate et Républicaine 4 dans le décompte
Pour (3) : Jean-Paul Lecoq, Elsa Faucillon, Mereana Reid Arbelot
Abstention (1) : Édouard Bénard
UDR 6 dans le décompte
Contre (6) : Sophie Ricourt Vaginay, Bernard Chaix, Marc Chavent, Olivier Fayssat, Matthieu Bloch, Alexandre Allegret-Pilot
Non inscrit 3 dans le décompte
Contre (3) : Stella Dupont, Belkhir Belhaddad, Christine Engrand
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin