Votes · Scrutin n° 1201 · 1 avril 2025 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 15 de Mme Legrain après l'article 3 de la proposition de loi visant à modifier la définition pénale du viol et des agressions sexuelles (première lecture).
Demandé par : Président du groupe "La France insoumise – Nouveau Front Populaire"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Après article 3
- Texte
- Modifier la définition pénale du viol et des agressions sexuelles Proposition de loi ordinaire
Amendement déposé par Mme Legrain et 65 cosignataires (LFI-NFP) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Cet amendement du groupe LFI-NFP vise à demander au gouvernement d'évaluer, par la remise d'un rapport, les effets de l'adoption de ces dispositions sur l'enregistrement, le traitement, et la pousuite pénale des violences sexuelles commises dans le cadre conjugal, ainsi que sur les modalités de prise en charge des personnes plaignantes.
En France, un viol sur deux est perpétré par un conjoint ou un ex-conjoint.
Pourtant, et bien que le Code pénal reconnaisse cette réalité (depuis la loi du 4 avril 2006, le viol entre conjoints est reconnu comme un viol aggravé), il est particulièrement difficile de caractériser cette infraction lorsqu'elle est commis dans la sphère intime du couple. Comme dans les autres nombreux cas où la victime connait son agresseur (qui constituent, comme le rappellent les associations, plus de 90% des cas de violences sexuelles), ce dernier n'a pas "besoin" d'avoir recours à la violence, à la contrainte, à la menace, ou à la surprise. Pour les victimes, il est donc particulièrement difficile, voire impossible, de prouver la commission de l'infraction. C’est ce qu’ont confirmé l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail, ou encore la Fédération nationale des CIDFF entendues en auditions.
Cet impensé est une des raisons pour laquelle notre groupe soutient ce texte, et a déposé, l'année dernière, une proposition de loi similaire visant à définir pénalement le viol et l'agression sexuelle comme un acte avant tout non-consenti. En effet, reconnaitre que le viol et l'agression sexuelle sont avant tout des actes non-consentis permet d'ouvrir les éléments constitutifs de l'infraction au-delà des quatre modalités actuelles, via l'examen des circonstances environnantes. […]
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Dans un délai d’un an à compter de la promulgation de la présente loi, le Gouvernement remet au Parlement un rapport évaluant les effets de la redéfinition pénale des infractions d’agression sexuelle et de viol sur l’enregistrement, le traitement, et la poursuite de faits de violences sexuelles commises dans le cadre conjugal, ainsi que sur les modalités de prise en charge des personnes plaignantes.
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Cette proposition de loi a été déposée le 21 janvier 2025 par Marie-Charlotte Garin (Écologiste et social), Véronique Riotton (EPR), Cyrielle Chatelain (Écologiste et social) et Gabriel Attal (EPR). Elle fait suite à un rapport de la délégation aux droits des femmes de l’Assemblée. D’après le texte définitif, son article unique :
- définit le viol et l’agression sexuelle comme « tout acte sexuel non consenti », au lieu d’une atteinte sexuelle commise « avec violence, contrainte, menace ou surprise » ;
- précise que le consentement est « libre et éclairé, spécifique, préalable et révocable », qu’il s’apprécie au regard des circonstances et qu’il ne peut être déduit du seul silence ou de la seule absence de réaction de la victime ;
- maintient qu’il n’y a pas de consentement en cas de violence, contrainte, menace ou surprise, quelle que soit leur nature ;
- étend la qualification de viol aux actes bucco-anaux ;
- rend ces règles applicables en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française et à Wallis-et-Futuna.
Ce que ça change
La loi concerne les victimes, les personnes mises en cause, les enquêteurs et les juges. L’enquête ne porte plus seulement sur la violence, la contrainte, la menace ou la surprise, mais sur l’existence d’un consentement.
Dans son avis du 6 mars 2025 sur la version initiale, le Conseil d’État indique que le résultat attendu est une répression accrue, en centrant les investigations sur la façon dont l’auteur peut justifier de son attention au consentement. Il rappelle le principe selon lequel il revient à l’accusation de prouver tous les éléments de l’infraction. Il relève aussi que, de 2016 à 2023, les plaintes pour viol enregistrées ont augmenté de 187 %, et la part des affaires de viol sans poursuites est passée de 63 % à 70 %.
Ce qui est contesté
En première lecture (scrutin n° 1202), le texte a été adopté par 161 voix contre 56. Ont voté contre : RN 41, Socialistes 9, UDR 5, un non-inscrit. Le groupe GDR s’est abstenu (4). Sur le texte final de la commission mixte paritaire (scrutin n° 3061), 155 pour et 31 contre : RN 27 contre (3 abstentions), UDR 4 contre, GDR 2 abstentions. Les autres groupes ont voté pour.
- Pour l’UDR, Sophie Ricourt Vaginay craint une « inversion de la charge de la preuve », au détriment de la présomption d’innocence.
- Pour le RN, Sophie Blanc juge le consentement une notion « subjective » et demande : « comment prouver qu’un consentement était « libre » ? »
- Le groupe socialiste s’est partagé en première lecture. Selon Marie-Noëlle Battistel, une partie de ses membres a voté contre, estimant qu’« aucun amendement n’a été pris en compte ».
- Pour le GDR, Édouard Bénard partage les objectifs mais garde des craintes sur l’application concrète, et demande une loi-cadre et des moyens.
Les partisans défendent un changement de logique. La ministre Aurore Bergé résume : « ne pas dire non ne veut pas dire oui ». Émilie Bonnivard (Droite républicaine) juge le texte « nécessaire » pour les victimes en état de sidération. Sarah Legrain (LFI) estime qu’il empêchera les agresseurs de « présumer le consentement ». Le Conseil d’État avait jugé une formule sur la « vulnérabilité » trop imprécise ; elle ne figure pas dans le texte final.
Où en est le texte
Après un accord en commission mixte paritaire, l’Assemblée a adopté le texte le 23 octobre 2025 et le Sénat le 29 octobre 2025. Il est devenu la loi n° 2025-1057 du 6 novembre 2025, publiée au Journal officiel du 7 novembre 2025 (dossier de l’Assemblée).
Sources
- Assemblée nationale, dossier législatif (06/11/2025)
- Proposition de loi n° 842 et exposé des motifs (21/01/2025)
- Avis du Conseil d’État sur la proposition de loi (06/03/2025)
- Sénat, texte définitif n° 8 (2025-2026) (29/10/2025)
- Scrutin n° 1202 sur l’ensemble (première lecture) (01/04/2025)
- Scrutin n° 3061 sur le texte de la commission mixte paritaire (23/10/2025)
- Compte rendu de la troisième séance du 1er avril 2025 (01/04/2025)
- Compte rendu de la première séance du 23 octobre 2025 (23/10/2025)
- Sénat, dossier législatif ppl24-504 (29/10/2025)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 43
- Contre
- 163
- Abstention
- 8
- Non-votant
- 2
- Votants
- 214
- Exprimés
- 206
- Majorité requise
- 104
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 123 membres | Contre | 0 | 36 | 0 | 0 | |
| EPR 94 membres | Contre | 0 | 37 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Pour | 38 | 0 | 0 | 0 | |
| SOC 66 membres | Contre | 1 | 30 | 0 | 0 | |
| DR 47 membres | Contre | 0 | 5 | 3 | 1 | |
| ECOS 38 membres | Contre | 0 | 17 | 2 | 0 | |
| DEM 36 membres | Contre | 0 | 11 | 2 | 0 | |
| HOR 33 membres | Contre | 0 | 15 | 0 | 0 | |
| LIOT 23 membres | Contre | 0 | 4 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Pour | 4 | 0 | 0 | 0 | |
| UDR 16 membres | Contre | 0 | 5 | 1 | 0 | |
| NI 11 membres | Contre | 0 | 3 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 36 dans le décompte
Contre (36) : Emmanuel Blairy, Christian Girard, Jérôme Buisson, Jorys Bovet, Angélique Ranc, Alexandra Masson (ancien député), Bryan Masson (ancien député), Lisette Pollet, Serge Muller, Pascale Bordes (ancien député), Pierre Meurin, Hélène Laporte, Alexandre Sabatou, Sophie Blanc, Antoine Villedieu, Emeric Salmon, Béatrice Roullaud, Marine Hamelet, Stéphane Rambaud, Frank Giletti (ancien député), Frédéric Boccaletti, Emmanuel Fouquart, Pascal Markowsky, René Lioret, Manon Bouquin (ancien député), Thierry Perez, Pascal Jenft, Anthony Boulogne, Claire Marais-Beuil, David Magnier, Antoine Golliot, Marc de Fleurian, Jonathan Gery, Tiffany Joncour, Catherine Rimbert, Sébastien Humbert
Ensemble pour la République 38 dans le décompte
Contre (37) : Constance Le Grip, Florent Boudié (ancien député), Stéphane Travert, Brigitte Klinkert, Stéphane Mazars (ancien député), Sylvain Maillard, Sandra Marsaud, François Cormier-Bouligeon, Hervé Berville (ancien député), Graziella Melchior, Annaïg Le Meur, Sophie Panonacle, Christine Le Nabour, Stéphanie Rist (ancien député), Nicole Le Peih, Stéphane Vojetta (ancien député), Guillaume Gouffier Valente, Véronique Riotton, Jean Terlier, Céline Calvez, Stéphane Buchou, Gabriel Attal, Jean-Luc Fugit, Jean-François Rousset, Freddy Sertin (ancien député), Thomas Cazenave (ancien député), Christophe Marion, Anthony Brosse, Violette Spillebout, Charles Sitzenstuhl, Julie Delpech, Caroline Yadan, Eléonore Caroit (ancien député), Laure Miller, Pauline Levasseur (ancien député), Anne-Sophie Ronceret, Vincent Caure
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 38 dans le décompte
Pour (38) : Élisa Martin, Mathilde Panot, Danièle Obono, Sarah Legrain, Laurent Alexandre, Manuel Bompard, Murielle Lepvraud, Anne Stambach-Terrenoir, François Piquemal, Christophe Bex, Nathalie Oziol, Sylvain Carrière, Mathilde Hignet, Andy Kerbrat, Ségolène Amiot, Matthias Tavel, David Guiraud (ancien député), Emmanuel Fernandes, Gabriel Amard (ancien député), Idir Boumertit, Jean-François Coulomme, Aurélie Trouvé, Nadège Abomangoli, Maxime Laisney, Farida Amrani, Carlos Martens Bilongo, Antoine Léaument, René Pilato, Pierre-Yves Cadalen, Sandrine Nosbé, Marie Mesmeur, Aurélien Le Coq, Anaïs Belouassa-Cherifi, Abdelkader Lahmar, Zahia Hamdane, Bérenger Cernon, Raphaël Arnault, Gabrielle Cathala
Socialistes et apparentés 31 dans le décompte
Pour (1) : Mickaël Bouloux
Contre (30) : Pascale Got, Guillaume Garot, Marietta Karamanli, Hervé Saulignac, Claudia Rouaux, Marie-Noëlle Battistel, Christine Pirès Beaune, Isabelle Santiago, Arthur Delaporte, Mélanie Thomin, Iñaki Echaniz, Elie Califer, Marie-José Allemand, Valérie Rossi, Laurent Lhardit, Fabrice Barusseau, Océane Godard, Pierre Pribetich, Jacques Oberti, Karim Benbrahim, Fabrice Roussel, Christophe Proença, Sophie Pantel, Estelle Mercier, Denis Fégné, Sandrine Runel, Florence Herouin-Léautey, Céline Hervieu, Céline Thiébault-Martinez, Ayda Hadizadeh
Droite Républicaine 9 dans le décompte
Contre (5) : Olivier Marleix (ancien député), Virginie Duby-Muller, Anne-Laure Blin, Alexandra Martin (Alpes-Maritimes), François-Xavier Ceccoli
Abstention (3) : Philippe Gosselin, Patrick Hetzel, Justine Gruet
Non-votant (1) : Xavier Breton
Écologiste et Social 19 dans le décompte
Contre (17) : Dominique Voynet, Jean-Louis Roumégas, Pouria Amirshahi, Hendrik Davi, Sébastien Peytavie, Cyrielle Chatelain, Julie Laernoes, Marie-Charlotte Garin, Benjamin Lucas-Lundy, Catherine Hervieu, Benoît Biteau, Tristan Lahais, Damien Girard, Nicolas Bonnet, Léa Balage El Mariky, Steevy Gustave, Julie Ozenne
Abstention (2) : Christine Arrighi, Sandrine Rousseau
Les Démocrates 13 dans le décompte
Contre (11) : Erwan Balanant, Sandrine Josso, Philippe Bolo (ancien député), Jimmy Pahun, Romain Daubié, Emmanuel Mandon, Delphine Lingemann, Louise Morel, Éric Martineau, Pascal Lecamp, Anne Bergantz
Abstention (2) : Maud Petit, Hubert Ott
Horizons & Indépendants 15 dans le décompte
Contre (15) : Agnès Firmin Le Bodo, Thierry Benoit, Paul Christophe (ancien député), Bertrand Bouyx, Xavier Lacombe (ancien député), François Jolivet, Béatrice Piron, Jérémie Patrier-Leitus, Henri Alfandari, Xavier Albertini, Jean Moulliere (ancien député), Didier Lemaire, Anne-Cécile Violland, Jean-Michel Brard, Nathalie Colin-Oesterlé
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 4 dans le décompte
Contre (4) : Paul Molac, Martine Froger, Joël Bruneau, Constance de Pélichy
Gauche Démocrate et Républicaine 4 dans le décompte
Pour (4) : Jean-Paul Lecoq, Elsa Faucillon, Mereana Reid Arbelot, Édouard Bénard
UDR 6 dans le décompte
Contre (5) : Sophie Ricourt Vaginay, Bernard Chaix, Marc Chavent, Olivier Fayssat, Alexandre Allegret-Pilot
Abstention (1) : Matthieu Bloch
Non inscrit 3 dans le décompte
Contre (3) : Stella Dupont, Belkhir Belhaddad, Christine Engrand
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin