Votes · Scrutin n° 1582 · 7 mai 2025 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 56 de Mme Yadan à l'article 2 de la proposition de loi relative à la lutte contre l'antisémitisme, le racisme, les discriminations, les violences et la haine dans l'enseignement supérieur (première lecture).
Demandé par : Président du groupe "Horizons & Indépendants"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article 2
- Texte
- Proposition de loi relative à la lutte contre l'antisémitisme dans l'enseignement supérieur Proposition de loi ordinaire
Amendement déposé par Mme Yadan et 10 cosignataires (EPR) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Cet amendement instaure une obligation de retrait sous 72 heures de messages antisémites, racistes, discriminatoires, de violence et de haine. Cette obligation s’impose au président ou au directeur de l'établissement.
Affiches, inscriptions murales, graffitis, tracts ou visuels haineux peuvent apparaître au sein des établissements (mur, sol, mobilier, panneaux d’affichages, etc.). Leur présence prolongée peut non seulement heurter la communauté universitaire, mais aussi banaliser ou encourager de tels discours. Elle constitue une atteinte directe aux valeurs républicaines qui doivent prévaloir dans l’enseignement supérieur.
À titre d’exemple, plusieurs universités ont récemment été confrontées à l’apparition d’affiches ou de slogans niant ou justifiant les massacres du 7 octobre 2023 ou appelant à la haine contre les Juifs, qu’il s’agisse d’étudiants ou de professeurs, ciblés comme étant des complices de la politique du Gouvernement israélien du fait de leur confession ou prise de position sur un conflit géopolitique. Dans certains cas, ces contenus sont restés affichés plusieurs jours, faute d’une obligation claire de retrait, alimentant un sentiment d’impunité et d’abandon chez les étudiants, en particulier de confession juive.
Cet amendement vise donc à renforcer la réactivité des établissements face à la diffusion de messages racistes, antisémites ou incitant à la haine, à la violence ou à la discrimination au sein de leurs enceintes. La responsabilisation des présidents et directeurs d'établissements permettra d’endiguer la propagation de ces messages et contribuera également à éviter que le silence ou l’inaction ne soient perçus comme une forme de tolérance, voire de complicité.
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Après l’alinéa 13, insérer l’alinéa suivant :
« Lorsque le président ou le directeur de l’établissement a connaissance de panneaux d’affichages, d’inscriptions, de signes ou de dessins antisémites, racistes, discriminatoires, de violence et de haine, il a l’obligation de procéder à leur retrait dans les 72 heures. »
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Article parmi les plus disputés du texte Article 2 : 12 scrutins publics, dont 2 serrés. Voir le classement
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Proposition de loi des sénateurs Pierre-Antoine Levi et Bernard Fialaire, déposée au Sénat le 10 octobre 2024 avec de nombreux cosignataires. Selon la rapporteure Constance Le Grip, elle prolonge leur mission d’information sur l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur. Principales mesures, d’après le texte définitif adopté le 2 juillet 2025 :
- une formation à la lutte contre l’antisémitisme, le racisme, les discriminations, les violences et la haine, dans les établissements d’enseignement ;
- dans chaque université, une mission « égalité et diversité » avec un référent chargé de l’antisémitisme et du racisme, et un dispositif de signalement anonyme ; le personnel doit signaler les faits dont il a connaissance ;
- une liste des fautes disciplinaires des étudiants, dont les faits d’antisémitisme, de racisme ou d’incitation à la haine, y compris hors de l’établissement s’ils ont « un lien suffisant » avec lui ;
- la possibilité d’interdire l’accès aux locaux à un étudiant poursuivi, jusqu’à la fin de la procédure, et une section disciplinaire commune par région académique, présidée par un magistrat administratif.
Ce que ça change
Étudiants, enseignants et présidents d’université sont concernés. Les victimes sont informées des poursuites disciplinaires et de leur issue. Le Gouvernement transmet chaque année au Parlement un bilan des signalements. Selon le baromètre de l’application des lois de l’Assemblée, plusieurs décrets d’application ont été publiés, dont le décret n° 2025-1433 du 29 décembre 2025 et le décret n° 2026-36 du 29 janvier 2026.
Ce qui est contesté
Première lecture à l’Assemblée, le 7 mai 2025 : 131 voix pour, 28 contre (scrutin n° 1601). Texte final, le 2 juillet 2025 : 366 voix pour, 88 contre (scrutin n° 2880). Ont voté contre La France insoumise (65), la majorité de GDR (12 contre, 3 pour) et une partie des Écologistes (11 contre, 7 abstentions, 4 pour). Les autres groupes, dont le RN (117) et les Socialistes (35), ont voté pour.
- Pour LFI, Marie Mesmeur estime que le texte vise les mobilisations pour Gaza et qu’il va « brouiller la frontière entre antisémitisme et critiques légitimes d’Israël » ; elle regrette l’absence de moyens supplémentaires.
- Pour GDR, Nicolas Sansu juge que la section disciplinaire régionale affaiblirait le Cneser (la juridiction de l’enseignement supérieur) et l’autonomie des universités.
- L’écologiste Steevy Gustave, qui avait voté le texte en première lecture, s’abstient : la version finale « affaiblit les garanties sur la liberté académique », selon lui, notamment avec l’interdiction d’accès aux locaux.
- Pour les Socialistes, Romain Eskenazi vote pour et indique que la commission mixte paritaire a confié la saisine de la section disciplinaire au président d’université : « L’autonomie des universités n’est donc plus remise en cause. » Pour la Droite républicaine, Alexandre Portier salue une procédure disciplinaire qui « répond à une lacune de notre droit ».
- Selon nos données, l’article le plus disputé est l’article 2 (mission « égalité et diversité » et signalements, 12 scrutins), devant l’article 3 (procédure disciplinaire, 8 scrutins). La commission mixte paritaire a rétabli le titre initial, centré sur l’antisémitisme, que l’Assemblée avait élargi au racisme et aux discriminations.
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi le 7 juillet 2025 par des députés de La France insoumise, le Conseil a rendu la décision n° 2025-890 DC le 29 juillet 2025. Aucune disposition n’est censurée et le dispositif ne comporte aucune réserve d’interprétation (lecture imposée par le Conseil).
- Section disciplinaire commune : le renvoi à un décret pour sa composition et son fonctionnement est admis, ces points ne relevant pas de la loi (§ 8 à 10).
- Fautes disciplinaires : la liste est jugée assez précise ; pour les faits commis hors de l’établissement, l’exigence d’un « lien suffisant » protège contre l’arbitraire (§ 15 à 19).
Où en est le texte
Promulguée : loi n° 2025-732 du 31 juillet 2025 relative à la lutte contre l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur.
Sources
- Assemblée nationale, dossier législatif (24/10/2026)
- Sénat, proposition de loi n° 26 (2024-2025) (10/10/2024)
- Texte adopté n° 156 (texte de la commission mixte paritaire) (02/07/2025)
- Scrutin n° 1601 (première lecture) (07/05/2025)
- Scrutin n° 2880 (texte final) (02/07/2025)
- Compte rendu de la séance du 2 juillet 2025 (explications de vote) (02/07/2025)
- Conseil constitutionnel, décision n° 2025-890 DC (29/07/2025)
- Sénat, dossier législatif (24/10/2026)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 41
- Contre
- 55
- Abstention
- 0
- Non-votant
- 2
- Votants
- 96
- Exprimés
- 96
- Majorité requise
- 49
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 123 membres | Pour | 23 | 0 | 0 | 0 | |
| EPR 94 membres | Contre | 0 | 15 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Contre | 0 | 15 | 0 | 1 | |
| SOC 66 membres | Contre | 0 | 12 | 0 | 0 | |
| DR 48 membres | Pour | 6 | 0 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Contre | 0 | 8 | 0 | 0 | |
| DEM 36 membres | Contre | 0 | 4 | 0 | 0 | |
| HOR 33 membres | Pour | 6 | 1 | 0 | 0 | |
| LIOT 23 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Pour | 1 | 0 | 0 | 0 | |
| UDR 16 membres | Pour | 5 | 0 | 0 | 0 | |
| NI 11 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 23 dans le décompte
Pour (23) : Jérôme Buisson, Jorys Bovet, Julien Rancoule, José Gonzalez, Katiana Levavasseur, Timothée Houssin, Lisette Pollet, Pascale Bordes (ancien député), Edwige Diaz (ancien député), Roger Chudeau, Thomas Ménagé, Philippe Ballard, Laurent Jacobelli, Julien Odoul, Marine Hamelet, Julie Lechanteux, Frédéric Boccaletti, René Lioret, Anthony Boulogne, Maxime Amblard, Claire Marais-Beuil, Marc de Fleurian, Matthias Renault
Ensemble pour la République 16 dans le décompte
Contre (15) : Sébastien Huyghe, Constance Le Grip, Stéphane Mazars (ancien député), Hervé Berville (ancien député), Stéphanie Rist (ancien député), Jean-Luc Fugit, Freddy Sertin (ancien député), Christophe Marion, Françoise Buffet, Charles Sitzenstuhl, Caroline Yadan, Eléonore Caroit (ancien député), Mathieu Lefèvre (ancien député), Prisca Thevenot, Pauline Levasseur (ancien député)
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 16 dans le décompte
Contre (15) : Élisa Martin, Laurent Alexandre, Christophe Bex, Mathilde Hignet, Emmanuel Fernandes, Sylvie Ferrer, Idir Boumertit, Élise Leboucher, Jérôme Legavre, Louis Boyard, Maxime Laisney, Aurélien Le Coq, Anaïs Belouassa-Cherifi, Arnaud Saint-Martin, Raphaël Arnault
Non-votant (1) : Clémence Guetté
Socialistes et apparentés 12 dans le décompte
Contre (12) : Guillaume Garot, Claudia Rouaux, Philippe Brun, Emmanuel Grégoire (ancien député), Sébastien Saint-Pasteur, Karim Benbrahim, Fabrice Roussel, Denis Fégné, Sandrine Runel, Céline Hervieu, Romain Eskenazi, Ayda Hadizadeh
Droite Républicaine 6 dans le décompte
Pour (6) : Thibault Bazin, Frédérique Meunier, Fabien Di Filippo (ancien député), Hubert Brigand, Alexandre Portier, Élisabeth de Maistre
Écologiste et Social 8 dans le décompte
Contre (8) : Dominique Voynet, Pouria Amirshahi, Sophie Taillé-Polian, Jean-Claude Raux, Lisa Belluco, Emmanuel Duplessy, Boris Tavernier, Steevy Gustave
Les Démocrates 4 dans le décompte
Contre (4) : Jimmy Pahun, Maud Petit, Bruno Fuchs, Anne Bergantz
Horizons & Indépendants 7 dans le décompte
Pour (6) : Agnès Firmin Le Bodo, Béatrice Piron, Jérémie Patrier-Leitus, Anne Le Hénanff (ancien député), Jean Moulliere (ancien député), Jean-Michel Brard
Contre (1) : Pierre Henriet
Gauche Démocrate et Républicaine 1 dans le décompte
Pour (1) : Jean-Paul Lecoq
UDR 5 dans le décompte
Pour (5) : Sophie Ricourt Vaginay, Bernard Chaix, Marc Chavent, Bartolomé Lenoir, Alexandre Allegret-Pilot
Mises au point
Déclarations faites après le vote par des députés qui indiquent avoir voulu voter autrement. Elles ne changent pas le résultat.
Voulait voter Pour : Caroline Yadan
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin