Votes · Scrutin n° 1597 · 7 mai 2025 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 61 de Mme Yadan après l'article 4 de la proposition de loi relative à la lutte contre l'antisémitisme, le racisme, les discriminations, les violences et la haine dans l'enseignement supérieur (première lecture).
Demandé par : Président du groupe "Horizons & Indépendants"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Après article 4
- Texte
- Proposition de loi relative à la lutte contre l'antisémitisme dans l'enseignement supérieur Proposition de loi ordinaire
Amendement déposé par Mme Yadan et 10 cosignataires (EPR) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Le présent amendement est issu des recommandations du groupe de travail « Justice » constitué à la suite de la relance des Assises de la lutte contre l’antisémitisme et qui a rendu ses conclusions le 28 avril dernier. Le présent amendement vise à renforcer la lutte contre le racisme et l’antisémitisme au sein de l’institution scolaire en rendant obligatoires les poursuites disciplinaires lorsqu’un élève tient des propos à caractère raciste ou antisémite à l’encontre d’un autre élève ou d’un membre du personnel de l’établissement.
Dans un contexte où l’école doit rester un lieu de transmission des valeurs de la République, en particulier la dignité, l’égalité et le respect d’autrui, il est indispensable de réaffirmer que les atteintes verbales fondées sur des critères tels que l’origine, l’ethnie, la religion ou la nationalité réelle ou supposée sont inacceptables et doivent faire l’objet d’une réponse systématique et proportionnée.
L’actuel cadre juridique permet certes de sanctionner de tels comportements, mais il laisse au chef d’établissement une certaine latitude dans l’opportunité des poursuites. Cette souplesse peut conduire, dans certains cas, à une inégalité de traitement ou à un manque de réponse institutionnelle. Or, le caractère symbolique et pédagogique d’une réponse claire est essentiel pour protéger les victimes et prévenir la banalisation de propos racistes ou antisémites.
Cet amendement introduit donc une obligation explicite pour le chef d’établissement d’engager des poursuites disciplinaires dans de tels cas, tout en rappelant le devoir de signalement aux autorités judiciaires en vertu de l’article 40 du Code de procédure pénale.
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Après l’article L. 511‑1 du code de l’éducation, il est inséré un article L. 511‑1‑1 ainsi rédigé :
« Art. L. 511‑1‑1. – Lorsqu’un élève profère des propos à caractère raciste ou antisémite, à l’égard d’un autre élève ou d’un membre du personnel de l’établissement scolaire, des poursuites disciplinaires doivent obligatoirement être engagées par le chef d’établissement.
« Ces faits donnent lieu à un signalement à l’autorité judiciaire conformément à l’article 40 du code de procédure pénale. »
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Proposition de loi des sénateurs Pierre-Antoine Levi et Bernard Fialaire, déposée au Sénat le 10 octobre 2024 avec de nombreux cosignataires. Selon la rapporteure Constance Le Grip, elle prolonge leur mission d’information sur l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur. Principales mesures, d’après le texte définitif adopté le 2 juillet 2025 :
- une formation à la lutte contre l’antisémitisme, le racisme, les discriminations, les violences et la haine, dans les établissements d’enseignement ;
- dans chaque université, une mission « égalité et diversité » avec un référent chargé de l’antisémitisme et du racisme, et un dispositif de signalement anonyme ; le personnel doit signaler les faits dont il a connaissance ;
- une liste des fautes disciplinaires des étudiants, dont les faits d’antisémitisme, de racisme ou d’incitation à la haine, y compris hors de l’établissement s’ils ont « un lien suffisant » avec lui ;
- la possibilité d’interdire l’accès aux locaux à un étudiant poursuivi, jusqu’à la fin de la procédure, et une section disciplinaire commune par région académique, présidée par un magistrat administratif.
Ce que ça change
Étudiants, enseignants et présidents d’université sont concernés. Les victimes sont informées des poursuites disciplinaires et de leur issue. Le Gouvernement transmet chaque année au Parlement un bilan des signalements. Selon le baromètre de l’application des lois de l’Assemblée, plusieurs décrets d’application ont été publiés, dont le décret n° 2025-1433 du 29 décembre 2025 et le décret n° 2026-36 du 29 janvier 2026.
Ce qui est contesté
Première lecture à l’Assemblée, le 7 mai 2025 : 131 voix pour, 28 contre (scrutin n° 1601). Texte final, le 2 juillet 2025 : 366 voix pour, 88 contre (scrutin n° 2880). Ont voté contre La France insoumise (65), la majorité de GDR (12 contre, 3 pour) et une partie des Écologistes (11 contre, 7 abstentions, 4 pour). Les autres groupes, dont le RN (117) et les Socialistes (35), ont voté pour.
- Pour LFI, Marie Mesmeur estime que le texte vise les mobilisations pour Gaza et qu’il va « brouiller la frontière entre antisémitisme et critiques légitimes d’Israël » ; elle regrette l’absence de moyens supplémentaires.
- Pour GDR, Nicolas Sansu juge que la section disciplinaire régionale affaiblirait le Cneser (la juridiction de l’enseignement supérieur) et l’autonomie des universités.
- L’écologiste Steevy Gustave, qui avait voté le texte en première lecture, s’abstient : la version finale « affaiblit les garanties sur la liberté académique », selon lui, notamment avec l’interdiction d’accès aux locaux.
- Pour les Socialistes, Romain Eskenazi vote pour et indique que la commission mixte paritaire a confié la saisine de la section disciplinaire au président d’université : « L’autonomie des universités n’est donc plus remise en cause. » Pour la Droite républicaine, Alexandre Portier salue une procédure disciplinaire qui « répond à une lacune de notre droit ».
- Selon nos données, l’article le plus disputé est l’article 2 (mission « égalité et diversité » et signalements, 12 scrutins), devant l’article 3 (procédure disciplinaire, 8 scrutins). La commission mixte paritaire a rétabli le titre initial, centré sur l’antisémitisme, que l’Assemblée avait élargi au racisme et aux discriminations.
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi le 7 juillet 2025 par des députés de La France insoumise, le Conseil a rendu la décision n° 2025-890 DC le 29 juillet 2025. Aucune disposition n’est censurée et le dispositif ne comporte aucune réserve d’interprétation (lecture imposée par le Conseil).
- Section disciplinaire commune : le renvoi à un décret pour sa composition et son fonctionnement est admis, ces points ne relevant pas de la loi (§ 8 à 10).
- Fautes disciplinaires : la liste est jugée assez précise ; pour les faits commis hors de l’établissement, l’exigence d’un « lien suffisant » protège contre l’arbitraire (§ 15 à 19).
Où en est le texte
Promulguée : loi n° 2025-732 du 31 juillet 2025 relative à la lutte contre l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur.
Sources
- Assemblée nationale, dossier législatif (24/10/2026)
- Sénat, proposition de loi n° 26 (2024-2025) (10/10/2024)
- Texte adopté n° 156 (texte de la commission mixte paritaire) (02/07/2025)
- Scrutin n° 1601 (première lecture) (07/05/2025)
- Scrutin n° 2880 (texte final) (02/07/2025)
- Compte rendu de la séance du 2 juillet 2025 (explications de vote) (02/07/2025)
- Conseil constitutionnel, décision n° 2025-890 DC (29/07/2025)
- Sénat, dossier législatif (24/10/2026)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 45
- Contre
- 65
- Abstention
- 4
- Non-votant
- 2
- Votants
- 114
- Exprimés
- 110
- Majorité requise
- 56
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 123 membres | Pour | 21 | 0 | 0 | 0 | |
| EPR 94 membres | Contre | 5 | 15 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Contre | 0 | 19 | 0 | 1 | |
| SOC 66 membres | Contre | 0 | 14 | 0 | 0 | |
| DR 48 membres | Pour | 6 | 0 | 1 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Contre | 0 | 11 | 0 | 0 | |
| DEM 36 membres | Pour | 4 | 1 | 0 | 0 | |
| HOR 33 membres | Pour | 6 | 1 | 2 | 0 | |
| LIOT 23 membres | aucun vote | 1 | 1 | 1 | 0 | |
| GDR 17 membres | Contre | 0 | 2 | 0 | 0 | |
| UDR 16 membres | Pour | 2 | 0 | 0 | 0 | |
| NI 11 membres | Contre | 0 | 1 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 21 dans le décompte
Pour (21) : Jorys Bovet, Angélique Ranc, Katiana Levavasseur, Kévin Mauvieux, Timothée Houssin, Lisette Pollet, Christine Loir, Yoann Gillet, Pascale Bordes (ancien député), Edwige Diaz (ancien député), Roger Chudeau, Philippe Ballard, Julien Odoul, Julie Lechanteux, Philippe Schreck, Maxime Amblard, Claire Marais-Beuil, Antoine Golliot, Marc de Fleurian, Aurélien Dutremble, Julien Limongi
Ensemble pour la République 21 dans le décompte
Pour (5) : Sébastien Huyghe, Françoise Buffet, Caroline Yadan, Mathieu Lefèvre (ancien député), Laure Miller
Contre (15) : Constance Le Grip, Stéphane Mazars (ancien député), Sylvain Maillard, Hervé Berville (ancien député), Nicole Dubré-Chirat, Nicole Le Peih, Céline Calvez, Jean-Luc Fugit, Jean-François Rousset, Christophe Marion, Charles Sitzenstuhl, Pierre Cazeneuve, Prisca Thevenot, Jean Laussucq (ancien député), Anne-Sophie Ronceret
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 20 dans le décompte
Contre (19) : Jean-Philippe Nilor, Murielle Lepvraud, Hadrien Clouet, Christophe Bex, Ségolène Amiot, Emmanuel Fernandes, Élise Leboucher, Jérôme Legavre, Louis Boyard, Damien Maudet, Ersilia Soudais, Aurélien Saintoul, Perceval Gaillard, Aymeric Caron, Aurélien Le Coq, Anaïs Belouassa-Cherifi, Arnaud Saint-Martin, Raphaël Arnault, Gabrielle Cathala
Non-votant (1) : Clémence Guetté
Socialistes et apparentés 14 dans le décompte
Contre (14) : Guillaume Garot, Claudia Rouaux, Joël Aviragnet, Chantal Jourdan, Philippe Brun, Roger Vicot, Iñaki Echaniz, Elie Califer, Aurélien Rousseau, Emmanuel Grégoire (ancien député), Fabrice Barusseau, Karim Benbrahim, Céline Thiébault-Martinez, Romain Eskenazi
Droite Républicaine 7 dans le décompte
Pour (6) : Thibault Bazin, Éric Pauget, Josiane Corneloup, Sylvie Dezarnaud (ancien député), Alexandre Portier, Élisabeth de Maistre
Abstention (1) : Jérôme Nury (ancien député)
Écologiste et Social 11 dans le décompte
Contre (11) : Pouria Amirshahi, Sophie Taillé-Polian, Nicolas Thierry, Jean-Claude Raux, Sandra Regol, Sandrine Rousseau, Lisa Belluco, Emmanuel Duplessy, Nicolas Bonnet, Boris Tavernier, Steevy Gustave
Les Démocrates 5 dans le décompte
Pour (4) : Géraldine Bannier, Maud Petit, Delphine Lingemann, Éric Martineau
Contre (1) : Cyrille Isaac-Sibille
Horizons & Indépendants 9 dans le décompte
Pour (6) : Sylvain Berrios, Naïma Moutchou (ancien député), Jérémie Patrier-Leitus, Jean Moulliere (ancien député), Anne-Cécile Violland, Marie-Agnès Poussier-Winsback
Contre (1) : Pierre Henriet
Abstention (2) : Thierry Benoit, Béatrice Piron
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 3 dans le décompte
Pour (1) : Joël Bruneau
Contre (1) : Paul Molac
Abstention (1) : Constance de Pélichy
Gauche Démocrate et Républicaine 2 dans le décompte
Contre (2) : Jean-Paul Lecoq, Nicolas Sansu
UDR 2 dans le décompte
Pour (2) : Bartolomé Lenoir, Maxime Michelet
Non inscrit 1 dans le décompte
Contre (1) : Stella Dupont
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin