Votes · Scrutin n° 201 · 30 octobre 2024 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 936 de M. Maudet après l'article 6 du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2025 (première lecture).
Demandé par : Président de séance
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Après article 6
- Texte
- Projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2025 Projet de loi de financement de la sécurité sociale
Amendement déposé par M. Maudet et 69 cosignataires (LFI-NFP) · sort : adopté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Cet amendement vise à créer un mécanisme de respect de la règle d'or instaurée par la loi Veil relative à la Sécurité sociale en 1994, à savoir la compensation systématique et intégrale des mesures de réduction ou d'exonération de cotisations de sécurité sociale par le budget de l'État.
Dans les faits, des modalités de compensation ont fortement évolué et sont désormais très éloignées de l’esprit et de la lettre du principe instauré par la loi Veil. Si des dérogations à ce principe ont été prévues dès 2011, un tournant a été opéré en 2019 lors de la bascule du CICE : les dérogations au principe de compensation ont dès lors été mises en œuvre pour des montants significatifs. Dès 2019, 1,6Md€ de mesures d’augmentation de « niches sociales » n'ont pas été compensées.
Plus récemment, le recours aux compléments de salaire exemptés ont fait chuter le taux de compensation des pertes de recettes de la sécurité sociale de 43,5 % en 2018 à 35,6 % en 2023. La compensation prévue par la loi du 16 août 2022 portant création de la prime de partage de la valeur est restée sans suite.
Les dérogations au principe de la loi Veil constituent une dérive pour le financement de la sécurité sociale. Selon la Cour des comptes, "Du fait de sa non compensation par l’État, à la différence des déductions de cotisations patronales, l’exonération de cotisations salariales (sur les heures supplémentaires) s’est traduite par une perte nette de recettes pour la branche vieillesse" qui n'est plus soutenable dans le cadre actuel.
En créant une "règle d'or" sous la forme d'un mécanisme de respect de la compensation des exonérations, cet amendement vise à mettre fin à cette dérive délétère : l'État doit assumer les conséquences de ses choix en matière de politique économique et de l'emploi. […]
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
L’article L. 131‑7 du code de la sécurité sociale est complété par un III ainsi rédigé :
« III. – Les montants d’exonérations non compensés par le budget de l’État au titre des dérogations prévues au II du présent article sont compensés par la diminution, à due concurrence, d’une ou de plusieurs réductions ou exonérations de cotisations de sécurité sociale existantes l’année suivante. »
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Article parmi les plus disputés du texte Après article 6 : 6 scrutins publics, dont 2 serrés. Voir le classement
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
La loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) fixe chaque année les recettes et les objectifs de dépenses de la Sécurité sociale. Le projet a été déposé le 10 octobre 2024 par le Gouvernement de Michel Barnier, puis repris par celui de François Bayrou. D’après la décision du Conseil constitutionnel et les débats, il prévoit notamment :
- un objectif de dépenses d’assurance maladie (Ondam) de 265,9 milliards d’euros pour 2025 (paragraphe 3) ;
- la soumission à la CSG et à la CRDS de la part du salaire des apprentis qui dépasse 50 % du Smic (paragraphe 14) ;
- le remboursement de certains soins coûteux conditionné à un document du prescripteur (paragraphe 24) ;
- selon les orateurs, un fonds d’urgence de 300 millions d’euros pour les Ehpad et le calcul des retraites agricoles sur les 25 meilleures années.
Ce que ça change
Selon Thibault Bazin (Droite républicaine), rapporteur général, les dépenses progressent de « 3,7 %, bien supérieure à l’inflation attendue ». Jérôme Guedj (Socialistes) indique que les négociations ont permis d’écarter la baisse du remboursement des médicaments et consultations, de 70 % à 60 % ou 65 %, et d’obtenir « 1 milliard d’euros supplémentaires pour l’hôpital » (compte rendu du 12 février 2025). La loi a été promulguée en cours d’année, le 28 février 2025.
Ce qui est contesté
Le texte final n’a pas été voté par les députés. Le Gouvernement a utilisé l’article 49.3 de la Constitution, qui permet d’adopter un texte sans vote sauf si une motion de censure réunit la majorité absolue (289 voix). Le 4 décembre 2024, la motion de censure contre le gouvernement de Michel Barnier a été adoptée par 331 voix (RN, LFI, Socialistes, Écologistes, GDR, UDR) et le texte a été rejeté. En nouvelle lecture, le gouvernement Bayrou a utilisé trois fois le 49.3. Les motions de censure de LFI ont obtenu 122, 115 puis 121 voix le 12 février 2025, soutenues par LFI, les Écologistes et GDR. En première lecture, l’Assemblée n’avait voté que sur la deuxième partie (126 voix contre 98, le 4 novembre 2024) ; selon les données de l’Assemblée, les amendements après l’article 9 ont donné lieu à 13 scrutins publics.
Marianne Maximi (LFI) dénonce un budget fait « avec l’austérité pour seule boussole ». Benjamin Lucas-Lundy (Écologiste et social) annonce que son groupe censurera. Soumya Bourouaha annonce le vote du groupe GDR « dans sa grande majorité ».
Les autres groupes, dont les Socialistes (à une voix près) et le RN, n’ont pas voté ces motions. Jérôme Guedj (Socialistes) déclare : « Je préfère ce PLFSS, aussi insuffisant soit-il ». Joëlle Mélin (RN) s’oppose au budget mais ne vote pas la censure. Thibault Bazin préfère « un budget imparfait à l’absence de budget ».
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi le 20 février 2025 par des députés LFI, le Conseil a rendu sa décision le 28 février 2025.
- Censuré sur le fond : la pénalité pour les patients qui n’honorent pas un rendez-vous médical (article 52), car la loi n’en fixait ni la nature, ni le montant, ni les conditions (paragraphe 42).
- Censurés parce qu’ils n’ont pas leur place dans une loi de financement (effet nul ou trop indirect sur les comptes de la Sécurité sociale) : treize articles, dont la réforme du contrôle médical de l’assurance maladie (article 51), les échanges de données avec les complémentaires santé (article 49), la géolocalisation des transports sanitaires (article 60) et le non-cumul des indemnités d’élus et des indemnités journalières (article 74) (paragraphes 35 et 57).
- Réserves d’interprétation (conditions d’application fixées par le Conseil) sur le document du prescripteur : le patient doit être informé à l’avance, et le document doit être fourni sans frais et dans des délais adaptés (paragraphes 26 et 27).
- Validés : l’Ondam (paragraphes 6 et 8) et la CSG des apprentis (paragraphes 16 à 19).
Où en est le texte
Le Sénat a adopté définitivement le texte le 17 février 2025. La loi n° 2025-199 du 28 février 2025 a été publiée au Journal officiel du même jour.
Sources
- Dossier législatif de l’Assemblée nationale (28/02/2025)
- Dossier législatif du Sénat (28/02/2025)
- Projet de loi n° 325 (10/10/2024)
- Compte rendu de la première séance du 12 février 2025 (motion de censure) (12/02/2025)
- Scrutin n° 519 sur la motion de censure adoptée (04/12/2024)
- Scrutin n° 791 sur la dernière motion de censure (12/02/2025)
- Décision n° 2025-875 DC du Conseil constitutionnel (28/02/2025)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Adopté
l'Assemblée nationale a adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 53
- Contre
- 44
- Abstention
- 27
- Non-votant
- 2
- Votants
- 124
- Exprimés
- 97
- Majorité requise
- 49
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 125 membres | Abstention | 0 | 2 | 25 | 0 | |
| EPR 94 membres | Contre | 0 | 20 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Pour | 17 | 0 | 0 | 0 | |
| SOC 66 membres | Pour | 20 | 0 | 0 | 0 | |
| DR 47 membres | Contre | 0 | 6 | 0 | 1 | |
| ECOS 38 membres | Pour | 10 | 0 | 0 | 0 | |
| DEM 36 membres | Contre | 0 | 5 | 1 | 0 | |
| HOR 34 membres | Contre | 0 | 6 | 0 | 0 | |
| LIOT 23 membres | aucun vote | 2 | 2 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Pour | 4 | 0 | 0 | 0 | |
| UDR 16 membres | Contre | 0 | 3 | 1 | 0 | |
| NI 8 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 27 dans le décompte
Contre (2) : Katiana Levavasseur, Patrice Martin
Abstention (25) : Hervé de Lépinau, Jérôme Buisson, José Beaurain, Jordan Guitton, Christophe Barthès (ancien député), Joëlle Mélin, Timothée Houssin, Serge Muller, Pierre Meurin, Edwige Diaz (ancien député), Christophe Bentz, Thierry Frappé, Sandrine Dogor-Such, Marine Hamelet, Sandra Delannoy, René Lioret, Sylvie Josserand (ancien député), Julien Gabarron, Frédéric Weber, Marc de Fleurian, Auguste Evrard, Jonathan Gery, Arnaud Sanvert (ancien député), Robert Le Bourgeois, Gaëtan Dussausaye
Ensemble pour la République 21 dans le décompte
Contre (20) : Gérald Darmanin (ancien député), Éric Bothorel, Didier Le Gac, Jean-René Cazeneuve, Danielle Brulebois, Michel Lauzzana, Stéphanie Rist (ancien député), Denis Masséglia, Brigitte Liso, Amélia Lakrafi, Marie Lebec, Jean-François Rousset, Thomas Cazenave (ancien député), Françoise Buffet, Caroline Yadan, Mathieu Lefèvre (ancien député), Paul Midy, Danièle Carteron, Christophe Mongardien, Remi Provendier (ancien député)
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 17 dans le décompte
Pour (17) : Jean-Philippe Nilor, Bastien Lachaud, Danièle Obono, Laurent Alexandre, Hadrien Clouet, Mathilde Hignet, Andy Kerbrat, Ségolène Amiot, Matthias Tavel, Élise Leboucher, Jean-François Coulomme, Louis Boyard, Damien Maudet, Pierre-Yves Cadalen, Aurélien Le Coq, Zahia Hamdane, Raphaël Arnault
Socialistes et apparentés 20 dans le décompte
Pour (20) : Jérôme Guedj, François Hollande, Pascale Got, Boris Vallaud, Arthur Delaporte, Philippe Brun, Roger Vicot, Elie Califer, Aurélien Rousseau, Marie-José Allemand, Valérie Rossi, Laurent Lhardit, Océane Godard, Arnaud Simion, Sébastien Saint-Pasteur, Karim Benbrahim, Fabrice Roussel, Sophie Pantel, Peio Dufau, Céline Thiébault-Martinez
Droite Républicaine 7 dans le décompte
Contre (6) : Jean-Yves Bony, Thibault Bazin, Éric Pauget, Pierre Cordier, Yannick Neuder, Jean-Pierre Taite (ancien député)
Non-votant (1) : Xavier Breton
Écologiste et Social 10 dans le décompte
Pour (10) : Alexis Corbière, Sophie Taillé-Polian, Hendrik Davi, Sébastien Peytavie, Marie-Charlotte Garin, Sandrine Rousseau, Lisa Belluco, Benjamin Lucas-Lundy, Benoît Biteau, Boris Tavernier
Les Démocrates 6 dans le décompte
Contre (5) : Jean-Carles Grelier, Frédéric Petit, Nicolas Turquois, Cyrille Isaac-Sibille, Louise Morel
Abstention (1) : Maud Petit
Horizons & Indépendants 6 dans le décompte
Contre (6) : Laurent Marcangeli, Bertrand Bouyx, Laetitia Saint-Paul, Vincent Thiébaut, François Gernigon, Pierre Marle
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 4 dans le décompte
Pour (2) : Paul Molac, David Taupiac
Contre (2) : Constance de Pélichy, Laurent Mazaury
Gauche Démocrate et Républicaine 4 dans le décompte
Pour (4) : Nicolas Sansu, Stéphane Peu, Elsa Faucillon, Yannick Monnet
UDR 4 dans le décompte
Contre (3) : Olivier Fayssat, Hanane Mansouri, Charles Alloncle
Abstention (1) : Alexandre Allegret-Pilot
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin