Votes · Scrutin n° 2890 · 2 juillet 2025 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 23 de M. Bernalicis à l'article 3 bis de la proposition de loi visant à faciliter le maintien en rétention des personnes condamnées pour des faits d'une particulière gravité et présentant de forts risques de récidive (première lecture).
Demandé par : Présidente du groupe "La France insoumise – Nouveau Front Populaire"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article 3 bis
Amendement déposé par M. Bernalicis et 69 cosignataires (LFI-NFP) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Par cet amendement, les député·es du groupe LFI-NFP souhaitent abroger l'article 523-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoit la possibilité d'assigner à résidence des demandeurs d'asile "dont le comportement constitue une menace à l'ordre public".
Cet article a été introduit par la loi Asile-Immigration de 2024, dans une rédaction extrêmement permissive dès lors qu’il permet l’assignation à résidence de tout étranger en situation irrégulière sollicitant l’asile dès lors que son « comportement constitue une menace à l'ordre public » ou « afin de déterminer les éléments sur lesquels se fonde sa demande d'asile ». En définitive, il permet à l'autorité administrative d'assigner à résidence un ressortissant étranger – de surcroît demandeur d'asile – alors même que ce dernier ne fait l'objet d'aucune une mesure d’éloignement.
Cette loi avait donc déjà entériné l'utilisation systématique de la "menace à l'ordre publique" en l’établissant comme l’un des critères justifiant à la fois des mesures d’expulsion et, désormais, d’enfermement, fragilisant ainsi les protections fondées sur la garantie des droits fondamentaux. Le recours excessif à cette notion juridiquement incertaine exacerbe le risque d’arbitraire, déjà manifeste lorsqu'il s'agit de personnes étrangères.
De surcroît, ces pratiques renforcent une logique d’exclusion, de surveillance excessive et de stigmatisation des personnes étrangères déplorable. C'est pourquoi nous demandons l'abrogation de cet article.
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Rédiger ainsi cet article :
« L’article 523‑1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile est abrogé. »
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Proposition de loi de la sénatrice Jacqueline Eustache-Brinio et d’autres sénateurs, déposée au Sénat le 3 février 2025. Elle comptait deux articles ; la loi adoptée en compte neuf (décision du Conseil constitutionnel, § 31). Principales mesures du texte adopté, d’après la décision :
- étendre à des étrangers condamnés pour certaines infractions graves la rétention administrative longue, jusqu’à 180 jours, voire 210 jours, aujourd’hui réservée surtout aux faits de terrorisme (art. 1er, § 2 et 6) ;
- rendre automatiquement suspensif l’appel contre une décision du juge qui met fin à la rétention de ces étrangers (art. 2, § 16) ;
- permettre de relever les empreintes et de photographier un étranger sans son consentement lors de son placement en rétention (art. 3, § 26) ;
- remplacer, au-delà de 60 jours, deux prolongations de 15 jours par une prolongation de 30 jours, dans la limite de 90 jours (art. 4, § 53) ;
- rétablir la possibilité de placer en rétention un demandeur d’asile qui menace l’ordre public ou présente un risque de fuite (art. 5, § 61 et 70).
Ce que ça change
Après la décision du Conseil constitutionnel, les mesures principales (210 jours, appel suspensif) ne s’appliquent pas. Restent : la prise d’empreintes sous contrainte, autorisée par le procureur, seulement si c’est l’unique moyen d’identifier la personne et en présence de son avocat (§ 41 et 42) ; le nouveau découpage des prolongations ; la rétention de certains demandeurs d’asile, limitée à 30 jours (§ 74). La loi prévoit une entrée en vigueur au plus tard trois mois après sa promulgation (article 9, selon le baromètre de l’Assemblée).
Ce qui est contesté
L’Assemblée a adopté le texte le 8 juillet 2025 par 303 voix contre 168 (scrutin n° 2958). Contre : LFI-NFP (58), Socialistes (59), Écologistes (33) et GDR (12). Pour : RN (108), EPR (61), Droite républicaine (48), Démocrates (25), Horizons (24), LIOT (19) et UDR (13).
- Pour les Socialistes, Céline Hervieu estime que « cette loi ne résoudra en rien notre difficulté à expulser les délinquants étrangers », faute de laissez-passer consulaires délivrés à temps.
- Pour les Écologistes, Jérémie Iordanoff y voit un « texte d’affichage, attentatoire aux libertés, inefficace et peut-être même contre-productif ». Pour GDR, Émeline K/Bidi y voit « un dévoiement de l’objet légal de la rétention ».
- Pour EPR, Guillaume Kasbarian indique : « Le taux d’exécution des OQTF est de 40 % en rétention contre seulement 6 % en dehors. »
- Pour le RN, Michaël Taverne juge que le texte « va incontestablement dans le bon sens ». LIOT (Paul Molac) le vote tout en jugeant prioritaire l’obtention des laissez-passer consulaires.
- Selon nos données, les articles 1er, 2 bis et 4 ont fait l’objet de trois scrutins publics chacun.
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi le 18 juillet 2025 par des députés socialistes et écologistes, puis par des députés LFI-NFP et GDR, le Conseil a rendu la décision n° 2025-895 DC le 7 août 2025.
- Censuré : l’article 1er (210 jours). Mesure non réservée à des cas exceptionnels, visant des infractions pas toujours graves, sans exiger de menace actuelle : atteinte déséquilibrée à la liberté individuelle (§ 9 à 14). Le 3° de l’article 4, qui en dépendait, tombe aussi (§ 15).
- Censuré : l’article 2. Aucun juge ne se prononçait sur la suspension de la remise en liberté, contrairement à l’article 66 de la Constitution, qui confie la liberté individuelle au juge (§ 21 à 25).
- Réserves d’interprétation (lecture imposée par le Conseil) : le juge peut mettre fin à tout moment à la rétention prolongée (§ 58) ; pour un demandeur d’asile, l’administration doit caractériser une menace « réelle, actuelle et suffisamment grave » (§ 71).
- Validés : la prise d’empreintes sous contrainte, qui ne peut concerner les mineurs (§ 43 à 45), et la prolongation de 30 jours (§ 60).
Où en est le texte
Adoptée définitivement par le Sénat le 9 juillet 2025, promulguée : loi n° 2025-796 du 11 août 2025, publiée au Journal officiel du 12 août 2025. Le 24 octobre 2026, le baromètre de l’Assemblée indiquait la mesure d’application liée à l’article 9 « en attente d’application ».
Sources
- Assemblée nationale, dossier législatif (24/10/2026)
- Sénat, dossier législatif (24/10/2026)
- Scrutin n° 2958 sur l’ensemble du texte (08/07/2025)
- Compte rendu de la première séance du 8 juillet 2025 (explications de vote) (08/07/2025)
- Conseil constitutionnel, décision n° 2025-895 DC (07/08/2025)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 48
- Contre
- 66
- Abstention
- 0
- Non-votant
- 1
- Votants
- 114
- Exprimés
- 114
- Majorité requise
- 58
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 123 membres | Contre | 0 | 30 | 0 | 0 | |
| EPR 93 membres | Contre | 0 | 13 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Pour | 24 | 0 | 0 | 0 | |
| SOC 66 membres | Pour | 15 | 0 | 0 | 0 | |
| DR 49 membres | Contre | 0 | 6 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Pour | 7 | 0 | 0 | 0 | |
| DEM 36 membres | Contre | 0 | 6 | 0 | 0 | |
| HOR 34 membres | Contre | 0 | 11 | 0 | 0 | |
| LIOT 23 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Pour | 2 | 0 | 0 | 0 | |
| UDR 16 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| NI 11 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 30 dans le décompte
Contre (30) : Nicolas Meizonnet, Nicolas Dragon, Jorys Bovet, Jordan Guitton, José Gonzalez, Géraldine Grangier, Timothée Houssin, Lisette Pollet, Christine Loir, Yoann Gillet, Edwige Diaz (ancien député), Michaël Taverne, Matthieu Marchio, Alexandre Sabatou, Antoine Villedieu, Emeric Salmon, Béatrice Roullaud, Frédéric Boccaletti, Eddy Casterman, Emmanuel Fouquart, Nadine Lechon, Anthony Boulogne, Claire Marais-Beuil, David Magnier, Marc de Fleurian, Jonathan Gery, Tiffany Joncour, Patrice Martin, Gaëtan Dussausaye, Sébastien Humbert
Ensemble pour la République 14 dans le décompte
Contre (13) : Liliana Tanguy, Denis Masséglia, Nicole Dubré-Chirat, Jean-Luc Fugit, Benjamin Dirx, Françoise Buffet, Charles Sitzenstuhl, Mathieu Lefèvre (ancien député), Charles Rodwell, Bastien Marchive, Prisca Thevenot, Joséphine Missoffe, Vincent Caure
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 24 dans le décompte
Pour (24) : Élisa Martin, Ugo Bernalicis, Murielle Lepvraud, Christophe Bex, Sylvain Carrière, Mathilde Hignet, Andrée Taurinya, Andy Kerbrat, Ségolène Amiot, Emmanuel Fernandes, Sylvie Ferrer, Gabriel Amard (ancien député), Élise Leboucher, Nadège Abomangoli, Ersilia Soudais, Maxime Laisney, Antoine Léaument, Aurélien Saintoul, Thomas Portes, Perceval Gaillard, René Pilato, Sandrine Nosbé, Arnaud Saint-Martin, Bérenger Cernon
Socialistes et apparentés 15 dans le décompte
Pour (15) : Colette Capdevielle, Christian Baptiste, Chantal Jourdan, Arthur Delaporte, Anna Pic, Laurent Lhardit, Fabrice Barusseau, Jacques Oberti, Sébastien Saint-Pasteur, Karim Benbrahim, Estelle Mercier, Peio Dufau, Denis Fégné, Sandrine Runel, Céline Hervieu
Droite Républicaine 6 dans le décompte
Contre (6) : Michel Herbillon, Olivier Marleix (ancien député), Eric Liégeon, Thibault Bazin, Nicolas Ray, François-Xavier Ceccoli
Écologiste et Social 7 dans le décompte
Pour (7) : Jean-Louis Roumégas, Hendrik Davi, Jérémie Iordanoff, Jean-Claude Raux, Nicolas Bonnet, Boris Tavernier, Steevy Gustave
Les Démocrates 6 dans le décompte
Contre (6) : Sophie Mette, Maud Petit, Laurent Croizier, Éric Martineau, Marina Ferrari (ancien député), Anne Bergantz
Horizons & Indépendants 11 dans le décompte
Contre (11) : Xavier Lacombe (ancien député), Naïma Moutchou (ancien député), Jérémie Patrier-Leitus, François Gernigon, Xavier Albertini, Jean Moulliere (ancien député), Didier Lemaire, Marie-Agnès Poussier-Winsback, Béatrice Bellamy (ancien député), Nathalie Colin-Oesterlé, Thomas Lam
Gauche Démocrate et Républicaine 2 dans le décompte
Pour (2) : Nicolas Sansu, Elsa Faucillon
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin