Votes · Scrutin n° 5161 · 26 janvier 2026 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 46 du Gouvernement et les amendements identiques suivants à l'article premier de la proposition de loi visant à protéger les mineurs des risques auxquels les expose l'utilisation des réseaux sociaux (première lecture).
Demandé par : Présidente du groupe "La France insoumise – Nouveau Front Populaire" Président du groupe "Horizons & Indépendants"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article premier
- Texte
- Protéger les mineurs des risques auxquels les expose l’utilisation des réseaux sociaux Proposition de loi ordinaire
Amendement déposé par le Gouvernement · sort : adopté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Le présent amendement propose de réécrire l’article premier.
Depuis plusieurs années, sous l’impulsion du président de la République, les pouvoirs publics sont engagés dans une action continue de protection des mineurs face aux risques avérés et documentés liés à l’usage de certains services numériques. Cette priorité s’est traduite au niveau européen par l’adoption du règlement du 19 octobre 2022 relatif à un marché unique des services numériques (règlement DSA), puis, au niveau national, par l’adoption de la loi du 21 mai 2024 visant à sécuriser et réguler l’espace numérique, qui a notamment permis la mise en place de dispositifs de vérification de l’âge pour l’accès à certains contenus. Dans la continuité de cette dynamique, la protection de l’enfance en ligne appelle désormais l’instauration d’un âge minimal pour l’accès aux réseaux sociaux.
Dans le cadre du dialogue engagé avec la Commission européenne, l’adoption des lignes directrices relatives à l’application de l’article 28 du règlement DSA en matière de protection de l’enfance en ligne a consacré la pleine légitimité d’un État membre à fixer, dans son droit national, un seuil d’âge minimal pour l’accès à un réseau social. C’est sur ce fondement que le présent amendement propose de réécrire l’article 1er de la proposition de loi afin d’instaurer en France une règle générale fixant à 15 ans l’âge minimal pour accéder aux services de réseaux sociaux, dans le respect du cadre européen.
Les services de réseaux sociaux en ligne constituent aujourd’hui un média d’audience massive auprès des jeunes et concentrent, à ce titre, des risques particulièrement élevés pour les enfants. […]
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Substituer aux alinéas 5 à 10 les quatre alinéas suivants :
« Art. 6‑9. – I. – L’accès à un service de réseau social en ligne fourni par une plateforme en ligne est interdit aux mineurs de quinze ans.
« II. – Le présent article ne s’applique ni aux encyclopédies en ligne, ni aux répertoires éducatifs ou scientifiques ni aux plateformes de développement et de partage de logiciels libres.
« III. – L’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique veille, dans les conditions prévues au chapitre IV du règlement (UE) 2022/2065 du Parlement européen et du Conseil du 19 octobre 2022 relatif à un marché unique des services numériques et modifiant la directive 2000/31/CE (règlement sur les services numériques) et aux articles 9‑1 et 9‑2 de la présente loi, au respect du présent article. […]
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Article parmi les plus disputés du texte Article premier : 11 scrutins publics, dont 2 serrés. Voir le classement
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Cette proposition de loi a été déposée le 18 novembre 2025 par Laure Miller (groupe Ensemble pour la République) et plusieurs collègues (texte déposé). Le Gouvernement a engagé la procédure accélérée le 23 janvier 2026. Le texte définitif adopté le 21 juillet 2026 compte trois articles :
- Article 1er : interdiction d’accès des mineurs de moins de quinze ans aux réseaux sociaux en ligne, sauf encyclopédies en ligne, répertoires éducatifs ou scientifiques et plateformes de logiciels libres. Entrée en vigueur prévue le 1er septembre 2026, quatre mois plus tard pour les comptes déjà ouverts.
- Article 2 : le délit prévu à l’article 223-14 du code pénal peut entraîner une peine complémentaire (article 131-35-1). Selon le député Joël Bruneau (LIOT), il s’agit du délit de promotion de méthodes pour se donner la mort, désormais passible d’une peine de « bannissement numérique » (compte rendu).
- Article 3 : le téléphone portable est interdit au lycée comme au collège, avec des exceptions fixées par le règlement intérieur. Le projet d’école ou d’établissement comporte un volet sur le numérique et les écrans. Application à la rentrée 2026-2027.
Ce que ça change
L’interdiction des réseaux sociaux avant quinze ans ne s’applique pas : le Conseil constitutionnel a censuré l’article 1er (voir plus bas). Restent l’interdiction du portable au lycée depuis la rentrée 2026-2027, avec des règles particulières possibles pour les étudiants des lycées, et la nouvelle peine complémentaire. Le dossier législatif ne contient pas d’étude d’impact chiffrée.
Ce qui est contesté
Le 21 juillet 2026, l’Assemblée a adopté le texte de la commission mixte paritaire (CMP, sept députés et sept sénateurs chargés d’un texte commun) par 279 voix contre 81 et 66 abstentions (scrutin n° 8431). La France insoumise a voté contre (63 voix). Les écologistes se sont partagés (19 pour, 7 contre, 7 abstentions), comme la Gauche démocrate et républicaine (6, 3 et 5). Les socialistes ont donné 30 voix pour et 28 abstentions ; au Rassemblement national, 14 députés se sont abstenus et 2 ont voté contre.
Les arguments, d’après le compte rendu de la séance :
- Arnaud Saint-Martin (LFI) estime que la vérification de l’âge signe « la fin de l’anonymat en ligne » et annonce un recours devant le Conseil constitutionnel.
- Laure Lavalette (RN) partage l’objectif mais juge que le texte « ne dit rien du comment » et menace les libertés publiques ; son groupe s’abstient.
- Arthur Delaporte (socialiste) regrette une interdiction « sèche et généralisée » et doute de son application ; il défend une approche graduelle.
- Soumya Bourouaha (GDR) parle d’une « loi d’affichage ».
- Pour le texte, la rapporteure Laure Miller (EPR) défend une interdiction générale sans liste, avec des exceptions, compatible avec le droit européen. Anne Genetet (EPR) affirme : « nous sommes le premier pays européen à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans ». La Droite républicaine, les Démocrates et Horizons ont annoncé un vote favorable ; Laurent Marcangeli (Horizons) salue « une règle que chaque famille peut comprendre ».
En première lecture, l’article 1er a concentré 11 des 38 scrutins publics du dossier (open data de l’Assemblée).
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi par plus de soixante députés de La France insoumise (23 juillet) puis du groupe socialiste (24 juillet), le Conseil a rendu la décision n° 2026-911 DC le 14 août 2026.
- Censure de l’article 1er pour atteinte à la liberté d’expression et de communication. L’interdiction vise tous les services, sans condition tenant à leurs fonctionnalités ou à leurs risques (§ 11 à 13), et ne permet pas aux parents de la lever ou de l’aménager (§ 15 et 16). Elle n’est donc pas « adaptée, nécessaire et proportionnée » (§ 18).
- Le Conseil relève aussi une atteinte à la vie privée : l’interdiction oblige toute personne, même majeure, à prouver son âge, sans que la loi fixe les conditions de cette vérification (§ 20 et 21).
- Aucune réserve d’interprétation. Les articles 2 et 3, non contestés, n’ont pas été examinés (§ 23).
Où en est le texte
La loi a été promulguée sans son article 1er : loi n° 2026-813 du 24 août 2026, publiée au Journal officiel du 25 août 2026 (dossier de l’Assemblée).
Sources
- Assemblée nationale, dossier législatif « Protéger les mineurs des risques auxquels les expose l’utilisation des réseaux sociaux » (24/08/2026)
- Proposition de loi n° 2107 et exposé des motifs (18/11/2025)
- Texte définitif, T.A. n° 339 (21/07/2026)
- Rapport de la commission mixte paritaire n° 3069 (20/07/2026)
- Scrutin public n° 8431 sur l’ensemble (texte de la CMP) (21/07/2026)
- Scrutin public n° 5192 sur l’ensemble (première lecture) (26/01/2026)
- Compte rendu de la première séance du 21 juillet 2026 (21/07/2026)
- Conseil constitutionnel, décision n° 2026-911 DC (14/08/2026)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Adopté
l'Assemblée nationale a adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 98
- Contre
- 26
- Abstention
- 9
- Non-votant
- 1
- Votants
- 133
- Exprimés
- 124
- Majorité requise
- 63
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 122 membres | Pour | 19 | 0 | 0 | 0 | |
| EPR 91 membres | Pour | 48 | 0 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Contre | 0 | 18 | 0 | 0 | |
| SOC 69 membres | Abstention | 1 | 0 | 8 | 0 | |
| DR 49 membres | Pour | 7 | 0 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Contre | 4 | 6 | 0 | 0 | |
| DEM 36 membres | Pour | 7 | 0 | 1 | 0 | |
| HOR 34 membres | Pour | 6 | 0 | 0 | 0 | |
| LIOT 22 membres | Pour | 1 | 0 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Contre | 0 | 2 | 0 | 0 | |
| UDDPLR 16 membres | Pour | 3 | 0 | 0 | 0 | |
| NI 10 membres | Pour | 2 | 0 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 19 dans le décompte
Pour (19) : Julien Rancoule, Gisèle Lelouis, Lisette Pollet, Yoann Gillet, Edwige Diaz (ancien député), Roger Chudeau, Hélène Laporte, Christophe Bentz, Laurence Robert-Dehault, Kévin Pfeffer, Laurent Jacobelli, Anaïs Sabatini, Marine Hamelet, Monique Griseti, Pascal Markowsky, Sylvie Josserand (ancien député), Thierry Perez, Pascal Jenft, Catherine Rimbert
Ensemble pour la République 49 dans le décompte
Pour (48) : Sébastien Huyghe, Éric Woerth (ancien député), Constance Le Grip, Stéphane Travert, Éric Bothorel, Graziella Melchior, Guillaume Kasbarian, Annaïg Le Meur, Sandrine Le Feur, Corinne Vignon, Liliana Tanguy, Sophie Panonacle, Camille Galliard-Minier (ancien député), Daniel Labaronne, Danielle Brulebois, Denis Masséglia, Nicole Dubré-Chirat, Bertrand Sorre, Nicole Le Peih, Ludovic Mendes, Anne Genetet, Jean Terlier, Céline Calvez, Marie Lebec, Natalia Pouzyreff, Stéphane Buchou, Annie Vidal, Jean-Marie Fiévet, Agnès Pannier-Runacher, Jean-François Rousset, Christophe Marion, Anthony Brosse, Françoise Buffet, Julie Delpech, Caroline Yadan, Antoine Armand (ancien député), Nicolas Metzdorf, Christopher Weissberg, Benoît Larrouquis, Sandrine Lalanne, Nathalie Coggia, Charles Rodwell, Paul Midy, Bastien Marchive, Pierre Cazeneuve, Laure Miller, Christophe Mongardien, Vincent Caure
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 18 dans le décompte
Contre (18) : Mathilde Panot, Jean-Hugues Ratenon, Sarah Legrain, Sylvain Carrière, Andrée Taurinya, Andy Kerbrat, Ségolène Amiot, Emmanuel Fernandes, Sylvie Ferrer, Idir Boumertit, Jean-François Coulomme, Maxime Laisney, Farida Amrani, Antoine Léaument, Aurélien Saintoul, Perceval Gaillard, Arnaud Saint-Martin, Gabrielle Cathala
Socialistes et apparentés 9 dans le décompte
Pour (1) : Thierry Sother
Abstention (8) : Guillaume Garot, Marietta Karamanli, Arthur Delaporte, Mickaël Bouloux, Stéphane Delautrette, Valérie Rossi, Stéphane Hablot, Ayda Hadizadeh
Droite Républicaine 7 dans le décompte
Pour (7) : Marie-Christine Dalloz, Virginie Duby-Muller, Valérie Bazin-Malgras (ancien député), Émilie Bonnivard, Antoine Vermorel, Alexandre Portier, Élisabeth de Maistre
Écologiste et Social 10 dans le décompte
Pour (4) : Pouria Amirshahi, Hendrik Davi, Jérémie Iordanoff, Lisa Belluco
Contre (6) : Cyrielle Chatelain, Sandra Regol, Sandrine Rousseau, Sabrina Sebaihi, Steevy Gustave, Julie Ozenne
Les Démocrates 8 dans le décompte
Pour (7) : Erwan Balanant, Jimmy Pahun, Cyrille Isaac-Sibille, Romain Daubié, Delphine Lingemann, Louise Morel, Anne Bergantz
Abstention (1) : Philippe Latombe
Horizons & Indépendants 6 dans le décompte
Pour (6) : Laurent Marcangeli, Béatrice Piron, Jérémie Patrier-Leitus, Jean Moulliere (ancien député), Béatrice Bellamy (ancien député), Benoît Blanchard
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 1 dans le décompte
Pour (1) : Joël Bruneau
Gauche Démocrate et Républicaine 2 dans le décompte
Contre (2) : Soumya Bourouaha, Émeline K/Bidi
Union des droites pour la République 3 dans le décompte
Pour (3) : Sophie Ricourt Vaginay, Vincent Trébuchet, Éric Michoux
Non inscrit 2 dans le décompte
Pour (2) : Philippe Bonnecarrère, Lionel Vuibert
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin