Votes · Scrutin n° 5177 · 26 janvier 2026 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 80 de Mme Belluco de rétablissement de l'article 2 (supprimé) de la proposition de loi visant à protéger les mineurs des risques auxquels les expose l'utilisation des réseaux sociaux (première lecture).
Demandé par : Présidente du groupe "Écologiste et Social"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article 2
- Texte
- Protéger les mineurs des risques auxquels les expose l’utilisation des réseaux sociaux Proposition de loi ordinaire
Amendement déposé par Mme Belluco et 34 cosignataires (ECOS) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Cet amendement du Groupe Écologiste et Social vise à réintégrer l’article 2, initialement prévu par la proposition de loi présentée en commission.
Pour rappel, cet article cherche à imposer aux personnes dont l’activité consiste à fournir des services d’hébergement de concourir à la lutte contre la diffusion des contenus constituant de la propagande ou de la publicité en faveur de moyens de se donner la mort.
Alors que l’article 6 de la loi pour la confiance dans l'économie numérique établit des obligations pour les plateformes de lutter contre les contenus illicites, la liste des infractions concernées est à ce jour incomplète puisqu’elle ne comprend pas celle mentionnée à l’article 223-14 du code pénal, à savoir la propagande ou la publicité en faveur de moyens de se donner la mort. Ce type de contenu, aux effets potentiellement dévastateurs, n’est ainsi pas toujours traité avec la diligence requise, alors même qu’il expose les utilisateurs les plus vulnérables, et en particulier les mineurs, à des risques majeurs. Cet article vise donc à compléter la LCEN pour élargir le champ des obligations des plateformes pour protéger leurs utilisateurs, et notamment les plus jeunes."
Enfin, cet article a aussi pour but de renforcer les peines complémentaires permettant de suspendre les comptes d’accès à des plateformes en ligne utilisés afin de commettre certaines infractions, ainsi que pour renforcer l’amende pour les fournisseurs qui ne procéderaient pas au blocage du compte problématique.
Cet article vise enfin à étendre le champ des délits pour laquelle cette peine peut être encourue à la propagande ou la publicité, quel qu’en soit le mode, en faveur de produits, d’objets ou de méthodes préconisés comme moyens de se donner la mort. […]
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Rétablir cet article dans la rédaction suivante :
« I. – L’article 131‑35‑1 du code pénal est ainsi modifié :
« 1° Le I est ainsi modifié :
« a) Le deuxième alinéa est ainsi modifié :
« – les mots : « six mois » sont remplacés par les mots : « un an » ;
« – les mots : « un an » sont remplacés par les mots : « deux ans » ;
« – il est ajouté un alinéa ainsi rédigé :
« Le non-respect de cette obligation d’information par les annonceurs et promoteurs est puni de 37 500 euros d’amende. Le montant de cette amende peut être porté à 30 % des dépenses consacrées à l’émission et à la diffusion des messages mentionnés au premier alinéa ou à la réalisation et à la distribution des imprimés et publications mentionnés au même premier alinéa. […]
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Cette proposition de loi a été déposée le 18 novembre 2025 par Laure Miller (groupe Ensemble pour la République) et plusieurs collègues (texte déposé). Le Gouvernement a engagé la procédure accélérée le 23 janvier 2026. Le texte définitif adopté le 21 juillet 2026 compte trois articles :
- Article 1er : interdiction d’accès des mineurs de moins de quinze ans aux réseaux sociaux en ligne, sauf encyclopédies en ligne, répertoires éducatifs ou scientifiques et plateformes de logiciels libres. Entrée en vigueur prévue le 1er septembre 2026, quatre mois plus tard pour les comptes déjà ouverts.
- Article 2 : le délit prévu à l’article 223-14 du code pénal peut entraîner une peine complémentaire (article 131-35-1). Selon le député Joël Bruneau (LIOT), il s’agit du délit de promotion de méthodes pour se donner la mort, désormais passible d’une peine de « bannissement numérique » (compte rendu).
- Article 3 : le téléphone portable est interdit au lycée comme au collège, avec des exceptions fixées par le règlement intérieur. Le projet d’école ou d’établissement comporte un volet sur le numérique et les écrans. Application à la rentrée 2026-2027.
Ce que ça change
L’interdiction des réseaux sociaux avant quinze ans ne s’applique pas : le Conseil constitutionnel a censuré l’article 1er (voir plus bas). Restent l’interdiction du portable au lycée depuis la rentrée 2026-2027, avec des règles particulières possibles pour les étudiants des lycées, et la nouvelle peine complémentaire. Le dossier législatif ne contient pas d’étude d’impact chiffrée.
Ce qui est contesté
Le 21 juillet 2026, l’Assemblée a adopté le texte de la commission mixte paritaire (CMP, sept députés et sept sénateurs chargés d’un texte commun) par 279 voix contre 81 et 66 abstentions (scrutin n° 8431). La France insoumise a voté contre (63 voix). Les écologistes se sont partagés (19 pour, 7 contre, 7 abstentions), comme la Gauche démocrate et républicaine (6, 3 et 5). Les socialistes ont donné 30 voix pour et 28 abstentions ; au Rassemblement national, 14 députés se sont abstenus et 2 ont voté contre.
Les arguments, d’après le compte rendu de la séance :
- Arnaud Saint-Martin (LFI) estime que la vérification de l’âge signe « la fin de l’anonymat en ligne » et annonce un recours devant le Conseil constitutionnel.
- Laure Lavalette (RN) partage l’objectif mais juge que le texte « ne dit rien du comment » et menace les libertés publiques ; son groupe s’abstient.
- Arthur Delaporte (socialiste) regrette une interdiction « sèche et généralisée » et doute de son application ; il défend une approche graduelle.
- Soumya Bourouaha (GDR) parle d’une « loi d’affichage ».
- Pour le texte, la rapporteure Laure Miller (EPR) défend une interdiction générale sans liste, avec des exceptions, compatible avec le droit européen. Anne Genetet (EPR) affirme : « nous sommes le premier pays européen à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans ». La Droite républicaine, les Démocrates et Horizons ont annoncé un vote favorable ; Laurent Marcangeli (Horizons) salue « une règle que chaque famille peut comprendre ».
En première lecture, l’article 1er a concentré 11 des 38 scrutins publics du dossier (open data de l’Assemblée).
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi par plus de soixante députés de La France insoumise (23 juillet) puis du groupe socialiste (24 juillet), le Conseil a rendu la décision n° 2026-911 DC le 14 août 2026.
- Censure de l’article 1er pour atteinte à la liberté d’expression et de communication. L’interdiction vise tous les services, sans condition tenant à leurs fonctionnalités ou à leurs risques (§ 11 à 13), et ne permet pas aux parents de la lever ou de l’aménager (§ 15 et 16). Elle n’est donc pas « adaptée, nécessaire et proportionnée » (§ 18).
- Le Conseil relève aussi une atteinte à la vie privée : l’interdiction oblige toute personne, même majeure, à prouver son âge, sans que la loi fixe les conditions de cette vérification (§ 20 et 21).
- Aucune réserve d’interprétation. Les articles 2 et 3, non contestés, n’ont pas été examinés (§ 23).
Où en est le texte
La loi a été promulguée sans son article 1er : loi n° 2026-813 du 24 août 2026, publiée au Journal officiel du 25 août 2026 (dossier de l’Assemblée).
Sources
- Assemblée nationale, dossier législatif « Protéger les mineurs des risques auxquels les expose l’utilisation des réseaux sociaux » (24/08/2026)
- Proposition de loi n° 2107 et exposé des motifs (18/11/2025)
- Texte définitif, T.A. n° 339 (21/07/2026)
- Rapport de la commission mixte paritaire n° 3069 (20/07/2026)
- Scrutin public n° 8431 sur l’ensemble (texte de la CMP) (21/07/2026)
- Scrutin public n° 5192 sur l’ensemble (première lecture) (26/01/2026)
- Compte rendu de la première séance du 21 juillet 2026 (21/07/2026)
- Conseil constitutionnel, décision n° 2026-911 DC (14/08/2026)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 12
- Contre
- 149
- Abstention
- 1
- Non-votant
- 1
- Votants
- 162
- Exprimés
- 161
- Majorité requise
- 81
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 122 membres | Contre | 0 | 20 | 0 | 0 | |
| EPR 91 membres | Contre | 0 | 58 | 1 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Contre | 0 | 27 | 0 | 0 | |
| SOC 69 membres | Contre | 0 | 11 | 0 | 0 | |
| DR 49 membres | Contre | 0 | 9 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Pour | 10 | 0 | 0 | 0 | |
| DEM 36 membres | Contre | 0 | 6 | 0 | 0 | |
| HOR 34 membres | Contre | 0 | 10 | 0 | 0 | |
| LIOT 22 membres | Contre | 0 | 2 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Pour | 2 | 0 | 0 | 0 | |
| UDDPLR 16 membres | Contre | 0 | 4 | 0 | 0 | |
| NI 10 membres | Contre | 0 | 2 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 20 dans le décompte
Contre (20) : Marie-France Lorho, Jocelyn Dessigny, Julien Rancoule, Gisèle Lelouis, Lisette Pollet, Yoann Gillet, Roger Chudeau, Hélène Laporte, Christophe Bentz, Laurence Robert-Dehault, Kévin Pfeffer, Michel Guiniot, Anaïs Sabatini, Emeric Salmon, Marine Hamelet, Monique Griseti, Pascal Markowsky, Sylvie Josserand (ancien député), Thierry Perez, Claire Marais-Beuil
Ensemble pour la République 60 dans le décompte
Contre (58) : Sébastien Huyghe, Éric Woerth (ancien député), Franck Riester (ancien député), Constance Le Grip, Stéphane Travert, Éric Bothorel, Brigitte Klinkert, Olga Givernet, François Cormier-Bouligeon, Graziella Melchior, Guillaume Kasbarian, Annaïg Le Meur, Didier Le Gac, Sandrine Le Feur, Corinne Vignon, Liliana Tanguy, Sophie Panonacle, Camille Galliard-Minier (ancien député), Daniel Labaronne, Danielle Brulebois, Michel Lauzzana, Nicole Dubré-Chirat, Bertrand Sorre, Ludovic Mendes, Amélia Lakrafi, Anne Genetet, Pieyre-Alexandre Anglade, Véronique Riotton, Jean Terlier, Olivia Grégoire, Marie Lebec, Natalia Pouzyreff, Stéphane Buchou, Annie Vidal, Jean-Marie Fiévet, Gabriel Attal, Jean-Luc Fugit, Jean-François Rousset, Christophe Marion, Violette Spillebout, Françoise Buffet, Charles Sitzenstuhl, Caroline Yadan, Nicolas Metzdorf, Christopher Weissberg, Benoît Larrouquis, Nathalie Coggia, Charles Rodwell, Paul Midy, Pierre Cazeneuve, Marc Ferracci, Yannick Chenevard, Prisca Thevenot, Catherine Ibled, Joséphine Missoffe, Laure Miller, Christophe Mongardien, Vincent Caure
Abstention (1) : Bastien Marchive
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 27 dans le décompte
Contre (27) : Jean-Hugues Ratenon, Sarah Legrain, Hadrien Clouet, Anne Stambach-Terrenoir, François Piquemal, Sylvain Carrière, Andrée Taurinya, Andy Kerbrat, Ségolène Amiot, Marianne Maximi, Emmanuel Fernandes, Sylvie Ferrer, Rodrigo Arenas, Élise Leboucher, Jean-François Coulomme, Maxime Laisney, Farida Amrani, Antoine Léaument, Aurélien Saintoul, Perceval Gaillard, René Pilato, Sandrine Nosbé, Mathilde Feld, Arnaud Saint-Martin, Bérenger Cernon, Raphaël Arnault, Gabrielle Cathala
Socialistes et apparentés 11 dans le décompte
Contre (11) : Guillaume Garot, Marietta Karamanli, Arthur Delaporte, Jacques Oberti, Stéphane Hablot, Julien Gokel (ancien député), Denis Fégné, Thierry Sother, Céline Hervieu, Romain Eskenazi, Ayda Hadizadeh
Droite Républicaine 9 dans le décompte
Contre (9) : Marie-Christine Dalloz, Virginie Duby-Muller, Guillaume Lepers (ancien député), Julien Dive, Valérie Bazin-Malgras (ancien député), Émilie Bonnivard, Antoine Vermorel, Alexandre Portier, Élisabeth de Maistre
Écologiste et Social 10 dans le décompte
Pour (10) : Hendrik Davi, Cyrielle Chatelain, Jérémie Iordanoff, Sandra Regol, Lisa Belluco, Sabrina Sebaihi, Tristan Lahais, Nicolas Bonnet, Steevy Gustave, Julie Ozenne
Les Démocrates 6 dans le décompte
Contre (6) : Erwan Balanant, Sandrine Josso, Romain Daubié, Delphine Lingemann, Louise Morel, Éric Martineau
Horizons & Indépendants 10 dans le décompte
Contre (10) : Agnès Firmin Le Bodo, Thierry Benoit, Laurent Marcangeli, Bertrand Bouyx, Loïc Kervran (ancien député), Jérémie Patrier-Leitus, Jean Moulliere (ancien député), Anne-Cécile Violland, Béatrice Bellamy (ancien député), Thomas Lam
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 2 dans le décompte
Contre (2) : Stéphane Viry, Joël Bruneau
Gauche Démocrate et Républicaine 2 dans le décompte
Pour (2) : Soumya Bourouaha, Émeline K/Bidi
Union des droites pour la République 4 dans le décompte
Contre (4) : Christelle D'Intorni, Bernard Chaix, Bartolomé Lenoir, Éric Michoux
Non inscrit 2 dans le décompte
Contre (2) : Philippe Bonnecarrère, Lionel Vuibert
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin