Votes · Scrutin n° 5854 · 30 mars 2026 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 4 de Mme Taurinya après l'article premier de la proposition de loi visant à garantir le droit de visite des parlementaires et des bâtonniers dans les lieux de privation de liberté (première lecture).
Dossier : Proposition de loi visant à garantir le droit de visite des parlementaires et des bâtonniers dans les lieux de privation de liberté · Demandé par : Présidente du groupe "La France insoumise – Nouveau Front Populaire"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Après article premier
- Texte
- Proposition de loi visant à garantir le droit de visite des parlementaires et des bâtonniers dans les lieux de privation de liberté Proposition de loi ordinaire
Amendement déposé par Mme Taurinya et 69 cosignataires (LFI-NFP) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Cet amendement, des député.es du groupe LFI, vise à garantir l’effectivité du droit de visite reconnu aux parlementaires et aux bâtonniers par l’article 719 du code de procédure pénale en leur permettant d’utiliser des moyens techniques pour documenter les conditions de détention et appuyer leurs observations.
Le contrôle parlementaire ainsi que celui des bâtonniers sur les lieux de privation de liberté repose non seulement sur l’observation directe et les entretiens avec les personnes détenues, mais également sur la capacité des personnes exerçant leur droit de visite à constater objectivement les conditions matérielles de détention. Dans de nombreux établissements pénitentiaires ou centres de rétention administrative, des situations telles que des locaux surpeuplés, des installations défectueuses, des conditions d’hygiène ou de température inadéquates peuvent échapper à une simple inspection visuelle. L’usage de matériels techniques, tels que des appareils de captation d’images ou des instruments de mesure environnementaux, permet de rendre ces constats précis et fiables.
Cette mesure ne constitue pas une atteinte au secret ou à la vie privée, dans la mesure où elle est strictement limitée à la mission de contrôle parlementaire et réalisée avec le consentement des personnes concernées. Elle renforce la portée des visites en fournissant des preuves objectives susceptibles d’étayer les rapports et recommandations du Parlement, et de prévenir des atteintes aux droits fondamentaux des personnes privées de liberté. […]
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
La section 1 du chapitre II du titre II du livre V du code de procédure pénale est complétée un article 719‑1 ainsi rédigé :
« Art. 719‑1. – Dans le cadre de l’exercice de leur droit de visite, les personnes mentionnées à l’article 719 peuvent être munis de matériels techniques destinés à documenter et compléter leurs observations sur les conditions de privation de liberté.
« Sont notamment autorisés, des appareils de captation d’images, de photographie ou de vidéo, ainsi que des instruments de mesure tels que des capteurs de température, d’humidité ou tout autre dispositif permettant d’évaluer les conditions matérielles de détention.
« L’usage de ces matériels est strictement réservé à la mission de contrôle parlementaire et se fait dans le respect des droits fondamentaux des personnes privées de liberté, notamment de leur consentement et de leur intimité. »
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Proposition de loi de la sénatrice Marie-Pierre de La Gontrie et de plusieurs de ses collègues, déposée au Sénat le 19 mai 2025 (texte déposé). Selon son exposé des motifs, elle répond à la décision n° 2025-1134 QPC du 29 avril 2025 du Conseil constitutionnel. Saisi d’une question prioritaire de constitutionnalité (question posée par un justiciable au cours d’un procès), le Conseil a jugé contraire au principe d’égalité le droit de visite des parlementaires, qui ne couvrait pas les geôles et dépôts des tribunaux, et a reporté l’abrogation au 30 avril 2026. D’après le texte de la commission mixte paritaire, devenu la loi (texte de la CMP) :
- députés, sénateurs, députés européens élus en France et bâtonniers (ou leur délégué) peuvent visiter à tout moment tous les lieux où une personne est privée de liberté dans une procédure pénale ou administrative, au lieu d’une liste fermée ;
- les parlementaires peuvent être accompagnés de journalistes, sauf en garde à vue, dans les geôles des tribunaux et dans les établissements de soins psychiatriques sans consentement ;
- ils peuvent être accompagnés d’un collaborateur ou d’un agent des assemblées, les bâtonniers d’un avocat désigné par le conseil de l’ordre ;
- les bâtonniers obtiennent le même droit de visite que les parlementaires dans les établissements psychiatriques.
Ce que ça change
Les geôles et dépôts des juridictions entrent dans le champ des visites. La formule générale vise aussi les lieux qui seraient créés plus tard : selon le rapporteur Pouria Amirshahi (Écologiste et social), une simple liste aurait exposé à « une nouvelle censure du Conseil constitutionnel ». Pour le garde des sceaux Gérald Darmanin, l’accompagnement par un collaborateur, jusqu’ici prévu par circulaire, est désormais inscrit dans la loi (compte rendu du 28 avril). Les conditions de présence des journalistes et des accompagnants sont fixées par décret en Conseil d’État.
Ce qui est contesté
En première lecture, le 30 mars 2026, l’Assemblée a adopté le texte par 55 voix contre 4 (scrutin n° 5856). Les 4 voix contre viennent de la Droite républicaine ; le RN s’est abstenu (21). Le texte de la commission mixte paritaire a été adopté le 28 avril par 204 voix contre 31 (scrutin n° 6285) : contre, La France insoumise (31) ; pour, tous les autres groupes, dont RN (36), EPR (38), Socialistes (27) et Droite républicaine (27).
- Pour LFI, Andrée Taurinya juge le texte final « incompatible avec le bon exercice de cet outil de contrôle démocratique fondamental ». Elle critique l’exclusion des journalistes de certains lieux et l’absence d’entretien confidentiel avec les détenus, et dénonce un « chantage à l’urgence ».
- Pour le RN, Jonathan Gery explique l’abstention de première lecture par la volonté de la gauche de créer selon lui un droit à l’intrusion. Son groupe préférait le texte du Sénat ; il s’oppose à l’entretien confidentiel, qui risquait de concurrencer les avocats, et son groupe vote le texte final (28 avril).
- Philippe Gosselin (Droite républicaine) résume la position de son groupe sur le texte final : « contrôler, oui ; perturber, non ».
- Le Gouvernement s’est opposé à la présence de journalistes dans les établissements de soins (30 mars). L’article ajouté par l’amendement n° 13 des rapporteurs, adopté par 42 voix contre 21, le RN votant contre, a été supprimé en commission mixte paritaire (scrutin n° 5855).
- Pour les partisans, Vincent Caure (EPR), corapporteur, rappelle l’échéance fixée par le Conseil constitutionnel et appelle les députés à user de ce droit « sans en abuser ». Emmanuel Duplessy (Écologistes) regrette les limites posées aux journalistes mais vote pour.
Où en est le texte
Après l’accord de la commission mixte paritaire le 14 avril 2026, le texte a été adopté par l’Assemblée le 28 avril et par le Sénat le 29 avril (dossier du Sénat). La loi n° 2026-350 a été promulguée le 9 mai 2026 (dossier de l’Assemblée). Le Conseil constitutionnel n’a pas été saisi.
Sources
- Assemblée nationale, dossier législatif (24/10/2026)
- Sénat, dossier législatif (24/10/2026)
- Sénat, proposition de loi n° 637 (texte déposé) (19/05/2025)
- Sénat, exposé des motifs de la proposition de loi (19/05/2025)
- Texte de la commission mixte paritaire (n° 547) (14/04/2026)
- Compte rendu de séance, première lecture (30/03/2026)
- Compte rendu de séance, texte de la CMP (28/04/2026)
- Scrutin n° 5855 (amendement n° 13) (30/03/2026)
- Scrutin n° 5856 (ensemble, première lecture) (30/03/2026)
- Scrutin n° 6285 (ensemble, texte de la CMP) (28/04/2026)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 14
- Contre
- 30
- Abstention
- 3
- Non-votant
- 2
- Votants
- 47
- Exprimés
- 44
- Majorité requise
- 23
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 122 membres | Contre | 0 | 12 | 0 | 1 | |
| EPR 91 membres | Contre | 0 | 13 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Pour | 13 | 0 | 0 | 0 | |
| SOC 69 membres | Abstention | 0 | 0 | 3 | 0 | |
| DR 48 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | aucun vote | 1 | 1 | 0 | 0 | |
| DEM 37 membres | Contre | 0 | 4 | 0 | 0 | |
| HOR 35 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| LIOT 22 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| UDDPLR 17 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| NI 10 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 13 dans le décompte
Contre (12) : José Beaurain, José Gonzalez, Yoann Gillet, Edwige Diaz (ancien député), Alexandre Loubet, Emeric Salmon, Marine Hamelet, Philippe Lottiaux, Emmanuel Fouquart, Jonathan Gery, Gaëtan Dussausaye, Anchya Bamana
Non-votant (1) : Sébastien Chenu
Ensemble pour la République 14 dans le décompte
Contre (13) : Sébastien Huyghe, Florent Boudié (ancien député), Hervé Berville (ancien député), Daniel Labaronne, Nicole Le Peih, Guillaume Gouffier Valente, Jean-Luc Fugit, Anthony Brosse, Julie Delpech, Astrid Panosyan-Bouvet (ancien député), Charles Rodwell, Christophe Mongardien, Vincent Caure
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 13 dans le décompte
Pour (13) : Élisa Martin, Ugo Bernalicis, Christophe Bex, Andrée Taurinya, Ségolène Amiot, Emmanuel Fernandes, Sylvie Ferrer, Élise Leboucher, Jean-François Coulomme, Karen Erodi, René Pilato, Arnaud Saint-Martin, Gabrielle Cathala
Socialistes et apparentés 3 dans le décompte
Abstention (3) : Marietta Karamanli, Fatiha Keloua Hachi, Jacques Oberti
Les Démocrates 4 dans le décompte
Contre (4) : Marc Fesneau, Louise Morel, Éric Martineau, Anne Bergantz
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin