Votes · Scrutin n° 5877 · 30 mars 2026 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 394 de Mme Feld à l'article 6 du projet de loi relatif à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales (première lecture).
Dossier : Projet de loi relatif à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales · Demandé par : Présidente du groupe "La France insoumise – Nouveau Front Populaire"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article 6
- Texte
- Projet de loi relatif à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales Projet de loi ordinaire
Amendement déposé par Mme Feld et 69 cosignataires (LFI-NFP) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Par cet amendement, le groupe parlementaire la France insoumise propose la suppression des alinéas 7 à 11, qui élargissent considérablement la liste des agents autorisés à échanger les données personnelles des bénéficiaires de prestations liées au handicap et à l'autonomie.
Premièrement, les maisons départementales des personnes handicapées (MDPH) n'ont pas pour mission la lutte contre la "fraude".
Ensuite, et cette remarque vaut également pour les agents départementaux, cette fraude est presque inexistante en matière de handicap et d'autonomie. Le Haut Conseil au Financement de la Protection Sociale (HCFiPS) indique qu'elle représente seulement 1,46% de la fraude aux prestations, elle-même largement inférieure à la fraude des entreprises et professionnels (aux cotisations, à la facturation d'actes).
Ce qui est ici proposé est proprement scandaleux. Une telle généralisation de la surveillance des bénéficiaires de prestations liées au handicap ou à l'autonomie ne vise qu'à les stigmatiser en les présentant comme des fraudeurs en puissance.
Nous nous opposons au principe d'une plus grande circulation des données personnelles de ces bénéficiaires, alors que des fuites massives de données rythment l'actualité.
Pour toutes ces raisons, nous proposons de supprimer ces alinéas 7 à 11.
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Supprimer les alinéas 7 à 10.
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Ce projet de loi du Gouvernement a été déposé au Sénat le 14 octobre 2025 par Jean-Pierre Farandou (Travail), Stéphanie Rist (Santé) et Amélie de Montchalin (Comptes publics), en procédure accélérée (une seule lecture par assemblée). Son exposé des motifs l’organise autour de trois axes : « mieux prévenir et détecter, mieux lutter et sanctionner, mieux recouvrer ». Parmi les mesures initiales :
- plus d’échanges d’informations entre fisc, douanes, caisses de sécurité sociale et départements ;
- un cadre pour les données de santé traitées par les complémentaires santé ;
- la géolocalisation obligatoire des ambulances et taxis conventionnés ;
- le versement des allocations chômage sur un compte en France ou dans la zone de paiement en euros ;
- une « flagrance sociale » pour recouvrer plus vite les sommes dues en cas de travail dissimulé.
Le Parlement y a ajouté d’autres mesures, dont la suspension conservatoire de prestations en cas de soupçon de fraude, selon la décision du Conseil constitutionnel.
Ce que ça change
Allocataires, professionnels de santé, entreprises et complémentaires santé sont concernés. Selon l’étude d’impact du Gouvernement, le manque à gagner lié au travail dissimulé dans le privé non agricole est estimé entre 6,0 et 7,8 milliards d’euros par an ; 1,6 milliard a été redressé en 2024, mais 121 millions seulement ont été recouvrés. Plusieurs mesures nécessitent des décrets.
Ce qui est contesté
Le 5 mai 2026, l’Assemblée a adopté le texte final par 335 voix contre 182 et 5 abstentions (scrutin n° 6319). Contre : Socialistes (64), LFI (60), Écologiste et social (34), GDR (16) et 7 LIOT. Pour : RN (109), Ensemble pour la République (79), Droite républicaine (48), Les Démocrates (34), Horizons (33), UDR (16) et 10 LIOT.
Selon le compte rendu de la séance, Sandrine Runel (Socialistes) estime que « ce texte met fin à la présomption d’innocence et au droit à un procès équitable. » Christine Arrighi (Écologiste et social) résume : « Ce texte punit avant de juger. » Emmanuel Maurel (GDR) juge que le texte « risque de ne pénaliser que les pauvres, les chômeurs, les malades ». Mathilde Feld (LFI) reproche à la majorité d’avoir rejeté « toutes les mesures structurantes » contre la fraude fiscale.
Pour le Gouvernement, le ministre David Amiel indique que « 64 % des montants de la fraude sociale proviennent de la fraude aux cotisations des entreprises ». Nathalie Colin-Oesterlé (Horizons) soutient : « Tolérer la fraude n’a jamais protégé les faibles ; la combattre, oui ! » Laurent Mazaury annonce que LIOT votera « majoritairement » pour. Antoine Valentin (UDR) estime que le texte « va trop timidement dans le bon sens ».
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi les 18 et 19 mai 2026 par des députés socialistes, des députés LFI, écologistes et GDR, et des sénateurs, le Conseil a rendu le 18 juin 2026 la décision n° 2026-904 DC. Censurés :
- les articles 10 (expertise comptable), 12 (identifiant des associations) et 32 (informations du parquet financier au renseignement), « cavaliers législatifs » ajoutés par amendement sans lien avec le projet initial (§ 212 à 219) ;
- dans l’article 21, le recours à un « intermédiaire » pour les échanges de données entre Assurance maladie et complémentaires, faute de garanties pour la vie privée (§ 42 à 44).
Réserves d’interprétation (conditions de lecture du texte) :
- l’accès des agents de préfecture au répertoire des prestations sociales est limité à ceux qui instruisent des titres (§ 20) ;
- le droit d’obtenir des informations auprès de tiers est réservé aux agents spécialement désignés des CPAM, CAF et MSA (§ 74) ;
- les remboursements et retenues ne doivent pas priver une personne de « moyens convenables d’existence » (§ 119 et 144) ;
- France Travail ne peut traiter les données de connexion qu’en présence d’« indices sérieux » de fraude (§ 162) ;
- la suspension conservatoire des paiements doit préserver la prise en charge des soins essentiels (§ 208).
Où en est le texte
La loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 a été publiée au Journal officiel du 26 juin 2026, selon le dossier législatif.
Sources
- Exposé des motifs du projet de loi n° 24 (2025-2026), Sénat (14 octobre 2025)
- Étude d’impact du projet de loi, Sénat (14 octobre 2025)
- Scrutin public n° 6319 sur l’ensemble (texte de la CMP), Assemblée nationale (5 mai 2026)
- Compte rendu de la séance du 5 mai 2026, Assemblée nationale (5 mai 2026)
- Décision n° 2026-904 DC, Conseil constitutionnel (18 juin 2026)
- Dossier législatif, Assemblée nationale (25 juin 2026)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 20
- Contre
- 49
- Abstention
- 5
- Non-votant
- 1
- Votants
- 74
- Exprimés
- 69
- Majorité requise
- 35
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 122 membres | Contre | 1 | 23 | 0 | 0 | |
| EPR 91 membres | Contre | 0 | 17 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Pour | 14 | 0 | 0 | 0 | |
| SOC 69 membres | Abstention | 0 | 0 | 4 | 0 | |
| DR 48 membres | Contre | 0 | 3 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Pour | 5 | 0 | 0 | 0 | |
| DEM 37 membres | Contre | 0 | 2 | 0 | 0 | |
| HOR 35 membres | Contre | 0 | 2 | 0 | 0 | |
| LIOT 22 membres | Abstention | 0 | 0 | 1 | 0 | |
| GDR 17 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| UDDPLR 17 membres | Contre | 0 | 2 | 0 | 0 | |
| NI 10 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 24 dans le décompte
Pour (1) : Patrice Martin
Contre (23) : Christian Girard, Jocelyn Dessigny, Jordan Guitton, Julien Rancoule, José Gonzalez, Caroline Colombier, Edwige Diaz (ancien député), Roger Chudeau, Hélène Laporte, Christophe Bentz, Alexandre Loubet, Anaïs Sabatini, Emeric Salmon, Marine Hamelet, Philippe Lottiaux, Emmanuel Fouquart, Nadine Lechon, Florence Joubert, Claire Marais-Beuil, David Magnier, Antoine Golliot, Théo Bernhardt, Anchya Bamana
Ensemble pour la République 18 dans le décompte
Contre (17) : Hervé Berville (ancien député), Didier Le Gac, Daniel Labaronne, Denis Masséglia, Nicole Le Peih, Jean Terlier, Marie Lebec, Annie Vidal, Jean-Luc Fugit, Charles Rodwell, Paul Midy, Bastien Marchive, Marc Ferracci, Prisca Thevenot, Joséphine Missoffe, Christophe Mongardien, Marie-Philippe Lubet
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 14 dans le décompte
Pour (14) : Hadrien Clouet, Anne Stambach-Terrenoir, Marianne Maximi, Sylvie Ferrer, Gabriel Amard (ancien député), Élise Leboucher, Louis Boyard, Farida Amrani, Antoine Léaument, Karen Erodi, René Pilato, Mathilde Feld, Arnaud Saint-Martin, Claire Lejeune
Socialistes et apparentés 4 dans le décompte
Abstention (4) : Marie-José Allemand, Valérie Rossi, Christophe Proença, Sophie Pantel
Droite Républicaine 3 dans le décompte
Contre (3) : Patrick Hetzel, Émilie Bonnivard, Nicolas Ray
Écologiste et Social 5 dans le décompte
Pour (5) : Sophie Taillé-Polian, Christine Arrighi, Jérémie Iordanoff, Karim Ben Cheikh, Steevy Gustave
Les Démocrates 2 dans le décompte
Contre (2) : Blandine Brocard, Cyrille Isaac-Sibille
Horizons & Indépendants 2 dans le décompte
Contre (2) : Pierre Henriet, Benoît Blanchard
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 1 dans le décompte
Abstention (1) : Olivier Serva
Union des droites pour la République 2 dans le décompte
Contre (2) : Olivier Fayssat, Alexandre Allegret-Pilot
Mises au point
Déclarations faites après le vote par des députés qui indiquent avoir voulu voter autrement. Elles ne changent pas le résultat.
Voulait voter Contre : Patrice Martin
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin