Votes · Scrutin n° 5919 · 31 mars 2026 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 320 de M. Boyard à l'article 10 bis du projet de loi relatif à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales (première lecture).
Dossier : Projet de loi relatif à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales · Demandé par : Présidente du groupe "La France insoumise – Nouveau Front Populaire"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article 10 bis
- Texte
- Projet de loi relatif à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales Projet de loi ordinaire
Amendement déposé par M. Boyard et 69 cosignataires (LFI-NFP) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Cet amendement des député.es membres du groupe parlementaire La France insoumise vise à créer une voie de recours lorsque la garantie de salaire n'est pas versée pour fraude reconnue par le régime de garantie des salaires (AGS).
Cet article créé un service de lutte contre la fraude au sein de l’AGS. Cependant donner à l’AGS la possibilité de se doter d'un tel service risque de reporter une partie de son activité dans ce domaine plutôt que sur ses missions premières de protection des salariés lors des défaillances d’entreprises. La lutte contre la fraude constitue également un moyen efficace de ne pas verser aux salariés leurs garanties ou d'en diminuer les montants, puisque seule l’hypothèse d’un cas de fraude autorise l’AGS à ne pas verser les sommes dues aux salariés.
De plus, l’article n’instaure pas de protection suffisante des salariés suspectés de fraude. Une voie de recours pour contester la décision de non-versement de la garantie de salaires est indispensable et son manquement constituerait une atteinte flagrante aux droits des salariés. L’information de non-versement de la garantie ne constitue pas à elle seule une sécurité suffisante.
Ainsi la Défenseure des droits dans son avis sur le texte rappelle que « les procédures mises en œuvre pour lutter contre la fraude doivent respecter les droits de la défense qui imposent « qu'aucune sanction ayant le caractère d'une punition ne puisse être infligée à une personne sans que celle-ci ait été mise à même de présenter ses observations sur les faits qui lui sont reprochés »
C’est pourquoi cet article des député.es membres du groupe parlementaire La France insoumise vise à créer une voie de recours lorsque la garantie de salaire n'est pas versée pour fraude reconnue par le régime de garantie des salaires (AGS).
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Après l’alinéa 11, insérer l’alinéa suivant :
« La décision peut faire l’objet d’un recours gracieux ou contentieux dans les conditions prévues par le présent code. »
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Ce projet de loi du Gouvernement a été déposé au Sénat le 14 octobre 2025 par Jean-Pierre Farandou (Travail), Stéphanie Rist (Santé) et Amélie de Montchalin (Comptes publics), en procédure accélérée (une seule lecture par assemblée). Son exposé des motifs l’organise autour de trois axes : « mieux prévenir et détecter, mieux lutter et sanctionner, mieux recouvrer ». Parmi les mesures initiales :
- plus d’échanges d’informations entre fisc, douanes, caisses de sécurité sociale et départements ;
- un cadre pour les données de santé traitées par les complémentaires santé ;
- la géolocalisation obligatoire des ambulances et taxis conventionnés ;
- le versement des allocations chômage sur un compte en France ou dans la zone de paiement en euros ;
- une « flagrance sociale » pour recouvrer plus vite les sommes dues en cas de travail dissimulé.
Le Parlement y a ajouté d’autres mesures, dont la suspension conservatoire de prestations en cas de soupçon de fraude, selon la décision du Conseil constitutionnel.
Ce que ça change
Allocataires, professionnels de santé, entreprises et complémentaires santé sont concernés. Selon l’étude d’impact du Gouvernement, le manque à gagner lié au travail dissimulé dans le privé non agricole est estimé entre 6,0 et 7,8 milliards d’euros par an ; 1,6 milliard a été redressé en 2024, mais 121 millions seulement ont été recouvrés. Plusieurs mesures nécessitent des décrets.
Ce qui est contesté
Le 5 mai 2026, l’Assemblée a adopté le texte final par 335 voix contre 182 et 5 abstentions (scrutin n° 6319). Contre : Socialistes (64), LFI (60), Écologiste et social (34), GDR (16) et 7 LIOT. Pour : RN (109), Ensemble pour la République (79), Droite républicaine (48), Les Démocrates (34), Horizons (33), UDR (16) et 10 LIOT.
Selon le compte rendu de la séance, Sandrine Runel (Socialistes) estime que « ce texte met fin à la présomption d’innocence et au droit à un procès équitable. » Christine Arrighi (Écologiste et social) résume : « Ce texte punit avant de juger. » Emmanuel Maurel (GDR) juge que le texte « risque de ne pénaliser que les pauvres, les chômeurs, les malades ». Mathilde Feld (LFI) reproche à la majorité d’avoir rejeté « toutes les mesures structurantes » contre la fraude fiscale.
Pour le Gouvernement, le ministre David Amiel indique que « 64 % des montants de la fraude sociale proviennent de la fraude aux cotisations des entreprises ». Nathalie Colin-Oesterlé (Horizons) soutient : « Tolérer la fraude n’a jamais protégé les faibles ; la combattre, oui ! » Laurent Mazaury annonce que LIOT votera « majoritairement » pour. Antoine Valentin (UDR) estime que le texte « va trop timidement dans le bon sens ».
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi les 18 et 19 mai 2026 par des députés socialistes, des députés LFI, écologistes et GDR, et des sénateurs, le Conseil a rendu le 18 juin 2026 la décision n° 2026-904 DC. Censurés :
- les articles 10 (expertise comptable), 12 (identifiant des associations) et 32 (informations du parquet financier au renseignement), « cavaliers législatifs » ajoutés par amendement sans lien avec le projet initial (§ 212 à 219) ;
- dans l’article 21, le recours à un « intermédiaire » pour les échanges de données entre Assurance maladie et complémentaires, faute de garanties pour la vie privée (§ 42 à 44).
Réserves d’interprétation (conditions de lecture du texte) :
- l’accès des agents de préfecture au répertoire des prestations sociales est limité à ceux qui instruisent des titres (§ 20) ;
- le droit d’obtenir des informations auprès de tiers est réservé aux agents spécialement désignés des CPAM, CAF et MSA (§ 74) ;
- les remboursements et retenues ne doivent pas priver une personne de « moyens convenables d’existence » (§ 119 et 144) ;
- France Travail ne peut traiter les données de connexion qu’en présence d’« indices sérieux » de fraude (§ 162) ;
- la suspension conservatoire des paiements doit préserver la prise en charge des soins essentiels (§ 208).
Où en est le texte
La loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 a été publiée au Journal officiel du 26 juin 2026, selon le dossier législatif.
Sources
- Exposé des motifs du projet de loi n° 24 (2025-2026), Sénat (14 octobre 2025)
- Étude d’impact du projet de loi, Sénat (14 octobre 2025)
- Scrutin public n° 6319 sur l’ensemble (texte de la CMP), Assemblée nationale (5 mai 2026)
- Compte rendu de la séance du 5 mai 2026, Assemblée nationale (5 mai 2026)
- Décision n° 2026-904 DC, Conseil constitutionnel (18 juin 2026)
- Dossier législatif, Assemblée nationale (25 juin 2026)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 37
- Contre
- 82
- Abstention
- 1
- Non-votant
- 1
- Votants
- 120
- Exprimés
- 119
- Majorité requise
- 60
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 122 membres | Contre | 0 | 39 | 0 | 0 | |
| EPR 91 membres | Contre | 0 | 18 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Pour | 18 | 0 | 0 | 0 | |
| SOC 69 membres | Pour | 11 | 0 | 1 | 0 | |
| DR 48 membres | Contre | 0 | 9 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Pour | 7 | 0 | 0 | 0 | |
| DEM 37 membres | Contre | 0 | 2 | 0 | 0 | |
| HOR 35 membres | Contre | 0 | 7 | 0 | 0 | |
| LIOT 22 membres | Contre | 0 | 1 | 0 | 0 | |
| UDDPLR 17 membres | Contre | 0 | 4 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Pour | 1 | 0 | 0 | 0 | |
| NI 10 membres | Contre | 0 | 2 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 39 dans le décompte
Contre (39) : Christian Girard, Jérôme Buisson, Nicolas Dragon, José Beaurain, Jorys Bovet, Jordan Guitton, Angélique Ranc, Frédéric Falcon, José Gonzalez, Géraldine Grangier, Kévin Mauvieux, Lisette Pollet, Christine Loir, Pierre Meurin, Edwige Diaz (ancien député), Christophe Bentz, Thierry Frappé, Sophie Blanc, Emeric Salmon, Philippe Lottiaux, Frank Giletti (ancien député), Philippe Schreck, Bénédicte Auzanot, Guillaume Florquin, Bruno Clavet, Pascal Markowsky, Julien Gabarron, Thierry Perez, Pascal Jenft, Julien Guibert, Antoine Golliot, Théo Bernhardt, Jonathan Gery, Tiffany Joncour, Patrice Martin, Robert Le Bourgeois, Catherine Rimbert, Sébastien Humbert, Joseph Rivière
Ensemble pour la République 19 dans le décompte
Contre (18) : Sébastien Huyghe, Sylvain Maillard, François Cormier-Bouligeon, Daniel Labaronne, Danielle Brulebois, Denis Masséglia, Bertrand Sorre, Nicole Le Peih, Brigitte Liso, Pieyre-Alexandre Anglade, Annie Vidal, Jean-François Rousset, Christophe Marion, Anthony Brosse, Françoise Buffet, Charles Sitzenstuhl, Charles Rodwell, Bastien Marchive
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 18 dans le décompte
Pour (18) : Élisa Martin, Ugo Bernalicis, Murielle Lepvraud, Anne Stambach-Terrenoir, François Piquemal, Sylvain Carrière, Ségolène Amiot, Emmanuel Fernandes, Clémence Guetté, Louis Boyard, Paul Vannier, Karen Erodi, Thomas Portes, René Pilato, Pierre-Yves Cadalen, Sandrine Nosbé, Mathilde Feld, Arnaud Saint-Martin
Socialistes et apparentés 12 dans le décompte
Pour (11) : Guillaume Garot, Martine Froger, Marie-José Allemand, Laurent Lhardit, Marc Pena, Jacques Oberti, Sébastien Saint-Pasteur, Fabrice Roussel, Peio Dufau, Denis Fégné, Sandrine Runel
Abstention (1) : Sacha Houlié
Droite Républicaine 9 dans le décompte
Contre (9) : Xavier Breton, Jean-Luc Bourgeaux, Patrick Hetzel, Thibault Bazin, Valérie Bazin-Malgras (ancien député), Frédérique Meunier, Sylvie Bonnet, Hubert Brigand, Élisabeth de Maistre
Écologiste et Social 7 dans le décompte
Pour (7) : Christine Arrighi, Nicolas Thierry, Jérémie Iordanoff, Julie Laernoes, Sandrine Rousseau, Benjamin Lucas-Lundy, Steevy Gustave
Les Démocrates 2 dans le décompte
Contre (2) : Geneviève Darrieussecq, Anne Bergantz
Horizons & Indépendants 7 dans le décompte
Contre (7) : Xavier Roseren, Pierre Henriet, Félicie Gérard, Didier Lemaire, Frédéric Valletoux, Nathalie Colin-Oesterlé, Thomas Lam
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 1 dans le décompte
Contre (1) : Constance de Pélichy
Union des droites pour la République 4 dans le décompte
Contre (4) : Marc Chavent, Olivier Fayssat, Alexandre Allegret-Pilot, Pierre-Henri Carbonnel
Gauche Démocrate et Républicaine 1 dans le décompte
Pour (1) : Karine Lebon
Non inscrit 2 dans le décompte
Contre (2) : Lionel Vuibert, Christine Engrand
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin