Votes · Scrutin n° 5935 · 31 mars 2026 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 1076 de Mme Colin-Oesterlé à l'article 12 bis A du projet de loi relatif à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales (première lecture).
Dossier : Projet de loi relatif à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales · Demandé par : Président du groupe "Horizons & Indépendants"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article 12 bis A
- Texte
- Projet de loi relatif à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales Projet de loi ordinaire
Amendement déposé par Mme Colin-Oesterlé et 7 cosignataires (HOR) · sort : adopté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
La dépense liée aux arrêts de travail s’est élevée à 16,6 milliards d’euros en 2024, soit une progression de 60 % par rapport à 2010. Depuis cette date, les indemnités journalières augmentent en moyenne de 3,8 % par an. Une telle évolution ne peut être pleinement justifiée ni par la croissance démographique ni par l’augmentation des salaires, ce qui interroge la soutenabilité de cette dynamique pour nos finances sociales.
L’encadrement de la prescription d’arrêts de travail par un acte de télémédecine doit demeurer proportionné et tenir compte de la réalité des territoires. Dans un contexte marqué par l’extension des déserts médicaux, de nombreux assurés rencontrent des difficultés persistantes pour obtenir un rendez-vous en présentiel dans des délais raisonnables. La télémédecine constitue alors un outil indispensable de continuité des soins.
Le droit en vigueur limite à trois jours la prescription d’un arrêt de travail en téléconsultation, sauf impossibilité pour l’assuré de consulter en présentiel. Cette dérogation permet notamment d’éviter que les habitants des territoires sous-dotés ne soient pénalisés.
Néanmoins, lorsqu’un second renouvellement d’arrêt de travail intervient, un délai significatif s’est en principe écoulé depuis la prescription initiale. Il apparaît alors proportionné d’exiger qu’une évaluation médicale en présentiel puisse intervenir. Une telle disposition permet de renforcer le contrôle des dépenses liées aux arrêts de travail tout en maintenant une souplesse adaptée aux contraintes territoriales.
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Rédiger ainsi cet article :
« Les troisième et quatrième alinéas de l’article L. 6316‑1 du code de la santé publique sont remplacés par deux alinéas ainsi rédigés :
« Le second renouvellement d’un arrêt de travail ne peut être délivré lors d’un acte de télémédecine. »
« Les services de communication au public en ligne ne peuvent fournir, explicitement ou implicitement, des prescriptions d’arrêts de travail, de produits de santé, de prestations et d’actes qu’à la condition que ces prescriptions aient fait, au préalable, l’objet d’une communication orale synchrone, en vidéotransmission ou téléphonique, entre le prescripteur et le patient. »
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Ce projet de loi du Gouvernement a été déposé au Sénat le 14 octobre 2025 par Jean-Pierre Farandou (Travail), Stéphanie Rist (Santé) et Amélie de Montchalin (Comptes publics), en procédure accélérée (une seule lecture par assemblée). Son exposé des motifs l’organise autour de trois axes : « mieux prévenir et détecter, mieux lutter et sanctionner, mieux recouvrer ». Parmi les mesures initiales :
- plus d’échanges d’informations entre fisc, douanes, caisses de sécurité sociale et départements ;
- un cadre pour les données de santé traitées par les complémentaires santé ;
- la géolocalisation obligatoire des ambulances et taxis conventionnés ;
- le versement des allocations chômage sur un compte en France ou dans la zone de paiement en euros ;
- une « flagrance sociale » pour recouvrer plus vite les sommes dues en cas de travail dissimulé.
Le Parlement y a ajouté d’autres mesures, dont la suspension conservatoire de prestations en cas de soupçon de fraude, selon la décision du Conseil constitutionnel.
Ce que ça change
Allocataires, professionnels de santé, entreprises et complémentaires santé sont concernés. Selon l’étude d’impact du Gouvernement, le manque à gagner lié au travail dissimulé dans le privé non agricole est estimé entre 6,0 et 7,8 milliards d’euros par an ; 1,6 milliard a été redressé en 2024, mais 121 millions seulement ont été recouvrés. Plusieurs mesures nécessitent des décrets.
Ce qui est contesté
Le 5 mai 2026, l’Assemblée a adopté le texte final par 335 voix contre 182 et 5 abstentions (scrutin n° 6319). Contre : Socialistes (64), LFI (60), Écologiste et social (34), GDR (16) et 7 LIOT. Pour : RN (109), Ensemble pour la République (79), Droite républicaine (48), Les Démocrates (34), Horizons (33), UDR (16) et 10 LIOT.
Selon le compte rendu de la séance, Sandrine Runel (Socialistes) estime que « ce texte met fin à la présomption d’innocence et au droit à un procès équitable. » Christine Arrighi (Écologiste et social) résume : « Ce texte punit avant de juger. » Emmanuel Maurel (GDR) juge que le texte « risque de ne pénaliser que les pauvres, les chômeurs, les malades ». Mathilde Feld (LFI) reproche à la majorité d’avoir rejeté « toutes les mesures structurantes » contre la fraude fiscale.
Pour le Gouvernement, le ministre David Amiel indique que « 64 % des montants de la fraude sociale proviennent de la fraude aux cotisations des entreprises ». Nathalie Colin-Oesterlé (Horizons) soutient : « Tolérer la fraude n’a jamais protégé les faibles ; la combattre, oui ! » Laurent Mazaury annonce que LIOT votera « majoritairement » pour. Antoine Valentin (UDR) estime que le texte « va trop timidement dans le bon sens ».
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi les 18 et 19 mai 2026 par des députés socialistes, des députés LFI, écologistes et GDR, et des sénateurs, le Conseil a rendu le 18 juin 2026 la décision n° 2026-904 DC. Censurés :
- les articles 10 (expertise comptable), 12 (identifiant des associations) et 32 (informations du parquet financier au renseignement), « cavaliers législatifs » ajoutés par amendement sans lien avec le projet initial (§ 212 à 219) ;
- dans l’article 21, le recours à un « intermédiaire » pour les échanges de données entre Assurance maladie et complémentaires, faute de garanties pour la vie privée (§ 42 à 44).
Réserves d’interprétation (conditions de lecture du texte) :
- l’accès des agents de préfecture au répertoire des prestations sociales est limité à ceux qui instruisent des titres (§ 20) ;
- le droit d’obtenir des informations auprès de tiers est réservé aux agents spécialement désignés des CPAM, CAF et MSA (§ 74) ;
- les remboursements et retenues ne doivent pas priver une personne de « moyens convenables d’existence » (§ 119 et 144) ;
- France Travail ne peut traiter les données de connexion qu’en présence d’« indices sérieux » de fraude (§ 162) ;
- la suspension conservatoire des paiements doit préserver la prise en charge des soins essentiels (§ 208).
Où en est le texte
La loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 a été publiée au Journal officiel du 26 juin 2026, selon le dossier législatif.
Sources
- Exposé des motifs du projet de loi n° 24 (2025-2026), Sénat (14 octobre 2025)
- Étude d’impact du projet de loi, Sénat (14 octobre 2025)
- Scrutin public n° 6319 sur l’ensemble (texte de la CMP), Assemblée nationale (5 mai 2026)
- Compte rendu de la séance du 5 mai 2026, Assemblée nationale (5 mai 2026)
- Décision n° 2026-904 DC, Conseil constitutionnel (18 juin 2026)
- Dossier législatif, Assemblée nationale (25 juin 2026)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Adopté
l'Assemblée nationale a adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 74
- Contre
- 73
- Abstention
- 1
- Non-votant
- 1
- Votants
- 148
- Exprimés
- 147
- Majorité requise
- 74
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 122 membres | Pour | 45 | 0 | 0 | 0 | |
| EPR 91 membres | Contre | 0 | 22 | 1 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Contre | 0 | 22 | 0 | 0 | |
| SOC 69 membres | Contre | 0 | 10 | 0 | 0 | |
| DR 48 membres | Pour | 9 | 5 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Contre | 0 | 6 | 0 | 0 | |
| DEM 37 membres | Contre | 2 | 6 | 0 | 0 | |
| HOR 35 membres | Pour | 11 | 0 | 0 | 0 | |
| LIOT 22 membres | Contre | 0 | 1 | 0 | 0 | |
| UDDPLR 17 membres | Pour | 5 | 0 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Contre | 0 | 1 | 0 | 0 | |
| NI 10 membres | Pour | 2 | 0 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 45 dans le décompte
Pour (45) : Marie-France Lorho, Christian Girard, Jérôme Buisson, Nicolas Dragon, José Beaurain, Jorys Bovet, Angélique Ranc, Frédéric Falcon, Julien Rancoule, José Gonzalez, Romain Baubry, Géraldine Grangier, Timothée Houssin, Lisette Pollet, Christine Loir, Serge Muller, Yoann Gillet, Pierre Meurin, Edwige Diaz (ancien député), Florence Goulet, Christophe Bentz, Laurence Robert-Dehault, Thierry Frappé, Sandrine Dogor-Such, Sophie Blanc, Philippe Lottiaux, Philippe Schreck, Bénédicte Auzanot, Eddy Casterman, Pascal Markowsky, René Lioret, Julien Gabarron, Thierry Perez, Pascal Jenft, Julien Guibert, Frédéric Weber, David Magnier, Antoine Golliot, Théo Bernhardt, Patrice Martin, Robert Le Bourgeois, Matthias Renault, Catherine Rimbert, Sébastien Humbert, Joseph Rivière
Ensemble pour la République 24 dans le décompte
Contre (22) : Sébastien Huyghe, Hervé Berville (ancien député), Didier Le Gac, Corinne Vignon, Daniel Labaronne, Danielle Brulebois, Denis Masséglia, Bertrand Sorre, Nicole Le Peih, Ludovic Mendes, Brigitte Liso, Annie Vidal, Jean-François Rousset, Christophe Marion, Anthony Brosse, Françoise Buffet, Charles Sitzenstuhl, Charles Rodwell, Bastien Marchive, Laure Miller, Anne-Sophie Ronceret, Marie-Philippe Lubet
Abstention (1) : Alim Latrèche
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 22 dans le décompte
Contre (22) : Élisa Martin, Ugo Bernalicis, Jean-Hugues Ratenon, Sophia Chikirou, Murielle Lepvraud, Nathalie Oziol, Sylvain Carrière, Emmanuel Fernandes, Sylvie Ferrer, Jérôme Legavre, Clémence Guetté, Louis Boyard, Farida Amrani, Antoine Léaument, Karen Erodi, Thomas Portes, René Pilato, Pierre-Yves Cadalen, Sandrine Nosbé, Mathilde Feld, Claire Lejeune, Gabrielle Cathala
Socialistes et apparentés 10 dans le décompte
Contre (10) : Claudia Rouaux, Laurent Baumel, Belkhir Belhaddad, Marie-José Allemand, Fabrice Barusseau, Jacques Oberti, Sébastien Saint-Pasteur, Christophe Proença, Denis Fégné, Sandrine Runel
Droite Républicaine 14 dans le décompte
Pour (9) : Jean-Luc Bourgeaux, Jean-Pierre Vigier, Thibault Bazin, Julien Dive, Valérie Bazin-Malgras (ancien député), Frédérique Meunier, Sylvie Bonnet, Nicolas Ray, Hubert Brigand
Contre (5) : Marie-Christine Dalloz, Patrick Hetzel, Christelle Minard, Ian Boucard, Élisabeth de Maistre
Écologiste et Social 6 dans le décompte
Contre (6) : Pouria Amirshahi, Nicolas Thierry, Jérémie Iordanoff, Sandra Regol, Marie-Charlotte Garin, Boris Tavernier
Les Démocrates 8 dans le décompte
Pour (2) : Romain Daubié, Anne Bergantz
Contre (6) : Sabine Thillaye, Geneviève Darrieussecq, Mickaël Cosson, Delphine Lingemann, Louise Morel, Éric Martineau
Horizons & Indépendants 11 dans le décompte
Pour (11) : Thierry Benoit, François Jolivet, François Gernigon, Félicie Gérard, Philippe Fait, Didier Lemaire, Béatrice Bellamy (ancien député), Jean-Michel Brard, Nathalie Colin-Oesterlé, Thomas Lam, Benoît Blanchard
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 1 dans le décompte
Contre (1) : Laurent Mazaury
Union des droites pour la République 5 dans le décompte
Pour (5) : Marc Chavent, Olivier Fayssat, Alexandre Allegret-Pilot, Pierre-Henri Carbonnel, Antoine Valentin
Gauche Démocrate et Républicaine 1 dans le décompte
Contre (1) : Karine Lebon
Non inscrit 2 dans le décompte
Pour (2) : Lionel Vuibert, Christine Engrand
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin