Votes · Scrutin n° 6185 · 14 avril 2026 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 2 de M. Kerbrat et les amendements identiques suivants de suppression de l'article premier de la proposition de loi visant à renforcer la sécurité, la rétention administrative et la prévention des risques d'attentat (première lecture).
Dossier : Renforcer la sécurité, la rétention administrative et la prévention des risques d’attentat · Demandé par : Présidente du groupe "La France insoumise – Nouveau Front Populaire"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article premier
- Texte
- Renforcer la sécurité, la rétention administrative et la prévention des risques d’attentat Proposition de loi ordinaire
Amendement déposé par M. Kerbrat et 68 cosignataires (LFI-NFP) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Par cet amendement de suppression, nous nous opposons totalement à cet article qui octroie des pouvoirs disproportionnés à l'autorité administrative par une injonction d'examen psychiatrique qui peut également conduire à une admission provisoire en soins psychiatriques sans consentement de la personne concernée.
L'article 1er permet au préfet dans un but préventif de faire obligation de se soumettre à un examen psychiatrique envers une personne pour qui il existe des "raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace grave pour l’ordre et la sécurité publics, à raison de son adhésion à des théories incitant ou faisant l’apologie d’actes de terrorisme et d’agissements susceptibles d’être en tout ou partie liés à des troubles mentaux".
Si la personne concernée ne se soumet pas à l'examen, le préfet peut prononcer l'admission provisoire en soins psychiatriques sans consentement afin de réaliser ledit examen, et il peut être autorisé à avoir recours aux forces de l'ordre pour y parvenir. L'appel contre l'ordonnance qui autorise de tels actes est possible mais il n'est même pas suspensif.
Le présent article menace les droits et libertés fondamentaux des personnes à plusieurs égards (liberté individuelle, intégrité/dignité humaine, respect de la vie privée, consentement aux soins, liberté d’aller et venir). Le droit actuel permet au préfet de décider de l’admission en soins psychiatriques seulement après certificat médical, tandis que cet article permet au préfet de prononcer une admission provisoire en soins psychiatriques sans consentement sur le seul fait qu’une personne suspectée ne se soit pas soumise à la nouvelle obligation d’examen psychiatrique ici créée. […]
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Supprimer cet article.
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Article parmi les plus disputés du texte Article premier : 16 scrutins publics, dont 3 serrés. Voir le classement
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Cette proposition de loi a été déposée le 2 décembre 2025 par Charles Rodwell (Ensemble pour la République) et des députés de plusieurs groupes, dont Michel Barnier (Droite républicaine) (texte déposé). Son exposé des motifs cite l’attaque de Mulhouse du 22 février 2025. D’après le texte définitif adopté le 16 juin 2026, la loi prévoit notamment :
- une injonction d’examen psychiatrique : le préfet peut obliger une personne adhérant à des thèses faisant l’apologie du terrorisme, et dont les agissements pourraient être liés à des troubles mentaux, à voir un psychiatre (article 1er) ;
- une rétention de sûreté terroriste : un condamné pour crime terroriste à quinze ans ou plus peut, après sa peine, être placé dans un « centre socio-médico-judiciaire de sûreté » s’il présente une « particulière dangerosité » (article 3) ;
- l’information du préfet sur certaines sorties de soins psychiatriques sans consentement (article 5) ;
- un casier judiciaire exigé pour changer de nom ou de prénom (article 7) ;
- une rétention administrative portée jusqu’à 180 voire 210 jours pour les étrangers en situation irrégulière condamnés pour des faits graves, et un cadre pour les placements successifs (articles 8 à 10).
Ce que ça change
Pour un étranger dont la rétention a été prolongée sur ce fondement, la durée cumulée de rétention pour une même mesure d’éloignement peut atteindre 540 jours, avec au plus cinq placements (article 10 du texte définitif).
Selon le baromètre publié sur le dossier de l’Assemblée, les décrets sur l’injonction psychiatrique et les changements de nom sont attendus en janvier 2027.
Ce qui est contesté
Le 16 juin 2026, l’Assemblée a adopté le texte final par 345 voix contre 177 et 11 abstentions (scrutin n° 7405). Contre : LFI (67), Socialistes (62), Écologiste et social (35), GDR (12). Pour : RN (117), Ensemble pour la République (86), Droite républicaine (47), Horizons (33), Les Démocrates (26), UDR (17), 12 LIOT.
Selon le compte rendu de la séance, Céline Hervieu (Socialistes) estime : « Les fanatiques ne sont pas des malades mentaux qu’il suffirait de soigner pour les défanatiser. » Léa Balage El Mariky (Écologiste et social) soutient : « En démocratie, la psychiatrie soigne ; elle n’enferme pas des coupables présumés. » Marcellin Nadeau (GDR) pointe la rétention, qui « pourra atteindre 540 jours dans certaines situations ».
Côté partisans, Marie Lebec (Ensemble pour la République) indique que le texte « comble surtout des vides juridiques identifiés ». Élisabeth de Maistre (Droite républicaine) défend les règles sur le changement de nom, qui empêchent selon elle « d’effacer un passé judiciaire ». Anne Bergantz (Les Démocrates) juge « que l’équilibre trouvé est le bon ».
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi le 23 juin 2026 par des députés LFI, écologistes et socialistes, le Conseil a rendu le 23 juillet 2026 la décision n° 2026-906 DC. Aucune disposition n’est censurée. Il émet des réserves d’interprétation, c’est-à-dire des conditions de lecture sans lesquelles le texte serait inconstitutionnel :
- l’avis du psychiatre à l’origine de l’injonction doit être écrit et motivé (§ 12) ; les parents ou le tuteur d’une personne mineure ou protégée doivent être informés (§ 14 et 26) ;
- la contrainte pour conduire la personne chez le psychiatre ne peut dépasser douze heures (§ 31 et 32) ; tout occupant du logement peut faire appel (§ 33) ;
- le certificat menant à une hospitalisation sans consentement ne peut venir d’un psychiatre de l’hôpital d’accueil (§ 40) ;
- la rétention de sûreté terroriste ne s’applique pas aux personnes condamnées avant la loi ou pour des faits antérieurs (§ 66) ;
- les informations transmises au préfet ne peuvent comporter ni certificats médicaux ni indications sur les soins (§ 79).
Les griefs contre l’allongement de la rétention des étrangers (articles 9 et 10) ont été écartés.
Où en est le texte
La loi n° 2026-667 du 27 juillet 2026 a été promulguée et publiée au Journal officiel du 28 juillet 2026, selon le dossier législatif.
Sources
- Proposition de loi n° 2180 (texte et exposé des motifs), Assemblée nationale (2 décembre 2025)
- Texte définitif adopté, T.A. n° 315, Assemblée nationale (16 juin 2026)
- Scrutin public n° 7405 sur l’ensemble (texte de la CMP) (16 juin 2026)
- Compte rendu de la séance du 16 juin 2026, Assemblée nationale (16 juin 2026)
- Décision n° 2026-906 DC, Conseil constitutionnel (23 juillet 2026)
- Dossier législatif, Assemblée nationale (27 juillet 2026)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 65
- Contre
- 78
- Abstention
- 1
- Non-votant
- 2
- Votants
- 144
- Exprimés
- 143
- Majorité requise
- 72
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 121 membres | Contre | 0 | 35 | 0 | 0 | |
| EPR 91 membres | Contre | 0 | 18 | 1 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Pour | 27 | 0 | 0 | 0 | |
| SOC 69 membres | Pour | 21 | 0 | 0 | 0 | |
| DR 48 membres | Contre | 0 | 12 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Pour | 13 | 0 | 0 | 0 | |
| DEM 37 membres | aucun vote | 1 | 1 | 0 | 0 | |
| HOR 35 membres | Contre | 0 | 4 | 0 | 1 | |
| LIOT 22 membres | Contre | 0 | 3 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Pour | 3 | 0 | 0 | 0 | |
| UDDPLR 17 membres | Contre | 0 | 5 | 0 | 0 | |
| NI 11 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 35 dans le décompte
Contre (35) : Christian Girard, Jérôme Buisson, Jorys Bovet, Gisèle Lelouis, Cyril Tribuiani, José Gonzalez, Romain Baubry, Emmanuel Taché, Lisette Pollet, Christine Loir, Pierre Meurin, Stéphanie Galzy, Michaël Taverne, Alexandre Loubet, Sandrine Dogor-Such, Michèle Martinez, Antoine Villedieu, Emeric Salmon, Béatrice Roullaud, Nathalie Da Conceicao Carvalho, Marine Hamelet, Philippe Lottiaux, Alexandre Dufosset, Guillaume Florquin, Monique Griseti, Emmanuel Fouquart, Nadine Lechon, Manon Bouquin (ancien député), Julien Gabarron, Claire Marais-Beuil, David Magnier, Théo Bernhardt, Aurélien Dutremble, Robert Le Bourgeois, Sébastien Humbert
Ensemble pour la République 20 dans le décompte
Contre (18) : Sébastien Huyghe, Constance Le Grip, Guillaume Kasbarian, Christine Le Nabour, Denis Masséglia, Nicole Dubré-Chirat, Ludovic Mendes, Brigitte Liso, Anne Genetet, Olivia Grégoire, Marie Lebec, Annie Vidal, Jean-Marie Fiévet, Jean-Luc Fugit, Charles Sitzenstuhl, Catherine Ibled, Christophe Mongardien, Marie-Philippe Lubet
Abstention (1) : Brigitte Klinkert
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 27 dans le décompte
Pour (27) : Élisa Martin, Ugo Bernalicis, Mathilde Panot, Éric Coquerel, Danièle Obono, Manuel Bompard, Murielle Lepvraud, Anne Stambach-Terrenoir, Christophe Bex, Sylvain Carrière, Mathilde Hignet, Andrée Taurinya, Andy Kerbrat, Ségolène Amiot, Emmanuel Fernandes, Sylvie Ferrer, Jean-François Coulomme, Clémence Guetté, Maxime Laisney, Farida Amrani, Antoine Léaument, Karen Erodi, Pierre-Yves Cadalen, Sandrine Nosbé, Mathilde Feld, Shéhérazade Bentorki, Gabrielle Cathala
Socialistes et apparentés 21 dans le décompte
Pour (21) : Pascale Got, Guillaume Garot, Marietta Karamanli, Marie-Noëlle Battistel, Dominique Potier, Chantal Jourdan, Sacha Houlié, Gérard Leseul, Roger Vicot, Fatiha Keloua Hachi, Martine Froger, Marie-José Allemand, Laurent Lhardit, Océane Godard, Pierre Pribetich, Jacques Oberti, Karim Benbrahim, Florence Herouin-Léautey, Céline Hervieu, Dieynaba Diop, Romain Eskenazi
Droite Républicaine 12 dans le décompte
Contre (12) : Philippe Juvin, Eric Liégeon, Christelle Minard, Guillaume Lepers (ancien député), Valérie Bazin-Malgras (ancien député), Sylvie Bonnet, Émilie Bonnivard, Ian Boucard, Anne-Laure Blin, François-Xavier Ceccoli, Élisabeth de Maistre, Lionel Duparay
Écologiste et Social 13 dans le décompte
Pour (13) : Pouria Amirshahi, Hendrik Davi, Christine Arrighi, Charles Fournier, Jérémie Iordanoff, Jean-Claude Raux, Lisa Belluco, Karim Ben Cheikh, Benjamin Lucas-Lundy, Tristan Lahais, Nicolas Bonnet, Léa Balage El Mariky, Arnaud Bonnet
Horizons & Indépendants 5 dans le décompte
Contre (4) : Charlotte Parmentier-Lecocq, Félicie Gérard, Pierre Marle, Véronique Ludmann
Non-votant (1) : Marie-Agnès Poussier-Winsback
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 3 dans le décompte
Contre (3) : Christophe Naegelen, Joël Bruneau, Laurent Mazaury
Gauche Démocrate et Républicaine 3 dans le décompte
Pour (3) : Nicolas Sansu, Elsa Faucillon, Marcellin Nadeau
Union des droites pour la République 5 dans le décompte
Contre (5) : Christelle D'Intorni, Sophie Ricourt Vaginay, Bernard Chaix, Olivier Fayssat, Pierre-Henri Carbonnel
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin