Votes · Scrutin n° 620 · 27 janvier 2025 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 6 de Mme Panot à l'article premier de la proposition de loi contre toutes les fraudes aux aides publiques (première lecture).
Demandé par : Présidente du groupe "La France insoumise – Nouveau Front Populaire"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article premier
- Texte
- Contre toutes les fraudes aux aides publiques Proposition de loi ordinaire
Amendement déposé par Mme Panot et 69 cosignataires (LFI-NFP) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Par cet amendement de repli, les députés LFI-NFP souhaitent préciser la notion d’aides publiques entrant dans le champ des suspensions de versement prévus à cet article. En raison du niveau de dépendance économique des bénéficiaires des aides sociales, nous proposons de les sortir de ce mécanisme de suspension qui devient de fait coercitif.
En effet, l’utilisation de la notion d’aides publiques rend le périmètre flou et potentiellement extrêmement extensif. Dans son sens le plus général, une « aide publique » concerne toute aide financière octroyée par une personne publique. En ce sens, cela concerne autant le versement d’APL que le bénéfice du crédit d’impôts recherche.
Cette proposition de loi élude complétement la question de la différentiation des aides publiques, tant du point de vue des conditionnalités pour en disposer, que du rapport de dépendance financière à une aide publique selon le niveau de richesse des personnes physiques ou morales qui en bénéficient. Une société suspecte peut parfaitement se passer trois mois des crédits d’impôts dont elle bénéficie. À l’inverse, un ménage précaire dépendant des APL pour se loger risque d’être plongé brutalement dans une rupture de paiements, ce qui peut signifier l’exclusion de son domicile. Dans ce cas de figure, la suspension des aides, même pour trois mois, revêt une dimension coercitive forte, laissée à la seule discrétion de l’administration.
Nous refusons ces manœuvres fallacieuses qui prétendent que les aides publiques sont un bloc monolithique qui peuvent être suspendues dans les mêmes conditions pour une multinationale que pour un ménage précaire. […]
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
À la première phrase de l’alinéa 2, après la première occurrence du mot :
« publique »,
insérer les mots :
« , à l’exception des prestations sociales, ».
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
La loi donne aux administrations de nouveaux outils contre les fraudes aux aides publiques (aides à la rénovation énergétique, formation professionnelle, certificats d’économies d’énergie…) et encadre le démarchage téléphonique. C’est une proposition de loi déposée le 15 octobre 2024 par Thomas Cazenave et des députés du groupe Ensemble pour la République. D’après la décision du Conseil constitutionnel et le rapporteur en séance, elle prévoit notamment :
- la suspension, pendant trois mois renouvelables une fois, d’une aide publique en cas d’« indices sérieux » de fraude (paragraphes 6 et 7) ;
- davantage d’échanges d’informations entre administrations et un droit d’accès élargi pour l’inspection générale de l’administration (paragraphe 15) ;
- le contrôle des compteurs d’électricité et de gaz par des agents des gestionnaires de réseau (paragraphe 39) ;
- des sanctions plus lourdes et la publication des sanctions visant certaines entreprises ;
- l’interdiction du démarchage téléphonique sans consentement explicite.
Ce que ça change
Selon le rapporteur Thomas Cazenave, les fraudes aux aides publiques représentent « un montant estimé à environ 1,6 milliard d’euros chaque année ». Il indique que l’escroquerie en bande organisée aux finances publiques pourra devenir un crime puni de quinze ans de prison (compte rendu du 14 mai 2025). Pour les particuliers, Delphine Batho résume la nouvelle règle : nul ne peut être démarché par téléphone « s’il n’a pas donné un consentement explicite ». La suspension d’une aide ne vise pas les prestations sociales versées par les caisses de sécurité sociale ou le RSA, qui ont leurs propres règles (paragraphe 9 de la décision).
Ce qui est contesté
Aucun groupe n’a voté contre. En première lecture, le 27 janvier 2025, le texte a été adopté par 131 voix contre 0, La France insoumise s’abstenant (17 abstentions). Le texte de la commission mixte paritaire (CMP, réunion de députés et de sénateurs chargée de trouver un texte commun) a été adopté le 14 mai 2025 sans scrutin public. En première lecture, les articles 3 et 4 de la proposition ont concentré le plus de scrutins publics (10 et 6).
Claire Lejeune (LFI) annonce une nouvelle abstention. Elle voit dans le texte « un risque d’extension de l’arbitraire » de l’administration, « à rebours » de la présomption d’innocence, et regrette qu’il ne traite pas de la fraude aux crédits d’impôt et aux exonérations fiscales. Marie-Noëlle Battistel (Socialistes) vote pour mais regrette « les renoncements au sujet du démarchage téléphonique ». Emmanuel Maurel juge le texte « déséquilibré et incomplet » tout en le votant.
Côté partisans, Paul Midy (Ensemble pour la République) affirme que « la fraude sociale et fiscale, c’est du vol ». Sophie Mette (Démocrates) estime que ce phénomène « demeurait un angle mort ». La ministre Amélie de Montchalin soutient le texte au nom du Gouvernement.
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi le 26 mai 2025 par des députés LFI, le Conseil a rendu sa décision le 26 juin 2025.
- Censurés comme « cavaliers législatifs » (ajouts sans lien avec le texte initial) : la fin de tout effacement, en cas de surendettement, des dettes nées d’aides sociales versées à tort (article 3) ; l’obligation de répondre par voie électronique au fisc et aux douanes (article 6) ; les techniques d’enquête de la criminalité organisée pour l’escroquerie en bande organisée (article 12) ; de nouveaux motifs de refus d’enregistrement des organismes de formation (article 20) (paragraphes 36 à 38 et 59 à 66).
- Validée : la suspension d’une aide pendant trois mois, qui n’est pas une « punition » mais une mesure conservatoire et laisse ouverts les recours (paragraphes 12 et 13).
- Validés aussi : l’accès de l’inspection générale de l’administration aux données (paragraphe 27) et le contrôle des compteurs, qui ne permet pas d’entrer dans un domicile « hors la présence et sans l’assentiment de son occupant » (paragraphe 56).
Où en est le texte
La loi n° 2025-594 du 30 juin 2025 a été publiée au Journal officiel du 1er juillet 2025.
Sources
- Dossier législatif de l’Assemblée nationale (30/06/2025)
- Proposition de loi n° 447 (15/10/2024)
- Compte rendu de la première séance du 14 mai 2025 (lecture du texte de la CMP) (14/05/2025)
- Scrutin n° 653 sur l’ensemble en première lecture (27/01/2025)
- Décision n° 2025-887 DC du Conseil constitutionnel (26/06/2025)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 19
- Contre
- 59
- Abstention
- 3
- Non-votant
- 1
- Votants
- 81
- Exprimés
- 78
- Majorité requise
- 40
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 124 membres | Contre | 0 | 28 | 0 | 0 | |
| EPR 95 membres | Contre | 0 | 17 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Pour | 16 | 0 | 0 | 0 | |
| SOC 66 membres | Contre | 0 | 1 | 0 | 0 | |
| DR 47 membres | Contre | 0 | 4 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Abstention | 1 | 0 | 3 | 0 | |
| DEM 36 membres | Contre | 0 | 3 | 0 | 0 | |
| HOR 33 membres | Contre | 0 | 2 | 0 | 0 | |
| LIOT 23 membres | Pour | 1 | 0 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Pour | 1 | 0 | 0 | 0 | |
| UDR 16 membres | Contre | 0 | 3 | 0 | 0 | |
| NI 10 membres | Contre | 0 | 1 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 28 dans le décompte
Contre (28) : Jocelyn Dessigny, Jordan Guitton, Christophe Barthès (ancien député), Lionel Tivoli, Timothée Houssin, Yoann Gillet, Pascale Bordes (ancien député), Pierre Meurin, Edwige Diaz (ancien député), Roger Chudeau, Matthieu Marchio, Sophie Blanc, Anaïs Sabatini, Emeric Salmon, Marine Hamelet, Pascal Markowsky, Nadine Lechon, Sylvie Josserand (ancien député), Pascal Jenft, Frédéric Weber, Anthony Boulogne, David Magnier, Antoine Golliot, Marc de Fleurian, Arnaud Sanvert (ancien député), Robert Le Bourgeois, Julien Limongi, Catherine Rimbert
Ensemble pour la République 18 dans le décompte
Contre (17) : Brigitte Klinkert, Corinne Vignon, Liliana Tanguy, Daniel Labaronne, Danielle Brulebois, Amélia Lakrafi, Natalia Pouzyreff, Gabriel Attal, Freddy Sertin (ancien député), Thomas Cazenave (ancien député), Anthony Brosse, Julie Delpech, Mathieu Lefèvre (ancien député), Paul Midy, Yannick Chenevard, Pauline Levasseur (ancien député), Emmanuelle Hoffman
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 16 dans le décompte
Pour (16) : Mathilde Panot, Anne Stambach-Terrenoir, François Piquemal, Christophe Bex, Mathilde Hignet, Marianne Maximi, Gabriel Amard (ancien député), Jean-François Coulomme, Alma Dufour, Nadège Abomangoli, Maxime Laisney, Antoine Léaument, Pierre-Yves Cadalen, Anaïs Belouassa-Cherifi, Claire Lejeune, Gabrielle Cathala
Socialistes et apparentés 1 dans le décompte
Contre (1) : Chantal Jourdan
Droite Républicaine 4 dans le décompte
Contre (4) : Jean-Pierre Vigier, Julien Dive, Émilie Bonnivard, Alexandra Martin (Alpes-Maritimes)
Écologiste et Social 4 dans le décompte
Pour (1) : Emmanuel Duplessy
Abstention (3) : Delphine Batho, Jean-Claude Raux, Sandra Regol
Les Démocrates 3 dans le décompte
Contre (3) : Sophie Mette, Romain Daubié, Pascal Lecamp
Horizons & Indépendants 2 dans le décompte
Contre (2) : Félicie Gérard, Thomas Lam
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 1 dans le décompte
Pour (1) : David Taupiac
Gauche Démocrate et Républicaine 1 dans le décompte
Pour (1) : Jean-Paul Lecoq
UDR 3 dans le décompte
Contre (3) : Gérault Verny, Bartolomé Lenoir, Éric Michoux
Non inscrit 1 dans le décompte
Contre (1) : Daniel Grenon
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin