Votes · Scrutin n° 6213 · 15 avril 2026 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 50 de M. Kerbrat et les amendements identiques suivants de suppression de l'article 3 de la proposition de loi visant à renforcer la sécurité, la rétention administrative et la prévention des risques d'attentat (première lecture).
Dossier : Renforcer la sécurité, la rétention administrative et la prévention des risques d’attentat · Demandé par : Présidente du groupe "La France insoumise – Nouveau Front Populaire"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article 3
- Texte
- Renforcer la sécurité, la rétention administrative et la prévention des risques d’attentat Proposition de loi ordinaire
Amendement déposé par M. Kerbrat et 69 cosignataires (LFI-NFP) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Par cet amendement, les député.es du groupe LFI souhaitent supprimer l’extension du régime de prévention de la récidive terroriste aux personnes condamnées pour des infractions de droit commun.
L’article 3 propose pour les personnes condamnées pour des infractions de droit commun que, si la dangerosité et le risque de récidive sont avérés à la fin de la peine privative de liberté, le juge d’application des peines peut, sur réquisition du parquet national antiterroriste (PNAT), prononcer une mesure judiciaire de prévention de la récidive terroriste et de réinsertion.
Ces mesures sont des moyens de contrôle judiciaire des personnes à la sortie de la prison par un ensemble d’obligations : résidence dans un lieu déterminé, respect des prises en charge sanitaire et sociale, etc.
À l’instar de la création d’une rétention de sûreté terroriste, cette mesure est un aveu d’échec des politiques pénitentiaires. En effet, défendre une telle mesure revient à considérer que le suivi en prison et l’accompagnement des détenus vers la sortie des comportements déviants et infractionnels n’ont pas été menés. Les mesures de sûreté et de suivi judiciaires après la peine ne peuvent être des supplétifs à la peine. Nous ne pouvons accepter que ce suivi judiciaire se fasse après la fin de la peine prononcée. Le problème se situe donc dans l’état de délabrement avancé de la prison, dont le taux d’occupation ne cesse, mois après mois, de battre des records (136,5 % au 1er décembre 2025).
Pour toutes ces raisons, cette mesure est inutile et ne se concentre pas sur le problème de fond : celui de l’état de nos prisons et de la politique pénitentiaire.
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Supprimer cet article.
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Cette proposition de loi a été déposée le 2 décembre 2025 par Charles Rodwell (Ensemble pour la République) et des députés de plusieurs groupes, dont Michel Barnier (Droite républicaine) (texte déposé). Son exposé des motifs cite l’attaque de Mulhouse du 22 février 2025. D’après le texte définitif adopté le 16 juin 2026, la loi prévoit notamment :
- une injonction d’examen psychiatrique : le préfet peut obliger une personne adhérant à des thèses faisant l’apologie du terrorisme, et dont les agissements pourraient être liés à des troubles mentaux, à voir un psychiatre (article 1er) ;
- une rétention de sûreté terroriste : un condamné pour crime terroriste à quinze ans ou plus peut, après sa peine, être placé dans un « centre socio-médico-judiciaire de sûreté » s’il présente une « particulière dangerosité » (article 3) ;
- l’information du préfet sur certaines sorties de soins psychiatriques sans consentement (article 5) ;
- un casier judiciaire exigé pour changer de nom ou de prénom (article 7) ;
- une rétention administrative portée jusqu’à 180 voire 210 jours pour les étrangers en situation irrégulière condamnés pour des faits graves, et un cadre pour les placements successifs (articles 8 à 10).
Ce que ça change
Pour un étranger dont la rétention a été prolongée sur ce fondement, la durée cumulée de rétention pour une même mesure d’éloignement peut atteindre 540 jours, avec au plus cinq placements (article 10 du texte définitif).
Selon le baromètre publié sur le dossier de l’Assemblée, les décrets sur l’injonction psychiatrique et les changements de nom sont attendus en janvier 2027.
Ce qui est contesté
Le 16 juin 2026, l’Assemblée a adopté le texte final par 345 voix contre 177 et 11 abstentions (scrutin n° 7405). Contre : LFI (67), Socialistes (62), Écologiste et social (35), GDR (12). Pour : RN (117), Ensemble pour la République (86), Droite républicaine (47), Horizons (33), Les Démocrates (26), UDR (17), 12 LIOT.
Selon le compte rendu de la séance, Céline Hervieu (Socialistes) estime : « Les fanatiques ne sont pas des malades mentaux qu’il suffirait de soigner pour les défanatiser. » Léa Balage El Mariky (Écologiste et social) soutient : « En démocratie, la psychiatrie soigne ; elle n’enferme pas des coupables présumés. » Marcellin Nadeau (GDR) pointe la rétention, qui « pourra atteindre 540 jours dans certaines situations ».
Côté partisans, Marie Lebec (Ensemble pour la République) indique que le texte « comble surtout des vides juridiques identifiés ». Élisabeth de Maistre (Droite républicaine) défend les règles sur le changement de nom, qui empêchent selon elle « d’effacer un passé judiciaire ». Anne Bergantz (Les Démocrates) juge « que l’équilibre trouvé est le bon ».
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi le 23 juin 2026 par des députés LFI, écologistes et socialistes, le Conseil a rendu le 23 juillet 2026 la décision n° 2026-906 DC. Aucune disposition n’est censurée. Il émet des réserves d’interprétation, c’est-à-dire des conditions de lecture sans lesquelles le texte serait inconstitutionnel :
- l’avis du psychiatre à l’origine de l’injonction doit être écrit et motivé (§ 12) ; les parents ou le tuteur d’une personne mineure ou protégée doivent être informés (§ 14 et 26) ;
- la contrainte pour conduire la personne chez le psychiatre ne peut dépasser douze heures (§ 31 et 32) ; tout occupant du logement peut faire appel (§ 33) ;
- le certificat menant à une hospitalisation sans consentement ne peut venir d’un psychiatre de l’hôpital d’accueil (§ 40) ;
- la rétention de sûreté terroriste ne s’applique pas aux personnes condamnées avant la loi ou pour des faits antérieurs (§ 66) ;
- les informations transmises au préfet ne peuvent comporter ni certificats médicaux ni indications sur les soins (§ 79).
Les griefs contre l’allongement de la rétention des étrangers (articles 9 et 10) ont été écartés.
Où en est le texte
La loi n° 2026-667 du 27 juillet 2026 a été promulguée et publiée au Journal officiel du 28 juillet 2026, selon le dossier législatif.
Sources
- Proposition de loi n° 2180 (texte et exposé des motifs), Assemblée nationale (2 décembre 2025)
- Texte définitif adopté, T.A. n° 315, Assemblée nationale (16 juin 2026)
- Scrutin public n° 7405 sur l’ensemble (texte de la CMP) (16 juin 2026)
- Compte rendu de la séance du 16 juin 2026, Assemblée nationale (16 juin 2026)
- Décision n° 2026-906 DC, Conseil constitutionnel (23 juillet 2026)
- Dossier législatif, Assemblée nationale (27 juillet 2026)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 37
- Contre
- 56
- Abstention
- 0
- Non-votant
- 2
- Votants
- 93
- Exprimés
- 93
- Majorité requise
- 47
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 122 membres | Contre | 0 | 25 | 0 | 0 | |
| EPR 91 membres | Contre | 0 | 13 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Pour | 15 | 0 | 0 | 0 | |
| SOC 69 membres | Pour | 12 | 0 | 0 | 0 | |
| DR 48 membres | Contre | 0 | 4 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Pour | 8 | 0 | 0 | 0 | |
| DEM 37 membres | Contre | 0 | 6 | 0 | 1 | |
| HOR 35 membres | Contre | 0 | 5 | 0 | 0 | |
| LIOT 22 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Pour | 2 | 0 | 0 | 0 | |
| UDDPLR 17 membres | Contre | 0 | 3 | 0 | 0 | |
| NI 10 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 25 dans le décompte
Contre (25) : Christian Girard, Nicolas Dragon, José Beaurain, Gisèle Lelouis, Romain Baubry, Kévin Mauvieux, Lisette Pollet, Serge Muller, Yoann Gillet, Florence Goulet, Michaël Taverne, Kévin Pfeffer, Anaïs Sabatini, Antoine Villedieu, Emeric Salmon, Béatrice Roullaud, Jean-Philippe Tanguy, Yaël Ménaché, Marine Hamelet, Philippe Lottiaux, Monique Griseti, Emmanuel Fouquart, Anthony Boulogne, Matthias Renault, Anne Sicard
Ensemble pour la République 14 dans le décompte
Contre (13) : Brigitte Klinkert, Hervé Berville (ancien député), Christine Le Nabour, Nicole Le Peih, Olivia Grégoire, Marie Lebec, Natalia Pouzyreff, Françoise Buffet, Charles Sitzenstuhl, Charles Rodwell, Joséphine Missoffe, Vincent Caure, Marie-Philippe Lubet
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 15 dans le décompte
Pour (15) : Élisa Martin, Ugo Bernalicis, Mathilde Panot, Sophia Chikirou, Andrée Taurinya, Andy Kerbrat, Marianne Maximi, Élise Leboucher, Jean-François Coulomme, Aurélie Trouvé, Karen Erodi, René Pilato, Sandrine Nosbé, Zahia Hamdane, Raphaël Arnault
Socialistes et apparentés 12 dans le décompte
Pour (12) : Dominique Potier, Sacha Houlié, Roger Vicot, Elie Califer, Aurélien Rousseau, Marie-José Allemand, Paul Christophle, Océane Godard, Jacques Oberti, Karim Benbrahim, Denis Fégné, Céline Hervieu
Droite Républicaine 4 dans le décompte
Contre (4) : Jean-Louis Thiériot, Nicolas Ray, François-Xavier Ceccoli, Élisabeth de Maistre
Écologiste et Social 8 dans le décompte
Pour (8) : Dominique Voynet, Pouria Amirshahi, Hendrik Davi, Julie Laernoes, Sandra Regol, Nicolas Bonnet, Léa Balage El Mariky, Steevy Gustave
Les Démocrates 7 dans le décompte
Contre (6) : Sophie Mette, Marc Fesneau, Blandine Brocard, Emmanuel Mandon, Louise Morel, Éric Martineau
Non-votant (1) : Christophe Blanchet
Horizons & Indépendants 5 dans le décompte
Contre (5) : Pierre Henriet, Félicie Gérard, Pierre Marle, Véronique Ludmann, Didier Lemaire
Gauche Démocrate et Républicaine 2 dans le décompte
Pour (2) : Elsa Faucillon, Yannick Monnet
Union des droites pour la République 3 dans le décompte
Contre (3) : Christelle D'Intorni, Olivier Fayssat, Pierre-Henri Carbonnel
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin