Votes · Scrutin n° 6277 · 16 avril 2026 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 66 de M. Léaument à l'article 8 bis de la proposition de loi visant à renforcer la sécurité, la rétention administrative et la prévention des risques d'attentat (première lecture).
Dossier : Renforcer la sécurité, la rétention administrative et la prévention des risques d’attentat · Demandé par : Présidente du groupe "La France insoumise – Nouveau Front Populaire"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article 8 bis
- Texte
- Renforcer la sécurité, la rétention administrative et la prévention des risques d’attentat Proposition de loi ordinaire
Amendement déposé par M. Léaument et 69 cosignataires (LFI-NFP) · sort : adopté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Par cet amendement de repli, les député.es du groupe LFI souhaitent supprimer l’extension du champ de la rétention administrative.
Le nouvel article 8 bis adopté en commission permet à l’autorité administrative de prononcer au terme d’une première mesure de rétention une nouvelle mesure de placement de l’étranger, notamment lorsqu’il représente une menace pour l’ordre public, sur les mêmes motifs que la première mesure de rétention. Ce dispositif est renouvelable et peut durer 360 jours pour les étrangers relevant du droit commun et jusqu’à 540 jours, soit 18 mois, pour les étrangers condamnés pour des actes terroristes.
Cet article s’inscrit dans la vision des différents gouvernements ces dernières années de faire de l’étranger un « nuisible » qu’il faut extraire de l’espace public, et qui est amalgamé à un délinquant. D’une part, le champ d’application est extrêmement large et peut s’appliquer à beaucoup d’étrangers retenus, que l’on considère comme menaçants pour l’ordre public (en raison de faits de vols, de vente de stupéfiants, etc.). D’autre part, les conditions d’atteinte à l’ordre public, ainsi que celles du risque de la soustraction, ne sont pas suffisantes pour justifier que l’on retienne, hors toute sanction pénale, un individu 1 an ou 18 mois. Enfin, la rétention d’un individu pour une durée aussi longue, alors même qu’elle est fondée sur une décision administrative qui ne repose sur aucune enquête précise et concrète, revient au « fait du prince » de décider de l’espace de liberté des individus.
Pour toutes ces raisons, nous proposons de supprimer ces alinéas.
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Supprimer les alinéas 2 et 3.
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Article parmi les plus disputés du texte Article 8 bis : 13 scrutins publics, dont 5 serrés. Voir le classement
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Cette proposition de loi a été déposée le 2 décembre 2025 par Charles Rodwell (Ensemble pour la République) et des députés de plusieurs groupes, dont Michel Barnier (Droite républicaine) (texte déposé). Son exposé des motifs cite l’attaque de Mulhouse du 22 février 2025. D’après le texte définitif adopté le 16 juin 2026, la loi prévoit notamment :
- une injonction d’examen psychiatrique : le préfet peut obliger une personne adhérant à des thèses faisant l’apologie du terrorisme, et dont les agissements pourraient être liés à des troubles mentaux, à voir un psychiatre (article 1er) ;
- une rétention de sûreté terroriste : un condamné pour crime terroriste à quinze ans ou plus peut, après sa peine, être placé dans un « centre socio-médico-judiciaire de sûreté » s’il présente une « particulière dangerosité » (article 3) ;
- l’information du préfet sur certaines sorties de soins psychiatriques sans consentement (article 5) ;
- un casier judiciaire exigé pour changer de nom ou de prénom (article 7) ;
- une rétention administrative portée jusqu’à 180 voire 210 jours pour les étrangers en situation irrégulière condamnés pour des faits graves, et un cadre pour les placements successifs (articles 8 à 10).
Ce que ça change
Pour un étranger dont la rétention a été prolongée sur ce fondement, la durée cumulée de rétention pour une même mesure d’éloignement peut atteindre 540 jours, avec au plus cinq placements (article 10 du texte définitif).
Selon le baromètre publié sur le dossier de l’Assemblée, les décrets sur l’injonction psychiatrique et les changements de nom sont attendus en janvier 2027.
Ce qui est contesté
Le 16 juin 2026, l’Assemblée a adopté le texte final par 345 voix contre 177 et 11 abstentions (scrutin n° 7405). Contre : LFI (67), Socialistes (62), Écologiste et social (35), GDR (12). Pour : RN (117), Ensemble pour la République (86), Droite républicaine (47), Horizons (33), Les Démocrates (26), UDR (17), 12 LIOT.
Selon le compte rendu de la séance, Céline Hervieu (Socialistes) estime : « Les fanatiques ne sont pas des malades mentaux qu’il suffirait de soigner pour les défanatiser. » Léa Balage El Mariky (Écologiste et social) soutient : « En démocratie, la psychiatrie soigne ; elle n’enferme pas des coupables présumés. » Marcellin Nadeau (GDR) pointe la rétention, qui « pourra atteindre 540 jours dans certaines situations ».
Côté partisans, Marie Lebec (Ensemble pour la République) indique que le texte « comble surtout des vides juridiques identifiés ». Élisabeth de Maistre (Droite républicaine) défend les règles sur le changement de nom, qui empêchent selon elle « d’effacer un passé judiciaire ». Anne Bergantz (Les Démocrates) juge « que l’équilibre trouvé est le bon ».
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi le 23 juin 2026 par des députés LFI, écologistes et socialistes, le Conseil a rendu le 23 juillet 2026 la décision n° 2026-906 DC. Aucune disposition n’est censurée. Il émet des réserves d’interprétation, c’est-à-dire des conditions de lecture sans lesquelles le texte serait inconstitutionnel :
- l’avis du psychiatre à l’origine de l’injonction doit être écrit et motivé (§ 12) ; les parents ou le tuteur d’une personne mineure ou protégée doivent être informés (§ 14 et 26) ;
- la contrainte pour conduire la personne chez le psychiatre ne peut dépasser douze heures (§ 31 et 32) ; tout occupant du logement peut faire appel (§ 33) ;
- le certificat menant à une hospitalisation sans consentement ne peut venir d’un psychiatre de l’hôpital d’accueil (§ 40) ;
- la rétention de sûreté terroriste ne s’applique pas aux personnes condamnées avant la loi ou pour des faits antérieurs (§ 66) ;
- les informations transmises au préfet ne peuvent comporter ni certificats médicaux ni indications sur les soins (§ 79).
Les griefs contre l’allongement de la rétention des étrangers (articles 9 et 10) ont été écartés.
Où en est le texte
La loi n° 2026-667 du 27 juillet 2026 a été promulguée et publiée au Journal officiel du 28 juillet 2026, selon le dossier législatif.
Sources
- Proposition de loi n° 2180 (texte et exposé des motifs), Assemblée nationale (2 décembre 2025)
- Texte définitif adopté, T.A. n° 315, Assemblée nationale (16 juin 2026)
- Scrutin public n° 7405 sur l’ensemble (texte de la CMP) (16 juin 2026)
- Compte rendu de la séance du 16 juin 2026, Assemblée nationale (16 juin 2026)
- Décision n° 2026-906 DC, Conseil constitutionnel (23 juillet 2026)
- Dossier législatif, Assemblée nationale (27 juillet 2026)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Adopté
l'Assemblée nationale a adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 66
- Contre
- 49
- Abstention
- 0
- Non-votant
- 1
- Votants
- 115
- Exprimés
- 115
- Majorité requise
- 58
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 122 membres | Contre | 0 | 18 | 0 | 0 | |
| EPR 91 membres | Contre | 0 | 17 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Pour | 32 | 0 | 0 | 0 | |
| SOC 69 membres | Pour | 18 | 0 | 0 | 0 | |
| DR 48 membres | Contre | 0 | 7 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Pour | 12 | 0 | 0 | 0 | |
| DEM 37 membres | Contre | 0 | 2 | 0 | 0 | |
| HOR 35 membres | Contre | 0 | 5 | 0 | 0 | |
| LIOT 22 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| UDDPLR 17 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Pour | 4 | 0 | 0 | 0 | |
| NI 10 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 18 dans le décompte
Contre (18) : Bruno Bilde, Frédéric Falcon, Gisèle Lelouis, Kévin Mauvieux, Lisette Pollet, Christine Loir, Michaël Taverne, Eddy Casterman, Guillaume Florquin, Monique Griseti, Pascal Markowsky, Thibaut Monnier, Manon Bouquin (ancien député), Frédéric Weber, Théo Bernhardt, Tiffany Joncour, Gaëtan Dussausaye, Anne Sicard
Ensemble pour la République 18 dans le décompte
Contre (17) : Constance Le Grip, Florent Boudié (ancien député), Sylvain Maillard, Corinne Vignon, Brigitte Liso, Anne Genetet, Olivia Grégoire, Marie Lebec, Jean-Luc Fugit, Anthony Brosse, Astrid Panosyan-Bouvet (ancien député), Benoît Larrouquis, Charles Rodwell, Karl Olive, Pierre Cazeneuve, Prisca Thevenot, Laure Miller
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 32 dans le décompte
Pour (32) : Élisa Martin, Loïc Prud'homme, Sophia Chikirou, Sarah Legrain, Laurent Alexandre, Manuel Bompard, Murielle Lepvraud, Anne Stambach-Terrenoir, Nathalie Oziol, Andy Kerbrat, Marianne Maximi, Emmanuel Fernandes, Gabriel Amard (ancien député), Élise Leboucher, Alma Dufour, Nadège Abomangoli, Jérôme Legavre, Clémence Guetté, Louis Boyard, Damien Maudet, Maxime Laisney, Farida Amrani, Paul Vannier, Antoine Léaument, Karen Erodi, René Pilato, Sandrine Nosbé, Marie Mesmeur, Aurélien Le Coq, Shéhérazade Bentorki, Claire Lejeune, Bérenger Cernon
Socialistes et apparentés 18 dans le décompte
Pour (18) : Marietta Karamanli, Marie-Noëlle Battistel, Dominique Potier, Isabelle Santiago, Mickaël Bouloux, Iñaki Echaniz, Fatiha Keloua Hachi, Aurélien Rousseau, Dorine Bregman, Pierre Pribetich, Jacques Oberti, Karim Benbrahim, Fabrice Roussel, Stéphane Hablot, Peio Dufau, Denis Fégné, Céline Hervieu, Ayda Hadizadeh
Droite Républicaine 7 dans le décompte
Contre (7) : Michèle Tabarot, Vincent Descoeur, Thibault Bazin, Jean-Louis Thiériot, Ian Boucard, Nicolas Tryzna, Élisabeth de Maistre
Écologiste et Social 12 dans le décompte
Pour (12) : Clémentine Autain, Jean-Louis Roumégas, Hendrik Davi, Marie Pochon, Charles Fournier, Julie Laernoes, Jean-Claude Raux, Sandrine Rousseau, Sabrina Sebaihi, Damien Girard, Nicolas Bonnet, Léa Balage El Mariky
Les Démocrates 2 dans le décompte
Contre (2) : Géraldine Bannier, Nicolas Turquois
Horizons & Indépendants 5 dans le décompte
Contre (5) : Laurent Marcangeli, Lise Magnier, Pierre Henriet, Frédéric Valletoux, Benoît Blanchard
Gauche Démocrate et Républicaine 4 dans le décompte
Pour (4) : Jean-Paul Lecoq, Nicolas Sansu, Stéphane Peu, Elsa Faucillon
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin