Votes · Scrutin n° 6280 · 16 avril 2026 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 157 du Gouvernement à l'article 8 bis de la proposition de loi visant à renforcer la sécurité, la rétention administrative et la prévention des risques d'attentat (première lecture).
Dossier : Renforcer la sécurité, la rétention administrative et la prévention des risques d’attentat · Demandé par : Présidente du groupe "La France insoumise – Nouveau Front Populaire"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article 8 bis
- Texte
- Renforcer la sécurité, la rétention administrative et la prévention des risques d’attentat Proposition de loi ordinaire
Amendement déposé par le Gouvernement · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
L’article 8 bis de la présente proposition de loi modifie l’article L. 741-7 du CESEDA afin d’encadrer la possibilité de réitérer le placement en rétention administrative d’un étranger en situation irrégulière sur le fondement d’une même décision d’éloignement, en réponse à la censure constitutionnelle de cet article avec effet différé au 1er novembre 2026 (décision n° 2025-1172 QPC du 16 octobre 2025).
Sa rédaction est conforme à l’avis du Conseil d’Etat rendu le 18 décembre 2025, en ce qu’elle prévoit des plafonds de quatre réitérations pour une durée cumulée maximale de 540 jours pour les ESI terroristes ou représentant une menace d’une particulière gravité pour l’ordre public, et de cinq réitérations et 360 jours maximum s’agissant des autres étrangers.
Cependant, la décision Aroja (affaire C-150/24) rendue par la Cour de justice de l’Union européenne le 5 mars 2026, donc après l’adoption en commission des lois de l’article 8bis précité, ajoute une nouvelle condition à la légalité du placement en réitération. En application de cette décision, en cas de nouveau placement en rétention sur le fondement d’une même décision de retour, la durée cumulée maximale de rétention est la durée maximale prévue par le droit national en application de la directive « retour » : autrement dit, en l’état actuel du CESEDA, elle est désormais seulement de 90 jours, et de 210 jours pour les retenus terroristes.
L’article 8bis de la présente proposition de loi prévoit de rehausser ces plafonds, respectivement à 360 et 540 jours en cas de placement réitéré. […]
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Compléter cet article par l’alinéa suivant :
« Pour la seule application du présent article, la durée maximale de rétention prévue en vertu du paragraphe 6 de l’article 15 de la directive 2008/115/CE est de 540 jours ».
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Article parmi les plus disputés du texte Article 8 bis : 13 scrutins publics, dont 5 serrés. Voir le classement
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Cette proposition de loi a été déposée le 2 décembre 2025 par Charles Rodwell (Ensemble pour la République) et des députés de plusieurs groupes, dont Michel Barnier (Droite républicaine) (texte déposé). Son exposé des motifs cite l’attaque de Mulhouse du 22 février 2025. D’après le texte définitif adopté le 16 juin 2026, la loi prévoit notamment :
- une injonction d’examen psychiatrique : le préfet peut obliger une personne adhérant à des thèses faisant l’apologie du terrorisme, et dont les agissements pourraient être liés à des troubles mentaux, à voir un psychiatre (article 1er) ;
- une rétention de sûreté terroriste : un condamné pour crime terroriste à quinze ans ou plus peut, après sa peine, être placé dans un « centre socio-médico-judiciaire de sûreté » s’il présente une « particulière dangerosité » (article 3) ;
- l’information du préfet sur certaines sorties de soins psychiatriques sans consentement (article 5) ;
- un casier judiciaire exigé pour changer de nom ou de prénom (article 7) ;
- une rétention administrative portée jusqu’à 180 voire 210 jours pour les étrangers en situation irrégulière condamnés pour des faits graves, et un cadre pour les placements successifs (articles 8 à 10).
Ce que ça change
Pour un étranger dont la rétention a été prolongée sur ce fondement, la durée cumulée de rétention pour une même mesure d’éloignement peut atteindre 540 jours, avec au plus cinq placements (article 10 du texte définitif).
Selon le baromètre publié sur le dossier de l’Assemblée, les décrets sur l’injonction psychiatrique et les changements de nom sont attendus en janvier 2027.
Ce qui est contesté
Le 16 juin 2026, l’Assemblée a adopté le texte final par 345 voix contre 177 et 11 abstentions (scrutin n° 7405). Contre : LFI (67), Socialistes (62), Écologiste et social (35), GDR (12). Pour : RN (117), Ensemble pour la République (86), Droite républicaine (47), Horizons (33), Les Démocrates (26), UDR (17), 12 LIOT.
Selon le compte rendu de la séance, Céline Hervieu (Socialistes) estime : « Les fanatiques ne sont pas des malades mentaux qu’il suffirait de soigner pour les défanatiser. » Léa Balage El Mariky (Écologiste et social) soutient : « En démocratie, la psychiatrie soigne ; elle n’enferme pas des coupables présumés. » Marcellin Nadeau (GDR) pointe la rétention, qui « pourra atteindre 540 jours dans certaines situations ».
Côté partisans, Marie Lebec (Ensemble pour la République) indique que le texte « comble surtout des vides juridiques identifiés ». Élisabeth de Maistre (Droite républicaine) défend les règles sur le changement de nom, qui empêchent selon elle « d’effacer un passé judiciaire ». Anne Bergantz (Les Démocrates) juge « que l’équilibre trouvé est le bon ».
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi le 23 juin 2026 par des députés LFI, écologistes et socialistes, le Conseil a rendu le 23 juillet 2026 la décision n° 2026-906 DC. Aucune disposition n’est censurée. Il émet des réserves d’interprétation, c’est-à-dire des conditions de lecture sans lesquelles le texte serait inconstitutionnel :
- l’avis du psychiatre à l’origine de l’injonction doit être écrit et motivé (§ 12) ; les parents ou le tuteur d’une personne mineure ou protégée doivent être informés (§ 14 et 26) ;
- la contrainte pour conduire la personne chez le psychiatre ne peut dépasser douze heures (§ 31 et 32) ; tout occupant du logement peut faire appel (§ 33) ;
- le certificat menant à une hospitalisation sans consentement ne peut venir d’un psychiatre de l’hôpital d’accueil (§ 40) ;
- la rétention de sûreté terroriste ne s’applique pas aux personnes condamnées avant la loi ou pour des faits antérieurs (§ 66) ;
- les informations transmises au préfet ne peuvent comporter ni certificats médicaux ni indications sur les soins (§ 79).
Les griefs contre l’allongement de la rétention des étrangers (articles 9 et 10) ont été écartés.
Où en est le texte
La loi n° 2026-667 du 27 juillet 2026 a été promulguée et publiée au Journal officiel du 28 juillet 2026, selon le dossier législatif.
Sources
- Proposition de loi n° 2180 (texte et exposé des motifs), Assemblée nationale (2 décembre 2025)
- Texte définitif adopté, T.A. n° 315, Assemblée nationale (16 juin 2026)
- Scrutin public n° 7405 sur l’ensemble (texte de la CMP) (16 juin 2026)
- Compte rendu de la séance du 16 juin 2026, Assemblée nationale (16 juin 2026)
- Décision n° 2026-906 DC, Conseil constitutionnel (23 juillet 2026)
- Dossier législatif, Assemblée nationale (27 juillet 2026)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 57
- Contre
- 82
- Abstention
- 0
- Non-votant
- 1
- Votants
- 139
- Exprimés
- 139
- Majorité requise
- 70
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 122 membres | Pour | 17 | 0 | 0 | 0 | |
| EPR 91 membres | Pour | 18 | 0 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Contre | 0 | 45 | 0 | 0 | |
| SOC 69 membres | Contre | 0 | 16 | 0 | 0 | |
| DR 48 membres | Pour | 7 | 0 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Contre | 0 | 18 | 0 | 0 | |
| DEM 37 membres | Pour | 7 | 0 | 0 | 0 | |
| HOR 35 membres | Pour | 3 | 0 | 0 | 0 | |
| LIOT 22 membres | Pour | 2 | 0 | 0 | 0 | |
| UDDPLR 17 membres | Pour | 3 | 0 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Contre | 0 | 3 | 0 | 0 | |
| NI 10 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 17 dans le décompte
Pour (17) : Bruno Bilde, Frédéric Falcon, Kévin Mauvieux, Lisette Pollet, Christine Loir, Christophe Bentz, Michaël Taverne, Philippe Ballard, Alexandre Sabatou, Eddy Casterman, Guillaume Florquin, Thibaut Monnier, Manon Bouquin (ancien député), Frédéric Weber, Théo Bernhardt, Gaëtan Dussausaye, Anne Sicard
Ensemble pour la République 19 dans le décompte
Pour (18) : Constance Le Grip, Florent Boudié (ancien député), Éric Bothorel, Sylvain Maillard, Corinne Vignon, Brigitte Liso, Anne Genetet, Pieyre-Alexandre Anglade, Olivia Grégoire, Marie Lebec, Jean-Luc Fugit, Anthony Brosse, Françoise Buffet, Astrid Panosyan-Bouvet (ancien député), Benoît Larrouquis, Charles Rodwell, Anne-Sophie Ronceret, Christophe Mongardien
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 45 dans le décompte
Contre (45) : Loïc Prud'homme, Ugo Bernalicis, Mathilde Panot, Sophia Chikirou, Sarah Legrain, Laurent Alexandre, Manuel Bompard, Sébastien Delogu, Murielle Lepvraud, Hadrien Clouet, Anne Stambach-Terrenoir, Christophe Bex, Nathalie Oziol, Sylvain Carrière, Mathilde Hignet, Andrée Taurinya, Andy Kerbrat, Ségolène Amiot, Marianne Maximi, Emmanuel Fernandes, Gabriel Amard (ancien député), Élise Leboucher, Jean-François Coulomme, Aurélie Trouvé, Alma Dufour, Nadège Abomangoli, Jérôme Legavre, Clémence Guetté, Louis Boyard, Damien Maudet, Maxime Laisney, Farida Amrani, Paul Vannier, Antoine Léaument, Karen Erodi, René Pilato, Pierre-Yves Cadalen, Sandrine Nosbé, Marie Mesmeur, Mathilde Feld, Aurélien Le Coq, Zahia Hamdane, Claire Lejeune, Bérenger Cernon, Gabrielle Cathala
Socialistes et apparentés 16 dans le décompte
Contre (16) : Marietta Karamanli, Marie-Noëlle Battistel, Dominique Potier, Isabelle Santiago, Philippe Brun, Mickaël Bouloux, Iñaki Echaniz, Fatiha Keloua Hachi, Dorine Bregman, Pierre Pribetich, Jacques Oberti, Karim Benbrahim, Fabrice Roussel, Stéphane Hablot, Peio Dufau, Céline Hervieu
Droite Républicaine 7 dans le décompte
Pour (7) : Michèle Tabarot, Michel Barnier, Thibault Bazin, Jean-Louis Thiériot, Valérie Bazin-Malgras (ancien député), Nicolas Tryzna, Élisabeth de Maistre
Écologiste et Social 18 dans le décompte
Contre (18) : Clémentine Autain, Jean-Louis Roumégas, Pouria Amirshahi, Hendrik Davi, Charles Fournier, Cyrielle Chatelain, Jérémie Iordanoff, Sandra Regol, Sandrine Rousseau, Lisa Belluco, Karim Ben Cheikh, Sabrina Sebaihi, Danielle Simonnet, Tristan Lahais, Damien Girard, Nicolas Bonnet, Léa Balage El Mariky, Steevy Gustave
Les Démocrates 7 dans le décompte
Pour (7) : Sophie Mette, Marc Fesneau, Géraldine Bannier, Jean-Paul Mattei, Nicolas Turquois, Éric Martineau, Anne Bergantz
Horizons & Indépendants 3 dans le décompte
Pour (3) : Laurent Marcangeli, Michel Criaud, Frédéric Valletoux
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 2 dans le décompte
Pour (2) : Jean-Luc Warsmann, Constance de Pélichy
Union des droites pour la République 3 dans le décompte
Pour (3) : Christelle D'Intorni, Olivier Fayssat, Maxime Michelet
Gauche Démocrate et Républicaine 3 dans le décompte
Contre (3) : Jean-Paul Lecoq, Nicolas Sansu, Jean-Victor Castor
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin