Votes · Scrutin n° 636 · 27 janvier 2025 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 84 du Gouvernement à l'article 3 de la proposition de loi contre toutes les fraudes aux aides publiques (première lecture).
Demandé par : Président du groupe "Ensemble pour la République"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article 3
- Texte
- Contre toutes les fraudes aux aides publiques Proposition de loi ordinaire
Amendement déposé par le Gouvernement · sort : adopté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Il s’agit d’un amendement de mise en cohérence légistique et qui, par ailleurs, revient aux règles communes applicables à la publication des décisions prononcées par l'autorité administrative chargée de la concurrence et de la consommation.
Tout d’abord, l’article L. 242-16 du code de la consommation existe déjà et sanctionne l’ensemble des manquements aux règles encadrant le démarchage téléphonique. Il se trouverait écrasé par les dispositions prévues par les alinéas 40 à 45 de l’article 3 du présent projet de loi, si celles n’étaient pas reprises dans un article L. 242-16-1 nouveau du code de la consommation.
En second lieu, il convient de s’en tenir aux règles édictées par l’article L. 522-6 du code de la consommation qui prévoit déjà la possibilité d’une publication de la décision prononcée par l'autorité administrative chargée de la concurrence et de la consommation aux frais de la personne sanctionnée.
Cette publication aux frais de la personne sanctionnée est, désormais, très largement la règle pour les injonctions et les sanctions décidées par les services de la CCRF, en application d’une stratégie dite du « name and shame » et afin de renforcer le caractère dissuasif de ses décisions. Dans certains domaines, comme le démarchage téléphonique illicite, la publication est devenue systématique compte tenu des risques de préjudices économiques encourus par les consommateurs et causés par les pratiques qui font suite à ce type de prospection et des atteintes portées à leur vie privée.
Bien évidemment, ces mesures de publication s’apprécient en opportunité, compte tenu de la gravité des manquements, des circonstances qui les entourent et en application du principe de proportionnalité.
Il n’y donc pas lieu de s’écarter des dispositions de l’article L. […]
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
I. – Au début de l’alinéa 40, substituer à la mention :
« Art. L. 242‑16. – »
la mention :
« Art. L. 242‑16‑1. – ».
II. – En conséquence, supprimer les alinéas 41 à 44.
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Article parmi les plus disputés du texte Article 3 : 10 scrutins publics, dont 2 serrés. Voir le classement
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
La loi donne aux administrations de nouveaux outils contre les fraudes aux aides publiques (aides à la rénovation énergétique, formation professionnelle, certificats d’économies d’énergie…) et encadre le démarchage téléphonique. C’est une proposition de loi déposée le 15 octobre 2024 par Thomas Cazenave et des députés du groupe Ensemble pour la République. D’après la décision du Conseil constitutionnel et le rapporteur en séance, elle prévoit notamment :
- la suspension, pendant trois mois renouvelables une fois, d’une aide publique en cas d’« indices sérieux » de fraude (paragraphes 6 et 7) ;
- davantage d’échanges d’informations entre administrations et un droit d’accès élargi pour l’inspection générale de l’administration (paragraphe 15) ;
- le contrôle des compteurs d’électricité et de gaz par des agents des gestionnaires de réseau (paragraphe 39) ;
- des sanctions plus lourdes et la publication des sanctions visant certaines entreprises ;
- l’interdiction du démarchage téléphonique sans consentement explicite.
Ce que ça change
Selon le rapporteur Thomas Cazenave, les fraudes aux aides publiques représentent « un montant estimé à environ 1,6 milliard d’euros chaque année ». Il indique que l’escroquerie en bande organisée aux finances publiques pourra devenir un crime puni de quinze ans de prison (compte rendu du 14 mai 2025). Pour les particuliers, Delphine Batho résume la nouvelle règle : nul ne peut être démarché par téléphone « s’il n’a pas donné un consentement explicite ». La suspension d’une aide ne vise pas les prestations sociales versées par les caisses de sécurité sociale ou le RSA, qui ont leurs propres règles (paragraphe 9 de la décision).
Ce qui est contesté
Aucun groupe n’a voté contre. En première lecture, le 27 janvier 2025, le texte a été adopté par 131 voix contre 0, La France insoumise s’abstenant (17 abstentions). Le texte de la commission mixte paritaire (CMP, réunion de députés et de sénateurs chargée de trouver un texte commun) a été adopté le 14 mai 2025 sans scrutin public. En première lecture, les articles 3 et 4 de la proposition ont concentré le plus de scrutins publics (10 et 6).
Claire Lejeune (LFI) annonce une nouvelle abstention. Elle voit dans le texte « un risque d’extension de l’arbitraire » de l’administration, « à rebours » de la présomption d’innocence, et regrette qu’il ne traite pas de la fraude aux crédits d’impôt et aux exonérations fiscales. Marie-Noëlle Battistel (Socialistes) vote pour mais regrette « les renoncements au sujet du démarchage téléphonique ». Emmanuel Maurel juge le texte « déséquilibré et incomplet » tout en le votant.
Côté partisans, Paul Midy (Ensemble pour la République) affirme que « la fraude sociale et fiscale, c’est du vol ». Sophie Mette (Démocrates) estime que ce phénomène « demeurait un angle mort ». La ministre Amélie de Montchalin soutient le texte au nom du Gouvernement.
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi le 26 mai 2025 par des députés LFI, le Conseil a rendu sa décision le 26 juin 2025.
- Censurés comme « cavaliers législatifs » (ajouts sans lien avec le texte initial) : la fin de tout effacement, en cas de surendettement, des dettes nées d’aides sociales versées à tort (article 3) ; l’obligation de répondre par voie électronique au fisc et aux douanes (article 6) ; les techniques d’enquête de la criminalité organisée pour l’escroquerie en bande organisée (article 12) ; de nouveaux motifs de refus d’enregistrement des organismes de formation (article 20) (paragraphes 36 à 38 et 59 à 66).
- Validée : la suspension d’une aide pendant trois mois, qui n’est pas une « punition » mais une mesure conservatoire et laisse ouverts les recours (paragraphes 12 et 13).
- Validés aussi : l’accès de l’inspection générale de l’administration aux données (paragraphe 27) et le contrôle des compteurs, qui ne permet pas d’entrer dans un domicile « hors la présence et sans l’assentiment de son occupant » (paragraphe 56).
Où en est le texte
La loi n° 2025-594 du 30 juin 2025 a été publiée au Journal officiel du 1er juillet 2025.
Sources
- Dossier législatif de l’Assemblée nationale (30/06/2025)
- Proposition de loi n° 447 (15/10/2024)
- Compte rendu de la première séance du 14 mai 2025 (lecture du texte de la CMP) (14/05/2025)
- Scrutin n° 653 sur l’ensemble en première lecture (27/01/2025)
- Décision n° 2025-887 DC du Conseil constitutionnel (26/06/2025)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Adopté
l'Assemblée nationale a adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 70
- Contre
- 15
- Abstention
- 0
- Non-votant
- 2
- Votants
- 85
- Exprimés
- 85
- Majorité requise
- 43
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 124 membres | Pour | 32 | 0 | 0 | 0 | |
| EPR 95 membres | Pour | 22 | 0 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Contre | 0 | 8 | 0 | 1 | |
| SOC 66 membres | Contre | 0 | 3 | 0 | 0 | |
| DR 47 membres | Pour | 2 | 0 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Contre | 0 | 3 | 0 | 0 | |
| DEM 36 membres | Pour | 5 | 0 | 0 | 0 | |
| HOR 33 membres | Pour | 1 | 0 | 0 | 0 | |
| LIOT 23 membres | Pour | 3 | 0 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Contre | 0 | 1 | 0 | 0 | |
| UDR 16 membres | Pour | 4 | 0 | 0 | 0 | |
| NI 10 membres | Pour | 1 | 0 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 32 dans le décompte
Pour (32) : Nicolas Meizonnet, Jocelyn Dessigny, Jordan Guitton, Angélique Ranc, Christophe Barthès (ancien député), Lionel Tivoli, Romain Baubry, Franck Allisio, Timothée Houssin, Yoann Gillet, Pascale Bordes (ancien député), Pierre Meurin, Aurélien Lopez-Liguori (ancien député), Roger Chudeau, Matthieu Marchio, Thierry Frappé, Sophie Blanc, Anaïs Sabatini, Emeric Salmon, Marine Hamelet, Frédéric Boccaletti, Guillaume Florquin, Pascal Markowsky, Nadine Lechon, Sylvie Josserand (ancien député), Pascal Jenft, Frédéric Weber, Anthony Boulogne, Antoine Golliot, Marc de Fleurian, Arnaud Sanvert (ancien député), Catherine Rimbert
Ensemble pour la République 23 dans le décompte
Pour (22) : Brigitte Klinkert, Sandra Marsaud, Corinne Vignon, Liliana Tanguy, Daniel Labaronne, Danielle Brulebois, Lionel Causse, Amélia Lakrafi, Pieyre-Alexandre Anglade, Véronique Riotton, Marie Lebec, Natalia Pouzyreff, Stéphane Buchou, Gabriel Attal, Jean-Luc Fugit, Thomas Cazenave (ancien député), Julie Delpech, Mathieu Lefèvre (ancien député), Paul Midy, Yannick Chenevard, Laure Miller, Anne-Sophie Ronceret
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 9 dans le décompte
Contre (8) : Mathilde Panot, Anne Stambach-Terrenoir, Christophe Bex, Marianne Maximi, Jean-François Coulomme, Alma Dufour, Pierre-Yves Cadalen, Claire Lejeune
Non-votant (1) : Nadège Abomangoli
Socialistes et apparentés 3 dans le décompte
Contre (3) : Chantal Jourdan, Philippe Brun, Marie-José Allemand
Droite Républicaine 2 dans le décompte
Pour (2) : Jean-Pierre Vigier, Émilie Bonnivard
Écologiste et Social 3 dans le décompte
Contre (3) : Delphine Batho, Emmanuel Duplessy, Julie Ozenne
Les Démocrates 5 dans le décompte
Pour (5) : Sophie Mette, Romain Daubié, Mickaël Cosson, Hubert Ott, Pascal Lecamp
Horizons & Indépendants 1 dans le décompte
Pour (1) : Thomas Lam
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 3 dans le décompte
Pour (3) : Christophe Naegelen, Laurent Panifous (ancien député), David Taupiac
Gauche Démocrate et Républicaine 1 dans le décompte
Contre (1) : Jean-Paul Lecoq
UDR 4 dans le décompte
Pour (4) : Sophie Ricourt Vaginay, Olivier Fayssat, Bartolomé Lenoir, Éric Michoux
Non inscrit 1 dans le décompte
Pour (1) : Daniel Grenon
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin