Votes · Scrutin n° 638 · 27 janvier 2025 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 18 de Mme Panot à l'article 3 de la proposition de loi contre toutes les fraudes aux aides publiques (première lecture).
Demandé par : Président de séance
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article 3
- Texte
- Contre toutes les fraudes aux aides publiques Proposition de loi ordinaire
Amendement déposé par Mme Panot et 69 cosignataires (LFI-NFP) · sort : adopté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Par cet amendement, les députés LFI-NFP souhaitent élargir la suspension d’agrément de l’Etat aux entreprises de conseil en énergie qui sont en situation de conflit d’intérêt avec des entreprises de construction.
En effet, le dispositif MaPrimeRénov’ repose sur un double agrément de l’Etat. D’un côté, les entreprises de rénovation sont labellisées « reconnu garant de l’environnement » (RGE) pour pouvoir être éligible au dispositif. De l’autre côté, les entreprises de conseil en énergie doivent être agréées « Mon accompagnateur Rénov’ » (MAR).
Cet agrément MAR est conditionné à des critères d’indépendance vis-à-vis des entreprises de rénovation de sorte que les clients soient dirigés vers la meilleure solution de rénovation pour eux. En ce sens, le décret du 22 juillet 2022 prévoit que « Tout opérateur souhaitant être agréé doit remplir une condition d’indépendance au regard de l’exécution d’un ouvrage dans le domaine de la rénovation énergétique », cette disposition est désormais présente dans l’article R232-4 de la partie réglementaire du code de l’énergie.
Cependant, il apparaît que plusieurs entreprises agrées MAR sont en situation de conflit d’intérêt, car elles ont des relations particulières avec certaines entreprises de rénovation, vers lesquelles elles orientent les clients alors même que parfois cela ne représente pas la meilleure offre de rénovation. Elles agissent de cette manière en simples apporteurs d’affaires », à la faveur d’un portefeuille d’entreprises prédéterminées, qui peuvent les remercier de leurs services sous différentes formes.
Près de 15 % des accompagnateurs rénov' seraient dans une situation de conflits d’intérêts d’après les associations de consommateurs. […]
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Après l’alinéa 57, insérer l’alinéa suivant :
« II. – À titre conservatoire, l’autorité administrative chargée de la concurrence et de la consommation peut suspendre l’agrément dit « Mon accompagnateur rénov’ » lorsque les agents habilités ont constaté que les conditions d’indépendance nécessaires pour obtenir cet agrément ne sont plus réunies. Cette suspension n’emporte pas d’effets sur l’éligibilité aux aides financières précitées pour les bénéficiaires ayant contracté avec l’entreprise à la date de notification de la décision de suspension. »
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Article parmi les plus disputés du texte Article 3 : 10 scrutins publics, dont 2 serrés. Voir le classement
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
La loi donne aux administrations de nouveaux outils contre les fraudes aux aides publiques (aides à la rénovation énergétique, formation professionnelle, certificats d’économies d’énergie…) et encadre le démarchage téléphonique. C’est une proposition de loi déposée le 15 octobre 2024 par Thomas Cazenave et des députés du groupe Ensemble pour la République. D’après la décision du Conseil constitutionnel et le rapporteur en séance, elle prévoit notamment :
- la suspension, pendant trois mois renouvelables une fois, d’une aide publique en cas d’« indices sérieux » de fraude (paragraphes 6 et 7) ;
- davantage d’échanges d’informations entre administrations et un droit d’accès élargi pour l’inspection générale de l’administration (paragraphe 15) ;
- le contrôle des compteurs d’électricité et de gaz par des agents des gestionnaires de réseau (paragraphe 39) ;
- des sanctions plus lourdes et la publication des sanctions visant certaines entreprises ;
- l’interdiction du démarchage téléphonique sans consentement explicite.
Ce que ça change
Selon le rapporteur Thomas Cazenave, les fraudes aux aides publiques représentent « un montant estimé à environ 1,6 milliard d’euros chaque année ». Il indique que l’escroquerie en bande organisée aux finances publiques pourra devenir un crime puni de quinze ans de prison (compte rendu du 14 mai 2025). Pour les particuliers, Delphine Batho résume la nouvelle règle : nul ne peut être démarché par téléphone « s’il n’a pas donné un consentement explicite ». La suspension d’une aide ne vise pas les prestations sociales versées par les caisses de sécurité sociale ou le RSA, qui ont leurs propres règles (paragraphe 9 de la décision).
Ce qui est contesté
Aucun groupe n’a voté contre. En première lecture, le 27 janvier 2025, le texte a été adopté par 131 voix contre 0, La France insoumise s’abstenant (17 abstentions). Le texte de la commission mixte paritaire (CMP, réunion de députés et de sénateurs chargée de trouver un texte commun) a été adopté le 14 mai 2025 sans scrutin public. En première lecture, les articles 3 et 4 de la proposition ont concentré le plus de scrutins publics (10 et 6).
Claire Lejeune (LFI) annonce une nouvelle abstention. Elle voit dans le texte « un risque d’extension de l’arbitraire » de l’administration, « à rebours » de la présomption d’innocence, et regrette qu’il ne traite pas de la fraude aux crédits d’impôt et aux exonérations fiscales. Marie-Noëlle Battistel (Socialistes) vote pour mais regrette « les renoncements au sujet du démarchage téléphonique ». Emmanuel Maurel juge le texte « déséquilibré et incomplet » tout en le votant.
Côté partisans, Paul Midy (Ensemble pour la République) affirme que « la fraude sociale et fiscale, c’est du vol ». Sophie Mette (Démocrates) estime que ce phénomène « demeurait un angle mort ». La ministre Amélie de Montchalin soutient le texte au nom du Gouvernement.
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi le 26 mai 2025 par des députés LFI, le Conseil a rendu sa décision le 26 juin 2025.
- Censurés comme « cavaliers législatifs » (ajouts sans lien avec le texte initial) : la fin de tout effacement, en cas de surendettement, des dettes nées d’aides sociales versées à tort (article 3) ; l’obligation de répondre par voie électronique au fisc et aux douanes (article 6) ; les techniques d’enquête de la criminalité organisée pour l’escroquerie en bande organisée (article 12) ; de nouveaux motifs de refus d’enregistrement des organismes de formation (article 20) (paragraphes 36 à 38 et 59 à 66).
- Validée : la suspension d’une aide pendant trois mois, qui n’est pas une « punition » mais une mesure conservatoire et laisse ouverts les recours (paragraphes 12 et 13).
- Validés aussi : l’accès de l’inspection générale de l’administration aux données (paragraphe 27) et le contrôle des compteurs, qui ne permet pas d’entrer dans un domicile « hors la présence et sans l’assentiment de son occupant » (paragraphe 56).
Où en est le texte
La loi n° 2025-594 du 30 juin 2025 a été publiée au Journal officiel du 1er juillet 2025.
Sources
- Dossier législatif de l’Assemblée nationale (30/06/2025)
- Proposition de loi n° 447 (15/10/2024)
- Compte rendu de la première séance du 14 mai 2025 (lecture du texte de la CMP) (14/05/2025)
- Scrutin n° 653 sur l’ensemble en première lecture (27/01/2025)
- Décision n° 2025-887 DC du Conseil constitutionnel (26/06/2025)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Adopté
l'Assemblée nationale a adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 56
- Contre
- 37
- Abstention
- 1
- Non-votant
- 2
- Votants
- 94
- Exprimés
- 93
- Majorité requise
- 47
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 124 membres | Pour | 28 | 1 | 0 | 0 | |
| EPR 95 membres | Contre | 2 | 27 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Pour | 10 | 0 | 0 | 0 | |
| SOC 66 membres | Pour | 1 | 0 | 0 | 0 | |
| DR 47 membres | Contre | 0 | 1 | 0 | 1 | |
| ECOS 38 membres | Pour | 7 | 0 | 0 | 0 | |
| DEM 36 membres | Contre | 0 | 4 | 0 | 0 | |
| HOR 33 membres | Contre | 0 | 3 | 0 | 0 | |
| LIOT 23 membres | Pour | 2 | 1 | 1 | 0 | |
| GDR 17 membres | Pour | 1 | 0 | 0 | 0 | |
| UDR 16 membres | Pour | 4 | 0 | 0 | 0 | |
| NI 10 membres | Pour | 1 | 0 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 29 dans le décompte
Pour (28) : Hervé de Lépinau, Nicolas Meizonnet, Christian Girard, Jocelyn Dessigny, Jordan Guitton, Christophe Barthès (ancien député), Romain Baubry, Timothée Houssin, Yoann Gillet, Pierre Meurin, Edwige Diaz (ancien député), Roger Chudeau, Christophe Bentz, Matthieu Marchio, Sophie Blanc, Anaïs Sabatini, Emeric Salmon, Marine Hamelet, Frédéric Boccaletti, Pascal Markowsky, Sylvie Josserand (ancien député), Claire Marais-Beuil, David Magnier, Antoine Golliot, Marc de Fleurian, Auguste Evrard, Arnaud Sanvert (ancien député), Julien Limongi
Contre (1) : Bryan Masson (ancien député)
Ensemble pour la République 30 dans le décompte
Pour (2) : Sylvain Maillard, Marie Lebec
Contre (27) : Éric Bothorel, Brigitte Klinkert, Olga Givernet, Sandra Marsaud, François Cormier-Bouligeon, Corinne Vignon, Liliana Tanguy, Daniel Labaronne, Danielle Brulebois, Lionel Causse, Roland Lescure (ancien député), Pieyre-Alexandre Anglade, Véronique Riotton, Natalia Pouzyreff, Jean-Luc Fugit, Thomas Cazenave (ancien député), Christophe Marion, Anthony Brosse, Violette Spillebout, Charles Sitzenstuhl, Julie Delpech, Paul Midy, Bastien Marchive, Prisca Thevenot, Laure Miller, Emmanuelle Hoffman, Anne-Sophie Ronceret
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 10 dans le décompte
Pour (10) : Mathilde Panot, Christophe Bex, Nathalie Oziol, Sylvain Carrière, Andrée Taurinya, David Guiraud (ancien député), Jean-François Coulomme, Pierre-Yves Cadalen, Claire Lejeune, Bérenger Cernon
Socialistes et apparentés 1 dans le décompte
Pour (1) : Chantal Jourdan
Droite Républicaine 2 dans le décompte
Contre (1) : Jean-Pierre Vigier
Non-votant (1) : Xavier Breton
Écologiste et Social 7 dans le décompte
Pour (7) : Delphine Batho, Jérémie Iordanoff, Jean-Claude Raux, Sandra Regol, Lisa Belluco, Emmanuel Duplessy, Léa Balage El Mariky
Les Démocrates 4 dans le décompte
Contre (4) : Sophie Mette, Mickaël Cosson, Hubert Ott, Pascal Lecamp
Horizons & Indépendants 3 dans le décompte
Contre (3) : Thierry Benoit, Félicie Gérard, Thomas Lam
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 4 dans le décompte
Pour (2) : David Taupiac, Martine Froger
Contre (1) : Stéphane Lenormand
Abstention (1) : Christophe Naegelen
Gauche Démocrate et Républicaine 1 dans le décompte
Pour (1) : Jean-Paul Lecoq
UDR 4 dans le décompte
Pour (4) : Sophie Ricourt Vaginay, Bernard Chaix, Bartolomé Lenoir, Éric Michoux
Non inscrit 1 dans le décompte
Pour (1) : Daniel Grenon
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin