Votes · Scrutin n° 6762 · 20 mai 2026 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 1606 de Mme Manon Meunier à l'article premier du projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles (première lecture).
Dossier : Projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles · Demandé par : Présidente du groupe "La France insoumise – Nouveau Front Populaire"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article premier
- Texte
- Projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles Projet de loi ordinaire
Amendement déposé par Mme Manon Meunier et 69 cosignataires (LFI-NFP) · sort : adopté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
D’ici à 2035, les populations ultramarines devraient représenter 2,54 millions d’habitants. Assurer la souveraineté alimentaire des départements et régions d'outre-mer et collectivités d'outre-mer est donc une priorité.
Les député.e.s du groupe LFI souhaitent rappeler que ces territoires présentent des caractères géographiques propices à l’agriculture et à la pêche, avec pour la plupart d’entre eux, un climat tropical ou subtropical humide, souvent des terres volcaniques très fertiles. Les cinq départements d’outre-mer comptabilisent à eux seuls, près de 26 000 exploitations agricoles.
En 2022, Mayotte et la Guyane ne produisent plus que le tiers de leur consommation et les autres territoires dépendent des importations à hauteur de 76% à 98%.
Pourtant, les outre-mer ont longtemps été largement autosuffisants sur le plan alimentaire, à l’exception de la Guyane. Au début des années 1960, le taux de couverture des exportations alimentaires sur les importations de même nature s’élevait à 400 % pour la Guadeloupe, 384 % pour la Martinique et 202 % pour La Réunion. Pour un kilo de nourriture importée, les Antillais en exportaient 4 !
Cette perte de souveraineté alimentaire est la conséquence de choix économiques, notamment au profit d’un modèle agricole intensif, destiné à l’exportation de denrées alimentaires comme la canne à sucre, le rhum, les bananes et ananas par exemple.
Il est donc primordial de favoriser dans les territoires ultra-marins une production agricole locale qui permette de répondre aux besoins des populations et de réduire la dépendance aux importations.
Le contrat territorial de transition et d’engagement agroécologique, est un contrat d’une durée de 5 ans, établi entre une exploitation agricole, une collectivité territoriale et l’Etat. […]
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Compléter l’alinéa 6 par la phrase suivante :
« Dans les départements et régions d'outre-mer et collectivités d'outre-mer, une attention particulière est portée à la réduction du taux de dépendance alimentaire de ces territoires et les projets d’avenir agricole peuvent s’appuyer sur des dispositifs tels que le contrat territorial d’engagement agroécologique mis en œuvre sur le territoire de la Martinique par exemple. »
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Article parmi les plus disputés du texte Article premier : 25 scrutins publics, dont 4 serrés. Voir le classement
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Projet de loi du Gouvernement (Premier ministre Sébastien Lecornu, ministre de l’agriculture Annie Genevard), déposé à l’Assemblée le 8 avril 2026 en procédure accélérée. Son exposé des motifs annonce des « réponses concrètes, rapides, utiles » autour de cinq axes : « projets d’avenir agricole » dans les territoires, lutte contre la concurrence déloyale (suspension d’importations de denrées traitées avec des substances interdites dans l’Union européenne), simplifications sur l’eau, le foncier et la prédation du loup, poids des agriculteurs dans les négociations commerciales, dommages et intérêts contre les recours abusifs.
La loi finale, décrite par le Conseil constitutionnel, comprend aussi :
- des dérogations de trois ans à l’interdiction des néonicotinoïdes et substances assimilées, accordées par l’Anses : flupyradifurone pour la betterave sucrière (semences traitées), les cerises et les pommes, acétamipride pour les noisettes (§ 39 et 52 à 54) ;
- des facilités pour le stockage de l’eau et la compensation des zones humides (articles 13, 14 et 27) ;
- des tirs de loups dérogatoires dans la limite d’un seuil de conservation de l’espèce (§ 342) et une habilitation à réformer par ordonnance le régime des élevages (article 46).
Ce que ça change
Les producteurs de betteraves, cerises, pommes et noisettes peuvent demander une dérogation, accordée seulement en cas de « menace grave » pour la production et d’absence d’alternative suffisante (§ 61). Ces dérogations doivent disparaître trois ans après la promulgation. La servitude imposée aux terrains constructibles voisins des champs, elle, a été censurée.
Ce qui est contesté
Le 20 juillet 2026, le texte de la commission mixte paritaire a été adopté par 296 voix contre 224 et 41 abstentions (scrutin n° 8427). Contre : La France insoumise (71), socialistes (66), écologistes (38), Gauche démocrate et républicaine (15), mais aussi 15 députés EPR, 11 Démocrates, 4 LIOT et 3 Horizons. Pour : Rassemblement national (122), Droite républicaine (48), UDR (17), 51 EPR, 24 Horizons, 19 Démocrates. En première lecture, le 2 juin : 369 contre 178 (scrutin n° 7259).
Débat du 20 juillet :
- Aurélie Trouvé (LFI) parle d’une « loi poison » et invoque l’Ordre des médecins contre l’acétamipride et le flupyradifurone.
- Fabrice Barusseau (socialiste) juge que le texte de la CMP « ne répond plus à la commande initiale du gouvernement ».
- Marc Fesneau (Démocrates) indique que son groupe s’est opposé à la réintroduction de l’acétamipride voulue par les sénateurs, tout en jugeant que confier la décision à la science « est une avancée ».
- Agnès Pannier-Runacher (EPR) demande pourquoi le Gouvernement a refusé de soumettre au vote les amendements de suppression ; après une CMP, seuls les amendements acceptés par le Gouvernement sont discutés, rappelle Gabriel Attal (EPR).
- Pour le texte, Nathalie Coggia (EPR) met en avant la protection face aux importations ; Vincent Descoeur (Droite républicaine) salue les mesures contre le loup.
À l’Assemblée, les articles 4 (51 scrutins publics), 14 (50) et 5 (31) ont été les plus disputés (open data de l’Assemblée).
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi le 24 juillet par les députés insoumis et socialistes, le Conseil a rendu la décision n° 2026-914 DC le 14 août 2026.
- Censure de l’article 35 : la servitude interdisant de construire sur une bande allant jusqu’à dix mètres, sans indemnisation garantie ni procédure d’observations, porte une atteinte disproportionnée au droit de propriété (§ 310 à 316).
- Censure partielle de l’article 46 : réserver la participation du public aux personnes ayant un intérêt à agir viole l’article 7 de la Charte de l’environnement (§ 373 et 374).
- Cavaliers législatifs, c’est-à-dire ajouts sans lien avec le projet initial : curage des plans d’eau (article 14), piscicultures (16), suspension de la redevance pour pollutions diffuses (26), bâtiments agricoles exclus du calcul de l’artificialisation (32), haies (36), allégations sur la rémunération des agriculteurs (55) (§ 124, 146, 231, 279, 321, 447).
- Réserves d’interprétation (lecture imposée pour que le texte reste conforme) : l’Anses peut limiter une dérogation à certains territoires (§ 68) et son silence pendant deux mois vaut refus (§ 70) ; une retenue d’eau ne peut être regardée comme une zone humide (§ 244) ; réserve aussi sur les élevages (§ 390).
- Les dérogations aux néonicotinoïdes sont validées, « compte tenu en particulier de leur caractère temporaire » (§ 71).
Où en est le texte
Loi n° 2026-796 du 18 août 2026, publiée au Journal officiel du 19 août 2026 (dossier de l’Assemblée).
Sources
- Assemblée nationale, dossier législatif « Projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles » (18/08/2026)
- Projet de loi n° 2632 et exposé des motifs (08/04/2026)
- Scrutin public n° 8427 sur l’ensemble (texte de la CMP) (20/07/2026)
- Scrutin public n° 7259 sur l’ensemble (première lecture) (02/06/2026)
- Compte rendu de la séance du 20 juillet 2026 (lecture des conclusions de la CMP) (20/07/2026)
- Compte rendu de la séance du 2 juin 2026 (explications de vote) (02/06/2026)
- Conseil constitutionnel, décision n° 2026-914 DC (14/08/2026)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Adopté
l'Assemblée nationale a adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 114
- Contre
- 35
- Abstention
- 16
- Non-votant
- 2
- Votants
- 165
- Exprimés
- 149
- Majorité requise
- 75
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 122 membres | Pour | 43 | 2 | 0 | 1 | |
| EPR 91 membres | Contre | 1 | 16 | 2 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Pour | 25 | 0 | 0 | 0 | |
| SOC 68 membres | Pour | 15 | 0 | 0 | 0 | |
| DR 48 membres | Pour | 9 | 8 | 2 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Pour | 11 | 0 | 0 | 0 | |
| DEM 37 membres | Abstention | 0 | 3 | 5 | 0 | |
| HOR 35 membres | Abstention | 5 | 0 | 6 | 0 | |
| LIOT 23 membres | Pour | 3 | 1 | 1 | 0 | |
| GDR 17 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| UDDPLR 17 membres | Contre | 1 | 4 | 0 | 0 | |
| NI 10 membres | aucun vote | 1 | 1 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 46 dans le décompte
Pour (43) : Hervé de Lépinau, Marie-France Lorho, Christian Girard, Jérôme Buisson, Nicolas Dragon, José Beaurain, Géraldine Grangier, Kévin Mauvieux, Lisette Pollet, Christine Loir, Pierre Meurin, Stéphanie Galzy, Edwige Diaz (ancien député), Florence Goulet, Laurence Robert-Dehault, Alexandre Sabatou, Sandrine Dogor-Such, Michèle Martinez, Sophie Blanc, Emeric Salmon, Marine Hamelet, Philippe Lottiaux, Bernard Chaumeil, Édouard Jordan, Pascal Markowsky, Nadine Lechon, Florence Joubert, René Lioret, Catherine Dellong Meng, Sylvie Josserand (ancien député), Julien Gabarron, Julien Guibert, Frédéric Weber, Maxime Amblard, David Magnier, Théo Bernhardt, Jonathan Gery, Patrice Martin, Robert Le Bourgeois, Matthias Renault, Catherine Rimbert, Sébastien Humbert, Anne Sicard
Contre (2) : Christophe Bentz, Michaël Taverne
Non-votant (1) : Sébastien Chenu
Ensemble pour la République 20 dans le décompte
Pour (1) : Stéphane Travert
Contre (16) : Olga Givernet, Pauline Cestrières, Sandra Marsaud, Danielle Brulebois, Nicole Dubré-Chirat, Nicole Le Peih, Jean-Marie Fiévet, Jean-François Rousset, Christophe Marion, Anthony Brosse, Françoise Buffet, Astrid Panosyan-Bouvet (ancien député), Nathalie Coggia, Laure Miller, Anne-Sophie Ronceret, Marie-Philippe Lubet
Abstention (2) : Jean-René Cazeneuve, Charles Rodwell
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 25 dans le décompte
Pour (25) : Loïc Prud'homme, Mathilde Panot, Sarah Legrain, Laurent Alexandre, Murielle Lepvraud, Hadrien Clouet, Anne Stambach-Terrenoir, François Piquemal, Christophe Bex, Sylvain Carrière, Mathilde Hignet, Marianne Maximi, Jean-François Coulomme, Aurélie Trouvé, Ersilia Soudais, Manon Meunier, Maxime Laisney, Farida Amrani, Karen Erodi, Aymeric Caron, René Pilato, Pierre-Yves Cadalen, Sandrine Nosbé, Mathilde Feld, Claire Lejeune
Socialistes et apparentés 15 dans le décompte
Pour (15) : Pascale Got, Claudia Rouaux, Laurent Baumel, Dominique Potier, Christine Pirès Beaune, Philippe Naillet, Chantal Jourdan, Gérard Leseul, Mélanie Thomin, Iñaki Echaniz, Marie-José Allemand, Valérie Rossi, Arnaud Simion, Denis Fégné, Céline Thiébault-Martinez
Droite Républicaine 19 dans le décompte
Pour (9) : Jean-Yves Bony, Xavier Breton, Vincent Descoeur, Patrick Hetzel, Thibault Bazin, Julien Dive, Valérie Bazin-Malgras (ancien député), Hubert Brigand, Corentin Le Fur
Contre (8) : Vincent Rolland, Jean-Luc Bourgeaux, Jean-Pierre Vigier, Virginie Duby-Muller, Christelle Minard, Josiane Corneloup, Anne-Laure Blin, Nicolas Ray
Abstention (2) : Alexandra Martin (Alpes-Maritimes), François-Xavier Ceccoli
Écologiste et Social 11 dans le décompte
Pour (11) : Dominique Voynet, Pouria Amirshahi, Marie Pochon, Sébastien Peytavie, Charles Fournier, Cyrielle Chatelain, Jean-Claude Raux, Benoît Biteau, Tristan Lahais, Nicolas Bonnet, Julie Ozenne
Les Démocrates 8 dans le décompte
Contre (3) : Sophie Mette, Géraldine Bannier, Didier Padey
Abstention (5) : Nicolas Turquois, Patricia Maussion, Éric Martineau, Pascal Lecamp, Anne Bergantz
Horizons & Indépendants 11 dans le décompte
Pour (5) : François Jolivet, Xavier Roseren, Christophe Plassard (ancien député), Pierre Marle, Véronique Ludmann
Abstention (6) : Thierry Benoit, Lise Magnier, Henri Alfandari, François Gernigon, Thomas Lam, Benoît Blanchard
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 5 dans le décompte
Pour (3) : Jean-Luc Warsmann, Stéphane Lenormand, Constance de Pélichy
Contre (1) : Joël Bruneau
Abstention (1) : David Taupiac
Union des droites pour la République 5 dans le décompte
Pour (1) : Éric Michoux
Contre (4) : Christelle D'Intorni, Olivier Fayssat, Hanane Mansouri, Maxime Michelet
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin