Votes · Scrutin n° 6784 · 21 mai 2026 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 240 de Mme Hignet à l'article 5 (examen prioritaire) du projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles (première lecture).
Dossier : Projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles · Demandé par : Présidente du groupe "La France insoumise – Nouveau Front Populaire"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article 5
- Texte
- Projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles Projet de loi ordinaire
Amendement déposé par Mme Hignet et 69 cosignataires (LFI-NFP) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Cet amendement vise à circonscrire les stratégies d’irrigation élaborées par les organismes uniques de gestion collective (OUGC) de sorte qu’ils promeuvent des formes d’agriculture sobres, durables, et vouées à la souveraineté alimentaire.
En effet, en leur confiant un rôle structurant dans la répartition de la ressource en eau et dans l’élaboration de stratégies d’irrigation, le projet de loi leur reconnaît une fonction de pilotage déterminante à l’échelle territoriale. Dès lors, ces stratégies ne peuvent relever de seuls arbitrages économiques ou de considérations de court terme liées aux conditions de marché ou aux performances individuelles des exploitations. Elles doivent s’inscrire dans le respect des priorités collectives définies par le droit, au premier rang desquelles figurent la gestion équilibrée et durable de la ressource en eau ainsi que l’objectif de souveraineté alimentaire.
À ce titre, l’usage de la ressource en eau doit prioritairement bénéficier aux productions participant directement ou indirectement à l’alimentation humaine et animale, notamment les cultures fourragères nécessaires au maintien des filières d’élevage, qui constituent un maillon essentiel de la souveraineté alimentaire. À l’inverse, les stratégies d’irrigation ne sauraient conduire à privilégier le développement de cultures principalement destinées à des usages énergétiques, qui, si elles peuvent répondre à d’autres objectifs de politique publique, ne relèvent pas directement de la satisfaction des besoins alimentaires nationaux.
Le présent amendement vise dès lors à rappeler que les OUGC concourent à la mise en œuvre d’objectifs d’intérêt général et ne peuvent, à ce titre, opérer des choix fondés exclusivement sur des logiques de marché ou de rendement.
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
À l’avant-dernière phrase de l’alinéa 6, après le mot :
« irrigation »,
insérer les mots :
« contribuant à la préservation durable de la ressource en eau, notamment par le développement de pratiques agroécologiques, ainsi qu’à la satisfaction des besoins alimentaires nationaux et ».
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Article parmi les plus disputés du texte Article 5 : 31 scrutins publics, dont 1 serrés. Voir le classement
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Projet de loi du Gouvernement (Premier ministre Sébastien Lecornu, ministre de l’agriculture Annie Genevard), déposé à l’Assemblée le 8 avril 2026 en procédure accélérée. Son exposé des motifs annonce des « réponses concrètes, rapides, utiles » autour de cinq axes : « projets d’avenir agricole » dans les territoires, lutte contre la concurrence déloyale (suspension d’importations de denrées traitées avec des substances interdites dans l’Union européenne), simplifications sur l’eau, le foncier et la prédation du loup, poids des agriculteurs dans les négociations commerciales, dommages et intérêts contre les recours abusifs.
La loi finale, décrite par le Conseil constitutionnel, comprend aussi :
- des dérogations de trois ans à l’interdiction des néonicotinoïdes et substances assimilées, accordées par l’Anses : flupyradifurone pour la betterave sucrière (semences traitées), les cerises et les pommes, acétamipride pour les noisettes (§ 39 et 52 à 54) ;
- des facilités pour le stockage de l’eau et la compensation des zones humides (articles 13, 14 et 27) ;
- des tirs de loups dérogatoires dans la limite d’un seuil de conservation de l’espèce (§ 342) et une habilitation à réformer par ordonnance le régime des élevages (article 46).
Ce que ça change
Les producteurs de betteraves, cerises, pommes et noisettes peuvent demander une dérogation, accordée seulement en cas de « menace grave » pour la production et d’absence d’alternative suffisante (§ 61). Ces dérogations doivent disparaître trois ans après la promulgation. La servitude imposée aux terrains constructibles voisins des champs, elle, a été censurée.
Ce qui est contesté
Le 20 juillet 2026, le texte de la commission mixte paritaire a été adopté par 296 voix contre 224 et 41 abstentions (scrutin n° 8427). Contre : La France insoumise (71), socialistes (66), écologistes (38), Gauche démocrate et républicaine (15), mais aussi 15 députés EPR, 11 Démocrates, 4 LIOT et 3 Horizons. Pour : Rassemblement national (122), Droite républicaine (48), UDR (17), 51 EPR, 24 Horizons, 19 Démocrates. En première lecture, le 2 juin : 369 contre 178 (scrutin n° 7259).
Débat du 20 juillet :
- Aurélie Trouvé (LFI) parle d’une « loi poison » et invoque l’Ordre des médecins contre l’acétamipride et le flupyradifurone.
- Fabrice Barusseau (socialiste) juge que le texte de la CMP « ne répond plus à la commande initiale du gouvernement ».
- Marc Fesneau (Démocrates) indique que son groupe s’est opposé à la réintroduction de l’acétamipride voulue par les sénateurs, tout en jugeant que confier la décision à la science « est une avancée ».
- Agnès Pannier-Runacher (EPR) demande pourquoi le Gouvernement a refusé de soumettre au vote les amendements de suppression ; après une CMP, seuls les amendements acceptés par le Gouvernement sont discutés, rappelle Gabriel Attal (EPR).
- Pour le texte, Nathalie Coggia (EPR) met en avant la protection face aux importations ; Vincent Descoeur (Droite républicaine) salue les mesures contre le loup.
À l’Assemblée, les articles 4 (51 scrutins publics), 14 (50) et 5 (31) ont été les plus disputés (open data de l’Assemblée).
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi le 24 juillet par les députés insoumis et socialistes, le Conseil a rendu la décision n° 2026-914 DC le 14 août 2026.
- Censure de l’article 35 : la servitude interdisant de construire sur une bande allant jusqu’à dix mètres, sans indemnisation garantie ni procédure d’observations, porte une atteinte disproportionnée au droit de propriété (§ 310 à 316).
- Censure partielle de l’article 46 : réserver la participation du public aux personnes ayant un intérêt à agir viole l’article 7 de la Charte de l’environnement (§ 373 et 374).
- Cavaliers législatifs, c’est-à-dire ajouts sans lien avec le projet initial : curage des plans d’eau (article 14), piscicultures (16), suspension de la redevance pour pollutions diffuses (26), bâtiments agricoles exclus du calcul de l’artificialisation (32), haies (36), allégations sur la rémunération des agriculteurs (55) (§ 124, 146, 231, 279, 321, 447).
- Réserves d’interprétation (lecture imposée pour que le texte reste conforme) : l’Anses peut limiter une dérogation à certains territoires (§ 68) et son silence pendant deux mois vaut refus (§ 70) ; une retenue d’eau ne peut être regardée comme une zone humide (§ 244) ; réserve aussi sur les élevages (§ 390).
- Les dérogations aux néonicotinoïdes sont validées, « compte tenu en particulier de leur caractère temporaire » (§ 71).
Où en est le texte
Loi n° 2026-796 du 18 août 2026, publiée au Journal officiel du 19 août 2026 (dossier de l’Assemblée).
Sources
- Assemblée nationale, dossier législatif « Projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles » (18/08/2026)
- Projet de loi n° 2632 et exposé des motifs (08/04/2026)
- Scrutin public n° 8427 sur l’ensemble (texte de la CMP) (20/07/2026)
- Scrutin public n° 7259 sur l’ensemble (première lecture) (02/06/2026)
- Compte rendu de la séance du 20 juillet 2026 (lecture des conclusions de la CMP) (20/07/2026)
- Compte rendu de la séance du 2 juin 2026 (explications de vote) (02/06/2026)
- Conseil constitutionnel, décision n° 2026-914 DC (14/08/2026)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 21
- Contre
- 69
- Abstention
- 5
- Non-votant
- 1
- Votants
- 95
- Exprimés
- 90
- Majorité requise
- 46
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 122 membres | Contre | 0 | 31 | 0 | 0 | |
| EPR 91 membres | Contre | 0 | 13 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Pour | 10 | 0 | 0 | 0 | |
| SOC 68 membres | Abstention | 2 | 1 | 5 | 0 | |
| DR 48 membres | Contre | 0 | 7 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Pour | 8 | 0 | 0 | 0 | |
| DEM 37 membres | Contre | 0 | 6 | 0 | 0 | |
| HOR 35 membres | Contre | 0 | 5 | 0 | 0 | |
| LIOT 23 membres | Contre | 0 | 2 | 0 | 0 | |
| UDDPLR 17 membres | Contre | 0 | 2 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Pour | 1 | 0 | 0 | 0 | |
| NI 10 membres | Contre | 0 | 2 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 31 dans le décompte
Contre (31) : Nicolas Dragon, Jordan Guitton, Julien Rancoule, Kévin Mauvieux, Timothée Houssin, Lisette Pollet, Serge Muller, Stéphanie Galzy, Edwige Diaz (ancien député), Thomas Ménagé, Hélène Laporte, Matthieu Marchio, Philippe Ballard, Alexandre Sabatou, Anaïs Sabatini, Yaël Ménaché, Marine Hamelet, Philippe Lottiaux, Philippe Schreck, Nadine Lechon, Catherine Dellong Meng, Sylvie Josserand (ancien député), Manon Bouquin (ancien député), Julien Guibert, Frédéric Weber, Thierry Tesson, David Magnier, Patrice Martin, Robert Le Bourgeois, Catherine Rimbert, Gaëtan Dussausaye
Ensemble pour la République 14 dans le décompte
Contre (13) : Éric Bothorel, Olga Givernet, Pauline Cestrières, Sandrine Le Feur, Nicole Le Peih, Olivia Grégoire, Jean-Luc Fugit, Jean-François Rousset, Christophe Marion, Anthony Brosse, Astrid Panosyan-Bouvet (ancien député), Nathalie Coggia, Marie-Philippe Lubet
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 10 dans le décompte
Pour (10) : Loïc Prud'homme, Sarah Legrain, Laurent Alexandre, Sylvain Carrière, Andrée Taurinya, Louis Boyard, Manon Meunier, Maxime Laisney, René Pilato, Arnaud Saint-Martin
Socialistes et apparentés 8 dans le décompte
Pour (2) : Christine Pirès Beaune, Chantal Jourdan
Contre (1) : Sophie Pantel
Abstention (5) : Dominique Potier, Mélanie Thomin, Mickaël Bouloux, Céline Hervieu, Romain Eskenazi
Droite Républicaine 7 dans le décompte
Contre (7) : Jean-Yves Bony, Vincent Descoeur, Jean-Luc Bourgeaux, Jean-Pierre Vigier, Virginie Duby-Muller, Anne-Laure Blin, Lionel Duparay
Écologiste et Social 8 dans le décompte
Pour (8) : Delphine Batho, Marie Pochon, Sébastien Peytavie, Charles Fournier, Julie Laernoes, Lisa Belluco, Benoît Biteau, Nicolas Bonnet
Les Démocrates 6 dans le décompte
Contre (6) : Géraldine Bannier, Jean-Paul Mattei, Carole Guillerm, Nicolas Turquois, Patricia Maussion, Hubert Ott
Horizons & Indépendants 5 dans le décompte
Contre (5) : Pierre Marle, Béatrice Bellamy (ancien député), Jean-Michel Brard, Thomas Lam, Benoît Blanchard
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 2 dans le décompte
Contre (2) : Stéphane Lenormand, Joël Bruneau
Union des droites pour la République 2 dans le décompte
Contre (2) : Maxime Michelet, Pierre-Henri Carbonnel
Gauche Démocrate et Républicaine 1 dans le décompte
Pour (1) : Nicolas Sansu
Non inscrit 2 dans le décompte
Contre (2) : Philippe Bonnecarrère, Stella Dupont
Mises au point
Déclarations faites après le vote par des députés qui indiquent avoir voulu voter autrement. Elles ne changent pas le résultat.
Voulait voter Pour : Claire Lejeune
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin