Votes · Scrutin n° 6929 · 26 mai 2026 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 1422 de M. David Magnier à l'article 14 (examen prioritaire) du projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles (première lecture).
Dossier : Projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles · Demandé par : Présidente du groupe "Rassemblement National"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article 14
- Texte
- Projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles Projet de loi ordinaire
Amendement déposé par M. David Magnier et 120 cosignataires (RN) · sort : adopté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Le présent amendement vise à instaurer un véritable droit à la légitime défense des troupeaux en sécurisant juridiquement les éleveurs face à l’urgence absolue des attaques.
Si les récents débats ont permis d’acter une réduction des délais administratifs pour l’obtention des récépissés de tir, l’exigence d’une formalité préalable, même réduite à un délai d’un jour ouvré, demeure problématique face à l’immédiateté d’une intrusion de prédateur dans un parc. Pour protéger son outil de travail et ses animaux, l’éleveur doit pouvoir agir au moment précis où le danger est caractérisé, sans l’incertitude d’une attente administrative qui ne correspond pas au temps biologique de la prédation.
Le dispositif propose donc de substituer au régime déclaratif un principe de présomption de légitimité dès lors que l’attaque est imminente ou l’intrusion manifeste dans une zone protégée par des moyens de défense. Afin de garantir le contrôle de l’autorité publique, la réalité du danger est constatée après l’événement par les agents assermentés. Cette vérification a posteriori permet de s’assurer de la réalité de la menace sans entraver l’action de défense vitale pour l’exploitation.
Enfin, pour demeurer en pleine conformité avec les exigences de conservation de l’espèce, ces tirs ne s’ajoutent pas à la pression globale mais s’imputent prioritairement sur le plafond national annuel. Il relève d’ailleurs du bon sens que ce plafond ne soit pas un obstacle à la protection des troupeaux, puisque le présent article prévoit déjà, à son alinéa 10, que le préfet coordonnateur peut autoriser des prélèvements dérogatoires si le quota national est atteint. […]
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
I. – Supprimer la seconde phrase de l'alinéa 7.
II. – En conséquence, après le même alinéa 7, insérer l’alinéa suivant :
« Par dérogation, le tir de défense est présumé légitime lorsqu’il est effectué par un éleveur ou ses préposés en situation d’attaque imminente ou d’intrusion manifeste d’un spécimen de loup dans un espace pastoral protégé. Ce tir ne nécessite aucune autorisation préalable ni récépissé dès lors que la réalité de l’attaque ou de la menace caractérisée est constatée a posteriori par les agents assermentés. Ces prélèvements s’imputent par priorité sur le plafond annuel de prélèvements mentionné au présent I bis. »
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Article parmi les plus disputés du texte Article 14 : 50 scrutins publics, dont 9 serrés. Voir le classement
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Projet de loi du Gouvernement (Premier ministre Sébastien Lecornu, ministre de l’agriculture Annie Genevard), déposé à l’Assemblée le 8 avril 2026 en procédure accélérée. Son exposé des motifs annonce des « réponses concrètes, rapides, utiles » autour de cinq axes : « projets d’avenir agricole » dans les territoires, lutte contre la concurrence déloyale (suspension d’importations de denrées traitées avec des substances interdites dans l’Union européenne), simplifications sur l’eau, le foncier et la prédation du loup, poids des agriculteurs dans les négociations commerciales, dommages et intérêts contre les recours abusifs.
La loi finale, décrite par le Conseil constitutionnel, comprend aussi :
- des dérogations de trois ans à l’interdiction des néonicotinoïdes et substances assimilées, accordées par l’Anses : flupyradifurone pour la betterave sucrière (semences traitées), les cerises et les pommes, acétamipride pour les noisettes (§ 39 et 52 à 54) ;
- des facilités pour le stockage de l’eau et la compensation des zones humides (articles 13, 14 et 27) ;
- des tirs de loups dérogatoires dans la limite d’un seuil de conservation de l’espèce (§ 342) et une habilitation à réformer par ordonnance le régime des élevages (article 46).
Ce que ça change
Les producteurs de betteraves, cerises, pommes et noisettes peuvent demander une dérogation, accordée seulement en cas de « menace grave » pour la production et d’absence d’alternative suffisante (§ 61). Ces dérogations doivent disparaître trois ans après la promulgation. La servitude imposée aux terrains constructibles voisins des champs, elle, a été censurée.
Ce qui est contesté
Le 20 juillet 2026, le texte de la commission mixte paritaire a été adopté par 296 voix contre 224 et 41 abstentions (scrutin n° 8427). Contre : La France insoumise (71), socialistes (66), écologistes (38), Gauche démocrate et républicaine (15), mais aussi 15 députés EPR, 11 Démocrates, 4 LIOT et 3 Horizons. Pour : Rassemblement national (122), Droite républicaine (48), UDR (17), 51 EPR, 24 Horizons, 19 Démocrates. En première lecture, le 2 juin : 369 contre 178 (scrutin n° 7259).
Débat du 20 juillet :
- Aurélie Trouvé (LFI) parle d’une « loi poison » et invoque l’Ordre des médecins contre l’acétamipride et le flupyradifurone.
- Fabrice Barusseau (socialiste) juge que le texte de la CMP « ne répond plus à la commande initiale du gouvernement ».
- Marc Fesneau (Démocrates) indique que son groupe s’est opposé à la réintroduction de l’acétamipride voulue par les sénateurs, tout en jugeant que confier la décision à la science « est une avancée ».
- Agnès Pannier-Runacher (EPR) demande pourquoi le Gouvernement a refusé de soumettre au vote les amendements de suppression ; après une CMP, seuls les amendements acceptés par le Gouvernement sont discutés, rappelle Gabriel Attal (EPR).
- Pour le texte, Nathalie Coggia (EPR) met en avant la protection face aux importations ; Vincent Descoeur (Droite républicaine) salue les mesures contre le loup.
À l’Assemblée, les articles 4 (51 scrutins publics), 14 (50) et 5 (31) ont été les plus disputés (open data de l’Assemblée).
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi le 24 juillet par les députés insoumis et socialistes, le Conseil a rendu la décision n° 2026-914 DC le 14 août 2026.
- Censure de l’article 35 : la servitude interdisant de construire sur une bande allant jusqu’à dix mètres, sans indemnisation garantie ni procédure d’observations, porte une atteinte disproportionnée au droit de propriété (§ 310 à 316).
- Censure partielle de l’article 46 : réserver la participation du public aux personnes ayant un intérêt à agir viole l’article 7 de la Charte de l’environnement (§ 373 et 374).
- Cavaliers législatifs, c’est-à-dire ajouts sans lien avec le projet initial : curage des plans d’eau (article 14), piscicultures (16), suspension de la redevance pour pollutions diffuses (26), bâtiments agricoles exclus du calcul de l’artificialisation (32), haies (36), allégations sur la rémunération des agriculteurs (55) (§ 124, 146, 231, 279, 321, 447).
- Réserves d’interprétation (lecture imposée pour que le texte reste conforme) : l’Anses peut limiter une dérogation à certains territoires (§ 68) et son silence pendant deux mois vaut refus (§ 70) ; une retenue d’eau ne peut être regardée comme une zone humide (§ 244) ; réserve aussi sur les élevages (§ 390).
- Les dérogations aux néonicotinoïdes sont validées, « compte tenu en particulier de leur caractère temporaire » (§ 71).
Où en est le texte
Loi n° 2026-796 du 18 août 2026, publiée au Journal officiel du 19 août 2026 (dossier de l’Assemblée).
Sources
- Assemblée nationale, dossier législatif « Projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles » (18/08/2026)
- Projet de loi n° 2632 et exposé des motifs (08/04/2026)
- Scrutin public n° 8427 sur l’ensemble (texte de la CMP) (20/07/2026)
- Scrutin public n° 7259 sur l’ensemble (première lecture) (02/06/2026)
- Compte rendu de la séance du 20 juillet 2026 (lecture des conclusions de la CMP) (20/07/2026)
- Compte rendu de la séance du 2 juin 2026 (explications de vote) (02/06/2026)
- Conseil constitutionnel, décision n° 2026-914 DC (14/08/2026)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Adopté
l'Assemblée nationale a adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 94
- Contre
- 66
- Abstention
- 1
- Non-votant
- 2
- Votants
- 161
- Exprimés
- 160
- Majorité requise
- 81
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 122 membres | Pour | 60 | 0 | 0 | 0 | |
| EPR 91 membres | Contre | 1 | 19 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Contre | 0 | 12 | 0 | 0 | |
| SOC 68 membres | Contre | 0 | 15 | 0 | 0 | |
| DR 48 membres | Pour | 17 | 0 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Contre | 0 | 7 | 0 | 0 | |
| DEM 37 membres | Contre | 1 | 3 | 0 | 1 | |
| HOR 34 membres | Pour | 6 | 1 | 1 | 0 | |
| LIOT 23 membres | Contre | 0 | 6 | 0 | 0 | |
| UDDPLR 17 membres | Pour | 9 | 0 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Contre | 0 | 1 | 0 | 0 | |
| NI 10 membres | Contre | 0 | 2 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 60 dans le décompte
Pour (60) : Hervé de Lépinau, Emmanuel Blairy, Marie-France Lorho, Christian Girard, Jorys Bovet, Jordan Guitton, Angélique Ranc, Julien Rancoule, Gisèle Lelouis, Lionel Tivoli, Franck Allisio, Géraldine Grangier, Kévin Mauvieux, Lisette Pollet, Christine Loir, Serge Muller, Yoann Gillet, Stéphanie Galzy, Edwige Diaz (ancien député), Thomas Ménagé, Hélène Laporte, Florence Goulet, Christophe Bentz, Laurence Robert-Dehault, Thierry Frappé, Anaïs Sabatini, Emeric Salmon, Béatrice Roullaud, Julien Odoul, Nathalie Da Conceicao Carvalho, Jean-Philippe Tanguy, Marine Hamelet, Laure Lavalette, Eddy Casterman, Édouard Jordan, Romain Tonussi, Emmanuel Fouquart, Pascal Markowsky, Florence Joubert, Thibaut Monnier, René Lioret, Catherine Dellong Meng, Sylvie Josserand (ancien député), Manon Bouquin (ancien député), Julien Gabarron, Thierry Perez, Julien Guibert, Frédéric Weber, Claire Marais-Beuil, David Magnier, Marc de Fleurian, Théo Bernhardt, Tiffany Joncour, Aurélien Dutremble, Patrice Martin, Robert Le Bourgeois, Julien Limongi, Catherine Rimbert, Gaëtan Dussausaye, Sébastien Humbert
Ensemble pour la République 21 dans le décompte
Pour (1) : Danielle Brulebois
Contre (19) : Brigitte Klinkert, Olga Givernet, Pauline Cestrières, Hervé Berville (ancien député), Sandrine Le Feur, Corinne Vignon, Nicole Le Peih, Véronique Riotton, Stéphane Buchou, Jean-Luc Fugit, Jean-François Rousset, Anthony Brosse, Astrid Panosyan-Bouvet (ancien député), Nathalie Coggia, Charles Rodwell, Joséphine Missoffe, Danièle Carteron, Christophe Mongardien, Marie-Philippe Lubet
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 12 dans le décompte
Contre (12) : Danièle Obono, Murielle Lepvraud, Anne Stambach-Terrenoir, Ségolène Amiot, Matthias Tavel, Marianne Maximi, Emmanuel Fernandes, Aurélie Trouvé, Manon Meunier, René Pilato, Sandrine Nosbé, Arnaud Saint-Martin
Socialistes et apparentés 15 dans le décompte
Contre (15) : Marietta Karamanli, Dominique Potier, Christine Pirès Beaune, Boris Vallaud, Gérard Leseul, Mélanie Thomin, Iñaki Echaniz, Martine Froger, Marie-José Allemand, Valérie Rossi, Pierre Pribetich, Karim Benbrahim, Sophie Pantel, Denis Fégné, Romain Eskenazi
Droite Républicaine 17 dans le décompte
Pour (17) : Jean-Yves Bony, Vincent Rolland, Laurent Wauquiez, Vincent Descoeur, Jean-Pierre Vigier, Eric Liégeon, Thibault Bazin, Pierre Cordier, Émilie Bonnivard, Josiane Corneloup, Hubert Brigand, Justine Gruet, Thierry Liger, Corentin Le Fur, Emeline Rey-Rinchet, Cendrine Chazé, Lionel Duparay
Écologiste et Social 7 dans le décompte
Contre (7) : Dominique Voynet, Marie Pochon, Charles Fournier, Cyrielle Chatelain, Catherine Hervieu, Benoît Biteau, Damien Girard
Les Démocrates 5 dans le décompte
Pour (1) : Blandine Brocard
Contre (3) : Sophie Mette, Nicolas Turquois, Laurent Croizier
Non-votant (1) : Christophe Blanchet
Horizons & Indépendants 8 dans le décompte
Pour (6) : Thierry Benoit, Bertrand Bouyx, Laetitia Saint-Paul, Charlotte Parmentier-Lecocq, François Gernigon, Benoît Blanchard
Contre (1) : Xavier Roseren
Abstention (1) : Thomas Lam
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 6 dans le décompte
Contre (6) : Jean-Luc Warsmann, Paul Molac, Paul-André Colombani, Audrey Abadie-Amiel, David Taupiac, Joël Bruneau
Union des droites pour la République 9 dans le décompte
Pour (9) : Christelle D'Intorni, Sophie Ricourt Vaginay, Bernard Chaix, Marc Chavent, Olivier Fayssat, Matthieu Bloch, Bartolomé Lenoir, Alexandre Allegret-Pilot, Pierre-Henri Carbonnel
Gauche Démocrate et Républicaine 1 dans le décompte
Contre (1) : Julien Brugerolles
Non inscrit 2 dans le décompte
Contre (2) : Philippe Bonnecarrère, Lionel Vuibert
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin