Votes · Scrutin n° 696 · 6 février 2025 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 2 de M. Taché et l'amendement identique suivant de rédaction globale de l'article unique de la proposition de loi visant à renforcer les conditions d'accès à la nationalité française à Mayotte (première lecture).
Demandé par : Présidente du groupe "La France insoumise – Nouveau Front Populaire"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article unique
- Texte
- Renforcer les conditions d'accès à la nationalité française à Mayotte Proposition de loi ordinaire
Amendement déposé par M. Taché et 69 cosignataires (LFI-NFP) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Par cet amendement nous souhaitons abroger la disposition adoptée en 2018 visant à déroger au droit du sol à Mayotte.
Mayotte, 101ème département français, doit cesser d'être l'archipel des dérogations et exceptions à la loi en défaveur des personnes qui y résident. Là où la moitié de la population vit avec moins de 260 euros par mois, ne pas y appliquer le droit commun ne fait qu'accentuer une terrible précarité. C'est le cas pour le droit des étrangers, mais également pour le non alignement des prestations sociales sur l'Hexagone.
Le droit commun prévoit la possibilité d'acquérir la nationalité française à sa majorité en étant né en France de 2 parents étrangers à la condition d'avoir sa résidence en France pendant une période continue ou discontinue d'au moins 5 ans, depuis l'âge de 11 ans (art. 21-7 du code civil). Depuis 2018 et la loi Asile et Immigration cette règle ne s'applique plus à Mayotte où il est demandé qu'à la date de naissance l'un des parents ait résidé en France de manière régulière et ininterrompue depuis plus de 3 mois (art. 2493 du code civil). Cette disposition n'a pas eu les effets escomptés : les flux migratoires n'ont pas diminué. “Les chiffres communiqués par le ministère confirment paradoxalement la faible attractivité du droit de la nationalité (…) Les inégalités de richesse considérables entre les Comores et Mayotte expliquent bien mieux ce qui guide la migration” résume le professeur de droit public Jules Lepoutre.
Certes, l'idée de "droit du sol" est déjà en réalité trompeuse, puisqu'il ne suffit pas de naitre en France pour devenir Français. […]
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Rédiger ainsi cet article :
« L’article 2493 du code civil est abrogé. »
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Article parmi les plus disputés du texte Article unique : 16 scrutins publics, dont 2 serrés. Voir le classement
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
La loi durcit les conditions dans lesquelles un enfant né à Mayotte de parents étrangers peut devenir français. Elle a été déposée le 3 décembre 2024 par le député Philippe Gosselin et des députés du groupe Droite républicaine. Le Gouvernement a engagé la procédure accélérée le 3 février 2025. D’après la décision du Conseil constitutionnel (paragraphes 2 et 20), qui décrit le texte définitif :
- les deux parents, et non plus un seul, doivent avoir résidé en France de façon régulière au moment de la naissance ;
- cette résidence régulière doit durer depuis au moins un an, au lieu de trois mois ;
- si la filiation n’est établie qu’à l’égard d’un seul parent, la condition ne s’applique qu’à lui ;
- le parent qui demande que sa résidence régulière soit mentionnée sur l’acte de naissance doit présenter un titre de séjour et un passeport biométrique.
Ce que ça change
Le texte vise les enfants nés à Mayotte de parents étrangers dont aucun n’est né en France. Les conditions d’âge et de résidence de l’enfant ne changent pas (paragraphes 15 et 20 de la décision). La loi ne prévoit pas de date d’entrée en vigueur particulière. Selon le Conseil (paragraphe 30), la règle applicable est donc celle en vigueur au moment de la naissance. L’exposé des motifs justifie la mesure par la pression migratoire : il indique, en citant l’Insee, que « depuis 2019, la majorité des habitants est étrangère » à Mayotte.
Ce qui est contesté
Le 8 avril 2025, l’Assemblée a adopté le texte de la commission mixte paritaire (CMP, réunion de députés et de sénateurs chargée de trouver un texte commun) par 339 voix contre 174 (11 abstentions). Ont voté contre : La France insoumise (65 voix), les Socialistes (61), les Écologistes (32) et la Gauche démocrate et républicaine (13). Ont voté pour : RN (122), Ensemble pour la République (73), Horizons (32), Démocrates (30), Droite républicaine (47), UDR (15) et LIOT (13). En première lecture, le 6 février 2025, le texte avait été adopté par 162 voix contre 93. Selon les données de l’Assemblée, l’article unique a fait l’objet de 16 scrutins publics sur des amendements, dont deux à quelques voix d’écart.
Les opposants contestent l’utilité et la constitutionnalité du texte. Pour Aurélien Taché (LFI), « toucher au droit du sol n’aura aucune incidence sur les flux migratoires en direction de Mayotte ». Dominique Voynet (Écologiste et social) estime que c’est « la fin effective du droit du sol à Mayotte » qui est proposée. Colette Capdevielle (Socialistes) juge le texte « contraire à la Constitution » et annonce la saisine du Conseil constitutionnel (compte rendu du 8 avril 2025).
Les partisans soulignent la situation migratoire de l’île. Pour le rapporteur Philippe Gosselin (Droite républicaine), « les perspectives d’accès à la nationalité française constituent un facteur indéniable d’attractivité pour l’immigration irrégulière ». La ministre Sophie Primas affirme au nom du Gouvernement que le texte « ne remet pas en cause le droit du sol ».
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi par des députés LFI (10 avril 2025), des députés socialistes et écologistes (14 avril) et des sénateurs de gauche (16 avril), le Conseil a déclaré la loi conforme à la Constitution le 7 mai 2025, avec une réserve d’interprétation (une condition à respecter pour que la loi soit appliquée de façon conforme).
- Aucune disposition n’est censurée.
- Réserve (paragraphe 22) : le passeport biométrique ne peut pas être exigé des ressortissants de pays qui n’en délivrent pas ; ils peuvent présenter un autre document d’identité.
- Le Conseil écarte l’existence d’un principe constitutionnel garantissant l’accès à la nationalité à toute personne née en France (paragraphes 9 et 10).
- Il juge que la différence de traitement avec le reste du territoire est permise par l’article 73 de la Constitution, compte tenu des « caractéristiques et contraintes particulières » de Mayotte (paragraphes 18 à 23).
Où en est le texte
La loi n° 2025-412 du 12 mai 2025 a été promulguée et publiée au Journal officiel du 13 mai 2025.
Sources
- Dossier législatif de l’Assemblée nationale (12/05/2025)
- Proposition de loi n° 693 et exposé des motifs (03/12/2024)
- Compte rendu de la première séance du 8 avril 2025 (lecture du texte de la CMP) (08/04/2025)
- Scrutin n° 1308 sur l’ensemble du texte de la CMP (08/04/2025)
- Scrutin n° 738 sur l’ensemble en première lecture (06/02/2025)
- Décision n° 2025-881 DC du Conseil constitutionnel (07/05/2025)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 90
- Contre
- 187
- Abstention
- 2
- Non-votant
- 1
- Votants
- 279
- Exprimés
- 277
- Majorité requise
- 139
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 124 membres | Contre | 0 | 99 | 0 | 0 | |
| EPR 95 membres | Contre | 0 | 31 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Pour | 37 | 0 | 0 | 0 | |
| SOC 66 membres | Pour | 37 | 0 | 0 | 0 | |
| DR 47 membres | Contre | 0 | 32 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Pour | 13 | 0 | 0 | 0 | |
| DEM 36 membres | Contre | 0 | 9 | 0 | 0 | |
| HOR 33 membres | Contre | 0 | 4 | 0 | 0 | |
| LIOT 23 membres | Contre | 0 | 2 | 1 | 0 | |
| GDR 17 membres | Pour | 3 | 1 | 0 | 0 | |
| UDR 16 membres | Contre | 0 | 8 | 0 | 0 | |
| NI 10 membres | aucun vote | 0 | 1 | 1 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 99 dans le décompte
Contre (99) : Hervé de Lépinau, Nicolas Meizonnet, Sébastien Chenu, Marine Le Pen, Emmanuel Blairy, Bruno Bilde, Marie-France Lorho, Christian Girard, Jérôme Buisson, Nicolas Dragon, Jocelyn Dessigny, Jordan Guitton, Angélique Ranc, Christophe Barthès (ancien député), Frédéric Falcon, Julien Rancoule, Gisèle Lelouis, Lionel Tivoli, Bryan Masson (ancien député), Joëlle Mélin, Romain Baubry, Emmanuel Taché, Caroline Colombier, Géraldine Grangier, Kévin Mauvieux, Lisette Pollet, Christine Loir, Serge Muller, Yoann Gillet, Aurélien Lopez-Liguori (ancien député), Edwige Diaz (ancien député), Alexis Jolly, Roger Chudeau, Thomas Ménagé, Hélène Laporte, Florence Goulet, Laurence Robert-Dehault, Michaël Taverne, Matthieu Marchio, Philippe Ballard, Kévin Pfeffer, Alexandre Loubet, Laurent Jacobelli, Caroline Parmentier, Thierry Frappé, Michel Guiniot, Sandrine Dogor-Such, Sophie Blanc, Anaïs Sabatini, Antoine Villedieu, Emeric Salmon, Béatrice Roullaud, Nathalie Da Conceicao Carvalho, Yaël Ménaché, Marine Hamelet, Laure Lavalette, Philippe Lottiaux, Julie Lechanteux, Frank Giletti (ancien député), Frédéric Boccaletti, Philippe Schreck, Bénédicte Auzanot, Eddy Casterman, Sandra Delannoy, Guillaume Florquin, Bruno Clavet, Monique Griseti, Romain Tonussi, Pascal Markowsky, Nadine Lechon, Thibaut Monnier, René Lioret, Sylvie Josserand (ancien député), Manon Bouquin (ancien député), Julien Gabarron, Thierry Perez, Pascal Jenft, Julien Guibert, Frédéric Weber, Anthony Boulogne, Maxime Amblard, Thierry Tesson, Claire Marais-Beuil, Antoine Golliot, Marc de Fleurian, Théo Bernhardt, Jonathan Gery, Tiffany Joncour, Aurélien Dutremble, Arnaud Sanvert (ancien député), Patrice Martin, Robert Le Bourgeois, Julien Limongi, Matthias Renault, Catherine Rimbert, Gaëtan Dussausaye, Sébastien Humbert, Sophie-Laurence Roy, Anchya Bamana
Ensemble pour la République 32 dans le décompte
Contre (31) : Sébastien Huyghe, Brigitte Klinkert, Vincent Ledoux, Sandra Marsaud, Graziella Melchior, Didier Le Gac, Corinne Vignon, Liliana Tanguy, Christine Le Nabour, Daniel Labaronne, Michel Lauzzana, Denis Masséglia, Nicole Le Peih, Anne Genetet, Stéphane Vojetta (ancien député), Jean Terlier, Marie Lebec, Annie Vidal, Gabriel Attal, Jean-François Rousset, Anthony Brosse, Violette Spillebout, Philippe Fait, Charles Rodwell, Pierre Cazeneuve, Marie-Ange Rousselot (ancien député), Laure Miller, Moerani Frébault, Jean Laussucq (ancien député), Anne-Sophie Ronceret, Vincent Caure
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 37 dans le décompte
Pour (37) : Ugo Bernalicis, Bastien Lachaud, Mathilde Panot, Aurélien Taché, Éric Coquerel, Danièle Obono, Laurent Alexandre, Manuel Bompard, Sébastien Delogu, Murielle Lepvraud, Anne Stambach-Terrenoir, Christophe Bex, Nathalie Oziol, Sylvain Carrière, Mathilde Hignet, Andrée Taurinya, Andy Kerbrat, Ségolène Amiot, Marianne Maximi, Sylvie Ferrer, Gabriel Amard (ancien député), Jean-François Coulomme, Nadège Abomangoli, Clémence Guetté, Maxime Laisney, Antoine Léaument, Karen Erodi, Aurélien Saintoul, Thomas Portes, Pierre-Yves Cadalen, Sandrine Nosbé, Mathilde Feld, Aurélien Le Coq, Zahia Hamdane, Claire Lejeune, Bérenger Cernon, Raphaël Arnault
Socialistes et apparentés 37 dans le décompte
Pour (37) : Jérôme Guedj, Pascale Got, Guillaume Garot, Hervé Saulignac, Claudia Rouaux, Laurent Baumel, Christine Pirès Beaune, Colette Capdevielle, Olivier Faure, Christian Baptiste, Philippe Naillet, Boris Vallaud, Mélanie Thomin, Mickaël Bouloux, Roger Vicot, Iñaki Echaniz, Fatiha Keloua Hachi, Elie Califer, Marie-José Allemand, Laurent Lhardit, Marc Pena, Fabrice Barusseau, Paul Christophle, Océane Godard, Pierre Pribetich, Arnaud Simion, Jacques Oberti, Pierrick Courbon, Fabrice Roussel, Christophe Proença, Stéphane Hablot, Peio Dufau, Sandrine Runel, Florence Herouin-Léautey, Céline Thiébault-Martinez, Dieynaba Diop, Ayda Hadizadeh
Droite Républicaine 32 dans le décompte
Contre (32) : Nicolas Forissier (ancien député), Philippe Gosselin, Laurent Wauquiez, Michèle Tabarot, Vincent Descoeur, Marie-Christine Dalloz, Jean-Luc Bourgeaux, Philippe Juvin, Jean-Pierre Vigier, Virginie Duby-Muller, Eric Liégeon, Thibault Bazin, Jean-Louis Thiériot, Julien Dive, Éric Pauget, Valérie Bazin-Malgras (ancien député), Frédérique Meunier, Sylvie Bonnet, Fabien Di Filippo (ancien député), Jérôme Nury (ancien député), Émilie Bonnivard, Christelle Petex (ancien député), Ian Boucard, Anne-Laure Blin, Nicolas Ray, Alexandra Martin (Alpes-Maritimes), Sylvie Dezarnaud (ancien député), Justine Gruet, Jean-Pierre Taite (ancien député), Thierry Liger, Corentin Le Fur, Vincent Jeanbrun (ancien député)
Écologiste et Social 13 dans le décompte
Pour (13) : Dominique Voynet, Clémentine Autain, Jean-Louis Roumégas, Eva Sas, François Ruffin, Marie Pochon, Cyrielle Chatelain, Sandrine Rousseau, Lisa Belluco, Catherine Hervieu, Nicolas Bonnet, Léa Balage El Mariky, Julie Ozenne
Les Démocrates 9 dans le décompte
Contre (9) : Christophe Blanchet, Sabine Thillaye, Geneviève Darrieussecq, Perrine Goulet, Blandine Brocard, Cyrille Isaac-Sibille, Louise Morel, Éric Martineau, Frantz Gumbs
Horizons & Indépendants 4 dans le décompte
Contre (4) : Bertrand Bouyx, Naïma Moutchou (ancien député), Béatrice Piron, Félicie Gérard
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 3 dans le décompte
Contre (2) : Joël Bruneau, Charles de Courson
Abstention (1) : Christophe Naegelen
Gauche Démocrate et Républicaine 4 dans le décompte
Pour (3) : Elsa Faucillon, Davy Rimane, Édouard Bénard
Contre (1) : Émeline K/Bidi
UDR 8 dans le décompte
Contre (8) : Bernard Chaix, Marc Chavent, Olivier Fayssat, Matthieu Bloch, Bartolomé Lenoir, Alexandre Allegret-Pilot, Maxime Michelet, Éric Michoux
Mises au point
Déclarations faites après le vote par des députés qui indiquent avoir voulu voter autrement. Elles ne changent pas le résultat.
Voulait voter Contre : Estelle Youssouffa
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin