Votes · Scrutin n° 6972 · 27 mai 2026 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 999 de M. Guibert après l'article 2 du projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles (première lecture).
Dossier : Projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles · Demandé par : Présidente du groupe "Rassemblement National"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Après article 2
- Texte
- Projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles Projet de loi ordinaire
Amendement déposé par M. Guibert et 120 cosignataires (RN) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Le présent projet de loi affirme la nécessité de lutter contre la concurrence déloyale, mais ne consacre pas de manière explicite le principe fondamental de réciprocité des normes de production.
Or, la situation actuelle crée une distorsion majeure :
· près de 25 % de l’alimentation consommée en France est importée,
· avec des niveaux dépassant 50 % dans certaines filières sensibles,
· tandis que les producteurs français sont soumis à des normes parmi les plus exigeantes au monde.
Parallèlement, l’Union européenne interdit plus de 200 substances phytosanitaires, dont certaines continuent d’être utilisées dans des pays exportant vers le marché français.
Le projet de loi se limite à une approche sanitaire de la concurrence déloyale, laissant de côté les dimensions environnementales, sociales et économiques.
Cette situation est économiquement intenable : les surcoûts normatifs supportés par les agriculteurs français peuvent atteindre 20 à 40 % selon les filières, créant une perte de compétitivité structurelle.
Le présent amendement vise donc à consacrer un principe clair : l’accès au marché français est conditionné au respect de normes équivalentes.
Il s’inscrit directement dans l’objectif de souveraineté alimentaire affirmé par le projet de loi.
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Après l’article L. 1 du code rural et de la pêche maritime, il est inséré un article L. 1‑1 ainsi rédigé :
« Art. L. 1‑1. – Les produits agricoles et alimentaires importés sur le territoire national doivent respecter des normes de production équivalentes à celles applicables aux producteurs établis en France, notamment en matière environnementale, sanitaire, sociale et de bien-être animal.
« Lorsque cette équivalence n’est pas établie, l’autorité administrative peut suspendre, restreindre ou subordonner à conditions leur mise sur le marché.
« II. – Un décret en Conseil d’État précise les modalités d’application du présent article. »
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Projet de loi du Gouvernement (Premier ministre Sébastien Lecornu, ministre de l’agriculture Annie Genevard), déposé à l’Assemblée le 8 avril 2026 en procédure accélérée. Son exposé des motifs annonce des « réponses concrètes, rapides, utiles » autour de cinq axes : « projets d’avenir agricole » dans les territoires, lutte contre la concurrence déloyale (suspension d’importations de denrées traitées avec des substances interdites dans l’Union européenne), simplifications sur l’eau, le foncier et la prédation du loup, poids des agriculteurs dans les négociations commerciales, dommages et intérêts contre les recours abusifs.
La loi finale, décrite par le Conseil constitutionnel, comprend aussi :
- des dérogations de trois ans à l’interdiction des néonicotinoïdes et substances assimilées, accordées par l’Anses : flupyradifurone pour la betterave sucrière (semences traitées), les cerises et les pommes, acétamipride pour les noisettes (§ 39 et 52 à 54) ;
- des facilités pour le stockage de l’eau et la compensation des zones humides (articles 13, 14 et 27) ;
- des tirs de loups dérogatoires dans la limite d’un seuil de conservation de l’espèce (§ 342) et une habilitation à réformer par ordonnance le régime des élevages (article 46).
Ce que ça change
Les producteurs de betteraves, cerises, pommes et noisettes peuvent demander une dérogation, accordée seulement en cas de « menace grave » pour la production et d’absence d’alternative suffisante (§ 61). Ces dérogations doivent disparaître trois ans après la promulgation. La servitude imposée aux terrains constructibles voisins des champs, elle, a été censurée.
Ce qui est contesté
Le 20 juillet 2026, le texte de la commission mixte paritaire a été adopté par 296 voix contre 224 et 41 abstentions (scrutin n° 8427). Contre : La France insoumise (71), socialistes (66), écologistes (38), Gauche démocrate et républicaine (15), mais aussi 15 députés EPR, 11 Démocrates, 4 LIOT et 3 Horizons. Pour : Rassemblement national (122), Droite républicaine (48), UDR (17), 51 EPR, 24 Horizons, 19 Démocrates. En première lecture, le 2 juin : 369 contre 178 (scrutin n° 7259).
Débat du 20 juillet :
- Aurélie Trouvé (LFI) parle d’une « loi poison » et invoque l’Ordre des médecins contre l’acétamipride et le flupyradifurone.
- Fabrice Barusseau (socialiste) juge que le texte de la CMP « ne répond plus à la commande initiale du gouvernement ».
- Marc Fesneau (Démocrates) indique que son groupe s’est opposé à la réintroduction de l’acétamipride voulue par les sénateurs, tout en jugeant que confier la décision à la science « est une avancée ».
- Agnès Pannier-Runacher (EPR) demande pourquoi le Gouvernement a refusé de soumettre au vote les amendements de suppression ; après une CMP, seuls les amendements acceptés par le Gouvernement sont discutés, rappelle Gabriel Attal (EPR).
- Pour le texte, Nathalie Coggia (EPR) met en avant la protection face aux importations ; Vincent Descoeur (Droite républicaine) salue les mesures contre le loup.
À l’Assemblée, les articles 4 (51 scrutins publics), 14 (50) et 5 (31) ont été les plus disputés (open data de l’Assemblée).
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi le 24 juillet par les députés insoumis et socialistes, le Conseil a rendu la décision n° 2026-914 DC le 14 août 2026.
- Censure de l’article 35 : la servitude interdisant de construire sur une bande allant jusqu’à dix mètres, sans indemnisation garantie ni procédure d’observations, porte une atteinte disproportionnée au droit de propriété (§ 310 à 316).
- Censure partielle de l’article 46 : réserver la participation du public aux personnes ayant un intérêt à agir viole l’article 7 de la Charte de l’environnement (§ 373 et 374).
- Cavaliers législatifs, c’est-à-dire ajouts sans lien avec le projet initial : curage des plans d’eau (article 14), piscicultures (16), suspension de la redevance pour pollutions diffuses (26), bâtiments agricoles exclus du calcul de l’artificialisation (32), haies (36), allégations sur la rémunération des agriculteurs (55) (§ 124, 146, 231, 279, 321, 447).
- Réserves d’interprétation (lecture imposée pour que le texte reste conforme) : l’Anses peut limiter une dérogation à certains territoires (§ 68) et son silence pendant deux mois vaut refus (§ 70) ; une retenue d’eau ne peut être regardée comme une zone humide (§ 244) ; réserve aussi sur les élevages (§ 390).
- Les dérogations aux néonicotinoïdes sont validées, « compte tenu en particulier de leur caractère temporaire » (§ 71).
Où en est le texte
Loi n° 2026-796 du 18 août 2026, publiée au Journal officiel du 19 août 2026 (dossier de l’Assemblée).
Sources
- Assemblée nationale, dossier législatif « Projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles » (18/08/2026)
- Projet de loi n° 2632 et exposé des motifs (08/04/2026)
- Scrutin public n° 8427 sur l’ensemble (texte de la CMP) (20/07/2026)
- Scrutin public n° 7259 sur l’ensemble (première lecture) (02/06/2026)
- Compte rendu de la séance du 20 juillet 2026 (lecture des conclusions de la CMP) (20/07/2026)
- Compte rendu de la séance du 2 juin 2026 (explications de vote) (02/06/2026)
- Conseil constitutionnel, décision n° 2026-914 DC (14/08/2026)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 46
- Contre
- 53
- Abstention
- 8
- Non-votant
- 1
- Votants
- 107
- Exprimés
- 99
- Majorité requise
- 50
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 122 membres | Pour | 44 | 0 | 0 | 0 | |
| EPR 91 membres | Contre | 0 | 16 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | aucun vote | 0 | 7 | 7 | 0 | |
| SOC 68 membres | Contre | 1 | 4 | 0 | 0 | |
| DR 48 membres | Contre | 0 | 5 | 1 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Contre | 0 | 6 | 0 | 0 | |
| DEM 37 membres | Contre | 0 | 5 | 0 | 0 | |
| HOR 34 membres | Contre | 0 | 6 | 0 | 0 | |
| LIOT 23 membres | Contre | 0 | 3 | 0 | 0 | |
| UDDPLR 17 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Contre | 0 | 1 | 0 | 0 | |
| NI 11 membres | Pour | 1 | 0 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 44 dans le décompte
Pour (44) : Marie-France Lorho, Christian Girard, Jorys Bovet, Jordan Guitton, Angélique Ranc, Frédéric Falcon, Julien Rancoule, Cyril Tribuiani, José Gonzalez, Romain Baubry, Caroline Colombier, Géraldine Grangier, Serge Muller, Yoann Gillet, Edwige Diaz (ancien député), Thomas Ménagé, Hélène Laporte, Florence Goulet, Christophe Bentz, Alexandre Loubet, Sandrine Dogor-Such, Sophie Blanc, Anaïs Sabatini, Emeric Salmon, Béatrice Roullaud, Jean-Philippe Tanguy, Laure Lavalette, Frank Giletti (ancien député), Eddy Casterman, Édouard Jordan, Monique Griseti, Emmanuel Fouquart, Pascal Markowsky, Thibaut Monnier, Catherine Dellong Meng, Sylvie Josserand (ancien député), Julien Guibert, Frédéric Weber, Maxime Amblard, David Magnier, Tiffany Joncour, Patrice Martin, Catherine Rimbert, Anne Sicard
Ensemble pour la République 17 dans le décompte
Contre (16) : Pauline Cestrières, Sandrine Le Feur, Corinne Vignon, Danielle Brulebois, Nicole Le Peih, Patricia Lemoine, Stéphane Buchou, Jean-Marie Fiévet, Jean-Luc Fugit, Anthony Brosse, Charles Sitzenstuhl, Astrid Panosyan-Bouvet (ancien député), Nathalie Coggia, Pierre Cazeneuve, Christophe Mongardien, Marie-Philippe Lubet
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 14 dans le décompte
Contre (7) : Murielle Lepvraud, Anne Stambach-Terrenoir, Christophe Bex, Sylvie Ferrer, Gabriel Amard (ancien député), Aurélie Trouvé, Raphaël Arnault
Abstention (7) : Mathilde Hignet, Andrée Taurinya, Marianne Maximi, Clémence Guetté, Damien Maudet, Manon Meunier, Claire Lejeune
Socialistes et apparentés 5 dans le décompte
Pour (1) : Céline Hervieu
Contre (4) : Dominique Potier, Mélanie Thomin, Peio Dufau, Céline Thiébault-Martinez
Droite Républicaine 6 dans le décompte
Contre (5) : Vincent Rolland, Jean-Louis Thiériot, Julien Dive, Corentin Le Fur, Lionel Duparay
Abstention (1) : Thibault Bazin
Écologiste et Social 6 dans le décompte
Contre (6) : Dominique Voynet, Marie Pochon, Charles Fournier, Lisa Belluco, Catherine Hervieu, Nicolas Bonnet
Les Démocrates 5 dans le décompte
Contre (5) : Geneviève Darrieussecq, Frédéric Petit, Romain Daubié, Hubert Ott, Pascal Lecamp
Horizons & Indépendants 6 dans le décompte
Contre (6) : Thierry Benoit, Sylvain Berrios, Laetitia Saint-Paul, Pierre Marle, Véronique Ludmann, Thomas Lam
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 3 dans le décompte
Contre (3) : Jean-Luc Warsmann, David Taupiac, Joël Bruneau
Gauche Démocrate et Républicaine 1 dans le décompte
Contre (1) : Julien Brugerolles
Non inscrit 1 dans le décompte
Pour (1) : Christine Engrand
Mises au point
Déclarations faites après le vote par des députés qui indiquent avoir voulu voter autrement. Elles ne changent pas le résultat.
Voulait voter Contre : Céline Hervieu
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin