Votes · Scrutin n° 702 · 6 février 2025 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 14 de M. Taché et l'amendement identique suivant à l'article unique de la proposition de loi visant à renforcer les conditions d'accès à la nationalité française à Mayotte (première lecture).
Demandé par : Présidente du groupe "Rassemblement National" Présidente du groupe "La France insoumise – Nouveau Front Populaire"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article unique
- Texte
- Renforcer les conditions d'accès à la nationalité française à Mayotte Proposition de loi ordinaire
Amendement déposé par M. Taché et 69 cosignataires (LFI-NFP) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Par cet amendement nous nous opposons totalement à cette proposition de loi xénophobe qui fait des migrants la cause de tous les maux à Mayotte et aggrave la dérogation actuelle au droit du sol, nous proposons donc d’en supprimer chaque alinéa.
Mayotte ne peut plus être le département des exceptions à la loi : elle doit protéger de la même manière l'ensemble des personnes présentes sur le territoire national, car la République est une et indivisible.
Rappelons qu’à Mayotte, les droits fondamentaux n’y sont “pas effectifs” comme l’a souvent souligné le Défenseur des droits, du fait du manque d’infrastructures de soins ou d’éducation. Les coupures d’eau rythment chaque semaine le quotidien des Mahorais, et 6 logements sur 10 sont dépourvus du confort sanitaire de base. Selon une étude de l’Institut de recherches économiques et sociales (Ires) datant de 2022, les transferts financiers publics bénéficiant à Mayotte ne s’élèvent qu’à 5 000 euros par habitant contre plus de 20 000 euros par habitant de dépenses des administrations publiques pour la France entière, soit 4 fois plus.
Plutôt que de réfléchir à la nécessaire reconstruction de Mayotte qui manquait de tout bien avec le cyclone Chido, et de proposer des solutions sociales et le développement des services publics, la droite, adoubée par l'extrême droite et soutenue par la minorité gouvernementale, préfère taper encore une fois sur l'immigration. Nous ne pouvons cautionner cette logique.
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Supprimer l’alinéa 4.
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Article parmi les plus disputés du texte Article unique : 16 scrutins publics, dont 2 serrés. Voir le classement
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
La loi durcit les conditions dans lesquelles un enfant né à Mayotte de parents étrangers peut devenir français. Elle a été déposée le 3 décembre 2024 par le député Philippe Gosselin et des députés du groupe Droite républicaine. Le Gouvernement a engagé la procédure accélérée le 3 février 2025. D’après la décision du Conseil constitutionnel (paragraphes 2 et 20), qui décrit le texte définitif :
- les deux parents, et non plus un seul, doivent avoir résidé en France de façon régulière au moment de la naissance ;
- cette résidence régulière doit durer depuis au moins un an, au lieu de trois mois ;
- si la filiation n’est établie qu’à l’égard d’un seul parent, la condition ne s’applique qu’à lui ;
- le parent qui demande que sa résidence régulière soit mentionnée sur l’acte de naissance doit présenter un titre de séjour et un passeport biométrique.
Ce que ça change
Le texte vise les enfants nés à Mayotte de parents étrangers dont aucun n’est né en France. Les conditions d’âge et de résidence de l’enfant ne changent pas (paragraphes 15 et 20 de la décision). La loi ne prévoit pas de date d’entrée en vigueur particulière. Selon le Conseil (paragraphe 30), la règle applicable est donc celle en vigueur au moment de la naissance. L’exposé des motifs justifie la mesure par la pression migratoire : il indique, en citant l’Insee, que « depuis 2019, la majorité des habitants est étrangère » à Mayotte.
Ce qui est contesté
Le 8 avril 2025, l’Assemblée a adopté le texte de la commission mixte paritaire (CMP, réunion de députés et de sénateurs chargée de trouver un texte commun) par 339 voix contre 174 (11 abstentions). Ont voté contre : La France insoumise (65 voix), les Socialistes (61), les Écologistes (32) et la Gauche démocrate et républicaine (13). Ont voté pour : RN (122), Ensemble pour la République (73), Horizons (32), Démocrates (30), Droite républicaine (47), UDR (15) et LIOT (13). En première lecture, le 6 février 2025, le texte avait été adopté par 162 voix contre 93. Selon les données de l’Assemblée, l’article unique a fait l’objet de 16 scrutins publics sur des amendements, dont deux à quelques voix d’écart.
Les opposants contestent l’utilité et la constitutionnalité du texte. Pour Aurélien Taché (LFI), « toucher au droit du sol n’aura aucune incidence sur les flux migratoires en direction de Mayotte ». Dominique Voynet (Écologiste et social) estime que c’est « la fin effective du droit du sol à Mayotte » qui est proposée. Colette Capdevielle (Socialistes) juge le texte « contraire à la Constitution » et annonce la saisine du Conseil constitutionnel (compte rendu du 8 avril 2025).
Les partisans soulignent la situation migratoire de l’île. Pour le rapporteur Philippe Gosselin (Droite républicaine), « les perspectives d’accès à la nationalité française constituent un facteur indéniable d’attractivité pour l’immigration irrégulière ». La ministre Sophie Primas affirme au nom du Gouvernement que le texte « ne remet pas en cause le droit du sol ».
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi par des députés LFI (10 avril 2025), des députés socialistes et écologistes (14 avril) et des sénateurs de gauche (16 avril), le Conseil a déclaré la loi conforme à la Constitution le 7 mai 2025, avec une réserve d’interprétation (une condition à respecter pour que la loi soit appliquée de façon conforme).
- Aucune disposition n’est censurée.
- Réserve (paragraphe 22) : le passeport biométrique ne peut pas être exigé des ressortissants de pays qui n’en délivrent pas ; ils peuvent présenter un autre document d’identité.
- Le Conseil écarte l’existence d’un principe constitutionnel garantissant l’accès à la nationalité à toute personne née en France (paragraphes 9 et 10).
- Il juge que la différence de traitement avec le reste du territoire est permise par l’article 73 de la Constitution, compte tenu des « caractéristiques et contraintes particulières » de Mayotte (paragraphes 18 à 23).
Où en est le texte
La loi n° 2025-412 du 12 mai 2025 a été promulguée et publiée au Journal officiel du 13 mai 2025.
Sources
- Dossier législatif de l’Assemblée nationale (12/05/2025)
- Proposition de loi n° 693 et exposé des motifs (03/12/2024)
- Compte rendu de la première séance du 8 avril 2025 (lecture du texte de la CMP) (08/04/2025)
- Scrutin n° 1308 sur l’ensemble du texte de la CMP (08/04/2025)
- Scrutin n° 738 sur l’ensemble en première lecture (06/02/2025)
- Décision n° 2025-881 DC du Conseil constitutionnel (07/05/2025)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 98
- Contre
- 184
- Abstention
- 0
- Non-votant
- 1
- Votants
- 282
- Exprimés
- 282
- Majorité requise
- 142
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 124 membres | Contre | 0 | 97 | 0 | 0 | |
| EPR 95 membres | Contre | 0 | 26 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Pour | 34 | 0 | 0 | 0 | |
| SOC 66 membres | Pour | 37 | 2 | 0 | 0 | |
| DR 47 membres | Contre | 0 | 25 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Pour | 21 | 0 | 0 | 0 | |
| DEM 36 membres | Contre | 0 | 11 | 0 | 0 | |
| HOR 33 membres | Contre | 0 | 11 | 0 | 0 | |
| LIOT 23 membres | Contre | 0 | 3 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Pour | 4 | 0 | 0 | 0 | |
| UDR 16 membres | Contre | 0 | 8 | 0 | 0 | |
| NI 10 membres | Pour | 2 | 1 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 97 dans le décompte
Contre (97) : Hervé de Lépinau, Nicolas Meizonnet, Sébastien Chenu, Emmanuel Blairy, Bruno Bilde, Marie-France Lorho, Christian Girard, Jérôme Buisson, Nicolas Dragon, Jocelyn Dessigny, Jordan Guitton, Angélique Ranc, Christophe Barthès (ancien député), Frédéric Falcon, Julien Rancoule, Gisèle Lelouis, Lionel Tivoli, Bryan Masson (ancien député), Joëlle Mélin, Romain Baubry, Emmanuel Taché, Caroline Colombier, Géraldine Grangier, Kévin Mauvieux, Timothée Houssin, Lisette Pollet, Christine Loir, Serge Muller, Yoann Gillet, Aurélien Lopez-Liguori (ancien député), Edwige Diaz (ancien député), Alexis Jolly, Thomas Ménagé, Hélène Laporte, Florence Goulet, Christophe Bentz, Laurence Robert-Dehault, Michaël Taverne, Matthieu Marchio, Philippe Ballard, Alexandre Loubet, Laurent Jacobelli, Caroline Parmentier, Thierry Frappé, Michel Guiniot, Sandrine Dogor-Such, Sophie Blanc, Anaïs Sabatini, Antoine Villedieu, Emeric Salmon, Béatrice Roullaud, Nathalie Da Conceicao Carvalho, Yaël Ménaché, Marine Hamelet, Laure Lavalette, Philippe Lottiaux, Julie Lechanteux, Frank Giletti (ancien député), Frédéric Boccaletti, Philippe Schreck, Bénédicte Auzanot, Sandra Delannoy, Alexandre Dufosset, Guillaume Florquin, Bruno Clavet, Monique Griseti, Romain Tonussi, Pascal Markowsky, Nadine Lechon, René Lioret, Sylvie Josserand (ancien député), Manon Bouquin (ancien député), Julien Gabarron, Thierry Perez, Pascal Jenft, Julien Guibert, Frédéric Weber, Anthony Boulogne, Maxime Amblard, Thierry Tesson, Claire Marais-Beuil, Antoine Golliot, Auguste Evrard, Théo Bernhardt, Jonathan Gery, Tiffany Joncour, Aurélien Dutremble, Arnaud Sanvert (ancien député), Patrice Martin, Robert Le Bourgeois, Julien Limongi, Matthias Renault, Catherine Rimbert, Gaëtan Dussausaye, Sébastien Humbert, Sophie-Laurence Roy, Anchya Bamana
Ensemble pour la République 27 dans le décompte
Contre (26) : Sébastien Huyghe, Constance Le Grip, Vincent Ledoux, Sandra Marsaud, Graziella Melchior, Didier Le Gac, Corinne Vignon, Christine Le Nabour, Daniel Labaronne, Michel Lauzzana, Anne Genetet, Jean Terlier, Marie Lebec, Jean-Luc Fugit, Anthony Brosse, Violette Spillebout, Philippe Fait, Nicolas Metzdorf, Marie-Ange Rousselot (ancien député), Prisca Thevenot, Joséphine Missoffe, Maud Bregeon (ancien député), Laure Miller, Moerani Frébault, Anne-Sophie Ronceret, Vincent Caure
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 34 dans le décompte
Pour (34) : Ugo Bernalicis, Bastien Lachaud, Aurélien Taché, Éric Coquerel, Danièle Obono, Laurent Alexandre, Manuel Bompard, Sébastien Delogu, Murielle Lepvraud, Anne Stambach-Terrenoir, Christophe Bex, Sylvain Carrière, Mathilde Hignet, Andrée Taurinya, Andy Kerbrat, Ségolène Amiot, Marianne Maximi, Sylvie Ferrer, Jean-François Coulomme, Nadège Abomangoli, Clémence Guetté, Ersilia Soudais, Manon Meunier, Maxime Laisney, Aurélien Saintoul, Sandrine Nosbé, Marie Mesmeur, Mathilde Feld, Aurélien Le Coq, Zahia Hamdane, Claire Lejeune, Bérenger Cernon, Raphaël Arnault, Gabrielle Cathala
Socialistes et apparentés 39 dans le décompte
Pour (37) : Jérôme Guedj, Pascale Got, Hervé Saulignac, Claudia Rouaux, Marie-Noëlle Battistel, Christine Pirès Beaune, Colette Capdevielle, Olivier Faure, Christian Baptiste, Philippe Naillet, Chantal Jourdan, Boris Vallaud, Philippe Brun, Mickaël Bouloux, Roger Vicot, Iñaki Echaniz, Fatiha Keloua Hachi, Elie Califer, Laurent Lhardit, Marc Pena, Fabrice Barusseau, Paul Christophle, Océane Godard, Pierre Pribetich, Jacques Oberti, Pierrick Courbon, Fabrice Roussel, Christophe Proença, Stéphane Hablot, Julien Gokel (ancien député), Peio Dufau, Sandrine Runel, Florence Herouin-Léautey, Céline Hervieu, Céline Thiébault-Martinez, Dieynaba Diop, Ayda Hadizadeh
Contre (2) : Valérie Rossi, Arnaud Simion
Droite Républicaine 25 dans le décompte
Contre (25) : Nicolas Forissier (ancien député), Philippe Gosselin, Laurent Wauquiez, Vincent Descoeur, Jean-Luc Bourgeaux, Philippe Juvin, Virginie Duby-Muller, Eric Liégeon, Valérie Bazin-Malgras (ancien député), Frédérique Meunier, Sylvie Bonnet, Fabien Di Filippo (ancien député), Jérôme Nury (ancien député), Émilie Bonnivard, Christelle Petex (ancien député), Ian Boucard, Anne-Laure Blin, Nicolas Ray, Alexandra Martin (Alpes-Maritimes), Sylvie Dezarnaud (ancien député), Justine Gruet, Jean-Pierre Taite (ancien député), Thierry Liger, Alexandre Portier, Corentin Le Fur
Écologiste et Social 21 dans le décompte
Pour (21) : Dominique Voynet, Clémentine Autain, Jean-Louis Roumégas, Eva Sas, François Ruffin, Sophie Taillé-Polian, Hendrik Davi, Marie Pochon, Sébastien Peytavie, Charles Fournier, Cyrielle Chatelain, Jean-Claude Raux, Marie-Charlotte Garin, Sandrine Rousseau, Lisa Belluco, Karim Ben Cheikh, Benjamin Lucas-Lundy, Emmanuel Duplessy, Nicolas Bonnet, Boris Tavernier, Julie Ozenne
Les Démocrates 11 dans le décompte
Contre (11) : Geneviève Darrieussecq, Marc Fesneau, Philippe Bolo (ancien député), Frédéric Petit, Cyrille Isaac-Sibille, Romain Daubié, Mickaël Cosson, Louise Morel, Hubert Ott, Éric Martineau, Anne Bergantz
Horizons & Indépendants 11 dans le décompte
Contre (11) : Thierry Benoit, Paul Christophe (ancien député), Loïc Kervran (ancien député), Naïma Moutchou (ancien député), Béatrice Piron, Pierre Henriet, François Gernigon, Félicie Gérard, Marie-Agnès Poussier-Winsback, Béatrice Bellamy (ancien député), Frédéric Valletoux
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 3 dans le décompte
Contre (3) : Christophe Naegelen, Estelle Youssouffa, Joël Bruneau
Gauche Démocrate et Républicaine 4 dans le décompte
Pour (4) : Jean-Paul Lecoq, Davy Rimane, Émeline K/Bidi, Édouard Bénard
UDR 8 dans le décompte
Contre (8) : Bernard Chaix, Marc Chavent, Olivier Fayssat, Matthieu Bloch, Bartolomé Lenoir, Alexandre Allegret-Pilot, Maxime Michelet, Éric Michoux
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin