Votes · Scrutin n° 715 · 6 février 2025 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 32 de Mme Cathala après l'article unique de la proposition de loi visant à renforcer les conditions d'accès à la nationalité française à Mayotte (première lecture).
Demandé par : Présidente du groupe "La France insoumise – Nouveau Front Populaire"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Après article unique
- Texte
- Renforcer les conditions d'accès à la nationalité française à Mayotte Proposition de loi ordinaire
Amendement déposé par Mme Cathala et 52 cosignataires (LFI-NFP) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Par cet amendement, nous demandons la remise d'un rapport au Parlement sur les conséquences des dérogations en matière d'accès à la nationalité française et de rétention administrative à Mayotte sur l'engorgement des centres de rétention administratives et sur le respect de la dignité des personnes retenues.
À Mayotte, la logique de l’enfermement se renforce, suscitant l’inquiétude de plusieurs associations comme la Cimade, Solidarité Mayotte et France Terre d’Asile, qui dénoncent les atteintes aux droits fondamentaux liées à cette situation. Avec le temps, les exceptions au droit commun se sont multipliées ; le titre de séjour spécial n'étant valable qu'à Mayotte (contrairement au titre de séjour de droit commun qui est valable sur l'ensemble du territoire français), la mise en place d'un asile accéléré et précarisé imposant un délai d'instruction de 21 jours contre 6 mois dans l'hexagone. De plus, la situation des demandeurs d'asile est fortement fragilisée : à Mayotte, le délai d’un jour avant un rapatriement pour refus d’entrée sur le territoire n’est pas applicable (L332-2 CESEDA) et l’allocation pour les demandeurs d’asile n’est pas valable (L591-4 CESEDA). Cette logique globale est poursuivie par une facilitation de l'enfermement : lors d'un placement dans un centre de rétention, la préfecture est tenue de saisir le juge des libertés et de la détention dans les 4 jours dans l’hexagone contre 5 jours à Mayotte (R761-5 CESEDA). Cet ensemble de mesures dérogatoires contribue à un engorgement des centres de rétention administrative, entraînant des conditions de détention indignes et portant une atteinte grave à la liberté et aux droits fondamentaux des personnes concernées. […]
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Dans un délai de six mois à compter de la promulgation de la présente loi, le Gouvernement remet au Parlement un rapport sur les conséquences des réformes de l’accès à la nationalité française à Mayotte et des dérogations en matière de rétention administrative sur l’engorgement des centres de rétentions administratives et sur le respect de la dignité des personnes retenues.
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Article parmi les plus disputés du texte Après article unique : 9 scrutins publics, dont 0 serrés. Voir le classement
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
La loi durcit les conditions dans lesquelles un enfant né à Mayotte de parents étrangers peut devenir français. Elle a été déposée le 3 décembre 2024 par le député Philippe Gosselin et des députés du groupe Droite républicaine. Le Gouvernement a engagé la procédure accélérée le 3 février 2025. D’après la décision du Conseil constitutionnel (paragraphes 2 et 20), qui décrit le texte définitif :
- les deux parents, et non plus un seul, doivent avoir résidé en France de façon régulière au moment de la naissance ;
- cette résidence régulière doit durer depuis au moins un an, au lieu de trois mois ;
- si la filiation n’est établie qu’à l’égard d’un seul parent, la condition ne s’applique qu’à lui ;
- le parent qui demande que sa résidence régulière soit mentionnée sur l’acte de naissance doit présenter un titre de séjour et un passeport biométrique.
Ce que ça change
Le texte vise les enfants nés à Mayotte de parents étrangers dont aucun n’est né en France. Les conditions d’âge et de résidence de l’enfant ne changent pas (paragraphes 15 et 20 de la décision). La loi ne prévoit pas de date d’entrée en vigueur particulière. Selon le Conseil (paragraphe 30), la règle applicable est donc celle en vigueur au moment de la naissance. L’exposé des motifs justifie la mesure par la pression migratoire : il indique, en citant l’Insee, que « depuis 2019, la majorité des habitants est étrangère » à Mayotte.
Ce qui est contesté
Le 8 avril 2025, l’Assemblée a adopté le texte de la commission mixte paritaire (CMP, réunion de députés et de sénateurs chargée de trouver un texte commun) par 339 voix contre 174 (11 abstentions). Ont voté contre : La France insoumise (65 voix), les Socialistes (61), les Écologistes (32) et la Gauche démocrate et républicaine (13). Ont voté pour : RN (122), Ensemble pour la République (73), Horizons (32), Démocrates (30), Droite républicaine (47), UDR (15) et LIOT (13). En première lecture, le 6 février 2025, le texte avait été adopté par 162 voix contre 93. Selon les données de l’Assemblée, l’article unique a fait l’objet de 16 scrutins publics sur des amendements, dont deux à quelques voix d’écart.
Les opposants contestent l’utilité et la constitutionnalité du texte. Pour Aurélien Taché (LFI), « toucher au droit du sol n’aura aucune incidence sur les flux migratoires en direction de Mayotte ». Dominique Voynet (Écologiste et social) estime que c’est « la fin effective du droit du sol à Mayotte » qui est proposée. Colette Capdevielle (Socialistes) juge le texte « contraire à la Constitution » et annonce la saisine du Conseil constitutionnel (compte rendu du 8 avril 2025).
Les partisans soulignent la situation migratoire de l’île. Pour le rapporteur Philippe Gosselin (Droite républicaine), « les perspectives d’accès à la nationalité française constituent un facteur indéniable d’attractivité pour l’immigration irrégulière ». La ministre Sophie Primas affirme au nom du Gouvernement que le texte « ne remet pas en cause le droit du sol ».
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi par des députés LFI (10 avril 2025), des députés socialistes et écologistes (14 avril) et des sénateurs de gauche (16 avril), le Conseil a déclaré la loi conforme à la Constitution le 7 mai 2025, avec une réserve d’interprétation (une condition à respecter pour que la loi soit appliquée de façon conforme).
- Aucune disposition n’est censurée.
- Réserve (paragraphe 22) : le passeport biométrique ne peut pas être exigé des ressortissants de pays qui n’en délivrent pas ; ils peuvent présenter un autre document d’identité.
- Le Conseil écarte l’existence d’un principe constitutionnel garantissant l’accès à la nationalité à toute personne née en France (paragraphes 9 et 10).
- Il juge que la différence de traitement avec le reste du territoire est permise par l’article 73 de la Constitution, compte tenu des « caractéristiques et contraintes particulières » de Mayotte (paragraphes 18 à 23).
Où en est le texte
La loi n° 2025-412 du 12 mai 2025 a été promulguée et publiée au Journal officiel du 13 mai 2025.
Sources
- Dossier législatif de l’Assemblée nationale (12/05/2025)
- Proposition de loi n° 693 et exposé des motifs (03/12/2024)
- Compte rendu de la première séance du 8 avril 2025 (lecture du texte de la CMP) (08/04/2025)
- Scrutin n° 1308 sur l’ensemble du texte de la CMP (08/04/2025)
- Scrutin n° 738 sur l’ensemble en première lecture (06/02/2025)
- Décision n° 2025-881 DC du Conseil constitutionnel (07/05/2025)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 84
- Contre
- 166
- Abstention
- 0
- Non-votant
- 2
- Votants
- 250
- Exprimés
- 250
- Majorité requise
- 126
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 124 membres | Contre | 0 | 92 | 0 | 0 | |
| EPR 95 membres | Contre | 0 | 20 | 0 | 2 | |
| LFI-NFP 71 membres | Pour | 31 | 0 | 0 | 0 | |
| SOC 66 membres | Pour | 37 | 0 | 0 | 0 | |
| DR 47 membres | Contre | 0 | 28 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Pour | 11 | 0 | 0 | 0 | |
| DEM 36 membres | Contre | 0 | 12 | 0 | 0 | |
| HOR 33 membres | Contre | 0 | 8 | 0 | 0 | |
| LIOT 23 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Pour | 3 | 0 | 0 | 0 | |
| UDR 16 membres | Contre | 0 | 6 | 0 | 0 | |
| NI 10 membres | Pour | 2 | 0 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 92 dans le décompte
Contre (92) : Nicolas Meizonnet, Sébastien Chenu, Marine Le Pen, Marie-France Lorho, Christian Girard, Jérôme Buisson, Nicolas Dragon, Jorys Bovet, Angélique Ranc, Christophe Barthès (ancien député), Frédéric Falcon, Julien Rancoule, Lionel Tivoli, Bryan Masson (ancien député), Joëlle Mélin, Franck Allisio, Caroline Colombier, Géraldine Grangier, Kévin Mauvieux, Timothée Houssin, Lisette Pollet, Christine Loir, Serge Muller, Yoann Gillet, Edwige Diaz (ancien député), Alexis Jolly, Roger Chudeau, Thomas Ménagé, Florence Goulet, Christophe Bentz, Laurence Robert-Dehault, Michaël Taverne, Matthieu Marchio, Philippe Ballard, Kévin Pfeffer, Alexandre Loubet, Laurent Jacobelli, Caroline Parmentier, Thierry Frappé, Sandrine Dogor-Such, Sophie Blanc, Anaïs Sabatini, Antoine Villedieu, Emeric Salmon, Béatrice Roullaud, Nathalie Da Conceicao Carvalho, Marine Hamelet, Laure Lavalette, Julie Lechanteux, Frédéric Boccaletti, Philippe Schreck, Bénédicte Auzanot, Eddy Casterman, Sandra Delannoy, Alexandre Dufosset, Guillaume Florquin, Bruno Clavet, Romain Tonussi, Emmanuel Fouquart, Pascal Markowsky, Nadine Lechon, Florence Joubert, Thibaut Monnier, René Lioret, Sylvie Josserand (ancien député), Manon Bouquin (ancien député), Julien Gabarron, Thierry Perez, Pascal Jenft, Julien Guibert, Frédéric Weber, Anthony Boulogne, Maxime Amblard, Thierry Tesson, Claire Marais-Beuil, Frédéric-Pierre Vos, David Magnier, Antoine Golliot, Théo Bernhardt, Jonathan Gery, Tiffany Joncour, Aurélien Dutremble, Arnaud Sanvert (ancien député), Patrice Martin, Robert Le Bourgeois, Julien Limongi, Matthias Renault, Gaëtan Dussausaye, Sébastien Humbert, Sophie-Laurence Roy, Anne Sicard, Anchya Bamana
Ensemble pour la République 22 dans le décompte
Contre (20) : Éric Bothorel, Vincent Ledoux, Sylvain Maillard, François Cormier-Bouligeon, Annaïg Le Meur, Didier Le Gac, Liliana Tanguy, Christine Le Nabour, Daniel Labaronne, Stéphanie Rist (ancien député), Jean Terlier, Marie Lebec, Natalia Pouzyreff, Jean-Luc Fugit, Philippe Fait, Mathieu Lefèvre (ancien député), Charles Rodwell, Pierre Cazeneuve, Anne-Sophie Ronceret, Vincent Caure
Non-votant (2) : Roland Lescure (ancien député), Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 31 dans le décompte
Pour (31) : Bastien Lachaud, Mathilde Panot, Jean-Hugues Ratenon, Danièle Obono, Laurent Alexandre, Sébastien Delogu, Murielle Lepvraud, Hadrien Clouet, Anne Stambach-Terrenoir, Christophe Bex, Nathalie Oziol, Sylvain Carrière, Mathilde Hignet, Andrée Taurinya, Andy Kerbrat, Ségolène Amiot, Marianne Maximi, Jérôme Legavre, Clémence Guetté, Ersilia Soudais, Maxime Laisney, Karen Erodi, Aurélien Saintoul, Sandrine Nosbé, Marie Mesmeur, Mathilde Feld, Aurélien Le Coq, Anaïs Belouassa-Cherifi, Claire Lejeune, Bérenger Cernon, Gabrielle Cathala
Socialistes et apparentés 37 dans le décompte
Pour (37) : Pascale Got, Marietta Karamanli, Hervé Saulignac, Claudia Rouaux, Marie-Noëlle Battistel, Colette Capdevielle, Olivier Faure, Christian Baptiste, Philippe Naillet, Chantal Jourdan, Boris Vallaud, Gérard Leseul, Isabelle Santiago, Philippe Brun, Mélanie Thomin, Mickaël Bouloux, Anna Pic, Iñaki Echaniz, Fatiha Keloua Hachi, Elie Califer, Aurélien Rousseau, Emmanuel Grégoire (ancien député), Marie-José Allemand, Marc Pena, Paul Christophle, Océane Godard, Pierre Pribetich, Arnaud Simion, Jacques Oberti, Pierrick Courbon, Peio Dufau, Sandrine Runel, Florence Herouin-Léautey, Céline Hervieu, Céline Thiébault-Martinez, Dieynaba Diop, Béatrice Bellay
Droite Républicaine 28 dans le décompte
Contre (28) : Nicolas Forissier (ancien député), Philippe Gosselin, Laurent Wauquiez, Michèle Tabarot, Jean-Luc Bourgeaux, Philippe Juvin, Jean-Didier Berger (ancien député), Patrick Hetzel, Virginie Duby-Muller, Eric Liégeon, Thibault Bazin, Julien Dive, Éric Pauget, Frédérique Meunier, Fabien Di Filippo (ancien député), Émilie Bonnivard, Christelle Petex (ancien député), Josiane Corneloup, Anne-Laure Blin, Nicolas Ray, Alexandra Martin (Alpes-Maritimes), Hubert Brigand, Sylvie Dezarnaud (ancien député), Justine Gruet, Antoine Vermorel, Jean-Pierre Taite (ancien député), Thierry Liger, Corentin Le Fur
Écologiste et Social 11 dans le décompte
Pour (11) : Dominique Voynet, Clémentine Autain, Sébastien Peytavie, Lisa Belluco, Karim Ben Cheikh, Benjamin Lucas-Lundy, Benoît Biteau, Nicolas Bonnet, Léa Balage El Mariky, Boris Tavernier, Julie Ozenne
Les Démocrates 12 dans le décompte
Contre (12) : Sophie Mette, Sabine Thillaye, Sandrine Josso, Frédéric Petit, Nicolas Turquois, Romain Daubié, Mickaël Cosson, Delphine Lingemann, Éric Martineau, Marina Ferrari (ancien député), Pascal Lecamp, Anne Bergantz
Horizons & Indépendants 8 dans le décompte
Contre (8) : Sylvain Berrios, Naïma Moutchou (ancien député), Béatrice Piron, Jérémie Patrier-Leitus, François Gernigon, Félicie Gérard, Marie-Agnès Poussier-Winsback, Frédéric Valletoux
Gauche Démocrate et Républicaine 3 dans le décompte
Pour (3) : Jean-Paul Lecoq, Elsa Faucillon, Édouard Bénard
UDR 6 dans le décompte
Contre (6) : Vincent Trébuchet, Olivier Fayssat, Alexandre Allegret-Pilot, Charles Alloncle, Maxime Michelet, Éric Michoux
Non inscrit 2 dans le décompte
Pour (2) : Sophie Errante, Stella Dupont
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin