Votes · Scrutin n° 735 · 6 février 2025 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 46 de M. Bernalicis au titre de la proposition de loi visant à renforcer les conditions d'accès à la nationalité française à Mayotte (première lecture).
Demandé par : Présidente du groupe "La France insoumise – Nouveau Front Populaire"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Titre du texte
- Texte
- Renforcer les conditions d'accès à la nationalité française à Mayotte Proposition de loi ordinaire
Amendement déposé par M. Bernalicis et 69 cosignataires (LFI-NFP) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Par cet amendement, nous mettons en lumière le caractère xénophobe du projet proposé par le groupe de la Droite républicaine. La France insoumise s’oppose à l’idée selon laquelle l’immigration serait le vecteur de l’instabilité à Mayotte.
Mayotte est un département français et est pourtant traité comme un territoire de seconde zone, sous un prisme du néocolonialiste. Mayotte souffre d’un manque d’investissement chronique de l’État : santé, école, pauvreté, eau, électricité, tout cela fait défaut. La tempête Chido a révélé, aux yeux du monde, le délaissement programmé de Mayotte. Alors qu’ils sont au premier rang des victimes du cyclone, la droite désigne les migrants comme la cause du malheur mahorais. Cette proposition de loi ne démontre qu’une seule chose : le deuil a laissé place à l’indignité.
L’indignité, car on compte aujourd’hui près de 12 000 morts dans le bras de mer qui sépare l’île d’Anjouan de Mayotte. Mais la droite “Républicaine” refuse d’ouvrir les yeux sur les dégats humains qu’une telle loi engendrerait. Lorsqu’un Comorien embarque clandestinement à bord d’un kwassa-kwassa, qui peut penser qu’il a en tête les différentes législations françaises sur le droit du sol ? Bien sûr que non, il survit avec l’espoir d’une vie meilleure. Et déjà, la France se montre indigne des valeurs qu’elle porte : des dizaines de milliers de migrants enfermés dans des CRA insalubres, inhumains, où les conditions de vie sont une véritable torture.
Ce projet abject est aussi inefficace face à l’objectif recherché par ses auteurs. En effet, le régime dérogatoire prévu par la loi Collomb 2018 « Asile et immigration » n’a montré absolument aucun impact sur les flux migratoires. […]
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Rédiger ainsi le titre :
« visant à déroger au droit du sol à Mayotte ».
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Article parmi les plus disputés du texte Titre du texte : 17 scrutins publics, dont 0 serrés. Voir le classement
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
La loi durcit les conditions dans lesquelles un enfant né à Mayotte de parents étrangers peut devenir français. Elle a été déposée le 3 décembre 2024 par le député Philippe Gosselin et des députés du groupe Droite républicaine. Le Gouvernement a engagé la procédure accélérée le 3 février 2025. D’après la décision du Conseil constitutionnel (paragraphes 2 et 20), qui décrit le texte définitif :
- les deux parents, et non plus un seul, doivent avoir résidé en France de façon régulière au moment de la naissance ;
- cette résidence régulière doit durer depuis au moins un an, au lieu de trois mois ;
- si la filiation n’est établie qu’à l’égard d’un seul parent, la condition ne s’applique qu’à lui ;
- le parent qui demande que sa résidence régulière soit mentionnée sur l’acte de naissance doit présenter un titre de séjour et un passeport biométrique.
Ce que ça change
Le texte vise les enfants nés à Mayotte de parents étrangers dont aucun n’est né en France. Les conditions d’âge et de résidence de l’enfant ne changent pas (paragraphes 15 et 20 de la décision). La loi ne prévoit pas de date d’entrée en vigueur particulière. Selon le Conseil (paragraphe 30), la règle applicable est donc celle en vigueur au moment de la naissance. L’exposé des motifs justifie la mesure par la pression migratoire : il indique, en citant l’Insee, que « depuis 2019, la majorité des habitants est étrangère » à Mayotte.
Ce qui est contesté
Le 8 avril 2025, l’Assemblée a adopté le texte de la commission mixte paritaire (CMP, réunion de députés et de sénateurs chargée de trouver un texte commun) par 339 voix contre 174 (11 abstentions). Ont voté contre : La France insoumise (65 voix), les Socialistes (61), les Écologistes (32) et la Gauche démocrate et républicaine (13). Ont voté pour : RN (122), Ensemble pour la République (73), Horizons (32), Démocrates (30), Droite républicaine (47), UDR (15) et LIOT (13). En première lecture, le 6 février 2025, le texte avait été adopté par 162 voix contre 93. Selon les données de l’Assemblée, l’article unique a fait l’objet de 16 scrutins publics sur des amendements, dont deux à quelques voix d’écart.
Les opposants contestent l’utilité et la constitutionnalité du texte. Pour Aurélien Taché (LFI), « toucher au droit du sol n’aura aucune incidence sur les flux migratoires en direction de Mayotte ». Dominique Voynet (Écologiste et social) estime que c’est « la fin effective du droit du sol à Mayotte » qui est proposée. Colette Capdevielle (Socialistes) juge le texte « contraire à la Constitution » et annonce la saisine du Conseil constitutionnel (compte rendu du 8 avril 2025).
Les partisans soulignent la situation migratoire de l’île. Pour le rapporteur Philippe Gosselin (Droite républicaine), « les perspectives d’accès à la nationalité française constituent un facteur indéniable d’attractivité pour l’immigration irrégulière ». La ministre Sophie Primas affirme au nom du Gouvernement que le texte « ne remet pas en cause le droit du sol ».
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi par des députés LFI (10 avril 2025), des députés socialistes et écologistes (14 avril) et des sénateurs de gauche (16 avril), le Conseil a déclaré la loi conforme à la Constitution le 7 mai 2025, avec une réserve d’interprétation (une condition à respecter pour que la loi soit appliquée de façon conforme).
- Aucune disposition n’est censurée.
- Réserve (paragraphe 22) : le passeport biométrique ne peut pas être exigé des ressortissants de pays qui n’en délivrent pas ; ils peuvent présenter un autre document d’identité.
- Le Conseil écarte l’existence d’un principe constitutionnel garantissant l’accès à la nationalité à toute personne née en France (paragraphes 9 et 10).
- Il juge que la différence de traitement avec le reste du territoire est permise par l’article 73 de la Constitution, compte tenu des « caractéristiques et contraintes particulières » de Mayotte (paragraphes 18 à 23).
Où en est le texte
La loi n° 2025-412 du 12 mai 2025 a été promulguée et publiée au Journal officiel du 13 mai 2025.
Sources
- Dossier législatif de l’Assemblée nationale (12/05/2025)
- Proposition de loi n° 693 et exposé des motifs (03/12/2024)
- Compte rendu de la première séance du 8 avril 2025 (lecture du texte de la CMP) (08/04/2025)
- Scrutin n° 1308 sur l’ensemble du texte de la CMP (08/04/2025)
- Scrutin n° 738 sur l’ensemble en première lecture (06/02/2025)
- Décision n° 2025-881 DC du Conseil constitutionnel (07/05/2025)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 75
- Contre
- 162
- Abstention
- 4
- Non-votant
- 2
- Votants
- 241
- Exprimés
- 237
- Majorité requise
- 119
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 124 membres | Contre | 0 | 90 | 0 | 0 | |
| EPR 95 membres | Contre | 1 | 12 | 0 | 2 | |
| LFI-NFP 71 membres | Pour | 30 | 0 | 0 | 0 | |
| SOC 66 membres | Pour | 30 | 0 | 2 | 0 | |
| DR 47 membres | Contre | 0 | 25 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Pour | 9 | 0 | 0 | 0 | |
| DEM 36 membres | Contre | 0 | 15 | 0 | 0 | |
| HOR 33 membres | Contre | 0 | 12 | 0 | 0 | |
| LIOT 23 membres | Contre | 0 | 2 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Pour | 5 | 0 | 0 | 0 | |
| UDR 16 membres | Contre | 0 | 6 | 0 | 0 | |
| NI 10 membres | Abstention | 0 | 0 | 2 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 90 dans le décompte
Contre (90) : Nicolas Meizonnet, Sébastien Chenu, Marine Le Pen, Bruno Bilde, Marie-France Lorho, Christian Girard, Jérôme Buisson, Nicolas Dragon, Jocelyn Dessigny, Jorys Bovet, Angélique Ranc, Christophe Barthès (ancien député), Frédéric Falcon, Lionel Tivoli, Franck Allisio, Caroline Colombier, Géraldine Grangier, Kévin Mauvieux, Timothée Houssin, Lisette Pollet, Serge Muller, Yoann Gillet, Pierre Meurin, Edwige Diaz (ancien député), Alexis Jolly, Roger Chudeau, Thomas Ménagé, Florence Goulet, Christophe Bentz, Laurence Robert-Dehault, Michaël Taverne, Matthieu Marchio, Philippe Ballard, Kévin Pfeffer, Alexandre Loubet, Caroline Parmentier, Thierry Frappé, Michel Guiniot, Sandrine Dogor-Such, Sophie Blanc, Anaïs Sabatini, Antoine Villedieu, Emeric Salmon, Béatrice Roullaud, Nathalie Da Conceicao Carvalho, Jean-Philippe Tanguy, Marine Hamelet, Laure Lavalette, Frédéric Boccaletti, Philippe Schreck, Bénédicte Auzanot, Eddy Casterman, Sandra Delannoy, Alexandre Dufosset, Guillaume Florquin, Bruno Clavet, Romain Tonussi, Emmanuel Fouquart, Pascal Markowsky, Nadine Lechon, Florence Joubert, Thibaut Monnier, René Lioret, Sylvie Josserand (ancien député), Manon Bouquin (ancien député), Julien Gabarron, Thierry Perez, Pascal Jenft, Julien Guibert, Frédéric Weber, Anthony Boulogne, Maxime Amblard, Thierry Tesson, Claire Marais-Beuil, David Magnier, Antoine Golliot, Auguste Evrard, Théo Bernhardt, Jonathan Gery, Tiffany Joncour, Aurélien Dutremble, Arnaud Sanvert (ancien député), Patrice Martin, Robert Le Bourgeois, Julien Limongi, Matthias Renault, Gaëtan Dussausaye, Sébastien Humbert, Sophie-Laurence Roy, Anchya Bamana
Ensemble pour la République 15 dans le décompte
Pour (1) : Éric Bothorel
Contre (12) : Graziella Melchior, Annaïg Le Meur, Liliana Tanguy, Christine Le Nabour, Stéphanie Rist (ancien député), Jean Terlier, Jean-Luc Fugit, Philippe Fait, Nicolas Metzdorf, Mathieu Lefèvre (ancien député), Pierre Cazeneuve, Vincent Caure
Non-votant (2) : Roland Lescure (ancien député), Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 30 dans le décompte
Pour (30) : Ugo Bernalicis, Bastien Lachaud, Mathilde Panot, Jean-Hugues Ratenon, Éric Coquerel, Danièle Obono, Sébastien Delogu, Murielle Lepvraud, Anne Stambach-Terrenoir, Christophe Bex, Mathilde Hignet, Andrée Taurinya, Andy Kerbrat, Ségolène Amiot, Marianne Maximi, Jérôme Legavre, Clémence Guetté, Ersilia Soudais, Maxime Laisney, Carlos Martens Bilongo, Karen Erodi, Aurélien Saintoul, Aymeric Caron, Sandrine Nosbé, Marie Mesmeur, Mathilde Feld, Aurélien Le Coq, Zahia Hamdane, Claire Lejeune, Gabrielle Cathala
Socialistes et apparentés 32 dans le décompte
Pour (30) : Guillaume Garot, Marietta Karamanli, Claudia Rouaux, Marie-Noëlle Battistel, Christine Pirès Beaune, Colette Capdevielle, Olivier Faure, Philippe Naillet, Boris Vallaud, Philippe Brun, Mickaël Bouloux, Anna Pic, Roger Vicot, Iñaki Echaniz, Fatiha Keloua Hachi, Elie Califer, Marie-José Allemand, Marc Pena, Paul Christophle, Océane Godard, Pierre Pribetich, Arnaud Simion, Jacques Oberti, Pierrick Courbon, Peio Dufau, Sandrine Runel, Florence Herouin-Léautey, Céline Thiébault-Martinez, Dieynaba Diop, Ayda Hadizadeh
Abstention (2) : Gérard Leseul, Isabelle Santiago
Droite Républicaine 25 dans le décompte
Contre (25) : Nicolas Forissier (ancien député), Philippe Gosselin, Vincent Rolland, Laurent Wauquiez, Michèle Tabarot, Xavier Breton, Philippe Juvin, Patrick Hetzel, Virginie Duby-Muller, Eric Liégeon, Thibault Bazin, Jean-Louis Thiériot, Julien Dive, Frédérique Meunier, Fabien Di Filippo (ancien député), Jérôme Nury (ancien député), Émilie Bonnivard, Christelle Petex (ancien député), Ian Boucard, Josiane Corneloup, Sylvie Dezarnaud (ancien député), Justine Gruet, Antoine Vermorel, Jean-Pierre Taite (ancien député), Vincent Jeanbrun (ancien député)
Écologiste et Social 9 dans le décompte
Pour (9) : Dominique Voynet, Sandrine Rousseau, Lisa Belluco, Karim Ben Cheikh, Benjamin Lucas-Lundy, Benoît Biteau, Léa Balage El Mariky, Boris Tavernier, Julie Ozenne
Les Démocrates 15 dans le décompte
Contre (15) : Sophie Mette, Sabine Thillaye, Marc Fesneau, Sandrine Josso, Perrine Goulet, Josy Poueyto, Frédéric Petit, Nicolas Turquois, Mickaël Cosson, Delphine Lingemann, Hubert Ott, Éric Martineau, Marina Ferrari (ancien député), Pascal Lecamp, Anne Bergantz
Horizons & Indépendants 12 dans le décompte
Contre (12) : Thierry Benoit, Paul Christophe (ancien député), Sylvain Berrios, Naïma Moutchou (ancien député), Béatrice Piron, Pierre Henriet, Jérémie Patrier-Leitus, François Gernigon, Félicie Gérard, Marie-Agnès Poussier-Winsback, Béatrice Bellamy (ancien député), Frédéric Valletoux
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 2 dans le décompte
Contre (2) : Salvatore Castiglione (ancien député), Estelle Youssouffa
Gauche Démocrate et Républicaine 5 dans le décompte
Pour (5) : Jean-Paul Lecoq, Elsa Faucillon, Davy Rimane, Émeline K/Bidi, Édouard Bénard
UDR 6 dans le décompte
Contre (6) : Vincent Trébuchet, Olivier Fayssat, Alexandre Allegret-Pilot, Charles Alloncle, Maxime Michelet, Éric Michoux
Non inscrit 2 dans le décompte
Abstention (2) : Sophie Errante, Stella Dupont
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin