Votes · Scrutin n° 7414 · 17 juin 2026 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 71 de Mme Regol à l'article unique du projet de loi constitutionnelle pour une Corse autonome au sein de la République (première lecture).
Dossier : Projet de loi constitutionnelle pour une Corse autonome au sein de la République · Demandé par : Président du groupe "Écologiste et Social"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article unique
- Texte
- Projet de loi constitutionnelle pour une Corse autonome au sein de la République Projet ou proposition de loi constitutionnelle
Amendement déposé par Mme Regol et 25 cosignataires (ECOS) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Par cet amendement, il est proposé d’ouvrir la voie à une reconnaissance de la langue corse en consacrant le droit à un usage indiscriminé du français et du corse dans les actes de la vie quotidienne.
Cet amendement respecte les grands principes de notre République en ajoutant au français, langue officielle de la République inscrite à l’article 2 de la Constitution, la possibilité d'utiliser le corse.
La rédaction proposée est similaire à celle de l’article 57 de la loi organique de 2004 portant statut d’autonomie de la Polynésie française. Ledit article reconnaît, en plus du français, que le tahitien, le marquisien, le paumotu et le mangarevien sont les langues de la Polynésie française. Un tel dispositif n’a pas été censuré par le Conseil constitutionnel.
En l’état actuel, selon le Conseil d’Etat, le PJLC ne permettra pas à la Collectivité de Corse de mettre en place une co-officialité du corse avec le français, comme le demandent pourtant la grande majorité des Corses (71% selon l’enquête socio-linguistique de 2021). Le présent amendement invite à faire un premier pas en ce sens.
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Après l’alinéa 2, insérer l’alinéa suivant :
« Le français et le corse sont les langues de la Corse. Les personnes physiques et morales de droit privé en usent librement dans leurs actes et conventions ; ceux-ci n’encourent aucune nullité au motif qu’ils ne sont pas rédigés dans la langue officielle. »
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Article parmi les plus disputés du texte Article unique : 24 scrutins publics, dont 1 serrés. Voir le classement
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Projet de loi constitutionnelle du Gouvernement (Sébastien Lecornu, Premier ministre, et Françoise Gatel, ministre de la décentralisation), déposé à l’Assemblée le 27 avril 2026 (projet et exposé des motifs). Selon l’exposé des motifs, l’Assemblée de Corse a été consultée sur ce texte le 26 mars 2024. Son article unique crée un article 72-5 dans la Constitution. D’après le texte adopté par l’Assemblée le 23 juin 2026 (texte transmis au Sénat) :
- la Corse reçoit un « statut d’autonomie au sein de la République », fondé sur son insularité, son relief montagneux et sa « communauté insulaire, historique, linguistique, culturelle » ;
- une loi organique, texte prévu par la Constitution pour en préciser l’application, pourra habiliter la Collectivité de Corse à adapter les lois et règlements, et à fixer elle-même des normes dans ses domaines de compétence ;
- les matières régaliennes restent exclues (nationalité, justice, droit pénal, défense, sécurité, monnaie, droit électoral…) ;
- la loi organique pourra prévoir un principe de non-régression par rapport aux normes nationales sociales et environnementales ;
- les électeurs inscrits en Corse sont consultés sur le projet de statut.
Ce que ça change
Rien ne change avant la fin de la révision. Une loi organique fixera ensuite les matières et conditions des habilitations. L’exposé des motifs cite comme exemples l’aménagement du territoire, le tourisme ou le développement économique, et précise que le texte n’a pas pour objet de déroger au droit de l’Union européenne. Le Gouvernement pourra aussi adapter par ordonnances les lois en vigueur, après avis de l’assemblée de Corse.
Ce qui est contesté
L’Assemblée a adopté le texte le 23 juin 2026 par 271 voix contre 202 (scrutin n° 7454). Contre : RN (120), UDR (17), Droite républicaine (34 contre, 10 abstentions, 1 pour). Pour, en majorité : LFI-NFP (60), EPR (66), Socialistes (41, 19 abstentions), Écologistes (27), Démocrates (25), Horizons (22), LIOT (21), avec quelques voix contre dans plusieurs groupes. GDR s’est partagé (6 pour, 6 contre).
- Olivier Fayssat (UDR) conteste le mot « communauté », la notion de peuple corse ayant selon lui été censurée en 1991 par le Conseil constitutionnel ; il estime que la Corse doit se prononcer « sur le principe et pas seulement sur les modalités ».
- Stéphane Rambaud (RN) regrette le rejet de la « priorité régionale » pour l’emploi, le logement et le foncier. La réécriture de Marine Le Pen (« singularité » au lieu de « communauté », habilitation au cas par cas) a été rejetée par 180 voix contre 85 (scrutin n° 7407, débat).
- François-Xavier Ceccoli (Droite républicaine) estime que le texte « ne convainc pas les Corses ». Elsa Faucillon (GDR) regrette que la consultation des électeurs intervienne au moment de la loi organique et non avant la révision.
- Dans son avis du 17 juillet 2025 sur la version initiale, le Conseil d’État juge que l’autonomie ne heurte aucun grand principe républicain (§ 8), mais que la référence à une communauté liée à « sa terre » ne s’insère pas dans le principe d’égalité (§ 19) (avis).
- Pour les partisans, Jean-Paul Mattei (Démocrates) parle d’une autonomie « qui ne remet en cause ni l’unité de la République ni l’égalité entre ses citoyens ». Éric Coquerel (LFI) souligne que la communauté visée est « sans distinction d’origine » et salue la non-régression. Pierre Cazeneuve (EPR), Paul Molac (LIOT) et Sandra Regol (Écologistes) y voient un compromis.
- Le vote le plus serré (52 contre 49) a porté sur le sous-amendement de Pierre Cazeneuve rendant la non-régression facultative (scrutin n° 7423, débat).
Où en est le texte
Le texte a été transmis au Sénat le 24 juin 2026. Le 21 octobre 2026, la commission des lois du Sénat (rapporteure Muriel Jourda) l’a modifié : mention d’un « patrimoine historique, linguistique et culturel singulier » au lieu de la « communauté », suppression de la non-régression, consultation obligatoire limitée à la première loi organique (rapport). La séance publique est prévue le 26 octobre 2026 (dossier du Sénat). Selon Jean-Paul Mattei, le texte devra « puis franchir l’ultime étape du Congrès ».
Sources
- Assemblée nationale, dossier législatif (24/10/2026)
- Projet de loi constitutionnelle n° 2697 et exposé des motifs (27/04/2026)
- Conseil d’État, avis sur le projet de loi constitutionnelle (17/07/2025)
- Compte rendu de séance (amendement n° 30 de Mme Le Pen) (16/06/2026)
- Compte rendu de séance (sous-amendement n° 117) (18/06/2026)
- Compte rendu de séance, explications de vote (23/06/2026)
- Scrutin n° 7407 (amendement de Mme Le Pen) (16/06/2026)
- Scrutin n° 7423 (sous-amendement n° 117) (18/06/2026)
- Scrutin n° 7454 (ensemble, première lecture) (23/06/2026)
- Sénat, texte adopté par l’Assemblée nationale (n° 782) (24/06/2026)
- Sénat, rapport n° 85 de la commission des lois (21/10/2026)
- Sénat, dossier législatif (24/10/2026)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 29
- Contre
- 95
- Abstention
- 2
- Non-votant
- 2
- Votants
- 126
- Exprimés
- 124
- Majorité requise
- 63
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 122 membres | Contre | 0 | 20 | 0 | 0 | |
| EPR 91 membres | Contre | 0 | 23 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Contre | 0 | 23 | 1 | 0 | |
| SOC 68 membres | Pour | 11 | 0 | 1 | 0 | |
| DR 48 membres | Contre | 0 | 9 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Pour | 14 | 2 | 0 | 0 | |
| DEM 37 membres | Contre | 0 | 5 | 0 | 0 | |
| HOR 35 membres | Contre | 0 | 7 | 0 | 1 | |
| LIOT 23 membres | Pour | 4 | 2 | 0 | 0 | |
| UDDPLR 17 membres | Contre | 0 | 2 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Contre | 0 | 1 | 0 | 0 | |
| NI 10 membres | Contre | 0 | 1 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 20 dans le décompte
Contre (20) : Marie-France Lorho, Nicolas Dragon, José Beaurain, Lisette Pollet, Yoann Gillet, Edwige Diaz (ancien député), Michaël Taverne, Emeric Salmon, Stéphane Rambaud, Emmanuel Fouquart, Pascal Markowsky, Florence Joubert, Catherine Dellong Meng, Manon Bouquin (ancien député), Thierry Perez, Julien Guibert, Jonathan Gery, Sébastien Humbert, Sophie-Laurence Roy, Anne Sicard
Ensemble pour la République 24 dans le décompte
Contre (23) : Constance Le Grip, Florent Boudié (ancien député), Brigitte Klinkert, Olga Givernet, Guillaume Kasbarian, Nicole Dubré-Chirat, Ludovic Mendes, Jean Terlier, Patricia Lemoine, Olivia Grégoire, Jean-Marie Fiévet, Jean-Luc Fugit, Benjamin Dirx, Jean-François Rousset, Christophe Marion, Anthony Brosse, Violette Spillebout, Françoise Buffet, Bastien Marchive, Pierre Cazeneuve, Marc Ferracci, Prisca Thevenot, Christophe Mongardien
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 24 dans le décompte
Contre (23) : Élisa Martin, Ugo Bernalicis, Mathilde Panot, Éric Coquerel, Sarah Legrain, Murielle Lepvraud, Christophe Bex, Andrée Taurinya, Andy Kerbrat, Matthias Tavel, Sylvie Ferrer, Jérôme Legavre, Maxime Laisney, Paul Vannier, Antoine Léaument, Karen Erodi, Pierre-Yves Cadalen, Sandrine Nosbé, Marie Mesmeur, Mathilde Feld, Shéhérazade Bentorki, Arnaud Saint-Martin, Bérenger Cernon
Abstention (1) : Jean-Hugues Ratenon
Socialistes et apparentés 12 dans le décompte
Pour (11) : Laurent Baumel, Dominique Potier, Colette Capdevielle, Mickaël Bouloux, Iñaki Echaniz, Martine Froger, Dorine Bregman, Marc Pena, Jacques Oberti, Peio Dufau, Denis Fégné
Abstention (1) : Pierre Pribetich
Droite Républicaine 9 dans le décompte
Contre (9) : Vincent Rolland, Eric Liégeon, Valérie Bazin-Malgras (ancien député), Thierry Liger, Corentin Le Fur, François-Xavier Ceccoli, Cendrine Chazé, Nicolas Tryzna, Lionel Duparay
Écologiste et Social 16 dans le décompte
Pour (14) : Delphine Batho, Jean-Louis Roumégas, Sébastien Peytavie, Christine Arrighi, Julie Laernoes, Jean-Claude Raux, Sandra Regol, Marie-Charlotte Garin, Sabrina Sebaihi, Benoît Biteau, Damien Girard, Nicolas Bonnet, Steevy Gustave, Julie Ozenne
Contre (2) : Pouria Amirshahi, Alexis Corbière
Les Démocrates 5 dans le décompte
Contre (5) : Jean-Paul Mattei, Frédéric Petit, Mickaël Cosson, Emmanuel Mandon, Éric Martineau
Horizons & Indépendants 8 dans le décompte
Contre (7) : Laurent Marcangeli, François Jolivet, Charlotte Parmentier-Lecocq, Jérémie Patrier-Leitus, Michel Criaud, Philippe Fait, Benoît Blanchard
Non-votant (1) : Marie-Agnès Poussier-Winsback
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 6 dans le décompte
Pour (4) : Paul Molac, Michel Castellani, Paul-André Colombani, Stéphane Lenormand
Contre (2) : Nicole Sanquer, Joël Bruneau
Union des droites pour la République 2 dans le décompte
Contre (2) : Christelle D'Intorni, Olivier Fayssat
Gauche Démocrate et Républicaine 1 dans le décompte
Contre (1) : Elsa Faucillon
Non inscrit 1 dans le décompte
Contre (1) : Philippe Bonnecarrère
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin