Votes · Scrutin n° 7421 · 18 juin 2026 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 73 de Mme Regol à l'article unique du projet de loi constitutionnelle pour une Corse autonome au sein de la République (première lecture).
Dossier : Projet de loi constitutionnelle pour une Corse autonome au sein de la République · Demandé par : Présidente du groupe "Écologiste et Social"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article unique
- Texte
- Projet de loi constitutionnelle pour une Corse autonome au sein de la République Projet ou proposition de loi constitutionnelle
Amendement déposé par Mme Regol et 26 cosignataires (ECOS) · sort : adopté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Cet amendement vise à sécuriser la possibilité pour la Collectivité de Corse de mettre en place un statut de résidence, consistant à conditionner l’accès à la propriété à une durée de résidence minimale sur l’île.
En effet, des doutes demeurent sur la capacité du présent texte à ouvrir la voie à un statut de résidence. Le Conseil d’État indique ainsi à son considérant 24 :
« Si ces dispositions avaient pour objet ou pour effet de permettre la création d’un statut de résident […], elles ouvriraient la voie à de potentielles atteintes au droit de propriété protégé par l’article 17 de la Déclaration de 1789 et au principe d’égalité. Si une telle atteinte est admise pour les collectivités dotées de l’autonomie régie par l’article 74 de la Constitution, le Conseil d’État relève toutefois qu’une dérogation à ces principes est expressément prévue dans la Constitution. »
Le présent amendement tire les conséquences de cet avis, en prévoyant une telle dérogation dans l’article de la Constitution dédié à la Corse, similaire à celle prévue à l’article 74.
Le statut de résidence n’est pas le seul outil pour lutter contre la spéculation immobilière, la Collectivité de Corse disposant déjà de leviers nombreux pour limiter la construction de résidences secondaires et favoriser l’accès au logement. Toutefois, un tel dispositif enrichirait la palette de ses outils et est revendiqué depuis des années par une grande majorité de Corses.
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Après l’alinéa 4, insérer l’alinéa suivant :
« La loi organique peut également déterminer les conditions dans lesquelles des mesures justifiées par les nécessités locales peuvent être prises par la collectivité en faveur de sa population en matière de protection du patrimoine foncier. »
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Article parmi les plus disputés du texte Article unique : 24 scrutins publics, dont 1 serrés. Voir le classement
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Projet de loi constitutionnelle du Gouvernement (Sébastien Lecornu, Premier ministre, et Françoise Gatel, ministre de la décentralisation), déposé à l’Assemblée le 27 avril 2026 (projet et exposé des motifs). Selon l’exposé des motifs, l’Assemblée de Corse a été consultée sur ce texte le 26 mars 2024. Son article unique crée un article 72-5 dans la Constitution. D’après le texte adopté par l’Assemblée le 23 juin 2026 (texte transmis au Sénat) :
- la Corse reçoit un « statut d’autonomie au sein de la République », fondé sur son insularité, son relief montagneux et sa « communauté insulaire, historique, linguistique, culturelle » ;
- une loi organique, texte prévu par la Constitution pour en préciser l’application, pourra habiliter la Collectivité de Corse à adapter les lois et règlements, et à fixer elle-même des normes dans ses domaines de compétence ;
- les matières régaliennes restent exclues (nationalité, justice, droit pénal, défense, sécurité, monnaie, droit électoral…) ;
- la loi organique pourra prévoir un principe de non-régression par rapport aux normes nationales sociales et environnementales ;
- les électeurs inscrits en Corse sont consultés sur le projet de statut.
Ce que ça change
Rien ne change avant la fin de la révision. Une loi organique fixera ensuite les matières et conditions des habilitations. L’exposé des motifs cite comme exemples l’aménagement du territoire, le tourisme ou le développement économique, et précise que le texte n’a pas pour objet de déroger au droit de l’Union européenne. Le Gouvernement pourra aussi adapter par ordonnances les lois en vigueur, après avis de l’assemblée de Corse.
Ce qui est contesté
L’Assemblée a adopté le texte le 23 juin 2026 par 271 voix contre 202 (scrutin n° 7454). Contre : RN (120), UDR (17), Droite républicaine (34 contre, 10 abstentions, 1 pour). Pour, en majorité : LFI-NFP (60), EPR (66), Socialistes (41, 19 abstentions), Écologistes (27), Démocrates (25), Horizons (22), LIOT (21), avec quelques voix contre dans plusieurs groupes. GDR s’est partagé (6 pour, 6 contre).
- Olivier Fayssat (UDR) conteste le mot « communauté », la notion de peuple corse ayant selon lui été censurée en 1991 par le Conseil constitutionnel ; il estime que la Corse doit se prononcer « sur le principe et pas seulement sur les modalités ».
- Stéphane Rambaud (RN) regrette le rejet de la « priorité régionale » pour l’emploi, le logement et le foncier. La réécriture de Marine Le Pen (« singularité » au lieu de « communauté », habilitation au cas par cas) a été rejetée par 180 voix contre 85 (scrutin n° 7407, débat).
- François-Xavier Ceccoli (Droite républicaine) estime que le texte « ne convainc pas les Corses ». Elsa Faucillon (GDR) regrette que la consultation des électeurs intervienne au moment de la loi organique et non avant la révision.
- Dans son avis du 17 juillet 2025 sur la version initiale, le Conseil d’État juge que l’autonomie ne heurte aucun grand principe républicain (§ 8), mais que la référence à une communauté liée à « sa terre » ne s’insère pas dans le principe d’égalité (§ 19) (avis).
- Pour les partisans, Jean-Paul Mattei (Démocrates) parle d’une autonomie « qui ne remet en cause ni l’unité de la République ni l’égalité entre ses citoyens ». Éric Coquerel (LFI) souligne que la communauté visée est « sans distinction d’origine » et salue la non-régression. Pierre Cazeneuve (EPR), Paul Molac (LIOT) et Sandra Regol (Écologistes) y voient un compromis.
- Le vote le plus serré (52 contre 49) a porté sur le sous-amendement de Pierre Cazeneuve rendant la non-régression facultative (scrutin n° 7423, débat).
Où en est le texte
Le texte a été transmis au Sénat le 24 juin 2026. Le 21 octobre 2026, la commission des lois du Sénat (rapporteure Muriel Jourda) l’a modifié : mention d’un « patrimoine historique, linguistique et culturel singulier » au lieu de la « communauté », suppression de la non-régression, consultation obligatoire limitée à la première loi organique (rapport). La séance publique est prévue le 26 octobre 2026 (dossier du Sénat). Selon Jean-Paul Mattei, le texte devra « puis franchir l’ultime étape du Congrès ».
Sources
- Assemblée nationale, dossier législatif (24/10/2026)
- Projet de loi constitutionnelle n° 2697 et exposé des motifs (27/04/2026)
- Conseil d’État, avis sur le projet de loi constitutionnelle (17/07/2025)
- Compte rendu de séance (amendement n° 30 de Mme Le Pen) (16/06/2026)
- Compte rendu de séance (sous-amendement n° 117) (18/06/2026)
- Compte rendu de séance, explications de vote (23/06/2026)
- Scrutin n° 7407 (amendement de Mme Le Pen) (16/06/2026)
- Scrutin n° 7423 (sous-amendement n° 117) (18/06/2026)
- Scrutin n° 7454 (ensemble, première lecture) (23/06/2026)
- Sénat, texte adopté par l’Assemblée nationale (n° 782) (24/06/2026)
- Sénat, rapport n° 85 de la commission des lois (21/10/2026)
- Sénat, dossier législatif (24/10/2026)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Adopté
l'Assemblée nationale a adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 38
- Contre
- 28
- Abstention
- 9
- Non-votant
- 1
- Votants
- 75
- Exprimés
- 66
- Majorité requise
- 34
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 122 membres | Abstention | 0 | 0 | 8 | 0 | |
| EPR 91 membres | Contre | 0 | 8 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Pour | 18 | 0 | 1 | 0 | |
| SOC 68 membres | Pour | 8 | 0 | 0 | 0 | |
| DR 48 membres | Contre | 0 | 3 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Pour | 8 | 1 | 0 | 0 | |
| DEM 37 membres | Contre | 0 | 2 | 0 | 0 | |
| HOR 35 membres | Contre | 0 | 9 | 0 | 0 | |
| LIOT 23 membres | Pour | 4 | 0 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| UDDPLR 17 membres | Contre | 0 | 5 | 0 | 0 | |
| NI 10 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 8 dans le décompte
Abstention (8) : Julien Rancoule, Hélène Laporte, Laurence Robert-Dehault, Alexandre Sabatou, Thierry Frappé, Emeric Salmon, Nathalie Da Conceicao Carvalho, Stéphane Rambaud
Ensemble pour la République 9 dans le décompte
Contre (8) : Florent Boudié (ancien député), Brigitte Klinkert, Hervé Berville (ancien député), Olivia Grégoire, Anthony Brosse, Pierre Cazeneuve, Marc Ferracci, Catherine Ibled
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 19 dans le décompte
Pour (18) : Élisa Martin, Ugo Bernalicis, Mathilde Panot, Jean-Hugues Ratenon, Danièle Obono, Sarah Legrain, Christophe Bex, Andrée Taurinya, Marianne Maximi, Sylvie Ferrer, Aurélie Trouvé, Damien Maudet, Maxime Laisney, Paul Vannier, Pierre-Yves Cadalen, Mathilde Feld, Shéhérazade Bentorki, Claire Lejeune
Abstention (1) : Bérenger Cernon
Socialistes et apparentés 8 dans le décompte
Pour (8) : Dominique Potier, Colette Capdevielle, Philippe Brun, Iñaki Echaniz, Martine Froger, Marc Pena, Jacques Oberti, Peio Dufau
Droite Républicaine 3 dans le décompte
Contre (3) : Vincent Rolland, Corentin Le Fur, François-Xavier Ceccoli
Écologiste et Social 9 dans le décompte
Pour (8) : Sébastien Peytavie, Charles Fournier, Jean-Claude Raux, Sandra Regol, Marie-Charlotte Garin, Damien Girard, Arnaud Bonnet, Steevy Gustave
Contre (1) : Alexis Corbière
Les Démocrates 2 dans le décompte
Contre (2) : Sabine Thillaye, Jean-Paul Mattei
Horizons & Indépendants 9 dans le décompte
Contre (9) : Laurent Marcangeli, Charlotte Parmentier-Lecocq, Vincent Thiébaut, Jérémie Patrier-Leitus, Michel Criaud, Félicie Gérard, Pierre Marle, Thomas Lam, Benoît Blanchard
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 4 dans le décompte
Pour (4) : Paul Molac, Michel Castellani, Paul-André Colombani, Stéphane Lenormand
Union des droites pour la République 5 dans le décompte
Contre (5) : Christelle D'Intorni, Olivier Fayssat, Matthieu Bloch, Alexandre Allegret-Pilot, Maxime Michelet
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin