Votes · Scrutin n° 7430 · 18 juin 2026 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 88 de M. Ceccoli à l'article unique du projet de loi constitutionnelle pour une Corse autonome au sein de la République (première lecture).
Dossier : Projet de loi constitutionnelle pour une Corse autonome au sein de la République · Demandé par : Président du groupe "Droite Républicaine"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article unique
- Texte
- Projet de loi constitutionnelle pour une Corse autonome au sein de la République Projet ou proposition de loi constitutionnelle
Amendement déposé par M. Ceccoli et 46 cosignataires (DR) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Le présent amendement substitue au dernier alinéa de l'article 72-5, qui se borne à prévoir une consultation facultative des électeurs de Corse sur le seul projet de statut, laissée à la discrétion du pouvoir exécutif, une consultation obligatoire des électeurs inscrits sur les listes électorales de l'île, organisée après la promulgation de la révision, et dont dépend la mise en œuvre du statut d'autonomie.
Il ne s'agit en rien de confier à une section du peuple la ratification d'une révision constitutionnelle, laquelle demeure, conformément à l'article 89 de la Constitution, l'apanage du peuple français ou du Congrès. La révision sera définitivement adoptée et promulguée dans les formes constitutionnelles ordinaires.
Le présent amendement se borne à assortir l'application des pouvoirs normatifs institués par l'article 72-5 (pouvoir d'adaptation des lois et règlements, pouvoir de fixation des normes, habilitation donnée au Gouvernement de légiférer par ordonnances) d'une condition suspensive posée par le constituant lui-même, qui demeure seul maître de sa décision comme des modalités d'application de la réforme. La loi organique appelée à définir le statut ne pourra, quant à elle, être promulguée avant que les Corses ne se soient prononcés.
Il serait paradoxal qu'une réforme présentée comme la réponse à une aspiration de la société corse soit mise en application sans que celle-ci ait été appelée à l'approuver. Le projet de loi constitutionnelle admet d'ailleurs lui-même le principe d'une consultation des électeurs de Corse, qu'il réserve toutefois au seul projet de statut et laisse à la discrétion du pouvoir exécutif. […]
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Substituer à l’alinéa 7 les deux alinéas suivants :
« Après la promulgation de la présente loi, les électeurs inscrits sur les listes électorales en Corse sont consultés sur ses dispositions. Les conditions d’organisation de la consultation et le contrôle de sa régularité sont fixés par décret en Conseil d’État délibéré en conseil des ministres.
« Les deuxième à sixième alinéas du présent article ne s’appliquent que si la majorité des suffrages exprimés lors de cette consultation s’est prononcée en faveur de ses dispositions. »
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Article parmi les plus disputés du texte Article unique : 24 scrutins publics, dont 1 serrés. Voir le classement
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Projet de loi constitutionnelle du Gouvernement (Sébastien Lecornu, Premier ministre, et Françoise Gatel, ministre de la décentralisation), déposé à l’Assemblée le 27 avril 2026 (projet et exposé des motifs). Selon l’exposé des motifs, l’Assemblée de Corse a été consultée sur ce texte le 26 mars 2024. Son article unique crée un article 72-5 dans la Constitution. D’après le texte adopté par l’Assemblée le 23 juin 2026 (texte transmis au Sénat) :
- la Corse reçoit un « statut d’autonomie au sein de la République », fondé sur son insularité, son relief montagneux et sa « communauté insulaire, historique, linguistique, culturelle » ;
- une loi organique, texte prévu par la Constitution pour en préciser l’application, pourra habiliter la Collectivité de Corse à adapter les lois et règlements, et à fixer elle-même des normes dans ses domaines de compétence ;
- les matières régaliennes restent exclues (nationalité, justice, droit pénal, défense, sécurité, monnaie, droit électoral…) ;
- la loi organique pourra prévoir un principe de non-régression par rapport aux normes nationales sociales et environnementales ;
- les électeurs inscrits en Corse sont consultés sur le projet de statut.
Ce que ça change
Rien ne change avant la fin de la révision. Une loi organique fixera ensuite les matières et conditions des habilitations. L’exposé des motifs cite comme exemples l’aménagement du territoire, le tourisme ou le développement économique, et précise que le texte n’a pas pour objet de déroger au droit de l’Union européenne. Le Gouvernement pourra aussi adapter par ordonnances les lois en vigueur, après avis de l’assemblée de Corse.
Ce qui est contesté
L’Assemblée a adopté le texte le 23 juin 2026 par 271 voix contre 202 (scrutin n° 7454). Contre : RN (120), UDR (17), Droite républicaine (34 contre, 10 abstentions, 1 pour). Pour, en majorité : LFI-NFP (60), EPR (66), Socialistes (41, 19 abstentions), Écologistes (27), Démocrates (25), Horizons (22), LIOT (21), avec quelques voix contre dans plusieurs groupes. GDR s’est partagé (6 pour, 6 contre).
- Olivier Fayssat (UDR) conteste le mot « communauté », la notion de peuple corse ayant selon lui été censurée en 1991 par le Conseil constitutionnel ; il estime que la Corse doit se prononcer « sur le principe et pas seulement sur les modalités ».
- Stéphane Rambaud (RN) regrette le rejet de la « priorité régionale » pour l’emploi, le logement et le foncier. La réécriture de Marine Le Pen (« singularité » au lieu de « communauté », habilitation au cas par cas) a été rejetée par 180 voix contre 85 (scrutin n° 7407, débat).
- François-Xavier Ceccoli (Droite républicaine) estime que le texte « ne convainc pas les Corses ». Elsa Faucillon (GDR) regrette que la consultation des électeurs intervienne au moment de la loi organique et non avant la révision.
- Dans son avis du 17 juillet 2025 sur la version initiale, le Conseil d’État juge que l’autonomie ne heurte aucun grand principe républicain (§ 8), mais que la référence à une communauté liée à « sa terre » ne s’insère pas dans le principe d’égalité (§ 19) (avis).
- Pour les partisans, Jean-Paul Mattei (Démocrates) parle d’une autonomie « qui ne remet en cause ni l’unité de la République ni l’égalité entre ses citoyens ». Éric Coquerel (LFI) souligne que la communauté visée est « sans distinction d’origine » et salue la non-régression. Pierre Cazeneuve (EPR), Paul Molac (LIOT) et Sandra Regol (Écologistes) y voient un compromis.
- Le vote le plus serré (52 contre 49) a porté sur le sous-amendement de Pierre Cazeneuve rendant la non-régression facultative (scrutin n° 7423, débat).
Où en est le texte
Le texte a été transmis au Sénat le 24 juin 2026. Le 21 octobre 2026, la commission des lois du Sénat (rapporteure Muriel Jourda) l’a modifié : mention d’un « patrimoine historique, linguistique et culturel singulier » au lieu de la « communauté », suppression de la non-régression, consultation obligatoire limitée à la première loi organique (rapport). La séance publique est prévue le 26 octobre 2026 (dossier du Sénat). Selon Jean-Paul Mattei, le texte devra « puis franchir l’ultime étape du Congrès ».
Sources
- Assemblée nationale, dossier législatif (24/10/2026)
- Projet de loi constitutionnelle n° 2697 et exposé des motifs (27/04/2026)
- Conseil d’État, avis sur le projet de loi constitutionnelle (17/07/2025)
- Compte rendu de séance (amendement n° 30 de Mme Le Pen) (16/06/2026)
- Compte rendu de séance (sous-amendement n° 117) (18/06/2026)
- Compte rendu de séance, explications de vote (23/06/2026)
- Scrutin n° 7407 (amendement de Mme Le Pen) (16/06/2026)
- Scrutin n° 7423 (sous-amendement n° 117) (18/06/2026)
- Scrutin n° 7454 (ensemble, première lecture) (23/06/2026)
- Sénat, texte adopté par l’Assemblée nationale (n° 782) (24/06/2026)
- Sénat, rapport n° 85 de la commission des lois (21/10/2026)
- Sénat, dossier législatif (24/10/2026)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 9
- Contre
- 30
- Abstention
- 8
- Non-votant
- 1
- Votants
- 47
- Exprimés
- 39
- Majorité requise
- 20
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 122 membres | Abstention | 0 | 0 | 7 | 0 | |
| EPR 91 membres | Contre | 0 | 6 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Contre | 0 | 4 | 0 | 0 | |
| SOC 68 membres | Contre | 0 | 6 | 0 | 0 | |
| DR 48 membres | Pour | 4 | 0 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Contre | 0 | 5 | 1 | 0 | |
| DEM 37 membres | Contre | 0 | 2 | 0 | 0 | |
| HOR 35 membres | Contre | 2 | 3 | 0 | 0 | |
| LIOT 23 membres | Contre | 0 | 4 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| UDDPLR 17 membres | Pour | 3 | 0 | 0 | 0 | |
| NI 10 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 7 dans le décompte
Abstention (7) : Laurence Robert-Dehault, Thierry Frappé, Nathalie Da Conceicao Carvalho, Stéphane Rambaud, Bénédicte Auzanot, Julien Gabarron, Théo Bernhardt
Ensemble pour la République 7 dans le décompte
Contre (6) : Florent Boudié (ancien député), Brigitte Klinkert, Pieyre-Alexandre Anglade, Françoise Buffet, Pierre Cazeneuve, Marc Ferracci
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 4 dans le décompte
Contre (4) : Élisa Martin, Ugo Bernalicis, Gabriel Amard (ancien député), Nadège Abomangoli
Socialistes et apparentés 6 dans le décompte
Contre (6) : Dominique Potier, Colette Capdevielle, Iñaki Echaniz, Marc Pena, Jacques Oberti, Peio Dufau
Droite Républicaine 4 dans le décompte
Pour (4) : Valérie Bazin-Malgras (ancien député), Corentin Le Fur, François-Xavier Ceccoli, Cendrine Chazé
Écologiste et Social 6 dans le décompte
Contre (5) : Delphine Batho, Sébastien Peytavie, Charles Fournier, Sandra Regol, Léa Balage El Mariky
Abstention (1) : Alexis Corbière
Les Démocrates 2 dans le décompte
Contre (2) : Sabine Thillaye, Jean-Paul Mattei
Horizons & Indépendants 5 dans le décompte
Pour (2) : Pierre Henriet, Christophe Plassard (ancien député)
Contre (3) : Laurent Marcangeli, Jérémie Patrier-Leitus, Benoît Blanchard
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 4 dans le décompte
Contre (4) : Paul Molac, Michel Castellani, Paul-André Colombani, Stéphane Lenormand
Union des droites pour la République 3 dans le décompte
Pour (3) : Christelle D'Intorni, Olivier Fayssat, Éric Michoux
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin