Votes · Scrutin n° 760 · 11 février 2025 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 18 de M. Boucard et les amendements identiques suivants après l'article premier de la proposition de loi relative au renforcement de la sûreté dans les transports (première lecture).
Demandé par : Président du groupe "Droite Républicaine"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Après article premier
- Texte
- Proposition de loi relative au renforcement de la sûreté dans les transports Proposition de loi ordinaire
Amendement déposé par M. Boucard et 15 cosignataires (DR) · sort : adopté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
La lutte contre les atteintes aux biens et aux personnes dans les transports publics est devenue, au cours des dix dernières années, un enjeu majeur.
La loi n° 2016-339 du 22 mars 2016 relative à la prévention et à la lutte contre les incivilités, contre les atteintes à la sécurité publique et contre les actes terroristes dans les transports collectifs de voyageurs, dite « Savary », a permis des avancées en la matière et ce notamment grâce au renforcement de la capacité d’action des policiers municipaux dans les transports (équipés d’armes à feu sur autorisation de l’autorité compétente), à la possibilité pour les agents services internes de sécurité de la SNCF et de la RATP d’être équipés de « caméras-piétons », ou encore grâce à l’organisation de patrouilles.
Cependant, les actes de violence et d’incivilité dans les transports demeurent à un niveau élevé.
S’agissant des incivilités, si celles-ci sont difficiles à mesurer, elles n’en sont pas moins identifiables : Bruno Gazeau, le président de la Fédération nationale des associations d’usagers de transports évoquait fin 2019, « la fraude, les menaces, les crachats » et « l’état des rames » dont les sols sont régulièrement jonchés de détritus (canettes, mouchoirs sales, nourriture) et les sièges abimés (« Tags, crachats, déchets…: ces incivilités qui explosent dans les transports en commun », Le Figaro, 18 octobre 2019).
Par ailleurs, les femmes sont, dans bon nombre de cas, les premières victimes des actes de violence : 43 % des faits de violences graves à l’encontre des femmes se déroulent dans les transports, en Île-de-France, contre 40 % dans la rue et 17 % dans d’autres espaces (enquête Virage 2015 de l’lned — 2018). […]
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Après l’article L. 2241‑10 du code des transports, il est inséré un article L. 2241‑10‑1 ainsi rédigé :
« Art. L. 2241‑10‑1. – Les auteurs d’infractions aux dispositions du titre IV du livre II de la deuxième partie du présent code sont en mesure de justifier leur identité et leur adresse à bord des véhicules de transport, dans les espaces affectés au transport public de voyageurs ou sur le domaine public ferroviaire. Ils doivent, pour cela, être porteurs d’un document attestant de cette identité et de cette adresse. La liste des documents valables est établie par arrêté conjoint du ministre de l’intérieur et du ministre chargé des transports.
« Les agents mentionnés aux 1° à 6º du I de l’article L. 2241‑1 et à l’article L. 2251‑1 sont habilités à relever l’identité et l’adresse des auteurs d’infractions afin d’établir un procès-verbal. […]
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
La loi donne de nouveaux pouvoirs aux agents de sécurité des réseaux de transport et lance plusieurs expérimentations de captation d’images et de sons. Elle vient d’une proposition de loi déposée au Sénat le 28 décembre 2023 par le sénateur Philippe Tabarot et plusieurs de ses collègues, devenu depuis ministre des transports. D’après la décision du Conseil constitutionnel, qui décrit le texte définitif :
- les agents de sûreté de la SNCF (Suge) et de la RATP (GPSR) peuvent fouiller les bagages et procéder à des palpations sans arrêté préfectoral, à certaines conditions (paragraphes 2 et 15) ;
- ils peuvent conserver temporairement un objet dangereux, avec l’accord de son propriétaire (paragraphes 22 à 24), et constater la vente à la sauvette aux abords des gares (paragraphe 38) ;
- des agents d’Île-de-France Mobilités peuvent visionner les images de vidéoprotection (paragraphe 89) ;
- deux expérimentations sont prévues : caméras frontales sur les tramways et métros pendant trois ans, captation du son dans les bus et cars pendant deux ans (paragraphes 122 et 139) ;
- l’abandon de bagages dans un véhicule de transport devient passible d’une amende (paragraphe 148).
Ce que ça change
Les voyageurs peuvent être fouillés ou palpés plus souvent par des agents de la SNCF et de la RATP, et se voir refuser l’accès à une gare. Selon le Conseil (paragraphe 15), les palpations sans arrêté préfectoral supposent « des éléments objectifs » laissant penser qu’une personne porte un objet dangereux. Le rapporteur Guillaume Gouffier Valente indique que le texte doit « doter la Suge et le GPSR de nouvelles dispositions » (compte rendu du 18 mars 2025).
Ce qui est contesté
Le 18 mars 2025, l’Assemblée a adopté le texte de la commission mixte paritaire (CMP, réunion de députés et de sénateurs chargée de trouver un texte commun) par 303 voix contre 135 (7 abstentions). Ont voté contre : La France insoumise (53), les Socialistes (42), les Écologistes (27) et la Gauche démocrate et républicaine (12). Ont voté pour : RN (104), Ensemble pour la République (77), Droite républicaine (34), Horizons (31), Démocrates (21), LIOT (17) et UDR (14). En première lecture, l’article 1er a été le plus disputé : 15 scrutins publics, dont 4 à quelques voix d’écart.
Roger Vicot (Socialistes) juge le texte « trop imprécis » alors qu’il touche à « la liberté d’aller et venir ». Stéphane Peu (GDR) dénonce « le flou » entre missions de l’État et sécurité privée. Pour Bérenger Cernon (LFI), « l’adversaire d’une vraie liberté, c’est le désir excessif de sécurité ». Sandra Regol (Écologiste et social) estime que « toutes les mains tendues ont été refusées ».
Côté partisans, Ian Boucard (Droite républicaine) affirme que « protéger les usagers, c’est justement garantir leur liberté d’aller et venir ». Laure Miller (Ensemble pour la République) et Bryan Masson (RN) annoncent le vote de leur groupe en faveur du texte.
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi par des députés LFI (24 mars 2025) puis par des députés socialistes et écologistes (27 mars), le Conseil a rendu sa décision le 24 avril 2025.
- Censuré sur le fond : le pouvoir donné à des agents privés de contraindre physiquement une personne qui refuse d’obéir (2° de l’article 4), car la contrainte relève « de la seule compétence des autorités de police » (paragraphe 66) ; les caméras dans les transports scolaires à Mayotte (article 13), faute de garanties pour la vie privée (paragraphes 119 à 121).
- Censurés comme « cavaliers législatifs » (ajouts sans lien avec le texte initial) : le pistolet à impulsion électrique pour la Suge (article 5), un numéro national de signalement (article 12), la prolongation jusqu’en 2027 de l’analyse automatisée des images de vidéoprotection lors de grands événements (article 15) et la plainte déposée par l’employeur au nom d’un agent (article 22) (paragraphes 87, 137, 159 et 161).
- Réserves d’interprétation (conditions d’application fixées par le Conseil) : refus d’accès fondé sur des critères excluant toute discrimination (paragraphe 71), caméras frontales limitées aux « abords immédiats » des véhicules (paragraphe 128), agents de la SNCF et de la RATP limités à la protection des exploitants, des personnels et des usagers (paragraphe 34), aucune contrainte physique confiée à des agents de sécurité privée (paragraphe 55).
Où en est le texte
La loi n° 2025-379 du 28 avril 2025 a été publiée au Journal officiel du 29 avril 2025.
Sources
- Dossier législatif de l’Assemblée nationale (28/04/2025)
- Dossier législatif du Sénat (proposition de loi n° 235) (28/04/2025)
- Compte rendu de la première séance du 18 mars 2025 (lecture du texte de la CMP) (18/03/2025)
- Scrutin n° 1041 sur l’ensemble du texte de la CMP (18/03/2025)
- Scrutin n° 788 sur l’ensemble en première lecture (11/02/2025)
- Décision n° 2025-878 DC du Conseil constitutionnel (24/04/2025)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Adopté
l'Assemblée nationale a adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 85
- Contre
- 81
- Abstention
- 2
- Non-votant
- 2
- Votants
- 168
- Exprimés
- 166
- Majorité requise
- 84
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 124 membres | Pour | 57 | 0 | 0 | 0 | |
| EPR 94 membres | Contre | 2 | 25 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Contre | 0 | 27 | 0 | 0 | |
| SOC 66 membres | Contre | 1 | 9 | 0 | 0 | |
| DR 48 membres | Pour | 14 | 0 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Contre | 0 | 8 | 0 | 1 | |
| DEM 36 membres | Contre | 0 | 1 | 0 | 0 | |
| HOR 33 membres | Contre | 2 | 8 | 0 | 0 | |
| LIOT 23 membres | aucun vote | 0 | 2 | 2 | 0 | |
| GDR 17 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| UDR 16 membres | Pour | 7 | 0 | 0 | 0 | |
| NI 11 membres | Pour | 2 | 1 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 57 dans le décompte
Pour (57) : Marie-France Lorho, Christian Girard, Jérôme Buisson, Nicolas Dragon, José Beaurain, Jocelyn Dessigny, Julien Rancoule, Gisèle Lelouis, Bryan Masson (ancien député), José Gonzalez, Emmanuel Taché, Géraldine Grangier, Katiana Levavasseur, Kévin Mauvieux, Lisette Pollet, Christine Loir, Yoann Gillet, Pascale Bordes (ancien député), Stéphanie Galzy, Roger Chudeau, Thomas Ménagé, Christophe Bentz, Laurence Robert-Dehault, Michaël Taverne, Laurent Jacobelli, Caroline Parmentier, Thierry Frappé, Michel Guiniot, Sandrine Dogor-Such, Anaïs Sabatini, Nathalie Da Conceicao Carvalho, Jean-Philippe Tanguy, Marine Hamelet, Philippe Lottiaux, Frédéric Boccaletti, Eddy Casterman, Sandra Delannoy, Alexandre Dufosset, Guillaume Florquin, Monique Griseti, Romain Tonussi, Pascal Markowsky, Nadine Lechon, Thibaut Monnier, Thierry Perez, Pascal Jenft, Anthony Boulogne, Claire Marais-Beuil, David Magnier, Antoine Golliot, Marc de Fleurian, Théo Bernhardt, Jonathan Gery, Tiffany Joncour, Arnaud Sanvert (ancien député), Julien Limongi, Guillaume Bigot
Ensemble pour la République 28 dans le décompte
Pour (2) : Sébastien Huyghe, Danielle Brulebois
Contre (25) : Stéphane Mazars (ancien député), Olga Givernet, Sandra Marsaud, Liliana Tanguy, Christine Le Nabour, Daniel Labaronne, Stéphanie Rist (ancien député), Nicole Dubré-Chirat, Brigitte Liso, Roland Lescure (ancien député), Guillaume Gouffier Valente, Céline Calvez, Olivia Grégoire, Stéphane Buchou, Jean-Marie Fiévet, Jean-François Rousset, Thomas Cazenave (ancien député), Philippe Fait, Nicolas Metzdorf, Bastien Marchive, Marie-Ange Rousselot (ancien député), Yannick Chenevard, Joséphine Missoffe, Pauline Levasseur (ancien député), Vincent Caure
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 27 dans le décompte
Contre (27) : Élisa Martin, Sarah Legrain, Laurent Alexandre, Manuel Bompard, Sébastien Delogu, Murielle Lepvraud, François Piquemal, Christophe Bex, Nathalie Oziol, Andrée Taurinya, Andy Kerbrat, Ségolène Amiot, Élise Leboucher, Jean-François Coulomme, Jérôme Legavre, Clémence Guetté, Damien Maudet, Maxime Laisney, Farida Amrani, Paul Vannier, Karen Erodi, Aurélien Saintoul, Thomas Portes, Sandrine Nosbé, Mathilde Feld, Aurélien Le Coq, Gabrielle Cathala
Socialistes et apparentés 10 dans le décompte
Pour (1) : Jacques Oberti
Contre (9) : Christine Pirès Beaune, Marie-José Allemand, Laurent Lhardit, Paul Christophle, Océane Godard, Arnaud Simion, Peio Dufau, Thierry Sother, Céline Thiébault-Martinez
Droite Républicaine 14 dans le décompte
Pour (14) : Michèle Tabarot, Jean-Luc Bourgeaux, Guillaume Lepers (ancien député), Éric Pauget, Pierre Cordier, Frédérique Meunier, Sylvie Bonnet, Fabien Di Filippo (ancien député), Jérôme Nury (ancien député), Ian Boucard, Hubert Brigand, Sylvie Dezarnaud (ancien député), Thierry Liger, Corentin Le Fur
Écologiste et Social 9 dans le décompte
Contre (8) : Dominique Voynet, Sophie Taillé-Polian, Sébastien Peytavie, Sandra Regol, Lisa Belluco, Tristan Lahais, Emmanuel Duplessy, Steevy Gustave
Non-votant (1) : Jérémie Iordanoff
Les Démocrates 1 dans le décompte
Contre (1) : Géraldine Bannier
Horizons & Indépendants 10 dans le décompte
Pour (2) : Thierry Benoit, Félicie Gérard
Contre (8) : Jean-François Portarrieu, Lise Magnier, Naïma Moutchou (ancien député), François Gernigon, Jean Moulliere (ancien député), Didier Lemaire, Marie-Agnès Poussier-Winsback, Béatrice Bellamy (ancien député)
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 4 dans le décompte
Contre (2) : Paul Molac, Joël Bruneau
Abstention (2) : Christophe Naegelen, Constance de Pélichy
UDR 7 dans le décompte
Pour (7) : Sophie Ricourt Vaginay, Bernard Chaix, Marc Chavent, Olivier Fayssat, Bartolomé Lenoir, Maxime Michelet, Éric Michoux
Non inscrit 3 dans le décompte
Pour (2) : Philippe Bonnecarrère, Christine Engrand
Contre (1) : Lionel Vuibert
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin