Votes · Scrutin n° 7915 · 1 juillet 2026 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 98 de Mme Thiébault-Martinez et l'amendement identique suivant à l'article 2 du projet de loi sur la justice criminelle et le respect des victimes (première lecture).
Dossier : Projet de loi sur la justice criminelle et le respect des victimes · Demandé par : Présidente du groupe "Rassemblement National" Président du groupe "Socialistes et apparentés"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article 2
- Texte
- Projet de loi sur la justice criminelle et le respect des victimes Projet de loi ordinaire
Amendement déposé par Mme Thiébault-Martinez et M. Pena (SOC) · sort : adopté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
La suppression des citoyens assesseurs au sein des cours criminelles départementales s’inscrit dans un contexte où, lorsqu’il est procédé à des ajustements de composition des juridictions, ce sont trop souvent les contentieux relatifs aux violences sexuelles et sexistes qui en supportent les effets. Or ces contentieux représentent près de 88 % des affaires jugées par les cours criminelles départementales et les victimes sont majoritairement des femmes. Toute modification de la formation de jugement dans ces juridictions a donc des conséquences directes sur la manière dont ces affaires sensibles sont traitées.
Cet amendement vise ainsi à supprimer l’introduction d’assesseurs citoyens dans les cours criminelles départementales ainsi que la modification corrélative de leur composition.
La modification de la composition des cours criminelles départementales par l’introduction d’assesseurs citoyens ne saurait constituer une garantie équivalente à celle offerte par le jury populaire. Le jury criminel, par son indépendance, sa collégialité et son rôle central dans la formation de la décision, constitue un pilier essentiel de la légitimité démocratique de la justice criminelle. Son affaiblissement progressif, au profit de formations hybrides ou de compositions de plus en plus éloignées de ce modèle, remettrait en cause cette exigence fondamentale.
Cette évolution participerait ainsi à un mouvement de marginalisation de la cour d’assises et du jury populaire, au détriment des garanties attachées au jugement des crimes et de la confiance des citoyens dans l’institution judiciaire.
Les cours criminelles départementales ont été conçues comme une juridiction criminelle composée de cinq magistrats professionnels garantissant une homogénéité des pratiques décisionnelles. […]
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Supprimer l’alinéa 39.
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Article parmi les plus disputés du texte Article 2 : 13 scrutins publics, dont 1 serrés. Voir le classement
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Ce projet de loi du Gouvernement (Premier ministre Sébastien Lecornu, garde des sceaux Gérald Darmanin) a été déposé au Sénat le 18 mars 2026, en procédure accélérée. Selon son exposé des motifs, les délais d’audiencement criminel « atteignent six à huit ans » et le texte « entend accélérer le temps judiciaire ». D’après la décision du Conseil constitutionnel, qui décrit la loi adoptée :
- les cours criminelles départementales voient leurs règles d’organisation assouplies et leur compétence étendue à certains crimes commis en récidive légale (§ 16) ;
- devant la cour d’assises, l’accord trouvé en réunion préparatoire sur la liste des témoins et la durée de l’audience devient en principe définitif (§ 7 et 8) ;
- les enquêteurs pourraient analyser des traces génétiques d’inconnus et les comparer à des bases génétiques étrangères, la « généalogie génétique » (§ 82), et s’appuyer sur des psychologues de police judiciaire (§ 105) ;
- un délai de quatre mois encadre les demandes de nullité pendant l’instruction, et de nouvelles règles visent la détention provisoire (§ 127 à 153).
La « procédure de jugement des crimes reconnus », sorte de plaider-coupable criminel au cœur du projet initial, a été retirée au fil des débats, comme les citoyens assesseurs, selon les explications de vote du 7 juillet (compte rendu).
Ce que ça change
Deux outils d’enquête présentés comme majeurs ne verront pas le jour sous cette forme : la généalogie génétique et le psychologue de police judiciaire ont été censurés. L’extension des cours criminelles à la récidive et les nouveaux délais de procédure, eux, sont validés. La date d’application de chaque mesure n’a pas été vérifiée.
Ce qui est contesté
Le 8 juillet 2026, l’Assemblée a adopté le texte de la commission mixte paritaire par 283 voix contre 156 (scrutin n° 8042). Ont voté contre : La France insoumise (68), les socialistes (41), les écologistes (35) et la Gauche démocrate et républicaine (12). Ont voté pour : Rassemblement national, Ensemble pour la République, Droite républicaine, Démocrates, Horizons, LIOT et UDR. En première lecture, le 7 juillet, le score était de 357 contre 177 (scrutin n° 7980).
- Colette Capdevielle (socialiste) estime que le Gouvernement adapte la justice « à la pénurie » au lieu de lui donner des moyens, et critique le recours à des sociétés américaines de généalogie génétique (7 juillet).
- Gabrielle Cathala (LFI) dénonce un fichage génétique étendu et des cours criminelles renforcées « au détriment de la cour d’assises et de son jury populaire ».
- Pour le texte, Sylvie Josserand (RN) indique que son groupe a obtenu l’abandon du plaider-coupable criminel et vote le texte, « même très insuffisant » (8 juillet). Ian Boucard (Droite républicaine) salue « plusieurs avancées utiles ». Yannick Favennec-Bécot (LIOT) estime que « mieux vaut un accord imparfait qu’une réforme condamnée à ne jamais voir le jour ».
À l’Assemblée, l’article 3 (19 scrutins publics) et l’article 2 (13) ont été les plus disputés (open data de l’Assemblée).
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi le 13 juillet par les députés socialistes et insoumis, le Conseil a rendu la décision n° 2026-909 DC le 23 juillet 2026.
- Censure d’une partie de l’article 5. L’analyse de traces génétiques pour révéler l’apparence d’un inconnu manque de garanties pour la vie privée (§ 91 à 96). Pour la comparaison avec des bases génétiques étrangères, le législateur n’a pas fixé lui-même les conditions d’accès (§ 101 à 104). Le III de l’article 12 tombe par voie de conséquence (§ 104).
- Censure de l’article 8 : les analyses des psychologues de police judiciaire « pouvant » être versées au dossier sans critère, une condamnation pourrait reposer sur des éléments non débattus contradictoirement (§ 114 et 115).
- Réserves d’interprétation (lecture imposée pour que le texte reste conforme) : l’accord sur les témoins exige le consentement de tous les avocats présents (§ 10) et le président doit tenir compte des droits de la défense (§ 12) ; à Saint-Pierre-et-Miquelon, la personne détenue doit pouvoir refuser la visioconférence lors du débat suivant (§ 68).
- Sont validés : l’extension des cours criminelles à la récidive (§ 30), le délai de quatre mois pour les nullités (§ 127) et la place de l’article 4 dans la loi (§ 56).
Où en est le texte
Loi n° 2026-651 du 23 juillet 2026, publiée au Journal officiel du 24 juillet 2026 (dossier de l’Assemblée).
Sources
- Assemblée nationale, dossier législatif « Justice criminelle et respect des victimes » (23/07/2026)
- Sénat, exposé des motifs du projet de loi n° 456 (18/03/2026)
- Sénat, projet de loi n° 456 (texte déposé) (18/03/2026)
- Scrutin public n° 8042 sur l’ensemble (texte de la CMP) (08/07/2026)
- Scrutin public n° 7980 sur l’ensemble (première lecture) (07/07/2026)
- Compte rendu de la séance du 7 juillet 2026 (explications de vote) (07/07/2026)
- Compte rendu de la séance du 8 juillet 2026 (lecture des conclusions de la CMP) (08/07/2026)
- Conseil constitutionnel, décision n° 2026-909 DC (23/07/2026)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Adopté
l'Assemblée nationale a adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 112
- Contre
- 5
- Abstention
- 2
- Non-votant
- 1
- Votants
- 119
- Exprimés
- 117
- Majorité requise
- 59
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 122 membres | Pour | 23 | 0 | 0 | 0 | |
| EPR 91 membres | Pour | 25 | 0 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Pour | 18 | 0 | 0 | 0 | |
| SOC 68 membres | Pour | 10 | 0 | 1 | 0 | |
| DR 48 membres | Contre | 2 | 4 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Pour | 13 | 0 | 0 | 0 | |
| DEM 37 membres | Pour | 6 | 1 | 1 | 0 | |
| HOR 35 membres | Pour | 12 | 0 | 0 | 0 | |
| LIOT 23 membres | Pour | 1 | 0 | 0 | 0 | |
| UDDPLR 17 membres | Pour | 1 | 0 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| NI 10 membres | Pour | 1 | 0 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 23 dans le décompte
Pour (23) : Marie-France Lorho, Christian Girard, Jérôme Buisson, Julien Rancoule, Caroline Colombier, Katiana Levavasseur, Lisette Pollet, Edwige Diaz (ancien député), Laurence Robert-Dehault, Laurent Jacobelli, Emeric Salmon, Marine Hamelet, Pascal Markowsky, Nadine Lechon, Catherine Dellong Meng, Sylvie Josserand (ancien député), Thierry Tesson, Claire Marais-Beuil, Marc de Fleurian, Théo Bernhardt, Jonathan Gery, Patrice Martin, Joseph Rivière
Ensemble pour la République 26 dans le décompte
Pour (25) : Sébastien Huyghe, Constance Le Grip, Florent Boudié (ancien député), Brigitte Klinkert, Sylvain Maillard, Guillaume Kasbarian, Liliana Tanguy, Michel Lauzzana, Nicole Dubré-Chirat, Bertrand Sorre, Guillaume Gouffier Valente, Stéphane Buchou, Annie Vidal, Jean-Luc Fugit, Benjamin Dirx, Jean-François Rousset, Anthony Brosse, Françoise Buffet, Caroline Yadan, Charles Rodwell, Paul Midy, Karl Olive, Pierre Cazeneuve, Laure Miller, Vincent Caure
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 18 dans le décompte
Pour (18) : Élisa Martin, Ugo Bernalicis, Sarah Legrain, Christophe Bex, Andrée Taurinya, Andy Kerbrat, Ségolène Amiot, Rodrigo Arenas, Aurélie Trouvé, Nadège Abomangoli, Clémence Guetté, Maxime Laisney, Farida Amrani, Sandrine Nosbé, Marie Mesmeur, Mathilde Feld, Shéhérazade Bentorki, Gabrielle Cathala
Socialistes et apparentés 11 dans le décompte
Pour (10) : Laurent Baumel, Dominique Potier, Christine Pirès Beaune, Colette Capdevielle, Mickaël Bouloux, Iñaki Echaniz, Pierre Pribetich, Jacques Oberti, Karim Benbrahim, Céline Thiébault-Martinez
Abstention (1) : Paul Christophle
Droite Républicaine 6 dans le décompte
Pour (2) : Jean-Louis Thiériot, Alix Fruchon
Contre (4) : Jean-Yves Bony, Philippe Gosselin, Valérie Bazin-Malgras (ancien député), Émilie Bonnivard
Écologiste et Social 13 dans le décompte
Pour (13) : Dominique Voynet, Pouria Amirshahi, Christine Arrighi, Jérémie Iordanoff, Sandra Regol, Marie-Charlotte Garin, Karim Ben Cheikh, Sabrina Sebaihi, Catherine Hervieu, Emmanuel Duplessy, Léa Balage El Mariky, Boris Tavernier, Steevy Gustave
Les Démocrates 8 dans le décompte
Pour (6) : Jean-Carles Grelier, Geneviève Darrieussecq, Marc Fesneau, Frédéric Petit, Sabine Gervais, Anne Bergantz
Contre (1) : Mickaël Cosson
Abstention (1) : Éric Martineau
Horizons & Indépendants 12 dans le décompte
Pour (12) : Thierry Benoit, Sylvain Berrios, Bertrand Bouyx, Loïc Kervran (ancien député), Laetitia Saint-Paul, Lise Magnier, Christophe Plassard (ancien député), Michel Criaud, Félicie Gérard, Pierre Marle, Frédéric Valletoux, Benoît Blanchard
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 1 dans le décompte
Pour (1) : Jean-Luc Warsmann
Union des droites pour la République 1 dans le décompte
Pour (1) : Maxime Michelet
Non inscrit 1 dans le décompte
Pour (1) : Philippe Bonnecarrère
Mises au point
Déclarations faites après le vote par des députés qui indiquent avoir voulu voter autrement. Elles ne changent pas le résultat.
Voulait voter Pour : Valérie Bazin-Malgras (ancien député), Émilie Bonnivard, Jean-Yves Bony, Philippe Gosselin
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin