Votes · Scrutin n° 7919 · 1 juillet 2026 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 22 de Mme K/Bidi et les amendements identiques suivants de suppression de l'article 2 bis du projet de loi sur la justice criminelle et le respect des victimes (première lecture).
Dossier : Projet de loi sur la justice criminelle et le respect des victimes · Demandé par : Présidente du groupe "La France insoumise – Nouveau Front Populaire"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article 2 bis
- Texte
- Projet de loi sur la justice criminelle et le respect des victimes Projet de loi ordinaire
Amendement déposé par Mme K/Bidi et 15 cosignataires (GDR) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Les auteurs de cet amendement souhaitent supprimer cet article, qui réintroduit, dans le code de l’organisation judiciaire (COJ), un dispositif de « visioaudience » permettant à un magistrat affecté temporairement en outre-mer ou en Corse de participer à une audience « à distance » lorsqu’il est empêché de s’y rendre physiquement en cas de circonstances exceptionnelles. La participation à l’audience et au délibéré le cas échéant est alors possible en recourant à un moyen de télécommunication.
Ce dispositif existait pour partie dans le COJ depuis plusieurs années, avant qu’il ne soit censuré par le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2023-856 DC du 16 novembre 2023 car il n’était ni exceptionnel ni limité.
Si ce dispositif est réintroduit avec un champ d’application resserré, dans le but de se conformer aux exigences constitutionnelles, les auteurs de cet amendement restent fermement opposés au principe même du recours à la visioaudience, qui porte une atteinte excessive à l’exercice du droit de la défense et au droit à l'accès au juge.
En outre, en ne limitant ce dispositif qu'aux seuls territoires Corse et à ceux dits d'Outre-mer, l'article opère une différenciation inaudible entre les citoyens. Si les corses et les ultramarins militent pour la reconnaissance de leurs spécificités locales, cela a toujours été dans le sens du respect de leurs droits fondamentaux et de la réalisation d'une égalité réelle entre les citoyens.
En cela, concevoir que les corses et les ultramarins puisse être privés de s'expliquer en présence (réelle) d'un juge alors qu'ils s'apprêtent à être mis en examen, placer en détention provisoire ou lorsqu'ils réclament une protection en qualité de victime, témoigne d'une approche inhumaine de la Justice, et d'un mépris pour ces populations. […]
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Supprimer cet article.
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Ce projet de loi du Gouvernement (Premier ministre Sébastien Lecornu, garde des sceaux Gérald Darmanin) a été déposé au Sénat le 18 mars 2026, en procédure accélérée. Selon son exposé des motifs, les délais d’audiencement criminel « atteignent six à huit ans » et le texte « entend accélérer le temps judiciaire ». D’après la décision du Conseil constitutionnel, qui décrit la loi adoptée :
- les cours criminelles départementales voient leurs règles d’organisation assouplies et leur compétence étendue à certains crimes commis en récidive légale (§ 16) ;
- devant la cour d’assises, l’accord trouvé en réunion préparatoire sur la liste des témoins et la durée de l’audience devient en principe définitif (§ 7 et 8) ;
- les enquêteurs pourraient analyser des traces génétiques d’inconnus et les comparer à des bases génétiques étrangères, la « généalogie génétique » (§ 82), et s’appuyer sur des psychologues de police judiciaire (§ 105) ;
- un délai de quatre mois encadre les demandes de nullité pendant l’instruction, et de nouvelles règles visent la détention provisoire (§ 127 à 153).
La « procédure de jugement des crimes reconnus », sorte de plaider-coupable criminel au cœur du projet initial, a été retirée au fil des débats, comme les citoyens assesseurs, selon les explications de vote du 7 juillet (compte rendu).
Ce que ça change
Deux outils d’enquête présentés comme majeurs ne verront pas le jour sous cette forme : la généalogie génétique et le psychologue de police judiciaire ont été censurés. L’extension des cours criminelles à la récidive et les nouveaux délais de procédure, eux, sont validés. La date d’application de chaque mesure n’a pas été vérifiée.
Ce qui est contesté
Le 8 juillet 2026, l’Assemblée a adopté le texte de la commission mixte paritaire par 283 voix contre 156 (scrutin n° 8042). Ont voté contre : La France insoumise (68), les socialistes (41), les écologistes (35) et la Gauche démocrate et républicaine (12). Ont voté pour : Rassemblement national, Ensemble pour la République, Droite républicaine, Démocrates, Horizons, LIOT et UDR. En première lecture, le 7 juillet, le score était de 357 contre 177 (scrutin n° 7980).
- Colette Capdevielle (socialiste) estime que le Gouvernement adapte la justice « à la pénurie » au lieu de lui donner des moyens, et critique le recours à des sociétés américaines de généalogie génétique (7 juillet).
- Gabrielle Cathala (LFI) dénonce un fichage génétique étendu et des cours criminelles renforcées « au détriment de la cour d’assises et de son jury populaire ».
- Pour le texte, Sylvie Josserand (RN) indique que son groupe a obtenu l’abandon du plaider-coupable criminel et vote le texte, « même très insuffisant » (8 juillet). Ian Boucard (Droite républicaine) salue « plusieurs avancées utiles ». Yannick Favennec-Bécot (LIOT) estime que « mieux vaut un accord imparfait qu’une réforme condamnée à ne jamais voir le jour ».
À l’Assemblée, l’article 3 (19 scrutins publics) et l’article 2 (13) ont été les plus disputés (open data de l’Assemblée).
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi le 13 juillet par les députés socialistes et insoumis, le Conseil a rendu la décision n° 2026-909 DC le 23 juillet 2026.
- Censure d’une partie de l’article 5. L’analyse de traces génétiques pour révéler l’apparence d’un inconnu manque de garanties pour la vie privée (§ 91 à 96). Pour la comparaison avec des bases génétiques étrangères, le législateur n’a pas fixé lui-même les conditions d’accès (§ 101 à 104). Le III de l’article 12 tombe par voie de conséquence (§ 104).
- Censure de l’article 8 : les analyses des psychologues de police judiciaire « pouvant » être versées au dossier sans critère, une condamnation pourrait reposer sur des éléments non débattus contradictoirement (§ 114 et 115).
- Réserves d’interprétation (lecture imposée pour que le texte reste conforme) : l’accord sur les témoins exige le consentement de tous les avocats présents (§ 10) et le président doit tenir compte des droits de la défense (§ 12) ; à Saint-Pierre-et-Miquelon, la personne détenue doit pouvoir refuser la visioconférence lors du débat suivant (§ 68).
- Sont validés : l’extension des cours criminelles à la récidive (§ 30), le délai de quatre mois pour les nullités (§ 127) et la place de l’article 4 dans la loi (§ 56).
Où en est le texte
Loi n° 2026-651 du 23 juillet 2026, publiée au Journal officiel du 24 juillet 2026 (dossier de l’Assemblée).
Sources
- Assemblée nationale, dossier législatif « Justice criminelle et respect des victimes » (23/07/2026)
- Sénat, exposé des motifs du projet de loi n° 456 (18/03/2026)
- Sénat, projet de loi n° 456 (texte déposé) (18/03/2026)
- Scrutin public n° 8042 sur l’ensemble (texte de la CMP) (08/07/2026)
- Scrutin public n° 7980 sur l’ensemble (première lecture) (07/07/2026)
- Compte rendu de la séance du 7 juillet 2026 (explications de vote) (07/07/2026)
- Compte rendu de la séance du 8 juillet 2026 (lecture des conclusions de la CMP) (08/07/2026)
- Conseil constitutionnel, décision n° 2026-909 DC (23/07/2026)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 43
- Contre
- 73
- Abstention
- 0
- Non-votant
- 1
- Votants
- 116
- Exprimés
- 116
- Majorité requise
- 59
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 122 membres | Contre | 0 | 12 | 0 | 0 | |
| EPR 91 membres | Contre | 0 | 30 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Pour | 20 | 0 | 0 | 0 | |
| SOC 68 membres | Pour | 8 | 0 | 0 | 0 | |
| DR 48 membres | Contre | 0 | 5 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Pour | 14 | 0 | 0 | 0 | |
| DEM 37 membres | Contre | 0 | 9 | 0 | 0 | |
| HOR 35 membres | Contre | 0 | 9 | 0 | 0 | |
| LIOT 23 membres | Contre | 0 | 2 | 0 | 0 | |
| UDDPLR 17 membres | Contre | 0 | 5 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Pour | 1 | 0 | 0 | 0 | |
| NI 10 membres | Contre | 0 | 1 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 12 dans le décompte
Contre (12) : Christian Girard, Lisette Pollet, Yoann Gillet, Laurence Robert-Dehault, Emeric Salmon, Marine Hamelet, Nadine Lechon, Catherine Dellong Meng, Sylvie Josserand (ancien député), Claire Marais-Beuil, Théo Bernhardt, Jonathan Gery
Ensemble pour la République 31 dans le décompte
Contre (30) : Sébastien Huyghe, Constance Le Grip, Stéphane Travert, Éric Bothorel, Sylvain Maillard, Olga Givernet, Guillaume Kasbarian, Danielle Brulebois, Michel Lauzzana, Nicole Dubré-Chirat, Bertrand Sorre, Jean Terlier, Patricia Lemoine, Olivia Grégoire, Stéphane Buchou, Annie Vidal, Jean-Luc Fugit, Benjamin Dirx, Jean-François Rousset, Christophe Marion, Françoise Buffet, Caroline Yadan, Astrid Panosyan-Bouvet (ancien député), Sandrine Lalanne, Nathalie Coggia, Charles Rodwell, Bastien Marchive, Laure Miller, Danièle Carteron, Marie-Philippe Lubet
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 20 dans le décompte
Pour (20) : Élisa Martin, Danièle Obono, Sarah Legrain, Sébastien Delogu, Murielle Lepvraud, François Piquemal, Christophe Bex, Andrée Taurinya, Andy Kerbrat, Ségolène Amiot, Marianne Maximi, Clémence Guetté, Farida Amrani, Perceval Gaillard, Sandrine Nosbé, Marie Mesmeur, Mathilde Feld, Shéhérazade Bentorki, Raphaël Arnault, Gabrielle Cathala
Socialistes et apparentés 8 dans le décompte
Pour (8) : Christine Pirès Beaune, Colette Capdevielle, Mickaël Bouloux, Pierre Pribetich, Estelle Mercier, Denis Fégné, Céline Thiébault-Martinez, Dieynaba Diop
Droite Républicaine 5 dans le décompte
Contre (5) : Philippe Gosselin, Philippe Juvin, Valérie Bazin-Malgras (ancien député), Jérôme End, Alix Fruchon
Écologiste et Social 14 dans le décompte
Pour (14) : Dominique Voynet, Jean-Louis Roumégas, Pouria Amirshahi, Christine Arrighi, Sandra Regol, Marie-Charlotte Garin, Lisa Belluco, Karim Ben Cheikh, Sabrina Sebaihi, Emmanuel Duplessy, Léa Balage El Mariky, Boris Tavernier, Steevy Gustave, Julie Ozenne
Les Démocrates 9 dans le décompte
Contre (9) : Jean-Carles Grelier, Sophie Mette, Frédéric Petit, Maud Petit, Carole Guillerm, Emmanuel Mandon, Didier Padey, Pascal Lecamp, Anne Bergantz
Horizons & Indépendants 9 dans le décompte
Contre (9) : Agnès Firmin Le Bodo, Thierry Benoit, Laetitia Saint-Paul, Christophe Plassard (ancien député), Michel Criaud, Félicie Gérard, Pierre Marle, Anne-Cécile Violland, Benoît Blanchard
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 2 dans le décompte
Contre (2) : Jean-Luc Warsmann, David Taupiac
Union des droites pour la République 5 dans le décompte
Contre (5) : Christelle D'Intorni, Olivier Fayssat, Alexandre Allegret-Pilot, Maxime Michelet, Éric Michoux
Gauche Démocrate et Républicaine 1 dans le décompte
Pour (1) : Elsa Faucillon
Non inscrit 1 dans le décompte
Contre (1) : Philippe Bonnecarrère
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin