Votes · Scrutin n° 795 · 13 février 2025 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 17 de Mme Alexandra Martin à l'article 5 (supprimé) de la proposition de loi visant à restaurer l'autorité de la justice à l'égard des mineurs délinquants et de leurs parents (première lecture).
Demandé par : Président du groupe "La France insoumise – Nouveau Front Populaire"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article 5
- Texte
- Restaurer l'autorité de la justice à l'égard des mineurs délinquants et de leurs parents Proposition de loi ordinaire
Amendement déposé par Mme Alexandra Martin et 3 cosignataires (DR) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
La délinquance juvénile, de plus en plus précoce et violente, représente aujourd'hui un enjeu majeur pour notre société. Elle constitue une menace grave pour la sécurité de nos concitoyens. Il est devenu essentiel d’adapter notre réponse pénale afin de faire face à l'escalade de la violence.
Face à la gravité de certains comportements, il est crucial de repenser l’approche judiciaire vis-à-vis des mineurs délinquants. Bien que le principe de l’excuse de minorité demeure une protection fondamentale, il doit être nuancé pour tenir compte de la réalité d'une société où certains jeunes, dès l'âge de 13 ans, se livrent à des actes de plus en plus graves. C’est un signal également lancé aux adultes qui instrumentaliserait des enfants mineurs notamment dans les cas de narcotrafic.
Cet amendement propose de modifier le régime de l'excuse de minorité, en supprimant la réduction automatique de peine accordée aux mineurs de plus de 13 ans. Actuellement, cette réduction repose sur l'idée que les jeunes n'ont pas entièrement développé leur discernement. Cependant, cette règle est critiquée, notamment lorsque des mineurs commettent des infractions graves, comme dans le cas du narcotrafic.
L'amendement vise à inverser le principe, en faisant de l'exception (le retrait de l'excuse de minorité) la règle générale. Désormais, il reviendrait au juge de décider, en fonction de l'infraction et de la personnalité du mineur, s'il convient ou non d’appliquer cette excuse. Si l'excuse est retenue, le juge devra motiver sa décision.
L'objectif de cet amendement est de responsabiliser davantage les mineurs, en les incitant à prendre conscience de la gravité de leurs actes. […]
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Rétablir cet article dans la rédaction suivante :
« L’article L. 121‑7 du code de la justice pénale des mineurs est ainsi modifié :
« 1° Le premier alinéa est ainsi modifié :
« a) Le mot : « seize » est remplacé par le mot : « treize » ;
« b) Les mots : « à titre exceptionnel et » sont supprimés ;
« c) Les mots : « n’y a pas » sont remplacés par le mot : « a » ;
« 2° Le second alinéa est supprimé. »
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
La loi vise à durcir la réponse pénale envers certains mineurs délinquants et à responsabiliser leurs parents. C’est une proposition de loi déposée le 15 octobre 2024 par Gabriel Attal, président du groupe Ensemble pour la République, et des députés de son groupe. Le Gouvernement a engagé la procédure accélérée le 20 janvier 2025. D’après l’exposé des motifs et la décision du Conseil constitutionnel, la version adoptée prévoyait :
- des peines plus lourdes pour le parent qui se soustrait à ses obligations quand il en résulte des infractions commises par son enfant (paragraphe 2) ;
- une amende civile pour les parents qui ne se rendent pas aux audiences d’assistance éducative ;
- une audience unique en comparution immédiate pour les mineurs d’au moins 16 ans (paragraphe 15) ;
- un assouplissement de l’« excuse de minorité » (l’atténuation des peines liée à l’âge) après 16 ans (paragraphe 49) ;
- la possibilité d’interdire à un mineur de circuler seul sur la voie publique à certaines heures (paragraphes 70 et 71).
Ce que ça change
Après la décision du Conseil, plusieurs mesures phares ne s’appliquent pas (voir plus bas). Restent notamment l’aggravation des peines pour les parents et l’interdiction d’aller et venir. Selon le Conseil (paragraphes 79 et 80), cette interdiction est fixée par un magistrat spécialisé, avec des horaires précis, et ne s’applique pas si le mineur est accompagné d’un parent ou se déplace pour l’école, le travail ou un motif médical. Le rapporteur Jean Terlier (Ensemble pour la République) assure qu’« un mineur primo-délinquant ne sera jamais poursuivi » en comparution immédiate (compte rendu du 13 mai 2025).
Ce qui est contesté
Le 13 mai 2025, l’Assemblée a adopté le texte de la commission mixte paritaire (CMP, réunion de députés et de sénateurs chargée de trouver un texte commun) par 341 voix contre 187 (8 abstentions). Ont voté contre : La France insoumise (67), les Socialistes (62), les Écologistes (36), la Gauche démocrate et républicaine (13) et 6 députés LIOT. Ont voté pour : RN (119), Ensemble pour la République (80), Droite républicaine (45), Horizons (32), Démocrates (31), UDR (16) et 14 députés LIOT. En première lecture, l’article 8 du texte de la commission avait été rejeté (34 voix pour, 58 contre).
Pour Colette Capdevielle (Socialistes), « traiter un mineur comme un adulte est une maltraitance supplémentaire ». Gabrielle Cathala (LFI) estime que le texte « bafoue la Convention internationale des droits de l’enfant ». Jean-François Coulomme (LFI) juge qu’il préfère « incriminer des parents prétendument “défaillants” » plutôt que traiter la précarité ou la déscolarisation.
Côté partisans, le Gouvernement, par la voix du ministre Patrick Mignola, affirme qu’« il ne s’agit pas de juger plus sévèrement, mais de juger plus vite ». Blandine Brocard (Démocrates) estime que « les délinquants sont de plus en plus jeunes ».
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi par des députés LFI et GDR (20 mai 2025), socialistes et écologistes (22 mai) et par des sénateurs de gauche (27 mai), le Conseil a rendu sa décision le 19 juin 2025. Il s’appuie sur le « principe fondamental reconnu par les lois de la République en matière de justice des mineurs », que l’exposé des motifs résume ainsi : primauté de l’éducatif, atténuation de la responsabilité selon l’âge, juges spécialisés.
- Censurés : la comparution immédiate des mineurs de 16 ans (article 4), ouverte sans la réserver « à des infractions graves ou à des cas exceptionnels » (paragraphes 25 à 27) ; l’extension de l’audience unique (article 5, paragraphes 38 à 40) ; la détention provisoire d’un an pour les moins de 16 ans (article 6, paragraphes 47 et 48) ; l’assouplissement de l’excuse de minorité (article 7, paragraphes 54 à 58) ; la rétention de 12 heures d’un mineur décidée par un officier de police judiciaire sans contrôle d’un juge (article 12, paragraphes 67 à 69).
- Censuré comme « cavalier législatif » (ajout sans lien avec le texte initial) : l’expérimentation d’un tribunal pour enfants avec plus d’assesseurs (article 15, paragraphes 86 à 88).
- Validés : l’aggravation des peines des parents, qui ne les rend pas responsables des infractions de l’enfant (paragraphe 12), et l’interdiction d’aller et venir (paragraphe 81).
Où en est le texte
La loi n° 2025-568 du 23 juin 2025 a été publiée au Journal officiel du 24 juin 2025.
Sources
- Dossier législatif de l’Assemblée nationale (23/06/2025)
- Proposition de loi n° 448 et exposé des motifs (15/10/2024)
- Compte rendu de la première séance du 13 mai 2025 (lecture du texte de la CMP) (13/05/2025)
- Scrutin n° 1624 sur l’ensemble du texte de la CMP (13/05/2025)
- Scrutin n° 805 sur l’ensemble en première lecture (13/02/2025)
- Décision n° 2025-886 DC du Conseil constitutionnel (19/06/2025)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 27
- Contre
- 81
- Abstention
- 7
- Non-votant
- 1
- Votants
- 115
- Exprimés
- 108
- Majorité requise
- 55
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 124 membres | Pour | 24 | 0 | 0 | 0 | |
| EPR 94 membres | Contre | 0 | 42 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Contre | 0 | 16 | 0 | 0 | |
| SOC 66 membres | Contre | 0 | 5 | 0 | 0 | |
| DR 48 membres | Pour | 2 | 0 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Contre | 0 | 12 | 0 | 0 | |
| DEM 36 membres | Contre | 0 | 4 | 0 | 0 | |
| HOR 33 membres | Abstention | 0 | 0 | 7 | 0 | |
| LIOT 23 membres | Contre | 0 | 1 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| UDR 16 membres | Pour | 1 | 0 | 0 | 0 | |
| NI 11 membres | Contre | 0 | 1 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 24 dans le décompte
Pour (24) : Jocelyn Dessigny, Bryan Masson (ancien député), Géraldine Grangier, Kévin Mauvieux, Edwige Diaz (ancien député), Alexis Jolly, Florence Goulet, Laurence Robert-Dehault, Kévin Pfeffer, Emeric Salmon, Yaël Ménaché, Philippe Lottiaux, Eddy Casterman, Romain Tonussi, Emmanuel Fouquart, Pascal Markowsky, Sylvie Josserand (ancien député), Anthony Boulogne, Maxime Amblard, Claire Marais-Beuil, Marc de Fleurian, Julien Limongi, Sébastien Humbert, Sophie-Laurence Roy
Ensemble pour la République 43 dans le décompte
Contre (42) : Sébastien Huyghe, Franck Riester (ancien député), Florent Boudié (ancien député), Éric Bothorel, Brigitte Klinkert, Stéphane Mazars (ancien député), Vincent Ledoux, François Cormier-Bouligeon, Guillaume Kasbarian, Annaïg Le Meur, Jean-René Cazeneuve, Daniel Labaronne, Michel Lauzzana, Stéphanie Rist (ancien député), Denis Masséglia, Brigitte Liso, Anne Genetet, Roland Lescure (ancien député), Pieyre-Alexandre Anglade, Stéphane Vojetta (ancien député), Véronique Riotton, Jean Terlier, Olivia Grégoire, Marie Lebec, Stéphane Buchou, Jean-Marie Fiévet, Gabriel Attal, Jean-François Rousset, Freddy Sertin (ancien député), Thomas Cazenave (ancien député), Christophe Marion, Violette Spillebout, Philippe Fait, Julie Delpech, Caroline Yadan, Pierre Cazeneuve, Prisca Thevenot, Laure Miller, Pauline Levasseur (ancien député), Jean Laussucq (ancien député), Emmanuelle Hoffman, Vincent Caure
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 16 dans le décompte
Contre (16) : Ugo Bernalicis, Mathilde Panot, Manuel Bompard, Anne Stambach-Terrenoir, Sylvain Carrière, Mathilde Hignet, Andrée Taurinya, Marianne Maximi, Élise Leboucher, Jean-François Coulomme, Clémence Guetté, Paul Vannier, Aurélien Saintoul, Pierre-Yves Cadalen, Zahia Hamdane, Bérenger Cernon
Socialistes et apparentés 5 dans le décompte
Contre (5) : Pascale Got, Pierre Pribetich, Sophie Pantel, Peio Dufau, Sandrine Runel
Droite Républicaine 2 dans le décompte
Pour (2) : Alexandra Martin (Alpes-Maritimes), Élisabeth de Maistre
Écologiste et Social 12 dans le décompte
Contre (12) : Dominique Voynet, Pouria Amirshahi, Hendrik Davi, Nicolas Thierry, Julie Laernoes, Jean-Claude Raux, Lisa Belluco, Karim Ben Cheikh, Tristan Lahais, Nicolas Bonnet, Arnaud Bonnet, Julie Ozenne
Les Démocrates 4 dans le décompte
Contre (4) : Frédéric Petit, Éric Martineau, Marina Ferrari (ancien député), Anne Bergantz
Horizons & Indépendants 7 dans le décompte
Abstention (7) : Bertrand Bouyx, Loïc Kervran (ancien député), Laetitia Saint-Paul, Lise Magnier, Naïma Moutchou (ancien député), Béatrice Piron, Marie-Agnès Poussier-Winsback
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 1 dans le décompte
Contre (1) : Constance de Pélichy
UDR 1 dans le décompte
Pour (1) : Olivier Fayssat
Non inscrit 1 dans le décompte
Contre (1) : Stella Dupont
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin