Votes · Scrutin n° 7960 · 2 juillet 2026 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 90 de Mme Capdevielle à l'article 9 du projet de loi sur la justice criminelle et le respect des victimes (première lecture).
Dossier : Projet de loi sur la justice criminelle et le respect des victimes · Demandé par : Présidente du groupe "La France insoumise – Nouveau Front Populaire"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article 9
- Texte
- Projet de loi sur la justice criminelle et le respect des victimes Projet de loi ordinaire
Amendement déposé par Mme Capdevielle et 9 cosignataires (SOC) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Le présent amendement de repli du groupe Socialistes et apparentés vise à supprimer les dispositions permettant de différer la remise en liberté d'une personne lorsque les délais légaux impartis à l'autorité judiciaire pour statuer sur une demande de mise en liberté ont été dépassés.
Le droit en vigueur prévoit qu'à défaut de décision dans les délais fixés par la loi, la personne détenue est remise d'office en liberté. Cette règle constitue une garantie essentielle de la liberté individuelle et participe au respect de l'article 66 de la Constitution.
Le présent article substitue à cette remise en liberté immédiate un mécanisme permettant la convocation d'un débat contradictoire dans les vingt-quatre heures puis sa tenue dans un délai de cinq jours. Ainsi, alors même que les délais légaux n'auraient pas été respectés, la détention pourrait se poursuivre plusieurs jours supplémentaires.
Or le Conseil d'État a rappelé dans son avis sur le projet de loi que, face à des erreurs de procédure susceptibles d'entraîner la remise en liberté de personnes détenues, le législateur devait d'abord adopter les dispositions permettant de prévenir la survenance de telles erreurs et organiser le service public de la justice, notamment en termes de moyens, afin d'empêcher leur survenue. Il a souligné que ce n'est qu'à titre subsidiaire et accessoire qu'il est loisible au législateur d'adopter des mesures destinées à en corriger les effets.
Les conséquences des dysfonctionnements du service public de la justice ne sauraient être supportées par les personnes privées de liberté.
Le présent amendement vise donc à maintenir le droit en vigueur et à préserver l'effectivité de cette garantie fondamentale.
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Supprimer les alinéas 4 à 17.
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Article parmi les plus disputés du texte Article 9 : 5 scrutins publics, dont 1 serrés. Voir le classement
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Ce projet de loi du Gouvernement (Premier ministre Sébastien Lecornu, garde des sceaux Gérald Darmanin) a été déposé au Sénat le 18 mars 2026, en procédure accélérée. Selon son exposé des motifs, les délais d’audiencement criminel « atteignent six à huit ans » et le texte « entend accélérer le temps judiciaire ». D’après la décision du Conseil constitutionnel, qui décrit la loi adoptée :
- les cours criminelles départementales voient leurs règles d’organisation assouplies et leur compétence étendue à certains crimes commis en récidive légale (§ 16) ;
- devant la cour d’assises, l’accord trouvé en réunion préparatoire sur la liste des témoins et la durée de l’audience devient en principe définitif (§ 7 et 8) ;
- les enquêteurs pourraient analyser des traces génétiques d’inconnus et les comparer à des bases génétiques étrangères, la « généalogie génétique » (§ 82), et s’appuyer sur des psychologues de police judiciaire (§ 105) ;
- un délai de quatre mois encadre les demandes de nullité pendant l’instruction, et de nouvelles règles visent la détention provisoire (§ 127 à 153).
La « procédure de jugement des crimes reconnus », sorte de plaider-coupable criminel au cœur du projet initial, a été retirée au fil des débats, comme les citoyens assesseurs, selon les explications de vote du 7 juillet (compte rendu).
Ce que ça change
Deux outils d’enquête présentés comme majeurs ne verront pas le jour sous cette forme : la généalogie génétique et le psychologue de police judiciaire ont été censurés. L’extension des cours criminelles à la récidive et les nouveaux délais de procédure, eux, sont validés. La date d’application de chaque mesure n’a pas été vérifiée.
Ce qui est contesté
Le 8 juillet 2026, l’Assemblée a adopté le texte de la commission mixte paritaire par 283 voix contre 156 (scrutin n° 8042). Ont voté contre : La France insoumise (68), les socialistes (41), les écologistes (35) et la Gauche démocrate et républicaine (12). Ont voté pour : Rassemblement national, Ensemble pour la République, Droite républicaine, Démocrates, Horizons, LIOT et UDR. En première lecture, le 7 juillet, le score était de 357 contre 177 (scrutin n° 7980).
- Colette Capdevielle (socialiste) estime que le Gouvernement adapte la justice « à la pénurie » au lieu de lui donner des moyens, et critique le recours à des sociétés américaines de généalogie génétique (7 juillet).
- Gabrielle Cathala (LFI) dénonce un fichage génétique étendu et des cours criminelles renforcées « au détriment de la cour d’assises et de son jury populaire ».
- Pour le texte, Sylvie Josserand (RN) indique que son groupe a obtenu l’abandon du plaider-coupable criminel et vote le texte, « même très insuffisant » (8 juillet). Ian Boucard (Droite républicaine) salue « plusieurs avancées utiles ». Yannick Favennec-Bécot (LIOT) estime que « mieux vaut un accord imparfait qu’une réforme condamnée à ne jamais voir le jour ».
À l’Assemblée, l’article 3 (19 scrutins publics) et l’article 2 (13) ont été les plus disputés (open data de l’Assemblée).
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi le 13 juillet par les députés socialistes et insoumis, le Conseil a rendu la décision n° 2026-909 DC le 23 juillet 2026.
- Censure d’une partie de l’article 5. L’analyse de traces génétiques pour révéler l’apparence d’un inconnu manque de garanties pour la vie privée (§ 91 à 96). Pour la comparaison avec des bases génétiques étrangères, le législateur n’a pas fixé lui-même les conditions d’accès (§ 101 à 104). Le III de l’article 12 tombe par voie de conséquence (§ 104).
- Censure de l’article 8 : les analyses des psychologues de police judiciaire « pouvant » être versées au dossier sans critère, une condamnation pourrait reposer sur des éléments non débattus contradictoirement (§ 114 et 115).
- Réserves d’interprétation (lecture imposée pour que le texte reste conforme) : l’accord sur les témoins exige le consentement de tous les avocats présents (§ 10) et le président doit tenir compte des droits de la défense (§ 12) ; à Saint-Pierre-et-Miquelon, la personne détenue doit pouvoir refuser la visioconférence lors du débat suivant (§ 68).
- Sont validés : l’extension des cours criminelles à la récidive (§ 30), le délai de quatre mois pour les nullités (§ 127) et la place de l’article 4 dans la loi (§ 56).
Où en est le texte
Loi n° 2026-651 du 23 juillet 2026, publiée au Journal officiel du 24 juillet 2026 (dossier de l’Assemblée).
Sources
- Assemblée nationale, dossier législatif « Justice criminelle et respect des victimes » (23/07/2026)
- Sénat, exposé des motifs du projet de loi n° 456 (18/03/2026)
- Sénat, projet de loi n° 456 (texte déposé) (18/03/2026)
- Scrutin public n° 8042 sur l’ensemble (texte de la CMP) (08/07/2026)
- Scrutin public n° 7980 sur l’ensemble (première lecture) (07/07/2026)
- Compte rendu de la séance du 7 juillet 2026 (explications de vote) (07/07/2026)
- Compte rendu de la séance du 8 juillet 2026 (lecture des conclusions de la CMP) (08/07/2026)
- Conseil constitutionnel, décision n° 2026-909 DC (23/07/2026)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 32
- Contre
- 47
- Abstention
- 2
- Non-votant
- 1
- Votants
- 81
- Exprimés
- 79
- Majorité requise
- 40
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 122 membres | Contre | 1 | 13 | 1 | 0 | |
| EPR 91 membres | Contre | 0 | 21 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Pour | 15 | 0 | 0 | 0 | |
| SOC 68 membres | Pour | 11 | 0 | 0 | 0 | |
| DR 48 membres | Contre | 0 | 3 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Pour | 4 | 0 | 0 | 0 | |
| DEM 37 membres | Contre | 0 | 5 | 1 | 0 | |
| HOR 35 membres | Contre | 0 | 4 | 0 | 0 | |
| LIOT 23 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Pour | 1 | 0 | 0 | 0 | |
| UDDPLR 17 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| NI 10 membres | Contre | 0 | 1 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 15 dans le décompte
Pour (1) : José Beaurain
Contre (13) : Kévin Mauvieux, Lisette Pollet, Laurent Jacobelli, Emeric Salmon, Marine Hamelet, Philippe Lottiaux, Philippe Schreck, Pascal Markowsky, Sylvie Josserand (ancien député), Julien Gabarron, Anthony Boulogne, Claire Marais-Beuil, Marc de Fleurian
Abstention (1) : Joseph Rivière
Ensemble pour la République 22 dans le décompte
Contre (21) : Sébastien Huyghe, Florent Boudié (ancien député), Éric Bothorel, Sylvain Maillard, Liliana Tanguy, Nicole Dubré-Chirat, Guillaume Gouffier Valente, Jean Terlier, Olivia Grégoire, Annie Vidal, Christophe Marion, Anthony Brosse, Françoise Buffet, Nathalie Coggia, Charles Rodwell, Paul Midy, Joséphine Missoffe, Laure Miller, Christophe Mongardien, Vincent Caure, Marie-Philippe Lubet
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 15 dans le décompte
Pour (15) : Sarah Legrain, Sébastien Delogu, Hadrien Clouet, François Piquemal, Andrée Taurinya, Andy Kerbrat, Ségolène Amiot, Jérôme Legavre, Clémence Guetté, Maxime Laisney, Paul Vannier, Marie Mesmeur, Shéhérazade Bentorki, Raphaël Arnault, Gabrielle Cathala
Socialistes et apparentés 11 dans le décompte
Pour (11) : Dominique Potier, Christine Pirès Beaune, Colette Capdevielle, Philippe Naillet, Sacha Houlié, Mickaël Bouloux, Pierre Pribetich, Jacques Oberti, Karim Benbrahim, Denis Fégné, Céline Thiébault-Martinez
Droite Républicaine 3 dans le décompte
Contre (3) : Valérie Bazin-Malgras (ancien député), Alix Fruchon, Élisabeth de Maistre
Écologiste et Social 4 dans le décompte
Pour (4) : Jean-Louis Roumégas, Pouria Amirshahi, Emmanuel Duplessy, Léa Balage El Mariky
Les Démocrates 6 dans le décompte
Contre (5) : Jean-Carles Grelier, Sophie Mette, Marc Fesneau, Éric Martineau, Anne Bergantz
Abstention (1) : Emmanuel Mandon
Horizons & Indépendants 4 dans le décompte
Contre (4) : Bertrand Bouyx, Laetitia Saint-Paul, Christophe Plassard (ancien député), Félicie Gérard
Gauche Démocrate et Républicaine 1 dans le décompte
Pour (1) : Elsa Faucillon
Non inscrit 1 dans le décompte
Contre (1) : Philippe Bonnecarrère
Mises au point
Déclarations faites après le vote par des députés qui indiquent avoir voulu voter autrement. Elles ne changent pas le résultat.
Voulait voter Contre : Violette Spillebout
Voulait voter Non-votant : Éric Bothorel
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin