Votes · Scrutin n° 8061 · 9 juillet 2026 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 621 de Mme Taurinya à l'article 3 du projet de loi visant à offrir des réponses immédiates aux phénomènes troublant l'ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens (première lecture).
Dossier : Projet de loi visant à offrir des réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens · Demandé par : Présidente du groupe "La France insoumise – Nouveau Front Populaire"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article 3
Amendement déposé par Mme Taurinya et 69 cosignataires (LFI-NFP) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Par cet amendement de repli, le groupe parlementaire de la France insoumise souhaite supprimer l’alinéa 22 de l’article du 3, qui aggrave les peines encourues lorsque les faits de rodéo motorisé sont commis en réunion, en portant la peine d'emprisonnement de deux à trois ans et la peine d'amende de 30 000 à 45 000 euros (soit une augmentation de 50%).
Nous nous opposons à cette nouvelle aggravation. Le délit de rodéo motorisé est déjà puni de peines lourdes, a fortiori lorsqu'il est commis en réunion, auxquelles peuvent s’ajouter des peines complémentaires, notamment la confiscation du véhicule et la suspension du permis.
Cet article illustre bien l'esprit global de ce projet de loi d'opportunité : prétendre à l'existence d'un vide juridique pour légiférer quand l'arsenal pénal existe bien, prétexte à de nouvelles mesures d'infractions pénales dont la fonction est purement communicationnelle.
Cet alinéa participe d’une logique de surenchère pénale à laquelle le groupe parlementaire de la France Insoumise s’oppose. Les délits existent, les interpellations se multiplient, la communication du Gouvernement s'accentue jusqu'à l'écoeurement : pourtant, le phénomène persiste.
Empiler les peines sans renforcer les capacités d’enquête et de traçabilité contribuera à la pérennisation de ce phénomène qui trouble avant tout la tranquilité des habitants des quartiers populaires. Ce sont les premiers concernés, eux que le Gouvernement est si prompt à stigmatiser via l'introduction de ce type de délits présentés comme des marqueurs des "quartiers".
Les difficultés d’application du droit positif sont liées au manque de moyens chronique de la chaîne policière et judiciaire, un énième durcissement pénal n'y changera rien.
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Supprimer l'alinéa 22.
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Article parmi les plus disputés du texte Article 3 : 24 scrutins publics, dont 1 serrés. Voir le classement
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Projet de loi du Gouvernement (Premier ministre Sébastien Lecornu, ministre de l’intérieur Laurent Nuñez), déposé au Sénat le 25 mars 2026 en procédure accélérée. Plusieurs orateurs l’appellent « Ripost ». Selon son exposé des motifs, il répond à des phénomènes qui « ont émergé ou connaissent une recrudescence » et renforce les moyens contre la criminalité organisée :
- mortiers d’artifice et explosifs : police administrative et peines renforcées ;
- rassemblements musicaux illégaux : l’organisation devient un délit, la participation aussi, avec une amende forfaitaire délictuelle (AFD, amende payée sans passer devant un juge, qui met fin aux poursuites) ;
- rodéos motorisés, protoxyde d’azote (horaires de vente, délit d’inhalation), squats de meublés de tourisme, interdictions de stade ;
- narcotrafic : AFD pour usage de stupéfiants portée de 200 à 500 euros, garde à vue prolongeable de 24 heures pour la criminalité organisée.
Ce que ça change
Pour les personnes visées, de nombreuses infractions passent par l’AFD ou voient leurs peines alourdies ; les préfets disposent de nouveaux pouvoirs, comme l’interdiction de paraître en marge des matchs. Une partie des mesures a toutefois été censurée (voir plus bas).
Ce qui est contesté
Le 21 juillet 2026, le texte de la commission mixte paritaire a été adopté par 351 voix contre 179 (scrutin n° 8433). Ont voté contre : La France insoumise (71), les socialistes (56), les écologistes (36) et la Gauche démocrate et républicaine (15). Ont voté pour : Rassemblement national (114), Ensemble pour la République (84), Droite républicaine (46), Démocrates (33), Horizons (32), UDR (17). LIOT : 18 pour, 1 contre, 4 abstentions. En première lecture, le 15 juillet : 366 contre 182 (scrutin n° 8279).
Explications de vote du 15 juillet :
- Roger Vicot (socialiste) juge que les AFD « s’affranchissent d’un principe fondamental du droit : l’individualisation de la peine » et que le protoxyde d’azote relève aussi de la santé publique.
- Émeline K/Bidi (GDR) dénonce « une surenchère répressive » et un texte « décousu ». Andrée Taurinya (LFI) critique la pénalisation des fêtes et la prolongation de la vidéosurveillance algorithmique.
- Christophe Marion (EPR) y voit « une réponse ferme, nécessaire et équilibrée ». Michaël Taverne (RN) vote le texte « même s’il est imparfait ». Pour Laurent Mazaury (LIOT), il doit être « un signal de fermeté ».
À l’Assemblée, les articles 2 (32 scrutins publics), 7 (27) et 3 (24) ont été les plus disputés (open data de l’Assemblée).
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi le 24 juillet par les députés socialistes et insoumis, le Conseil a rendu la décision n° 2026-915 DC le 14 août 2026. Dispositions censurées :
- fermeture administrative, jusqu’à un an, des commerces d’artifices ou d’explosifs : atteinte disproportionnée à la liberté d’entreprendre (article 1er, § 11 à 18) ;
- AFD pour des délits liés aux artifices dont les éléments ne sont pas « aisément constatés » : rupture d’égalité devant la justice (article 1er, § 47 à 55) ;
- délit de conduite d’un véhicule trop puissant en permis probatoire, seuil laissé au décret (article 7, § 100 à 102) ; destruction des véhicules de rodéo sans délai laissé au propriétaire (article 7, § 135 et 136) ;
- maintien dans un meublé de tourisme puni par deux délits aux peines différentes (article 14, § 180 et 181) ;
- interdiction automatique des permissions de sortir en quartier de lutte contre la criminalité organisée, décidée sans juge (article 39, § 366 à 369) ;
- possibilité généralisée pour les policiers et gendarmes de ne pas donner leur nom dans les procédures : atteinte aux droits de la défense (article 46, § 451 à 459) ;
- caméras individuelles pour les agents des gestionnaires de routes, y compris privés (article 47, § 486 à 491) ;
- cavaliers législatifs, c’est-à-dire ajouts sans lien avec le projet initial : articles 10, 18 (outrage sexiste par message pornographique), 26, 41 (tabac) et 65 (§ 598 à 605).
Réserves d’interprétation (lecture imposée pour que le texte reste conforme) : l’interdiction de paraître doit tenir compte de la vie familiale et professionnelle et ne pas dépasser vingt-quatre heures (§ 158 et 159) ; l’évacuation par le préfet de locaux commerciaux ou professionnels occupés sans droit ne vaut que si l’occupant n’y a pas son domicile (§ 173) ; les autorisations de vidéosurveillance algorithmique ne peuvent excéder trois mois (§ 544) ; réserves aussi aux § 67 et 392.
Où en est le texte
Loi n° 2026-798 du 18 août 2026, publiée au Journal officiel du 19 août 2026 (dossier de l’Assemblée).
Sources
- Assemblée nationale, dossier législatif « Réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public » (18/08/2026)
- Sénat, exposé des motifs du projet de loi n° 472 (25/03/2026)
- Sénat, projet de loi n° 472 (texte déposé) (25/03/2026)
- Scrutin public n° 8433 sur l’ensemble (texte de la CMP) (21/07/2026)
- Scrutin public n° 8279 sur l’ensemble (première lecture) (15/07/2026)
- Compte rendu de la séance du 15 juillet 2026 (explications de vote) (15/07/2026)
- Compte rendu de la séance du 21 juillet 2026 (lecture des conclusions de la CMP) (21/07/2026)
- Conseil constitutionnel, décision n° 2026-915 DC (14/08/2026)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 35
- Contre
- 83
- Abstention
- 0
- Non-votant
- 1
- Votants
- 118
- Exprimés
- 118
- Majorité requise
- 60
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 122 membres | Contre | 0 | 26 | 0 | 0 | |
| EPR 91 membres | Contre | 0 | 23 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Pour | 24 | 0 | 0 | 0 | |
| SOC 68 membres | Pour | 5 | 1 | 0 | 0 | |
| DR 48 membres | Contre | 0 | 12 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Pour | 4 | 0 | 0 | 0 | |
| DEM 37 membres | Contre | 0 | 6 | 0 | 0 | |
| HOR 35 membres | Contre | 0 | 12 | 0 | 0 | |
| LIOT 23 membres | Contre | 0 | 1 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Pour | 2 | 0 | 0 | 0 | |
| UDDPLR 17 membres | Contre | 0 | 2 | 0 | 0 | |
| NI 10 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 26 dans le décompte
Contre (26) : Marie-France Lorho, José Beaurain, Jordan Guitton, Cyril Tribuiani, Caroline Colombier, Kévin Mauvieux, Timothée Houssin, Lisette Pollet, Serge Muller, Michaël Taverne, Alexandre Sabatou, Caroline Parmentier, Emeric Salmon, Marine Hamelet, Emmanuel Fouquart, Florence Joubert, Catherine Dellong Meng, Julien Guibert, Frédéric Weber, Thierry Tesson, Claire Marais-Beuil, David Magnier, Jonathan Gery, Tiffany Joncour, Catherine Rimbert, Joseph Rivière
Ensemble pour la République 24 dans le décompte
Contre (23) : Sébastien Huyghe, Florent Boudié (ancien député), Guillaume Kasbarian, Sophie Panonacle, Michel Lauzzana, Nicole Dubré-Chirat, Pieyre-Alexandre Anglade, Guillaume Gouffier Valente, Jean Terlier, Olivia Grégoire, Marie Lebec, Agnès Pannier-Runacher, Christophe Marion, Anthony Brosse, Françoise Buffet, Nicolas Metzdorf, Nathalie Coggia, Charles Rodwell, Paul Midy, Anne-Sophie Ronceret, Christophe Mongardien, Vincent Caure, Marie-Philippe Lubet
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 24 dans le décompte
Pour (24) : Ugo Bernalicis, Jean-Hugues Ratenon, Éric Coquerel, Danièle Obono, Sébastien Delogu, Anne Stambach-Terrenoir, Nathalie Oziol, Sylvain Carrière, Mathilde Hignet, Andrée Taurinya, Andy Kerbrat, Élise Leboucher, Jean-François Coulomme, Jérôme Legavre, Louis Boyard, Ersilia Soudais, Farida Amrani, Paul Vannier, Carlos Martens Bilongo, Pierre-Yves Cadalen, Shéhérazade Bentorki, Zahia Hamdane, Bérenger Cernon, Gabrielle Cathala
Socialistes et apparentés 6 dans le décompte
Pour (5) : Christine Pirès Beaune, Paul Christophle, Pierrick Courbon, Fabrice Roussel, Denis Fégné
Contre (1) : Roger Vicot
Droite Républicaine 12 dans le décompte
Contre (12) : Philippe Gosselin, Vincent Rolland, Christelle Minard, Éric Pauget, Valérie Bazin-Malgras (ancien député), Jérôme End, Ian Boucard, Nicolas Ray, Corentin Le Fur, François-Xavier Ceccoli, Élisabeth de Maistre, Lionel Duparay
Écologiste et Social 4 dans le décompte
Pour (4) : Pouria Amirshahi, Charles Fournier, Damien Girard, Steevy Gustave
Les Démocrates 6 dans le décompte
Contre (6) : Jean-Carles Grelier, Christophe Blanchet, Jimmy Pahun, Cyrille Isaac-Sibille, Louise Morel, Éric Martineau
Horizons & Indépendants 12 dans le décompte
Contre (12) : Laurent Marcangeli, François Jolivet, Laetitia Saint-Paul, Béatrice Piron, Vincent Thiébaut, François Gernigon, Xavier Albertini, Félicie Gérard, Pierre Marle, Anne-Cécile Violland, Thomas Lam, Benoît Blanchard
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 1 dans le décompte
Contre (1) : Jean-Pierre Bataille
Gauche Démocrate et Républicaine 2 dans le décompte
Pour (2) : Nicolas Sansu, Elsa Faucillon
Union des droites pour la République 2 dans le décompte
Contre (2) : Christelle D'Intorni, Matthieu Bloch
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin