Votes · Scrutin n° 810 · 17 février 2025 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 21 de M. Cernon à l'article 13 du projet de loi portant diverses dispositions d'adaptation au droit de l'Union européenne en matière économique, financière, environnementale, énergétique, de santé et de circulation des personnes (première lecture).
Demandé par : Présidente du groupe "La France insoumise – Nouveau Front Populaire"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article 13
Amendement déposé par M. Cernon et 69 cosignataires (LFI-NFP) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Cet amendement vise à renforcer les critères d'élligibilité au dispositif "Jeunes Entreprises Innovantes", pour ces PME aux avantages fiscaux et sociaux hors-normes… Sans réelles contre-parties sociales et environnementales !
Le sujet que nous soulevons ici est encore celui du fléchage des aides. Le législateur a appelé "jeunes entreprises innovantes" toute société de moins de 8 ans qui "soit réalise des dépenses de recherche représentant au moins 20 % de leurs charges, soit a pour activité principale la valorisation des travaux de recherche auxquels leurs dirigeants ou associés ont participé, soit réalise des dépenses de recherche représentant entre 5 % et 15 % de leurs charges."
Nous sommes évidemment pour un soutien massif à la recherche en France. Mais une série d'assouplissements supplémentaires viennent rendre arbitraire la notion "d'innovation", caractérisant et rendant éligible pléthore d'entreprises privées sans distinction. Les avantages sont les suivants : exonération d'impôt sur les sociétés et sur le revenu, d'impôt sur les plus-values ou sur la cession de parts d'actions, mais aussi, selon les communes, de taxe foncière, de CFE et de CVA… Et même l'exonération des cotisations-employeur, supprimées dans la première version du PLFSS, reviennent par voie d'amendement au Sénat. Sans compter le cumul possible avec le Crédit Impôt Recherche… En outre, le caractère "innovant" des activités de ces entreprises est précisé dans la loi, de manière floue et permissive : on y évoque des "procédés sensiblement améliorés", ou le fait que l'activité de ces jeunes entreprises seulement "susceptibles" d'être innovantes. […]
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
À la fin, substituer au mot :
« supprimée »
les mots :
« complétée par les mots : « : celles-ci, pour bénéficier du statut et de ses avantages inhérents, doivent se proposer de développer des solutions qui tendent vers le progrès humain et l’innovation sociale, la sauvegarde du vivant et la bifurcation écologique, les sciences et les techniques contribuant à la souveraineté industrielle de la France, ou toute innovation se proposant de répondre aux impératifs socio-économiques ou environnementaux ».
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Projet de loi du Gouvernement déposé le 31 octobre 2024, en procédure accélérée. Ce texte « Ddadue » adapte le droit français à des directives et règlements européens récents. Selon la ministre Clara Chappaz, il comptait au départ « quarante-deux articles ». D’après le texte final et l’exposé des motifs, il contient notamment :
- une réforme des actions de groupe (recours en justice collectif mené par une association pour plusieurs victimes d’un même professionnel) : associations agréées, ou déclarées depuis deux ans pour faire cesser un manquement, et « sanction civile » en cas de faute intentionnelle ayant causé des dommages en série ;
- le report de deux ans des obligations de publication d’informations de durabilité (directive CSRD) pour les entreprises qui n’y sont pas encore soumises ;
- un accès au registre des bénéficiaires effectifs des sociétés réservé aux personnes justifiant d’un « intérêt légitime », à la suite d’un arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne de 2022 ;
- une dispense de dérogation « espèces protégées » pour les projets qui prévoient des mesures d’évitement, de réduction et un suivi (article 23) ;
- des mesures sur les transports (contrats pluriannuels d’aéroports portés jusqu’à dix ans, carburants d’aviation durables), l’énergie, la santé et le séjour des étrangers.
Ce que ça change
Pour les entreprises, la date de première publication d’un rapport de durabilité passe de 2025 à 2027 et de 2026 à 2028 selon les catégories (article 7 A). Selon David Taupiac (LIOT), étaient visées les entreprises de plus de 250 salariés dès 2026 et les PME cotées dès 2027. La mesure prévoyant d’avancer à 2035 la fin de la vente des voitures neuves thermiques (article 35 du projet) a été supprimée, ce dont se sont félicités la rapporteure Danielle Brulebois (EPR) et le RN.
Ce qui est contesté
Le texte de la commission mixte paritaire (CMP, accord entre députés et sénateurs) a été adopté le 2 avril 2025 par 63 voix contre 42 (scrutin n° 1203). Contre : La France insoumise (24), écologistes (15), Gauche démocrate et républicaine (3). Abstention : Rassemblement national (37), socialistes (12), UDR (4). Pour : Ensemble pour la République (29), Horizons (14), Droite républicaine (8), Démocrates (6), LIOT (4).
Julie Ozenne (écologistes) parle d’un « nouveau cheval de Troie législatif » et estime que l’amendement sur les espèces protégées permet à « n’importe quel projet » de contourner la directive « habitats ». Pour LFI, Sylvie Ferrer juge que cette disposition peut « potentiellement menacer des espèces protégées ». Nicolas Sansu (Gauche démocrate et républicaine) critique un « texte fourre-tout » et les contrats d’aéroports de dix ans, que l’Europe n’exigeait pas selon lui. Timothée Houssin explique l’abstention du RN par les modifications obtenues, dont la suppression de l’article 35.
Pour les partisans, Olivier Becht (EPR) affirme que le texte se contente « d’instituer ce que nous demandaient les directives » et que, sans exemptions, « on ne pourrait plus installer d’éoliennes ». Xavier Roseren (Horizons) voit dans la réforme des actions de groupe une « réponse pragmatique et équilibrée ». Les 18 scrutins publics de première lecture se répartissent sur une dizaine d’articles, sans qu’aucun n’en concentre plus de trois.
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi le 8 avril 2025 par des députés écologistes et LFI, le Conseil a jugé la procédure d’adoption conforme, sans censure ni réserve (décision n° 2025-879 DC du 29 avril 2025). Les requérants contestaient seulement la place de l’article 23 (espèces protégées), qu’ils jugeaient introduit comme « cavalier législatif », c’est-à-dire sans lien avec le texte initial (§ 1 à 3). Le Conseil relève que cet ajout du Sénat présente « un lien direct » avec l’article 25 du projet initial, qui visait déjà les installations d’énergies renouvelables (§ 6 à 8). Il ne s’est pas prononcé sur le fond des autres articles (§ 9).
Où en est le texte
Promulgué : loi n° 2025-391 du 30 avril 2025 portant diverses dispositions d’adaptation au droit de l’Union européenne en matière économique, financière, environnementale, énergétique, de transport, de santé et de circulation des personnes.
Sources
- Assemblée nationale, dossier législatif « Diverses dispositions d’adaptation au droit de l’Union européenne » (30/04/2025)
- Projet de loi n° 529 et exposé des motifs (31/10/2024)
- Texte adopté n° 87 (texte de la commission mixte paritaire) (02/04/2025)
- Sénat, dossier législatif du projet de loi n° 352 (2024-2025) (10/03/2025)
- Compte rendu de la première séance du 2 avril 2025 (lecture des conclusions de la CMP) (02/04/2025)
- Scrutin public n° 1203 sur l’ensemble (texte de la CMP) (02/04/2025)
- Conseil constitutionnel, décision n° 2025-879 DC (29/04/2025)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 14
- Contre
- 38
- Abstention
- 2
- Non-votant
- 2
- Votants
- 54
- Exprimés
- 52
- Majorité requise
- 27
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 124 membres | Contre | 0 | 15 | 0 | 0 | |
| EPR 94 membres | Contre | 0 | 10 | 0 | 2 | |
| LFI-NFP 71 membres | Pour | 8 | 0 | 0 | 0 | |
| SOC 66 membres | aucun vote | 1 | 2 | 2 | 0 | |
| DR 47 membres | Contre | 0 | 3 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Pour | 5 | 0 | 0 | 0 | |
| DEM 36 membres | Contre | 0 | 1 | 0 | 0 | |
| HOR 33 membres | Contre | 0 | 2 | 0 | 0 | |
| LIOT 23 membres | Contre | 0 | 2 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| UDR 16 membres | Contre | 0 | 2 | 0 | 0 | |
| NI 11 membres | Contre | 0 | 1 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 15 dans le décompte
Contre (15) : Emmanuel Blairy, Angélique Ranc, Romain Baubry, Timothée Houssin, Yoann Gillet, Pascale Bordes (ancien député), Christophe Bentz, Marine Hamelet, Alexandre Dufosset, Guillaume Florquin, Claire Marais-Beuil, David Magnier, Arnaud Sanvert (ancien député), Sophie-Laurence Roy, Anne Sicard
Ensemble pour la République 12 dans le décompte
Contre (10) : Sébastien Huyghe, Sandrine Le Feur, Daniel Labaronne, Danielle Brulebois, Céline Calvez, Natalia Pouzyreff, Charles Sitzenstuhl, Pierre Cazeneuve, Emmanuelle Hoffman, Vincent Caure
Non-votant (2) : Roland Lescure (ancien député), Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 8 dans le décompte
Pour (8) : Murielle Lepvraud, Christophe Bex, Andy Kerbrat, Ségolène Amiot, Sylvie Ferrer, Aurélien Saintoul, Bérenger Cernon, Gabrielle Cathala
Socialistes et apparentés 5 dans le décompte
Pour (1) : Mickaël Bouloux
Contre (2) : Sophie Pantel, Stéphane Hablot
Abstention (2) : Gérard Leseul, Marc Pena
Droite Républicaine 3 dans le décompte
Contre (3) : Philippe Gosselin, Guillaume Lepers (ancien député), Sylvie Bonnet
Écologiste et Social 5 dans le décompte
Pour (5) : Jérémie Iordanoff, Lisa Belluco, Catherine Hervieu, Benoît Biteau, Julie Ozenne
Les Démocrates 1 dans le décompte
Contre (1) : Sophie Mette
Horizons & Indépendants 2 dans le décompte
Contre (2) : Vincent Thiébaut, Jean Moulliere (ancien député)
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 2 dans le décompte
Contre (2) : Harold Huwart (ancien député), Constance de Pélichy
UDR 2 dans le décompte
Contre (2) : Olivier Fayssat, Alexandre Allegret-Pilot
Non inscrit 1 dans le décompte
Contre (1) : Daniel Grenon
Mises au point
Déclarations faites après le vote par des députés qui indiquent avoir voulu voter autrement. Elles ne changent pas le résultat.
Voulait voter Contre : Florent Boudié (ancien député)
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin