Votes · Scrutin n° 8158 · 9 juillet 2026 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 594 de M. Boucard à l'article 7 du projet de loi visant à offrir des réponses immédiates aux phénomènes troublant l'ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens (première lecture).
Dossier : Projet de loi visant à offrir des réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens · Demandé par : Président du groupe "Droite Républicaine"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article 7
Amendement déposé par M. Boucard et 46 cosignataires (DR) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Les commerces dits « gris », épiceries de nuit, supérettes, points de vente informel, sont devenus dans de nombreux quartiers les antichambres du trafic : tabac de contrebande, médicaments contrefaits, produits stupéfiants. Le dispositif de l'article 7 traite spécifiquement le cas du protoxyde d'azote ; il n'y a aucune raison de ne pas étendre la même réponse administrative aux autres marchandises prohibées, dès lors que les mêmes garanties procédurales s'appliquent.
L'amendement pose un double verrou pour garantir sa conformité constitutionnelle : il ne suffit pas qu'une marchandise prohibée soit saisie occasionnellement, il faut que les faits révèlent une exploitation habituelle de l'établissement à des fins d'infractions portant une atteinte grave à l'ordre public. Ce critère cumulatif assure la proportionnalité de la mesure au regard de la liberté du commerce et de l'industrie (décision n° 2017-695 QPC du 29 septembre 2017). Le renvoi exprès au régime de réitération du troisième alinéa assure la cohérence du dispositif : comme pour le protoxyde d'azote, la fermeture peut être portée à six mois en cas de réitération des manquements.
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Après l’alinéa 34, insérer l’alinéa suivant :
« La fermeture prévue au premier alinéa peut également être ordonnée lorsqu’à l’occasion d’un contrôle réalisé par les services de police, les unités de la gendarmerie nationale ou les services des douanes sont saisies, dans l’établissement concerné, des marchandises dont la détention, la vente ou la mise à disposition est interdite par la loi ou le règlement et que ces faits révèlent une exploitation habituelle de l’établissement aux fins de la commission d’infractions portant une atteinte grave à l’ordre public. Le troisième alinéa du présent article est applicable à la fermeture ordonnée sur le fondement du présent alinéa. La fermeture ne peut être ordonnée sur ce même fondement que sous réserve du respect d’une procédure contradictoire préalable, sauf urgence. »
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Article parmi les plus disputés du texte Article 7 : 27 scrutins publics, dont 1 serrés. Voir le classement
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Projet de loi du Gouvernement (Premier ministre Sébastien Lecornu, ministre de l’intérieur Laurent Nuñez), déposé au Sénat le 25 mars 2026 en procédure accélérée. Plusieurs orateurs l’appellent « Ripost ». Selon son exposé des motifs, il répond à des phénomènes qui « ont émergé ou connaissent une recrudescence » et renforce les moyens contre la criminalité organisée :
- mortiers d’artifice et explosifs : police administrative et peines renforcées ;
- rassemblements musicaux illégaux : l’organisation devient un délit, la participation aussi, avec une amende forfaitaire délictuelle (AFD, amende payée sans passer devant un juge, qui met fin aux poursuites) ;
- rodéos motorisés, protoxyde d’azote (horaires de vente, délit d’inhalation), squats de meublés de tourisme, interdictions de stade ;
- narcotrafic : AFD pour usage de stupéfiants portée de 200 à 500 euros, garde à vue prolongeable de 24 heures pour la criminalité organisée.
Ce que ça change
Pour les personnes visées, de nombreuses infractions passent par l’AFD ou voient leurs peines alourdies ; les préfets disposent de nouveaux pouvoirs, comme l’interdiction de paraître en marge des matchs. Une partie des mesures a toutefois été censurée (voir plus bas).
Ce qui est contesté
Le 21 juillet 2026, le texte de la commission mixte paritaire a été adopté par 351 voix contre 179 (scrutin n° 8433). Ont voté contre : La France insoumise (71), les socialistes (56), les écologistes (36) et la Gauche démocrate et républicaine (15). Ont voté pour : Rassemblement national (114), Ensemble pour la République (84), Droite républicaine (46), Démocrates (33), Horizons (32), UDR (17). LIOT : 18 pour, 1 contre, 4 abstentions. En première lecture, le 15 juillet : 366 contre 182 (scrutin n° 8279).
Explications de vote du 15 juillet :
- Roger Vicot (socialiste) juge que les AFD « s’affranchissent d’un principe fondamental du droit : l’individualisation de la peine » et que le protoxyde d’azote relève aussi de la santé publique.
- Émeline K/Bidi (GDR) dénonce « une surenchère répressive » et un texte « décousu ». Andrée Taurinya (LFI) critique la pénalisation des fêtes et la prolongation de la vidéosurveillance algorithmique.
- Christophe Marion (EPR) y voit « une réponse ferme, nécessaire et équilibrée ». Michaël Taverne (RN) vote le texte « même s’il est imparfait ». Pour Laurent Mazaury (LIOT), il doit être « un signal de fermeté ».
À l’Assemblée, les articles 2 (32 scrutins publics), 7 (27) et 3 (24) ont été les plus disputés (open data de l’Assemblée).
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi le 24 juillet par les députés socialistes et insoumis, le Conseil a rendu la décision n° 2026-915 DC le 14 août 2026. Dispositions censurées :
- fermeture administrative, jusqu’à un an, des commerces d’artifices ou d’explosifs : atteinte disproportionnée à la liberté d’entreprendre (article 1er, § 11 à 18) ;
- AFD pour des délits liés aux artifices dont les éléments ne sont pas « aisément constatés » : rupture d’égalité devant la justice (article 1er, § 47 à 55) ;
- délit de conduite d’un véhicule trop puissant en permis probatoire, seuil laissé au décret (article 7, § 100 à 102) ; destruction des véhicules de rodéo sans délai laissé au propriétaire (article 7, § 135 et 136) ;
- maintien dans un meublé de tourisme puni par deux délits aux peines différentes (article 14, § 180 et 181) ;
- interdiction automatique des permissions de sortir en quartier de lutte contre la criminalité organisée, décidée sans juge (article 39, § 366 à 369) ;
- possibilité généralisée pour les policiers et gendarmes de ne pas donner leur nom dans les procédures : atteinte aux droits de la défense (article 46, § 451 à 459) ;
- caméras individuelles pour les agents des gestionnaires de routes, y compris privés (article 47, § 486 à 491) ;
- cavaliers législatifs, c’est-à-dire ajouts sans lien avec le projet initial : articles 10, 18 (outrage sexiste par message pornographique), 26, 41 (tabac) et 65 (§ 598 à 605).
Réserves d’interprétation (lecture imposée pour que le texte reste conforme) : l’interdiction de paraître doit tenir compte de la vie familiale et professionnelle et ne pas dépasser vingt-quatre heures (§ 158 et 159) ; l’évacuation par le préfet de locaux commerciaux ou professionnels occupés sans droit ne vaut que si l’occupant n’y a pas son domicile (§ 173) ; les autorisations de vidéosurveillance algorithmique ne peuvent excéder trois mois (§ 544) ; réserves aussi aux § 67 et 392.
Où en est le texte
Loi n° 2026-798 du 18 août 2026, publiée au Journal officiel du 19 août 2026 (dossier de l’Assemblée).
Sources
- Assemblée nationale, dossier législatif « Réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public » (18/08/2026)
- Sénat, exposé des motifs du projet de loi n° 472 (25/03/2026)
- Sénat, projet de loi n° 472 (texte déposé) (25/03/2026)
- Scrutin public n° 8433 sur l’ensemble (texte de la CMP) (21/07/2026)
- Scrutin public n° 8279 sur l’ensemble (première lecture) (15/07/2026)
- Compte rendu de la séance du 15 juillet 2026 (explications de vote) (15/07/2026)
- Compte rendu de la séance du 21 juillet 2026 (lecture des conclusions de la CMP) (21/07/2026)
- Conseil constitutionnel, décision n° 2026-915 DC (14/08/2026)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 19
- Contre
- 40
- Abstention
- 0
- Non-votant
- 2
- Votants
- 59
- Exprimés
- 59
- Majorité requise
- 30
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 122 membres | Pour | 15 | 1 | 0 | 0 | |
| EPR 91 membres | Contre | 2 | 7 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Contre | 0 | 21 | 0 | 0 | |
| SOC 68 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| DR 48 membres | Pour | 2 | 0 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Contre | 0 | 3 | 0 | 0 | |
| DEM 37 membres | Contre | 0 | 4 | 0 | 0 | |
| HOR 35 membres | Contre | 0 | 4 | 0 | 1 | |
| LIOT 23 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| UDDPLR 17 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| NI 10 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 16 dans le décompte
Pour (15) : Nicolas Dragon, José Beaurain, Jocelyn Dessigny, Jorys Bovet, Julien Rancoule, Cyril Tribuiani, Romain Baubry, Serge Muller, Emeric Salmon, Béatrice Roullaud, Catherine Dellong Meng, Manon Bouquin (ancien député), David Magnier, Tiffany Joncour, Catherine Rimbert
Contre (1) : Edwige Diaz (ancien député)
Ensemble pour la République 10 dans le décompte
Pour (2) : Sébastien Huyghe, Anne-Sophie Ronceret
Contre (7) : Nicole Le Peih, Jean-Luc Fugit, Christophe Marion, Anthony Brosse, Sandrine Lalanne, Charles Rodwell, Vincent Caure
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 21 dans le décompte
Contre (21) : Élisa Martin, Jean-Philippe Nilor, Ugo Bernalicis, Danièle Obono, Sébastien Delogu, Anne Stambach-Terrenoir, Nathalie Oziol, Sylvain Carrière, Andrée Taurinya, Ségolène Amiot, Rodrigo Arenas, Jean-François Coulomme, Jérôme Legavre, Louis Boyard, Farida Amrani, Paul Vannier, Carlos Martens Bilongo, Thomas Portes, Aurélien Le Coq, Zahia Hamdane, Claire Lejeune
Droite Républicaine 2 dans le décompte
Pour (2) : Jérôme End, Cendrine Chazé
Écologiste et Social 3 dans le décompte
Contre (3) : Pouria Amirshahi, Sébastien Peytavie, Steevy Gustave
Les Démocrates 4 dans le décompte
Contre (4) : Frédéric Petit, Philippe Latombe, Laurent Croizier, Éric Martineau
Horizons & Indépendants 5 dans le décompte
Contre (4) : Laetitia Saint-Paul, Béatrice Piron, Anne-Cécile Violland, Benoît Blanchard
Non-votant (1) : Marie-Agnès Poussier-Winsback
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin