Votes · Scrutin n° 8262 · 10 juillet 2026 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 665 de M. Bernalicis de rétablissement de l'article 17 (supprimé) du projet de loi visant à offrir des réponses immédiates aux phénomènes troublant l'ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens (première lecture).
Dossier : Projet de loi visant à offrir des réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens · Demandé par : Président du groupe "Ensemble pour la République" Président du groupe "Droite Républicaine"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article 17
Amendement déposé par M. Bernalicis et 69 cosignataires (LFI-NFP) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Par cet amendement, les député.es de la France insoumise proposent de rétablir l'article 241-1 du code de la sécurité intérieure dans sa version préalable à l'adoption de la très liberticide loi dite "Sécurité globale" en 2021.
Notre groupe parlementaire s'était fermement opposé à l'article 21 du texte examiné, c'est-à-dire au fait que les policiers et gendarmes et les agents de police municipale puissent accéder aux images qu’ils enregistrent sur leur "caméra mobile" et que ces images puissent être « transmises en temps réel au poste de commandement ».
Les caméras-mobiles ne contribuent pas à une amélioration des relations police-population. Cet article illustrait déjà la conception qu'a ce Gouvernement du maintien de l'ordre, une conception répressive confirmée par le Schéma national, au détriment de la protection des personnes qui exercent leur droit de manifester.
Des conditions étaient déterminées dans la loi de 2016 qui a autorisé les policiers et les gendarmes à filmer leurs interventions par des caméra mobiles : l’agent portant la caméra ne pouvait pas accéder aux images et celles-ci ne pouvant être exploitées qu’a posteriori si nécessité. Il s'agissait de « garanties essentielles » précisait la CNIL dans son avis.
Sans surprise, cinq ans plus tard à peine, la loi Sécurité globale supprimait lesdites garanties essentielles. Et l'article initial du présent projet de loi, dont nous nous félicitons de la suppression par l'un de nos amendements, proposait d'étendre encore ce cadre légal, en donnant la possibilité aux agents des douanes d’utiliser ce type de caméras pour constater des infractions. […]
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Rétablir cet article dans dans la rédaction suivante :
Le code de la sécurité intérieure est ainsi modifiée :
1° L’article 241‑1 du code de la sécurité intérieure est ainsi modifié :
a) Au cinquième alinéa, les mots : « Lorsque la sécurité des agents de la police nationale ou des militaires de la gendarmerie nationale ou la sécurité des biens et des personnes est menacée, les images captées et enregistrées au moyen de caméras individuelles peuvent être transmises en temps réel au poste de commandement du service concerné et aux personnels impliqués dans la conduite et l’exécution de l’intervention » sont supprimés.
b) Le sixième alinéa est ainsi rédigé :
« Les personnels auxquels les caméras individuelles sont fournies ne peuvent avoir accès directement aux enregistrements auxquels ils procèdent. […]
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Projet de loi du Gouvernement (Premier ministre Sébastien Lecornu, ministre de l’intérieur Laurent Nuñez), déposé au Sénat le 25 mars 2026 en procédure accélérée. Plusieurs orateurs l’appellent « Ripost ». Selon son exposé des motifs, il répond à des phénomènes qui « ont émergé ou connaissent une recrudescence » et renforce les moyens contre la criminalité organisée :
- mortiers d’artifice et explosifs : police administrative et peines renforcées ;
- rassemblements musicaux illégaux : l’organisation devient un délit, la participation aussi, avec une amende forfaitaire délictuelle (AFD, amende payée sans passer devant un juge, qui met fin aux poursuites) ;
- rodéos motorisés, protoxyde d’azote (horaires de vente, délit d’inhalation), squats de meublés de tourisme, interdictions de stade ;
- narcotrafic : AFD pour usage de stupéfiants portée de 200 à 500 euros, garde à vue prolongeable de 24 heures pour la criminalité organisée.
Ce que ça change
Pour les personnes visées, de nombreuses infractions passent par l’AFD ou voient leurs peines alourdies ; les préfets disposent de nouveaux pouvoirs, comme l’interdiction de paraître en marge des matchs. Une partie des mesures a toutefois été censurée (voir plus bas).
Ce qui est contesté
Le 21 juillet 2026, le texte de la commission mixte paritaire a été adopté par 351 voix contre 179 (scrutin n° 8433). Ont voté contre : La France insoumise (71), les socialistes (56), les écologistes (36) et la Gauche démocrate et républicaine (15). Ont voté pour : Rassemblement national (114), Ensemble pour la République (84), Droite républicaine (46), Démocrates (33), Horizons (32), UDR (17). LIOT : 18 pour, 1 contre, 4 abstentions. En première lecture, le 15 juillet : 366 contre 182 (scrutin n° 8279).
Explications de vote du 15 juillet :
- Roger Vicot (socialiste) juge que les AFD « s’affranchissent d’un principe fondamental du droit : l’individualisation de la peine » et que le protoxyde d’azote relève aussi de la santé publique.
- Émeline K/Bidi (GDR) dénonce « une surenchère répressive » et un texte « décousu ». Andrée Taurinya (LFI) critique la pénalisation des fêtes et la prolongation de la vidéosurveillance algorithmique.
- Christophe Marion (EPR) y voit « une réponse ferme, nécessaire et équilibrée ». Michaël Taverne (RN) vote le texte « même s’il est imparfait ». Pour Laurent Mazaury (LIOT), il doit être « un signal de fermeté ».
À l’Assemblée, les articles 2 (32 scrutins publics), 7 (27) et 3 (24) ont été les plus disputés (open data de l’Assemblée).
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi le 24 juillet par les députés socialistes et insoumis, le Conseil a rendu la décision n° 2026-915 DC le 14 août 2026. Dispositions censurées :
- fermeture administrative, jusqu’à un an, des commerces d’artifices ou d’explosifs : atteinte disproportionnée à la liberté d’entreprendre (article 1er, § 11 à 18) ;
- AFD pour des délits liés aux artifices dont les éléments ne sont pas « aisément constatés » : rupture d’égalité devant la justice (article 1er, § 47 à 55) ;
- délit de conduite d’un véhicule trop puissant en permis probatoire, seuil laissé au décret (article 7, § 100 à 102) ; destruction des véhicules de rodéo sans délai laissé au propriétaire (article 7, § 135 et 136) ;
- maintien dans un meublé de tourisme puni par deux délits aux peines différentes (article 14, § 180 et 181) ;
- interdiction automatique des permissions de sortir en quartier de lutte contre la criminalité organisée, décidée sans juge (article 39, § 366 à 369) ;
- possibilité généralisée pour les policiers et gendarmes de ne pas donner leur nom dans les procédures : atteinte aux droits de la défense (article 46, § 451 à 459) ;
- caméras individuelles pour les agents des gestionnaires de routes, y compris privés (article 47, § 486 à 491) ;
- cavaliers législatifs, c’est-à-dire ajouts sans lien avec le projet initial : articles 10, 18 (outrage sexiste par message pornographique), 26, 41 (tabac) et 65 (§ 598 à 605).
Réserves d’interprétation (lecture imposée pour que le texte reste conforme) : l’interdiction de paraître doit tenir compte de la vie familiale et professionnelle et ne pas dépasser vingt-quatre heures (§ 158 et 159) ; l’évacuation par le préfet de locaux commerciaux ou professionnels occupés sans droit ne vaut que si l’occupant n’y a pas son domicile (§ 173) ; les autorisations de vidéosurveillance algorithmique ne peuvent excéder trois mois (§ 544) ; réserves aussi aux § 67 et 392.
Où en est le texte
Loi n° 2026-798 du 18 août 2026, publiée au Journal officiel du 19 août 2026 (dossier de l’Assemblée).
Sources
- Assemblée nationale, dossier législatif « Réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public » (18/08/2026)
- Sénat, exposé des motifs du projet de loi n° 472 (25/03/2026)
- Sénat, projet de loi n° 472 (texte déposé) (25/03/2026)
- Scrutin public n° 8433 sur l’ensemble (texte de la CMP) (21/07/2026)
- Scrutin public n° 8279 sur l’ensemble (première lecture) (15/07/2026)
- Compte rendu de la séance du 15 juillet 2026 (explications de vote) (15/07/2026)
- Compte rendu de la séance du 21 juillet 2026 (lecture des conclusions de la CMP) (21/07/2026)
- Conseil constitutionnel, décision n° 2026-915 DC (14/08/2026)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 24
- Contre
- 31
- Abstention
- 1
- Non-votant
- 2
- Votants
- 56
- Exprimés
- 55
- Majorité requise
- 28
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 122 membres | Contre | 0 | 10 | 0 | 0 | |
| EPR 91 membres | Contre | 0 | 13 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Pour | 16 | 0 | 0 | 0 | |
| SOC 68 membres | Pour | 2 | 0 | 1 | 0 | |
| DR 48 membres | Contre | 0 | 1 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Pour | 5 | 0 | 0 | 0 | |
| DEM 37 membres | Contre | 0 | 5 | 0 | 1 | |
| HOR 35 membres | Contre | 0 | 2 | 0 | 0 | |
| LIOT 23 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Pour | 1 | 0 | 0 | 0 | |
| UDDPLR 17 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| NI 10 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 10 dans le décompte
Contre (10) : José Beaurain, Angélique Ranc, Christine Loir, Serge Muller, Edwige Diaz (ancien député), Michaël Taverne, Béatrice Roullaud, David Magnier, Tiffany Joncour, Catherine Rimbert
Ensemble pour la République 14 dans le décompte
Contre (13) : Florent Boudié (ancien député), Annaïg Le Meur, Anne Genetet, Olivia Grégoire, Christophe Marion, Anthony Brosse, Astrid Panosyan-Bouvet (ancien député), Sandrine Lalanne, Charles Rodwell, Paul Midy, Catherine Ibled, Christophe Mongardien, Vincent Caure
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 16 dans le décompte
Pour (16) : Élisa Martin, Ugo Bernalicis, Aurélien Taché, Danièle Obono, Nathalie Oziol, Andrée Taurinya, Andy Kerbrat, Jean-François Coulomme, Jérôme Legavre, Farida Amrani, Carlos Martens Bilongo, Antoine Léaument, Thomas Portes, Perceval Gaillard, Zahia Hamdane, Gabrielle Cathala
Socialistes et apparentés 3 dans le décompte
Pour (2) : Roger Vicot, Dorine Bregman
Abstention (1) : Stéphane Hablot
Droite Républicaine 1 dans le décompte
Contre (1) : François-Xavier Ceccoli
Écologiste et Social 5 dans le décompte
Pour (5) : Pouria Amirshahi, Charles Fournier, Karim Ben Cheikh, Léa Balage El Mariky, Steevy Gustave
Les Démocrates 6 dans le décompte
Contre (5) : Maud Petit, Philippe Latombe, Laurent Croizier, Delphine Lingemann, Anne Bergantz
Non-votant (1) : Christophe Blanchet
Horizons & Indépendants 2 dans le décompte
Contre (2) : Xavier Albertini, Benoît Blanchard
Gauche Démocrate et Républicaine 1 dans le décompte
Pour (1) : Elsa Faucillon
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin