Votes · Scrutin n° 8269 · 10 juillet 2026 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 81 de M. Sorre de rétablissement de l'article 18 bis (supprimé) du projet de loi visant à offrir des réponses immédiates aux phénomènes troublant l'ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens (première lecture).
Dossier : Projet de loi visant à offrir des réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens · Demandé par : Président du groupe "Ensemble pour la République"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article 18 bis
Amendement déposé par M. Sorre et 6 cosignataires (EPR) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Le présent amendement vise à moderniser et mieux encadrer le régime des fermetures administratives applicables aux débits de boissons et établissements de nuit, pour garantir une conciliation équilibrée entre les impératifs d’ordre public, la sécurité juridique des exploitants et la préservation d’un secteur économique, culturel et territorial stratégique.
Le secteur de la nuit a profondément changé. En quarante ans, la France a perdu près de 70 % de ses discothèques, passant de 4 000 à 6 000 établissements dans les années 1980 à environ 1 500 aujourd’hui. Depuis la crise sanitaire, près de 30 % des établissements restants ont encore disparu.
Cette contraction massive fragilise directement l’attractivité des centres-villes, l’économie touristique, la vie culturelle et l’emploi local.
Pourtant, parallèlement à cette diminution du nombre d’établissements, le secteur s’est considérablement professionnalisé. Les établissements de nuit ne sont plus les structures peu encadrées d’hier : ils investissent désormais massivement dans la sécurité privée, la vidéoprotection, la prévention des violences sexuelles et sexistes, la médiation, la réduction des risques, les dispositifs de secours et les partenariats avec les forces de l’ordre et les services de santé.
Ils participent ainsi activement à la régulation de la vie nocturne et à la prévention des troubles à l’ordre public.
Or, le cadre juridique applicable aux fermetures administratives demeure largement fondé sur une logique ancienne, reposant sur un pouvoir administratif particulièrement large, insuffisamment objectivé et marqué par une forte hétérogénéité territoriale.
Cette situation génère une insécurité juridique majeure. […]
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Rétablir cet article dans la rédaction suivante :
« L’article L. 3332‑15 du code de la santé publique est ainsi rédigé :
« Art. L. 3332‑15. – I. – En cas de péril imminent ou d’atteinte grave et immédiate à la sécurité des personnes, en cas de violences graves, de manquements graves à la sécurité incendie ou à l’hygiène, de faits caractérisés de trafic de stupéfiants, de prostitution, qui soient imputables à l’établissement, ou de décès survenu dans l’établissement, en lien direct et exclusif avec son exploitation, l’autorité administrative peut ordonner la fermeture provisoire d’un débit de boissons pour une durée maximale de quatre-vingt-seize heures.
« Cette mesure ne peut être prise qu’à titre strictement nécessaire et proportionné. […]
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Projet de loi du Gouvernement (Premier ministre Sébastien Lecornu, ministre de l’intérieur Laurent Nuñez), déposé au Sénat le 25 mars 2026 en procédure accélérée. Plusieurs orateurs l’appellent « Ripost ». Selon son exposé des motifs, il répond à des phénomènes qui « ont émergé ou connaissent une recrudescence » et renforce les moyens contre la criminalité organisée :
- mortiers d’artifice et explosifs : police administrative et peines renforcées ;
- rassemblements musicaux illégaux : l’organisation devient un délit, la participation aussi, avec une amende forfaitaire délictuelle (AFD, amende payée sans passer devant un juge, qui met fin aux poursuites) ;
- rodéos motorisés, protoxyde d’azote (horaires de vente, délit d’inhalation), squats de meublés de tourisme, interdictions de stade ;
- narcotrafic : AFD pour usage de stupéfiants portée de 200 à 500 euros, garde à vue prolongeable de 24 heures pour la criminalité organisée.
Ce que ça change
Pour les personnes visées, de nombreuses infractions passent par l’AFD ou voient leurs peines alourdies ; les préfets disposent de nouveaux pouvoirs, comme l’interdiction de paraître en marge des matchs. Une partie des mesures a toutefois été censurée (voir plus bas).
Ce qui est contesté
Le 21 juillet 2026, le texte de la commission mixte paritaire a été adopté par 351 voix contre 179 (scrutin n° 8433). Ont voté contre : La France insoumise (71), les socialistes (56), les écologistes (36) et la Gauche démocrate et républicaine (15). Ont voté pour : Rassemblement national (114), Ensemble pour la République (84), Droite républicaine (46), Démocrates (33), Horizons (32), UDR (17). LIOT : 18 pour, 1 contre, 4 abstentions. En première lecture, le 15 juillet : 366 contre 182 (scrutin n° 8279).
Explications de vote du 15 juillet :
- Roger Vicot (socialiste) juge que les AFD « s’affranchissent d’un principe fondamental du droit : l’individualisation de la peine » et que le protoxyde d’azote relève aussi de la santé publique.
- Émeline K/Bidi (GDR) dénonce « une surenchère répressive » et un texte « décousu ». Andrée Taurinya (LFI) critique la pénalisation des fêtes et la prolongation de la vidéosurveillance algorithmique.
- Christophe Marion (EPR) y voit « une réponse ferme, nécessaire et équilibrée ». Michaël Taverne (RN) vote le texte « même s’il est imparfait ». Pour Laurent Mazaury (LIOT), il doit être « un signal de fermeté ».
À l’Assemblée, les articles 2 (32 scrutins publics), 7 (27) et 3 (24) ont été les plus disputés (open data de l’Assemblée).
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi le 24 juillet par les députés socialistes et insoumis, le Conseil a rendu la décision n° 2026-915 DC le 14 août 2026. Dispositions censurées :
- fermeture administrative, jusqu’à un an, des commerces d’artifices ou d’explosifs : atteinte disproportionnée à la liberté d’entreprendre (article 1er, § 11 à 18) ;
- AFD pour des délits liés aux artifices dont les éléments ne sont pas « aisément constatés » : rupture d’égalité devant la justice (article 1er, § 47 à 55) ;
- délit de conduite d’un véhicule trop puissant en permis probatoire, seuil laissé au décret (article 7, § 100 à 102) ; destruction des véhicules de rodéo sans délai laissé au propriétaire (article 7, § 135 et 136) ;
- maintien dans un meublé de tourisme puni par deux délits aux peines différentes (article 14, § 180 et 181) ;
- interdiction automatique des permissions de sortir en quartier de lutte contre la criminalité organisée, décidée sans juge (article 39, § 366 à 369) ;
- possibilité généralisée pour les policiers et gendarmes de ne pas donner leur nom dans les procédures : atteinte aux droits de la défense (article 46, § 451 à 459) ;
- caméras individuelles pour les agents des gestionnaires de routes, y compris privés (article 47, § 486 à 491) ;
- cavaliers législatifs, c’est-à-dire ajouts sans lien avec le projet initial : articles 10, 18 (outrage sexiste par message pornographique), 26, 41 (tabac) et 65 (§ 598 à 605).
Réserves d’interprétation (lecture imposée pour que le texte reste conforme) : l’interdiction de paraître doit tenir compte de la vie familiale et professionnelle et ne pas dépasser vingt-quatre heures (§ 158 et 159) ; l’évacuation par le préfet de locaux commerciaux ou professionnels occupés sans droit ne vaut que si l’occupant n’y a pas son domicile (§ 173) ; les autorisations de vidéosurveillance algorithmique ne peuvent excéder trois mois (§ 544) ; réserves aussi aux § 67 et 392.
Où en est le texte
Loi n° 2026-798 du 18 août 2026, publiée au Journal officiel du 19 août 2026 (dossier de l’Assemblée).
Sources
- Assemblée nationale, dossier législatif « Réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public » (18/08/2026)
- Sénat, exposé des motifs du projet de loi n° 472 (25/03/2026)
- Sénat, projet de loi n° 472 (texte déposé) (25/03/2026)
- Scrutin public n° 8433 sur l’ensemble (texte de la CMP) (21/07/2026)
- Scrutin public n° 8279 sur l’ensemble (première lecture) (15/07/2026)
- Compte rendu de la séance du 15 juillet 2026 (explications de vote) (15/07/2026)
- Compte rendu de la séance du 21 juillet 2026 (lecture des conclusions de la CMP) (21/07/2026)
- Conseil constitutionnel, décision n° 2026-915 DC (14/08/2026)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 5
- Contre
- 34
- Abstention
- 7
- Non-votant
- 1
- Votants
- 46
- Exprimés
- 39
- Majorité requise
- 20
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 122 membres | Abstention | 0 | 2 | 7 | 0 | |
| EPR 91 membres | Contre | 1 | 11 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Contre | 0 | 14 | 0 | 0 | |
| SOC 68 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| DR 48 membres | Contre | 0 | 1 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Contre | 0 | 2 | 0 | 0 | |
| DEM 37 membres | Pour | 4 | 2 | 0 | 0 | |
| HOR 35 membres | Contre | 0 | 2 | 0 | 0 | |
| LIOT 23 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| UDDPLR 17 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| NI 10 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 9 dans le décompte
Contre (2) : David Magnier, Tiffany Joncour
Abstention (7) : José Beaurain, Serge Muller, Yoann Gillet, Edwige Diaz (ancien député), Michaël Taverne, Béatrice Roullaud, Catherine Rimbert
Ensemble pour la République 13 dans le décompte
Pour (1) : Sandrine Lalanne
Contre (11) : Florent Boudié (ancien député), Anne Genetet, Olivia Grégoire, Christophe Marion, Anthony Brosse, Astrid Panosyan-Bouvet (ancien député), Charles Rodwell, Paul Midy, Catherine Ibled, Christophe Mongardien, Vincent Caure
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 14 dans le décompte
Contre (14) : Ugo Bernalicis, Aurélien Taché, Danièle Obono, Nathalie Oziol, Andrée Taurinya, Andy Kerbrat, Jean-François Coulomme, Jérôme Legavre, Farida Amrani, Carlos Martens Bilongo, Antoine Léaument, Thomas Portes, Perceval Gaillard, Zahia Hamdane
Droite Républicaine 1 dans le décompte
Contre (1) : François-Xavier Ceccoli
Écologiste et Social 2 dans le décompte
Contre (2) : Pouria Amirshahi, Steevy Gustave
Les Démocrates 6 dans le décompte
Pour (4) : Christophe Blanchet, Maud Petit, Delphine Lingemann, Anne Bergantz
Contre (2) : Philippe Latombe, Laurent Croizier
Horizons & Indépendants 2 dans le décompte
Contre (2) : Xavier Albertini, Benoît Blanchard
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin