Votes · Scrutin n° 8393 · 17 juillet 2026 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 914 de Mme Cathala et l'amendement identique suivant de suppression de l'article 11 du projet de loi relatif à la protection des enfants (première lecture).
Dossier : Projet de loi relatif à la protection des enfants · Demandé par : Président du groupe "Ensemble pour la République" Présidente du groupe "La France insoumise – Nouveau Front Populaire" Président du groupe "Droite Républicaine" Présidente du groupe "Écologiste et Social"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article 11
- Texte
- Projet de loi relatif à la protection des enfants Projet de loi ordinaire
Amendement déposé par Mme Cathala et 69 cosignataires (LFI-NFP) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Par cet amendement, les député.es du groupe la France insoumise proposent de supprimer cet article, qui prévoit d'étendre la réclusion criminelle à perpétuité aux auteurs de viols commis sur un mineur de quinze ans.
Cette disposition relève davantage du populisme pénal que d'une véritable politique de lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants. Une fois encore, le Gouvernement choisit de brandir une mesure de surenchère pénale plutôt que de s'attaquer aux causes de l'impunité.
L'asenal pénal permettant de sanctionner les auteurs de viols existent: le viol ayant entraîné la mort est puni de trente ans de réclusion criminelle, les viols commis en concours (en l'absence de mineurs) sont punis de vingt ans de réclusion criminelle et les viols précédés, accompagnés ou suivis de tortures ou d'actes de barbarie sont déjà punis de la réclusion criminelle à perpétuité.
Pourtant, chaque année, près de 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles. Toutes les trois minutes, un enfant est victime d'un viol, d'une tentative de viol ou d'une agression sexuelle. Malgré la sévérité des peines encourues, seuls 3 % des auteurs sont condamnés. Dans les affaires d'inceste, ce chiffre tombe à 1 %. Le scandale n'est donc pas celui de l'insuffisance des peines encourues; il est celui de l'impunité des violences sexuelles faites aux enfants et aux femmes et de l'indigence des moyens accordés à la justice et à la police judiciaire pour permettre d'enquêter et de lutter contre ces violences.
Le cumul des circonstances aggravantes prévu par cet article ne répond d'ailleurs à aucune logique d'ensemble de notre droit pénal. […]
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Supprimer cet article.
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Projet de loi du Gouvernement, présenté le 27 mai 2026 par Gérald Darmanin (justice), Édouard Geffray (éducation nationale) et Stéphanie Rist (santé et familles), en procédure accélérée (une seule lecture par assemblée avant une éventuelle commission mixte paritaire) (projet de loi). Une lettre rectificative du 1er juillet 2026 y a ajouté un volet sur les infractions sexuelles commises sur des mineurs. D’après le texte adopté par l’Assemblée :
- un placement décidé par le juge des enfants est limité à un an pour un enfant de moins de 3 ans, deux ans au-delà, renouvelable par décision motivée ;
- l’accueil chez un proche (« tiers digne de confiance ») et chez des assistants familiaux est encouragé, avec une évaluation obligatoire dans les trois mois d’un placement en urgence ;
- toute personne, même bénévole, qui encadre des mineurs fait l’objet d’un contrôle de ses antécédents judiciaires (contrôle d’honorabilité) ;
- une « ordonnance de sûreté de l’enfant » permet au procureur, en urgence, de placer l’enfant, de fixer les droits de visite et d’interdire des contacts, même après une décision du juge aux affaires familiales si un fait nouveau survient ;
- après une plainte pour certaines violences sur mineur, la victime doit être entendue sans délai ; le viol en série sur mineur de 15 ans est puni de la réclusion à perpétuité ; plusieurs crimes sur mineurs deviennent imprescriptibles ;
- l’article 2, qui raccourcissait la procédure de délaissement parental ouvrant la voie à l’adoption, a été supprimé.
Ce que ça change
Rien n’est encore applicable. Selon l’étude d’impact du Gouvernement, plus de 380 000 enfants et jeunes majeurs sont pris en charge ; fin 2023, 36 % des enfants confiés à l’aide sociale à l’enfance vivaient chez des assistants familiaux, contre 56 % en 2006. Selon l’avis du Conseil d’État (§ 3), les viols en série sur mineurs de 15 ans sont aujourd’hui punis de vingt ans de réclusion.
Ce qui est contesté
Le 21 juillet 2026, l’Assemblée a adopté le texte par 378 voix contre 7 (scrutin n° 8430). Les 7 voix contre viennent de la Gauche démocrate et républicaine (5 pour, 5 abstentions). LFI-NFP (69), les Socialistes (63) et la plupart des écologistes (33 abstentions, 3 pour) se sont abstenus. RN, Ensemble pour la République, Droite républicaine, Les Démocrates, Horizons, LIOT et UDR ont voté pour.
- Moyens. Pour LFI-NFP, Marianne Maximi, corapporteure, critique un texte qui « ne coûte rien au gouvernement ni rien au budget ». Ayda Hadizadeh (Socialistes) regrette qu’« il n’alloue pas un seul euro supplémentaire aux enfants placés ».
- Perpétuité. L’article 11 a d’abord été rejeté par 41 voix contre 37, les voix contre venant de LFI-NFP, des Socialistes, des écologistes et de la GDR (scrutin n° 8399), puis rétabli en seconde délibération (nouveau vote demandé par le Gouvernement) par 258 voix contre 84 (scrutin n° 8429). Mathilde Panot (LFI-NFP) estime que « La perpétuité ne protégera pas les enfants » en s’appuyant sur la Ciivise. Les Socialistes proposaient trente ans. Pour le Gouvernement, Aurore Bergé veut qu’il n’y ait « plus d’impunité pour les prédateurs et pour les criminels ». Le Conseil d’État n’y voit pas d’obstacle constitutionnel mais invite à plus de cohérence dans l’échelle des peines (§ 16 et 17).
- Délaissement. L’article 2 a été supprimé par 60 voix contre 59, le RN s’abstenant (scrutin n° 8322). Fatiha Keloua Hachi (Socialistes) craignait des décisions prises « sous la contrainte des carences du système ».
- Soutiens. Nathalie Colin-Oesterlé (Horizons) salue un texte « écrit et enrichi par toutes les sensibilités de cet hémicycle ». Pour le RN, Sophie Blanc juge que le texte « sort incontestablement renforcé de son examen par le Parlement ».
- Selon nos données, l’article 4 (assistants familiaux) a donné lieu à 20 scrutins publics, l’article 10 (enquêtes) à 18 et l’article 1er à 12.
Où en est le texte
Transmis au Sénat le 22 juillet 2026. La commission des lois du Sénat a établi son texte le 21 octobre 2026 (rapporteures Agnès Canayer et Dominique Vérien) ; la discussion en séance est prévue du 27 octobre au 3 novembre 2026 (dossier du Sénat).
Sources
- Assemblée nationale, dossier législatif (24/10/2026)
- Sénat, dossier législatif (24/10/2026)
- Projet de loi n° 2841 rectifié et exposé des motifs (27/05/2026)
- Étude d’impact du projet de loi (27/05/2026)
- Lettre rectificative n° 3000 (01/07/2026)
- Avis du Conseil d’État sur la lettre rectificative (25/06/2026)
- Texte adopté par l’Assemblée (T.A. n° 338) (21/07/2026)
- Scrutin n° 8322 (suppression de l’article 2) (16/07/2026)
- Scrutin n° 8399 (article 11) (17/07/2026)
- Scrutin n° 8429 (rétablissement de l’article 11) (21/07/2026)
- Scrutin n° 8430 sur l’ensemble (21/07/2026)
- Compte rendu de la deuxième séance du 16 juillet 2026 (16/07/2026)
- Compte rendu de la première séance du 21 juillet 2026 (21/07/2026)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 36
- Contre
- 56
- Abstention
- 1
- Non-votant
- 1
- Votants
- 93
- Exprimés
- 92
- Majorité requise
- 47
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 122 membres | Contre | 0 | 21 | 0 | 0 | |
| EPR 91 membres | Contre | 0 | 14 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Pour | 26 | 0 | 0 | 0 | |
| SOC 68 membres | Pour | 5 | 0 | 1 | 0 | |
| DR 48 membres | Contre | 0 | 8 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Pour | 4 | 0 | 0 | 0 | |
| DEM 37 membres | Contre | 0 | 7 | 0 | 0 | |
| HOR 35 membres | Contre | 0 | 5 | 0 | 0 | |
| LIOT 23 membres | Contre | 0 | 1 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Pour | 1 | 0 | 0 | 0 | |
| UDDPLR 17 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| NI 10 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 21 dans le décompte
Contre (21) : Sébastien Chenu, Christian Girard, Angélique Ranc, Géraldine Grangier, Lisette Pollet, Christine Loir, Philippe Ballard, Sophie Blanc, Béatrice Roullaud, Julien Odoul, Marine Hamelet, Philippe Lottiaux, Gabriel Tomatis, Alexandre Dufosset, Emmanuel Fouquart, Manon Bouquin (ancien député), Pascal Jenft, Maxime Amblard, David Magnier, Tiffany Joncour, Catherine Rimbert
Ensemble pour la République 15 dans le décompte
Contre (14) : Pauline Cestrières, Liliana Tanguy, Christine Le Nabour, Anne Genetet, Patricia Lemoine, Anthony Brosse, Astrid Panosyan-Bouvet (ancien député), Christopher Weissberg, Sandrine Lalanne, Charles Rodwell, Laure Miller, Anne-Sophie Ronceret, Christophe Mongardien, Vincent Caure
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 26 dans le décompte
Pour (26) : Ugo Bernalicis, Mathilde Panot, Jean-Hugues Ratenon, Éric Coquerel, Danièle Obono, Murielle Lepvraud, Christophe Bex, Nathalie Oziol, Marianne Maximi, Emmanuel Fernandes, Sylvie Ferrer, Élise Leboucher, Aurélie Trouvé, Jérôme Legavre, Manon Meunier, Maxime Laisney, Farida Amrani, Paul Vannier, Antoine Léaument, Karen Erodi, Thomas Portes, Sandrine Nosbé, Marie Mesmeur, Arnaud Saint-Martin, Zahia Hamdane, Gabrielle Cathala
Socialistes et apparentés 6 dans le décompte
Pour (5) : Jérôme Guedj, Colette Capdevielle, Philippe Naillet, Estelle Mercier, Ayda Hadizadeh
Abstention (1) : Isabelle Santiago
Droite Républicaine 8 dans le décompte
Contre (8) : Jean-Yves Bony, Vincent Rolland, Christelle Minard, Valérie Bazin-Malgras (ancien député), Émilie Bonnivard, Josiane Corneloup, Alexandra Martin (Alpes-Maritimes), Nicolas Tryzna
Écologiste et Social 4 dans le décompte
Pour (4) : Sébastien Peytavie, Marie-Charlotte Garin, Arnaud Bonnet, Julie Ozenne
Les Démocrates 7 dans le décompte
Contre (7) : Erwan Balanant, Perrine Goulet, Maud Petit, Blandine Brocard, Sabine Gervais, Delphine Lingemann, Hubert Ott
Horizons & Indépendants 5 dans le décompte
Contre (5) : Agnès Firmin Le Bodo, Charlotte Parmentier-Lecocq, Christophe Plassard (ancien député), Véronique Ludmann, Nathalie Colin-Oesterlé
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 1 dans le décompte
Contre (1) : Constance de Pélichy
Gauche Démocrate et Républicaine 1 dans le décompte
Pour (1) : Yannick Monnet
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin