Votes · Scrutin n° 8546 · 6 octobre 2026 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 234 de M. Ménagé après l'article 18 bis de la proposition de loi apportant une réponse intégrale au phénomène des violences sexuelles et sexistes contre les femmes et les enfants (première lecture).
Dossier : Apporter une réponse intégrale au phénomène des violences sexuelles et sexistes contre les femmes et les enfants · Demandé par : Présidente du groupe "Rassemblement National"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Après article 18 bis
- Texte
- Apporter une réponse intégrale au phénomène des violences sexuelles et sexistes contre les femmes et les enfants Proposition de loi ordinaire
Amendement déposé par M. Ménagé et 116 cosignataires (RN) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Amendement de repli
L'article 1er du texte définit, aux articles 222-1 A et 222-21-1 du code pénal, les violences intrafamiliales et les violences sexuelles et sexistes. Ces définitions commandent l'ensemble du texte : socle d'actes d'enquête, exclusion des alternatives aux poursuites, dépôt de plainte à l'hôpital, congé des victimes. Elles ne commandent rien, en revanche, au moment où la peine est prononcée.
Or le droit en vigueur n'exprime aucune exigence de fermeté pour ces infractions, y compris à l'égard d'auteurs déjà condamnés pour les mêmes faits. En application de l'article 132-18 du code pénal, un viol, puni de quinze ans de réclusion, peut être sanctionné d'un an de réclusion, voire d'une peine d'emprisonnement assortie du sursis. Un conjoint violent condamné une seconde fois pour des violences sur sa compagne peut donc repartir libre.
Le présent amendement rétablit, pour les crimes et délits relevant des définitions de l'article 1er et commis en état de récidive légale, les peines minimales instituées par la loi n° 2007-1198 du 10 août 2007 et supprimées par la loi n° 2014-896 du 15 août 2014. Le mécanisme est celui que le Conseil constitutionnel a validé dans sa décision n° 2007-554 DC du 9 août 2007 : des seuils proportionnés à la peine encourue, une faculté pour la juridiction d'y déroger par décision spécialement motivée au regard des circonstances, de la personnalité de l'auteur et de ses garanties de réinsertion, et une exigence renforcée en cas de nouvelle récidive. Le principe d'individualisation des peines est ainsi respecté. C'est la clémence, et non la fermeté, qui doit désormais se justifier. […]
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Le code pénal est ainsi modifié :
1° L’article 132‑18‑1 est ainsi rédigé :
« Art. 132‑18‑1. – Pour les crimes constituant des violences intrafamiliales au sens de l’article 222‑1 A ou des violences sexuelles et sexistes au sens de l’article 222‑21‑1, commis en état de récidive légale, la peine d’emprisonnement, de réclusion ou de détention ne peut être inférieure aux seuils suivants :
« 1° Cinq ans, si le crime est puni de quinze ans de réclusion ou de détention ;
« 2° Sept ans, si le crime est puni de vingt ans de réclusion ou de détention ;
« 3° Dix ans, si le crime est puni de trente ans de réclusion ou de détention ;
« 4° Quinze ans, si le crime est puni de la réclusion ou de la détention à perpétuité. […]
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Cette proposition de loi a été déposée le 11 août 2026 par Céline Thiébault-Martinez (Socialistes) et cosignée par des députés de plusieurs groupes. Sylvie Bonnet (Droite républicaine) la présente comme le fruit d’une coalition d’environ 150 associations relayée par une « coalition parlementaire transpartisane ». Le Gouvernement a engagé la procédure accélérée le 25 septembre 2026. D’après le texte adopté le 13 octobre 2026, les principales mesures sont :
- une définition légale des violences sexuelles, sexistes et intrafamiliales et une Autorité indépendante chargée d’évaluer les politiques de lutte ;
- des unités spécialisées de police judiciaire et un socle d’actes d’enquête obligatoires avant toute décision sur une plainte ;
- des juridictions et des magistrats spécialisés ;
- de nouveaux droits pour les victimes : plainte possible à l’hôpital, avocat présent sauf refus, interdiction d’enquêter sur leurs antécédents sexuels ;
- un congé pour les salariés victimes (au moins dix jours, fixés par accord collectif) et jusqu’à dix jours d’absence pour les agents publics, sans perte de rémunération ;
- un entretien individuel obligatoire pour chaque élève et une programmation de 3 milliards d’euros par an de 2027 à 2032.
Ce que ça change
Le texte concerne victimes, enquêteurs, magistrats, écoles et employeurs. Rien ne s’applique tant que la loi n’est pas définitivement adoptée et promulguée. Certaines mesures sont différées : l’entretien annuel à l’école ne devient la règle qu’au 1er janvier 2032 ; d’ici là, chaque élève en a quatre au cours de sa scolarité, selon l’article 30.
Pour Isabelle Rauch (Horizons), la programmation financière ne suffit pas : « Une loi de programmation n’ouvre cependant pas les crédits ».
Ce qui est contesté
Aucun député n’a voté contre l’ensemble (scrutin n° 8705 : 503 pour, 0 contre). La France insoumise s’est abstenue (66 abstentions, 4 pour), ainsi qu’un député UDR. Les autres groupes ont voté pour : RN 121, EPR 90, Socialistes 68, Droite républicaine 45, Écologiste et social 38, Démocrates 36, Horizons 34, LIOT 23, GDR 17, UDR 16, non-inscrits 11.
- Pour LFI, Élise Leboucher déclare : « Cette loi n’a d’intégral que le nom ». Elle critique la suppression des articles 62 et 63 sur les victimes étrangères, le report à 2032 de l’entretien annuel, l’absence de prévention et le budget. Le groupe s’abstient « par respect » pour le travail des associations.
- Les articles 62 et 63 ont été supprimés. L’article 62 interdisait de prononcer une obligation de quitter le territoire contre une victime ayant porté plainte (scrutin n° 8641 : 121 pour la suppression, 77 contre ; pour : RN 84, EPR 13, Droite républicaine 11, Horizons 5, Démocrates 4, UDR 3 ; contre : Socialistes 25, LFI 24, Écologiste et social 14, GDR 6, EPR 5). L’article 63 ouvrait plus tôt l’accès au marché du travail aux demandeurs d’asile victimes de violences sexuelles (scrutin n° 8642 : 100 contre 50). Thomas Ménagé (RN) dit avoir écarté « de nouvelles filières d’immigration » ; Clémentine Autain (Écologiste et social) et Elsa Faucillon (GDR) ont critiqué ces suppressions.
- Le congé des victimes (article 46) a d’abord été rejeté (scrutin n° 8640 : 74 pour, 77 contre, dont RN 76 contre), puis rétabli en seconde délibération (scrutin n° 8704 : 213 pour, 111 contre ; contre : RN 85, UDR 11, Horizons 9, Démocrates 5 ; Droite républicaine 25 abstentions). Émilie Bonnivard (Droite républicaine) juge dix jours « trop long » et préfère cinq jours.
Les partisans défendent une approche d’ensemble. Alexandra Martin (Gironde, EPR) veut « agir sur toute la chaîne des violences ». Le RN a voté pour : Thomas Ménagé dit en avoir approuvé « les deux tiers », tout en regrettant le rejet de ses propositions de peines planchers.
Où en est le texte
L’Assemblée a adopté le texte en première lecture le 13 octobre 2026 ; il a été transmis le même jour au Sénat, qui doit l’examiner (dossier de l’Assemblée). La proposition de loi organique « visant à adapter l’autorité judiciaire à la lutte contre les violences sexuelles et intrafamiliales », qui l’accompagne, a été adoptée le même jour.
Sources
- Assemblée nationale, dossier législatif (13/10/2026)
- Proposition de loi n° 3106 et exposé des motifs (11/08/2026)
- Texte adopté n° 356 (version provisoire) (13/10/2026)
- Scrutin n° 8705 sur l’ensemble (13/10/2026)
- Scrutin n° 8641 (suppression de l’article 62) (09/10/2026)
- Scrutin n° 8642 (suppression de l’article 63) (09/10/2026)
- Scrutin n° 8640 sur l’article 46 (09/10/2026)
- Scrutin n° 8704 (rétablissement de l’article 46) (13/10/2026)
- Compte rendu de la première séance du 13 octobre 2026 (seconde délibération et explications de vote) (13/10/2026)
- Sénat, dossier législatif ppl26-045 (13/10/2026)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 68
- Contre
- 96
- Abstention
- 2
- Non-votant
- 1
- Votants
- 166
- Exprimés
- 164
- Majorité requise
- 83
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 118 membres | Pour | 52 | 0 | 0 | 0 | |
| EPR 90 membres | Contre | 0 | 26 | 1 | 1 | |
| LFI-NFP 70 membres | Contre | 0 | 16 | 0 | 0 | |
| SOC 67 membres | Contre | 0 | 32 | 0 | 0 | |
| DR 47 membres | Pour | 11 | 0 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Contre | 0 | 9 | 0 | 0 | |
| DEM 37 membres | Contre | 0 | 6 | 0 | 0 | |
| HOR 34 membres | Contre | 0 | 4 | 1 | 0 | |
| LIOT 23 membres | Contre | 0 | 2 | 0 | 0 | |
| UDDPLR 17 membres | Pour | 3 | 0 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Contre | 0 | 1 | 0 | 0 | |
| NI 11 membres | Pour | 2 | 0 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 52 dans le décompte
Pour (52) : Marie-France Lorho, Christian Girard, José Beaurain, Jocelyn Dessigny, Jorys Bovet, Angélique Ranc, Lionel Tivoli, José Gonzalez, Caroline Colombier, Katiana Levavasseur, Kévin Mauvieux, Lisette Pollet, Christine Loir, Stéphanie Galzy, Roger Chudeau, Thomas Ménagé, Hélène Laporte, Christophe Bentz, Laurence Robert-Dehault, Thierry Frappé, Sandrine Dogor-Such, Sophie Blanc, Anaïs Sabatini, Antoine Villedieu, Emeric Salmon, Nathalie Da Conceicao Carvalho, Yaël Ménaché, Laure Lavalette, Gabriel Tomatis, Eddy Casterman, Bernard Chaumeil, Emmanuel Fouquart, Pascal Markowsky, Nadine Lechon, Catherine Dellong Meng, Julien Gabarron, Pascal Jenft, Julien Guibert, Frédéric Weber, Maxime Amblard, Thierry Tesson, Claire Marais-Beuil, David Magnier, Antoine Golliot, Jonathan Gery, Aurélien Dutremble, Patrice Martin, Robert Le Bourgeois, Catherine Rimbert, Sébastien Humbert, Sophie-Laurence Roy, Joseph Rivière
Ensemble pour la République 28 dans le décompte
Contre (26) : Éric Bothorel, Graziella Melchior, Jean-René Cazeneuve, Sophie Panonacle, Nicole Le Peih, Brigitte Liso, Amélia Lakrafi, Véronique Riotton, Patricia Lemoine, Chantal Bouloux, Alexandra Martin (Gironde), Christophe Marion, Anthony Brosse, Violette Spillebout, Charles Sitzenstuhl, Julie Delpech, Caroline Yadan, Christopher Weissberg, Nathalie Coggia, Marc Ferracci, Catherine Ibled, Joséphine Missoffe, Danièle Carteron, Christophe Mongardien, Alim Latrèche, Marie-Philippe Lubet
Abstention (1) : Sébastien Huyghe
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 16 dans le décompte
Contre (16) : Jean-Hugues Ratenon, Sarah Legrain, Sébastien Delogu, Murielle Lepvraud, Christophe Bex, Mathilde Hignet, Ségolène Amiot, Élise Leboucher, Maxime Laisney, Farida Amrani, Paul Vannier, Perceval Gaillard, René Pilato, Anaïs Belouassa-Cherifi, Arnaud Saint-Martin, Gabrielle Cathala
Socialistes et apparentés 32 dans le décompte
Contre (32) : Pascale Got, Guillaume Garot, Marietta Karamanli, Claudia Rouaux, Marie-Noëlle Battistel, Fanny Dombre Coste, Laurent Baumel, Christine Pirès Beaune, Colette Capdevielle, Christian Baptiste, Philippe Naillet, Belkhir Belhaddad, Isabelle Santiago, Arthur Delaporte, Mélanie Thomin, Iñaki Echaniz, Martine Froger, Valérie Rossi, Laurent Lhardit, Marc Pena, Fabrice Barusseau, Paul Christophle, Océane Godard, Jacques Oberti, Sébastien Saint-Pasteur, Karim Benbrahim, Peio Dufau, Thierry Sother, Florence Herouin-Léautey, Céline Thiébault-Martinez, Béatrice Bellay, Ayda Hadizadeh
Droite Républicaine 11 dans le décompte
Pour (11) : Vincent Rolland, Virginie Duby-Muller, Julien Dive, Sylvie Bonnet, Jérôme End, Émilie Bonnivard, Alexandra Martin (Alpes-Maritimes), Hubert Brigand, Corentin Le Fur, Emeline Rey-Rinchet, Lionel Duparay
Écologiste et Social 9 dans le décompte
Contre (9) : Clémentine Autain, Pouria Amirshahi, Sophie Taillé-Polian, Julie Laernoes, Marie-Charlotte Garin, Sandrine Rousseau, Emmanuel Duplessy, Léa Balage El Mariky, Steevy Gustave
Les Démocrates 6 dans le décompte
Contre (6) : Erwan Balanant, Geneviève Darrieussecq, Josy Poueyto, Maud Petit, Blandine Brocard, Sabine Gervais
Horizons & Indépendants 5 dans le décompte
Contre (4) : Laetitia Saint-Paul, Isabelle Rauch, Pierre Marle, Benoît Blanchard
Abstention (1) : Agnès Firmin Le Bodo
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 2 dans le décompte
Contre (2) : Max Mathiasin, David Taupiac
Union des droites pour la République 3 dans le décompte
Pour (3) : Bernard Chaix, Marc Chavent, Éric Michoux
Gauche Démocrate et Républicaine 1 dans le décompte
Contre (1) : Yannick Monnet
Non inscrit 2 dans le décompte
Pour (2) : Philippe Bonnecarrère, Christine Engrand
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin