Politique

Lois · Proposition de loi ordinaire · déposé le 5 décembre 2024

Proposition de loi relative au droit de vote par correspondance des personnes détenues

Promulguée Loi n° 2025-658 du 18 juillet 2025

Ce qui est voté, ce que ça change, ce qui est contesté

Ce qui est voté

Proposition de loi déposée au Sénat le 5 décembre 2024 par la sénatrice Laure Darcos et plusieurs de ses collègues (dossier du Sénat). Adoptée par le Sénat le 20 mars 2025, elle a été votée sans modification par l’Assemblée nationale le 4 juin 2025. D’après le texte définitif, son article unique :

  • réserve le vote par correspondance des personnes détenues aux scrutins où « la République forme une circonscription unique » (élection présidentielle, élections européennes) et aux référendums ;
  • ajoute la commune d’un descendant à la liste des communes où une personne détenue peut s’inscrire sur les listes électorales ;
  • prévoit une application à partir du premier renouvellement général des conseils municipaux suivant la publication de la loi.

Ce « vote par correspondance », créé en 2019, n’est pas un vote postal : selon le rapport de la commission des lois de l’Assemblée (rapporteur Jean Moulliere, Horizons), on vote en prison et les bulletins sont comptés dans la commune chef-lieu du département de l’établissement.

Ce que ça change

Pour les élections municipales, législatives et les autres scrutins locaux, les personnes détenues ne votent plus depuis la prison. Elles gardent deux voies : la procuration et, pour les condamnés, la permission de sortir accordée par le juge (décision du Conseil constitutionnel, § 15 et 16).

Selon le rapport de la commission, 57 000 personnes détenues ont le droit de vote, soit 68 % des détenus. Leur participation aux législatives est passée de 1 % en 2017 à 20 % en 2024, et plus de 90 % des votants utilisent le vote par correspondance. Dans plusieurs chefs-lieux, ils représentent plus de 2 % des électeurs inscrits, « et parfois jusqu’à 5 % ».

Ce qui est contesté

Le texte a été adopté par 109 voix contre 60 (scrutin n° 2244 du 4 juin 2025). Contre : La France insoumise (26), socialistes (18, 2 abstentions), écologistes (12), LIOT (2) et Gauche démocrate et républicaine (2). Pour : Rassemblement national (53), Ensemble pour la République (29), Horizons (13), Droite républicaine (5), Démocrates (5), UDR (4). La veille, une motion de rejet de LFI avait été repoussée par 83 voix contre 70 (scrutin n° 2221).

Pour LFI, Jean-François Coulomme a qualifié le texte de « hypocrite » et soutenu qu’il limite le droit de vote des détenus. Nicolas Sansu (GDR) a parlé d’une « régression maquillée en solution ». Pour les socialistes, Marie-José Allemand a estimé que « la privation de liberté ne doit pas être une privation de citoyenneté ». Martine Froger (LIOT) et Léa Balage El Mariky (écologistes) préféraient la version initiale : un vote par correspondance compté dans la commune d’attache du détenu.

Les partisans invoquent le lien entre l’électeur et sa commune. Le rapporteur cite l’avis du Conseil d’État de 2019, selon lequel le système revient « à rompre tout lien personnel entre l’électeur et la commune d’inscription ». Philippe Schreck (RN) a estimé que ce vote « risque donc de peser artificiellement sur le scrutin » lors des élections locales. Pour le Gouvernement, le ministre François-Noël Buffet a déclaré qu’il n’était « absolument pas question » de réduire le droit de vote des détenus.

L’article unique a concentré 12 des 23 scrutins publics ; un seul amendement y a été adopté, celui qui rétablissait la rédaction du Sénat, supprimée en commission.

Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel

Saisi le 18 juin 2025 par plus de soixante députés LFI, le Conseil a jugé la disposition contestée conforme à la Constitution, sans censure ni réserve d’interprétation (une réserve est une condition posée à la lecture d’un article) (décision n° 2025-889 DC du 17 juillet 2025). Face aux griefs d’« abstention contrainte » et de rupture d’égalité (§ 3 et 4), il retient un objectif d’intérêt général, le lien de proximité avec la commune et la sincérité du scrutin (§ 13). Les détenus ne sont pas privés du droit de vote (§ 14 à 17) et votent aux élections locales comme les autres électeurs (§ 18).

Où en est le texte

Promulgué : loi n° 2025-658 du 18 juillet 2025 relative au droit de vote par correspondance des personnes détenues.

Sources

Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode

Les articles les plus disputés

Classement factuel, calculé sur les scrutins publics de l’Assemblée : nombre de scrutins portant sur l’article (amendements et article lui-même), dont « serrés » (écart entre pour et contre inférieur ou égal à 10 % des suffrages exprimés). Un scrutin public est demandé par un groupe ou par le Gouvernement : beaucoup de scrutins signalent un point de désaccord, pas son importance.

ArticleScrutinsSerrésAmendements adoptésIntensité
Article premier1201
Après article premier300
Article 2101
Article 3101
Article 4101
Article 5101
Article 6101
Après article 6100

Les votes du texte

  1. 4 Juin 2025 · n° 2244 L'ensemble de la proposition de loi relative au droit de vote par correspondance des personnes détenues (première lecture). Adopté 109 pour · 60 contre · 2 abst.
  2. 3 Juin 2025 · n° 2221 La motion de rejet préalable, déposée par Mme Mathilde Panot, de la proposition de loi relative au droit de vote par correspondance des personnes détenues (première lecture). Rejeté 70 pour · 83 contre · 1 abst.

Les 21 scrutins sur des amendements

Les étapes

  1. 5 décembre 2024 Sénat, 1re lecture · 1er dépôt d'une initiative.
  2. 20 mars 2025 Assemblée, 1re lecture · Dépôt d'une initiative en navette
  3. 20 mars 2025 Sénat, 1re lecture · Décision
  4. 4 juin 2025 Assemblée, 1re lecture · Décision · adoptée sans modification
  5. 17 juillet 2025 Conseil constitutionnel · Conclusion du conseil constitutionnel · Conforme
  6. 18 juillet 2025 Promulgation · Promulgation d'une loi

Source : Assemblée nationale, open data : dossiers législatifs, amendements, scrutins · fichiers du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · dossier officiel · dossier du Sénat