Votes · Scrutin n° 1090 · 20 mars 2025 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 753 de M. Houlié à l'article 14 (examen prioritaire) de la proposition de loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic (première lecture).
Demandé par : Président du groupe "Socialistes et apparentés"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article 14
- Texte
- Proposition de loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic Proposition de loi ordinaire
Amendement déposé par M. Houlié et 1 cosignataire (NI) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
La rénovation du statut de repentis est un des sujets centraux de la présente proposition de loi.
Toutefois, la rédaction retenue par le Sénat présente de nombreux écueils à commencer par la dénomination de « collaborateurs de justice » qui a elle-seule est de nature à décourager la quasi-totalité des personnes auxquelles cette procédure est destinée.
De surcroît, malgré l’improbable formalisme dans lequel est entré le législateur pour établir ledit statut, il a omis à tous les stades de la procédure la présence de l’avocat qui est pourtant l’une des garanties du succès de l’entreprise. Sans prétendre à l’exhaustivité des dysfonctionnements du dispositif créé par le Sénat, on peut déplorer qu’il ait enfermé la « collaboration » dans des délais à la fois trop long pour un prévenu en détention provisoire au regard des risques qu’il encourt et trop court s’il devait ajouter des éléments nouveaux ou relatifs à des procédures connexes ou même totalement étrangères aux faits pour lesquels il est impliqué.
Dès lors, il est préférable de proposer une rédaction établissant les grands principes du statut de repenti de renvoyer au pouvoir réglementaire le soin d’édicter les mesures d’application qui lui relèvent de sa compétence.
C’est pourquoi, la présente rédaction vise à apporter des améliorations à ce dispositif afin d’en faire un outil pleinement opérant. En effet, la résolution des affaires, particulièrement celles liées aux assassinats et aux meurtres se heurte souvent à l’impossibilité de recueillir des témoignages dans un milieu particulièrement taiseux.
Or, les déclarations des personnes ayant participé à des organisations criminelles sont déterminantes pour élucider ces affaires. […]
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Rédiger ainsi cet article :
« Le code pénal est ainsi modifié :
« 1° Au deuxième alinéa de l’article 132‑78, après le mot : « judiciaire, » sont insérés les mots : « ou ayant fait des déclarations au cours de l’enquête ou de l’information judiciaire, » ;
« 2° Après le premier alinéa de l’article 221‑5‑3, sont insérés deux alinéas ainsi rédigés :
« La peine privative de liberté encourue par l’auteur ou le complice d’un assassinat est ramenée à trente ans de réclusion criminelle si, ayant averti l’autorité administrative ou judiciaire, ou ayant fait des déclarations au cours de l’enquête ou de l’information judiciaire, il a permis d’identifier les autres auteurs ou complices. […]
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Proposition de loi des sénateurs Étienne Blanc et Jérôme Durain, déposée le 12 juillet 2024 et adoptée par le Sénat le 4 février 2025. Principales mesures, d’après la décision du Conseil constitutionnel :
- un parquet national anti-criminalité organisée et un service chef de file chargé de coordonner l’action de l’État (art. 1er et 3) ;
- la fermeture administrative de commerces liés au trafic (art. 4) et le gel administratif des avoirs (art. 12) ;
- des quartiers de prison à régime strict pour la criminalité organisée (art. 61) ;
- l’activation à distance d’appareils pour écouter ou filmer (art. 38 et 39) et un « dossier coffre » qui tient certaines informations sur ces techniques hors du dossier de procédure (art. 40) ;
- un délit de concours à une organisation criminelle (art. 18) et une cour d’assises spéciale pour les crimes en bande organisée (art. 30).
Ce que ça change
Enquêteurs et magistrats ont de nouveaux moyens ; certains détenus peuvent être placés dans des quartiers dédiés ; l’administration peut fermer des établissements. Selon le baromètre de l’Assemblée, le service chef de file a été mis en place par le décret n° 2025-935 du 8 septembre 2025, et des obligations anti-blanchiment pour les marchands de biens entrent en vigueur au plus tard le 10 juillet 2027.
Ce qui est contesté
L’Assemblée a adopté le texte le 1er avril 2025 par 436 voix contre 75 (scrutin n° 1194), puis la version finale le 29 avril par 396 voix contre 68 (scrutin n° 1473). LFI-NFP a voté contre ; les Écologistes et GDR se sont surtout abstenus ; les autres groupes, dont les Socialistes, ont voté pour.
- Pour LFI-NFP, Gabrielle Cathala critique le dossier coffre et l’isolement en prison : « Vous ne parviendrez pas à lutter contre le trafic et les addictions en restant accros à la répression. »
- Pour les Écologistes, Pouria Amirshahi estime que le dossier coffre « permettra carrément de cacher à la défense des éléments de procédure ». Elsa Faucillon (GDR) refuse de « brader nos libertés, quand l’efficacité des mesures n’est pas certaine ».
- Les Socialistes votent pour ; Colette Capdevielle regrette toutefois un texte qui n’a bénéficié « ni d’une étude d’impact ni d’une analyse juridique exhaustive ».
- Pour EPR, Sébastien Huyghe : « La création du parquet national anti-criminalité organisée (Pnaco) est une avancée majeure. » Pour le RN, Michaël Taverne estime que le texte « va incontestablement dans le bon sens ».
- Selon nos données, parmi les articles les plus disputés figurent l’incarcération des trafiquants (article 23 du texte examiné, 14 scrutins) et la corruption (article 22, 14 scrutins).
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi les 12 et 13 mai 2025 par des députés LFI-NFP, écologistes, GDR et socialistes, le Conseil a rendu la décision n° 2025-885 DC le 12 juin 2025.
- Censurés, pour atteinte à la vie privée : l’accès direct du renseignement aux fichiers fiscaux, sans traçabilité (art. 5, § 66 à 69) ; l’extension, « de manière générale et indifférenciée », de la surveillance algorithmique à la criminalité organisée (art. 15, § 128 et 129), et l’analyse des adresses internet complètes déjà prévue par la loi (§ 132).
- Censurés : l’aggravation des peines pour le seul port d’une arme, même cachée, jugée manifestement disproportionnée (art. 19, § 184 à 187) ; la possibilité de condamner sur des preuves du dossier coffre que la personne n’a pas pu contester (art. 40, § 361 à 363).
- Censurés : la garde à vue de 96 heures pour la corruption liée à la criminalité organisée (art. 55, § 443 à 445) et la visioconférence imposée pour certaines audiences de détenus (art. 56, § 484 à 497).
- Réserves d’interprétation (lecture imposée par le Conseil) : fermetures proportionnées (§ 46), activation à distance limitée aux délits en bande organisée punis d’au moins cinq ans (§ 319 et 330), délais de contestation du dossier coffre (§ 351), fouilles en prison (§ 553 et 554), obligations des locataires (§ 585).
Où en est le texte
Promulguée : loi n° 2025-532 du 13 juin 2025 visant à sortir la France du piège du narcotrafic, publiée au Journal officiel du 14 juin 2025.
Sources
- Assemblée nationale, dossier législatif (24/10/2026)
- Sénat, dossier législatif (24/10/2026)
- Scrutin n° 1194 (première lecture) (01/04/2025)
- Scrutin n° 1473 (texte de la commission mixte paritaire) (29/04/2025)
- Compte rendu de la deuxième séance du 1er avril 2025 (explications de vote) (01/04/2025)
- Conseil constitutionnel, décision n° 2025-885 DC (12/06/2025)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 24
- Contre
- 92
- Abstention
- 8
- Non-votant
- 2
- Votants
- 124
- Exprimés
- 116
- Majorité requise
- 59
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 123 membres | Contre | 0 | 35 | 0 | 0 | |
| EPR 94 membres | Contre | 1 | 19 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Contre | 0 | 14 | 0 | 1 | |
| SOC 66 membres | Pour | 19 | 0 | 0 | 0 | |
| DR 47 membres | Contre | 0 | 5 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Abstention | 1 | 0 | 6 | 0 | |
| DEM 36 membres | Contre | 0 | 7 | 0 | 0 | |
| HOR 33 membres | Contre | 0 | 6 | 0 | 0 | |
| LIOT 23 membres | Pour | 2 | 1 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Abstention | 0 | 0 | 2 | 0 | |
| UDR 16 membres | Contre | 0 | 5 | 0 | 0 | |
| NI 11 membres | Pour | 1 | 0 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 35 dans le décompte
Contre (35) : Christian Girard, Nicolas Dragon, Jocelyn Dessigny, Jorys Bovet, Gisèle Lelouis, Romain Baubry, Kévin Mauvieux, Christine Loir, Yoann Gillet, Pascale Bordes (ancien député), Aurélien Lopez-Liguori (ancien député), Edwige Diaz (ancien député), Christophe Bentz, Michaël Taverne, Matthieu Marchio, Sandrine Dogor-Such, Anaïs Sabatini, Antoine Villedieu, Emeric Salmon, Nathalie Da Conceicao Carvalho, Marine Hamelet, Stéphane Rambaud, Frédéric Boccaletti, Philippe Schreck, Monique Griseti, Romain Tonussi, Pascal Markowsky, Manon Bouquin (ancien député), Julien Gabarron, Anthony Boulogne, Claire Marais-Beuil, David Magnier, Marc de Fleurian, Matthias Renault, Gaëtan Dussausaye
Ensemble pour la République 21 dans le décompte
Pour (1) : Éric Bothorel
Contre (19) : Sébastien Huyghe, Florent Boudié (ancien député), Stéphane Mazars (ancien député), Camille Galliard-Minier (ancien député), Michel Lauzzana, Stéphanie Rist (ancien député), Nicole Dubré-Chirat, Olivia Grégoire, Jean-Luc Fugit, Françoise Buffet, Charles Sitzenstuhl, Caroline Yadan, Mathieu Lefèvre (ancien député), Pierre Cazeneuve, Prisca Thevenot, Joséphine Missoffe, Laure Miller, Anne-Sophie Ronceret, Vincent Caure
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 15 dans le décompte
Contre (14) : Élisa Martin, Ugo Bernalicis, Danièle Obono, Sophia Chikirou, Sébastien Delogu, Emmanuel Fernandes, Jean-François Coulomme, Jérôme Legavre, Ersilia Soudais, Maxime Laisney, Antoine Léaument, Mathilde Feld, Aly Diouara, Gabrielle Cathala
Non-votant (1) : Clémence Guetté
Socialistes et apparentés 19 dans le décompte
Pour (19) : Jérôme Guedj, Marietta Karamanli, Colette Capdevielle, Boris Vallaud, Arthur Delaporte, Mickaël Bouloux, Iñaki Echaniz, Emmanuel Grégoire (ancien député), Valérie Rossi, Laurent Lhardit, Marc Pena, Paul Christophle, Pierre Pribetich, Sophie Pantel, Estelle Mercier, Peio Dufau, Denis Fégné, Sandrine Runel, Dieynaba Diop
Droite Républicaine 5 dans le décompte
Contre (5) : Olivier Marleix (ancien député), Eric Liégeon, Éric Pauget, Sylvie Dezarnaud (ancien député), François-Xavier Ceccoli
Écologiste et Social 7 dans le décompte
Pour (1) : Emmanuel Duplessy
Abstention (6) : Pouria Amirshahi, Jérémie Iordanoff, Sandra Regol, Karim Ben Cheikh, Benjamin Lucas-Lundy, Sabrina Sebaihi
Les Démocrates 7 dans le décompte
Contre (7) : Geneviève Darrieussecq, Sandrine Josso, Blandine Brocard, Delphine Lingemann, Louise Morel, Éric Martineau, Anne Bergantz
Horizons & Indépendants 6 dans le décompte
Contre (6) : Naïma Moutchou (ancien député), Xavier Roseren, Béatrice Piron, Jean Moulliere (ancien député), Félicie Gérard, Béatrice Bellamy (ancien député)
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 3 dans le décompte
Pour (2) : Harold Huwart (ancien député), Constance de Pélichy
Contre (1) : Salvatore Castiglione (ancien député)
Gauche Démocrate et Républicaine 2 dans le décompte
Abstention (2) : Stéphane Peu, Elsa Faucillon
UDR 5 dans le décompte
Contre (5) : Brigitte Barèges (ancien député), Sophie Ricourt Vaginay, Olivier Fayssat, Alexandre Allegret-Pilot, Hanane Mansouri
Non inscrit 1 dans le décompte
Pour (1) : Sacha Houlié
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin