Votes · Scrutin n° 1104 · 21 mars 2025 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 206 de Mme Thiébault-Martinez et les amendements identiques suivants de suppression de l'article 24 (examen prioritaire) de la proposition de loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic (première lecture).
Demandé par : Président du groupe "Ensemble pour la République" Président du groupe "Socialistes et apparentés"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article 24
- Texte
- Proposition de loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic Proposition de loi ordinaire
Amendement déposé par Mme Thiébault-Martinez et 65 cosignataires (SOC) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Cet amendement du groupe Socialistes et apparentés vise à supprimer l'article 24 de cette proposition de loi qui soulève de nombreuses questions concernant le respect des droits fondamentaux garantis par la Constitution.
Concernant l'interdiction de paraitre, celle-ci serait décidée par le Préfet alors qu'elle a des conséquences sérieuses sur la liberté d'aller et venir. Actuellement, le prononcé d’une interdiction de paraître relève exclusivement du juge.
Au demeurant, cette possibilité existe aujourd'hui puisqu'elle est prévue par le 12° de l'article 131-6 du code pénal : le juge peut prononcer "L'interdiction, pour une durée de trois ans au plus, de paraître dans certains lieux ou catégories de lieux déterminés par la juridiction et dans lesquels l'infraction a été commise ;".
Si la rédaction de cet article a été améliorée, notamment en prenant en compte la vie familiale et professionnelle des personnes concernées et en excluant leur domicile du périmètre de l’interdiction, des préoccupations majeures subsistent.
En l'état actuel du texte cette mesure serait prise pour une durée de un mois contre "toute personne participant à cette activité". Cette expression est particulièrement problématique dans la mesure où elle semble exiger une condamnation judiciaire alors que le texte n'en fait pas mention. Sur quel fondement le Préfet prendra t-il une telle décision ?
Le non-respect de cette interdiction serait puni de six mois d’emprisonnement et de 3 750 euros d’amende.
Enfin, aucune procédure contradictoire préalable n’est prévue, ce qui prive la personne visée de la possibilité de se défendre avant la décision du préfet. […]
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Supprimer cet article.
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Proposition de loi des sénateurs Étienne Blanc et Jérôme Durain, déposée le 12 juillet 2024 et adoptée par le Sénat le 4 février 2025. Principales mesures, d’après la décision du Conseil constitutionnel :
- un parquet national anti-criminalité organisée et un service chef de file chargé de coordonner l’action de l’État (art. 1er et 3) ;
- la fermeture administrative de commerces liés au trafic (art. 4) et le gel administratif des avoirs (art. 12) ;
- des quartiers de prison à régime strict pour la criminalité organisée (art. 61) ;
- l’activation à distance d’appareils pour écouter ou filmer (art. 38 et 39) et un « dossier coffre » qui tient certaines informations sur ces techniques hors du dossier de procédure (art. 40) ;
- un délit de concours à une organisation criminelle (art. 18) et une cour d’assises spéciale pour les crimes en bande organisée (art. 30).
Ce que ça change
Enquêteurs et magistrats ont de nouveaux moyens ; certains détenus peuvent être placés dans des quartiers dédiés ; l’administration peut fermer des établissements. Selon le baromètre de l’Assemblée, le service chef de file a été mis en place par le décret n° 2025-935 du 8 septembre 2025, et des obligations anti-blanchiment pour les marchands de biens entrent en vigueur au plus tard le 10 juillet 2027.
Ce qui est contesté
L’Assemblée a adopté le texte le 1er avril 2025 par 436 voix contre 75 (scrutin n° 1194), puis la version finale le 29 avril par 396 voix contre 68 (scrutin n° 1473). LFI-NFP a voté contre ; les Écologistes et GDR se sont surtout abstenus ; les autres groupes, dont les Socialistes, ont voté pour.
- Pour LFI-NFP, Gabrielle Cathala critique le dossier coffre et l’isolement en prison : « Vous ne parviendrez pas à lutter contre le trafic et les addictions en restant accros à la répression. »
- Pour les Écologistes, Pouria Amirshahi estime que le dossier coffre « permettra carrément de cacher à la défense des éléments de procédure ». Elsa Faucillon (GDR) refuse de « brader nos libertés, quand l’efficacité des mesures n’est pas certaine ».
- Les Socialistes votent pour ; Colette Capdevielle regrette toutefois un texte qui n’a bénéficié « ni d’une étude d’impact ni d’une analyse juridique exhaustive ».
- Pour EPR, Sébastien Huyghe : « La création du parquet national anti-criminalité organisée (Pnaco) est une avancée majeure. » Pour le RN, Michaël Taverne estime que le texte « va incontestablement dans le bon sens ».
- Selon nos données, parmi les articles les plus disputés figurent l’incarcération des trafiquants (article 23 du texte examiné, 14 scrutins) et la corruption (article 22, 14 scrutins).
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi les 12 et 13 mai 2025 par des députés LFI-NFP, écologistes, GDR et socialistes, le Conseil a rendu la décision n° 2025-885 DC le 12 juin 2025.
- Censurés, pour atteinte à la vie privée : l’accès direct du renseignement aux fichiers fiscaux, sans traçabilité (art. 5, § 66 à 69) ; l’extension, « de manière générale et indifférenciée », de la surveillance algorithmique à la criminalité organisée (art. 15, § 128 et 129), et l’analyse des adresses internet complètes déjà prévue par la loi (§ 132).
- Censurés : l’aggravation des peines pour le seul port d’une arme, même cachée, jugée manifestement disproportionnée (art. 19, § 184 à 187) ; la possibilité de condamner sur des preuves du dossier coffre que la personne n’a pas pu contester (art. 40, § 361 à 363).
- Censurés : la garde à vue de 96 heures pour la corruption liée à la criminalité organisée (art. 55, § 443 à 445) et la visioconférence imposée pour certaines audiences de détenus (art. 56, § 484 à 497).
- Réserves d’interprétation (lecture imposée par le Conseil) : fermetures proportionnées (§ 46), activation à distance limitée aux délits en bande organisée punis d’au moins cinq ans (§ 319 et 330), délais de contestation du dossier coffre (§ 351), fouilles en prison (§ 553 et 554), obligations des locataires (§ 585).
Où en est le texte
Promulguée : loi n° 2025-532 du 13 juin 2025 visant à sortir la France du piège du narcotrafic, publiée au Journal officiel du 14 juin 2025.
Sources
- Assemblée nationale, dossier législatif (24/10/2026)
- Sénat, dossier législatif (24/10/2026)
- Scrutin n° 1194 (première lecture) (01/04/2025)
- Scrutin n° 1473 (texte de la commission mixte paritaire) (29/04/2025)
- Compte rendu de la deuxième séance du 1er avril 2025 (explications de vote) (01/04/2025)
- Conseil constitutionnel, décision n° 2025-885 DC (12/06/2025)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 37
- Contre
- 66
- Abstention
- 0
- Non-votant
- 2
- Votants
- 103
- Exprimés
- 103
- Majorité requise
- 52
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 123 membres | Contre | 2 | 38 | 0 | 0 | |
| EPR 94 membres | Contre | 0 | 11 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Pour | 9 | 0 | 0 | 0 | |
| SOC 66 membres | Pour | 15 | 0 | 0 | 0 | |
| DR 47 membres | Contre | 0 | 4 | 0 | 1 | |
| ECOS 38 membres | Pour | 8 | 0 | 0 | 0 | |
| DEM 36 membres | Contre | 0 | 7 | 0 | 0 | |
| HOR 33 membres | Contre | 0 | 5 | 0 | 0 | |
| LIOT 23 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Pour | 3 | 0 | 0 | 0 | |
| UDR 16 membres | Contre | 0 | 1 | 0 | 0 | |
| NI 11 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 40 dans le décompte
Pour (2) : Katiana Levavasseur, Marc de Fleurian
Contre (38) : Marine Le Pen, Bruno Bilde, Nicolas Dragon, Jocelyn Dessigny, Jorys Bovet, Gisèle Lelouis, Lionel Tivoli, Romain Baubry, Caroline Colombier, Kévin Mauvieux, Timothée Houssin, Lisette Pollet, Yoann Gillet, Pascale Bordes (ancien député), Edwige Diaz (ancien député), Alexis Jolly, Florence Goulet, Michaël Taverne, Alexandre Sabatou, Sandrine Dogor-Such, Anaïs Sabatini, Emeric Salmon, Béatrice Roullaud, Stéphane Rambaud, Philippe Lottiaux, Bruno Clavet, Monique Griseti, Pascal Markowsky, Manon Bouquin (ancien député), Frédéric Weber, Anthony Boulogne, Maxime Amblard, Claire Marais-Beuil, Tiffany Joncour, Robert Le Bourgeois, Julien Limongi, Matthias Renault, Anne Sicard
Ensemble pour la République 12 dans le décompte
Contre (11) : Sébastien Huyghe, Franck Riester (ancien député), Stéphanie Rist (ancien député), Gabriel Attal, Charles Sitzenstuhl, Caroline Yadan, Mathieu Lefèvre (ancien député), Karl Olive, Prisca Thevenot, Moerani Frébault, Vincent Caure
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 9 dans le décompte
Pour (9) : Élisa Martin, Ugo Bernalicis, Éric Coquerel, Sophia Chikirou, Sébastien Delogu, Jean-François Coulomme, Jérôme Legavre, Aurélien Saintoul, Gabrielle Cathala
Socialistes et apparentés 15 dans le décompte
Pour (15) : Jérôme Guedj, Dominique Potier, Colette Capdevielle, Chantal Jourdan, Boris Vallaud, Arthur Delaporte, Mickaël Bouloux, Roger Vicot, Elie Califer, Laurent Lhardit, Marc Pena, Paul Christophle, Pierre Pribetich, Sophie Pantel, Estelle Mercier
Droite Républicaine 5 dans le décompte
Contre (4) : Olivier Marleix (ancien député), Jean-Louis Thiériot, Éric Pauget, François-Xavier Ceccoli
Non-votant (1) : Xavier Breton
Écologiste et Social 8 dans le décompte
Pour (8) : Dominique Voynet, Pouria Amirshahi, Cyrielle Chatelain, Sandra Regol, Karim Ben Cheikh, Tristan Lahais, Emmanuel Duplessy, Nicolas Bonnet
Les Démocrates 7 dans le décompte
Contre (7) : Geneviève Darrieussecq, Sandrine Josso, Géraldine Bannier, Blandine Brocard, Delphine Lingemann, Éric Martineau, Anne Bergantz
Horizons & Indépendants 5 dans le décompte
Contre (5) : Agnès Firmin Le Bodo, Jérémie Patrier-Leitus, Jean Moulliere (ancien député), Félicie Gérard, Béatrice Bellamy (ancien député)
Gauche Démocrate et Républicaine 3 dans le décompte
Pour (3) : Jean-Paul Lecoq, Nicolas Sansu, Elsa Faucillon
UDR 1 dans le décompte
Contre (1) : Brigitte Barèges (ancien député)
Mises au point
Déclarations faites après le vote par des députés qui indiquent avoir voulu voter autrement. Elles ne changent pas le résultat.
Voulait voter Contre : Marc de Fleurian, Katiana Levavasseur
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin