Votes · Scrutin n° 1141 · 24 mars 2025 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 426 de M. Bernalicis de suppression de l'article 10 de la proposition de loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic (première lecture).
Demandé par : Présidente du groupe "La France insoumise – Nouveau Front Populaire"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article 10
- Texte
- Proposition de loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic Proposition de loi ordinaire
Amendement déposé par M. Bernalicis et 69 cosignataires (LFI-NFP) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Par cet amendement de suppression, les députés du groupe LFI-NFP souhaitent s'opposer catégoriquement à cette surenchère pénale aveugle aux problématiques économiques et sociales qui sous-tendent les trafics de petite échelle.
Le Conseil National des Barreaux l'affirme : “la législation actuelle est déjà suffisante pour réprimer efficacement l’ensemble du champ infractionnel lié au trafic de stupéfiant.” Tout un pan du droit pénal y est déjà dédié. Il existe déjà un délit de provocation à l'usage ou au trafic punissable de 5 ans de prison et 75 000 euros d'amende, ainsi que des infractions spécifiques pour protéger les mineurs des incitations à l'usage. Élargir l'infraction prévue à l’article 227-18-1 du code pénal, déjà large, pour punir également le fait d'inciter un mineur à se “livrer à une activité ayant pour objet de faciliter" le transport, la détention, l’offre ou la cession de stupéfiants est d'autant plus malvenu que cette tournure est particulièrement obscure.
Élargir les infractions punies de peines allant jusqu'à 10 ans d'emprisonnement relève du pur populisme pénal. Comme le Syndicat de la Magistrature le relève, l'implication dans les trafics, notamment à petite échelle et à des degrés très variables peut relever davantage d'une "acculturation" qui révèle bien davantage une dépendance à la fois sociale, financière, et in fine « professionnelle » dans un contexte de précarité, que de la vision du monde manichéenne et aveugle que cette proposition de loi véhicule. […]
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Supprimer cet article.
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Proposition de loi des sénateurs Étienne Blanc et Jérôme Durain, déposée le 12 juillet 2024 et adoptée par le Sénat le 4 février 2025. Principales mesures, d’après la décision du Conseil constitutionnel :
- un parquet national anti-criminalité organisée et un service chef de file chargé de coordonner l’action de l’État (art. 1er et 3) ;
- la fermeture administrative de commerces liés au trafic (art. 4) et le gel administratif des avoirs (art. 12) ;
- des quartiers de prison à régime strict pour la criminalité organisée (art. 61) ;
- l’activation à distance d’appareils pour écouter ou filmer (art. 38 et 39) et un « dossier coffre » qui tient certaines informations sur ces techniques hors du dossier de procédure (art. 40) ;
- un délit de concours à une organisation criminelle (art. 18) et une cour d’assises spéciale pour les crimes en bande organisée (art. 30).
Ce que ça change
Enquêteurs et magistrats ont de nouveaux moyens ; certains détenus peuvent être placés dans des quartiers dédiés ; l’administration peut fermer des établissements. Selon le baromètre de l’Assemblée, le service chef de file a été mis en place par le décret n° 2025-935 du 8 septembre 2025, et des obligations anti-blanchiment pour les marchands de biens entrent en vigueur au plus tard le 10 juillet 2027.
Ce qui est contesté
L’Assemblée a adopté le texte le 1er avril 2025 par 436 voix contre 75 (scrutin n° 1194), puis la version finale le 29 avril par 396 voix contre 68 (scrutin n° 1473). LFI-NFP a voté contre ; les Écologistes et GDR se sont surtout abstenus ; les autres groupes, dont les Socialistes, ont voté pour.
- Pour LFI-NFP, Gabrielle Cathala critique le dossier coffre et l’isolement en prison : « Vous ne parviendrez pas à lutter contre le trafic et les addictions en restant accros à la répression. »
- Pour les Écologistes, Pouria Amirshahi estime que le dossier coffre « permettra carrément de cacher à la défense des éléments de procédure ». Elsa Faucillon (GDR) refuse de « brader nos libertés, quand l’efficacité des mesures n’est pas certaine ».
- Les Socialistes votent pour ; Colette Capdevielle regrette toutefois un texte qui n’a bénéficié « ni d’une étude d’impact ni d’une analyse juridique exhaustive ».
- Pour EPR, Sébastien Huyghe : « La création du parquet national anti-criminalité organisée (Pnaco) est une avancée majeure. » Pour le RN, Michaël Taverne estime que le texte « va incontestablement dans le bon sens ».
- Selon nos données, parmi les articles les plus disputés figurent l’incarcération des trafiquants (article 23 du texte examiné, 14 scrutins) et la corruption (article 22, 14 scrutins).
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi les 12 et 13 mai 2025 par des députés LFI-NFP, écologistes, GDR et socialistes, le Conseil a rendu la décision n° 2025-885 DC le 12 juin 2025.
- Censurés, pour atteinte à la vie privée : l’accès direct du renseignement aux fichiers fiscaux, sans traçabilité (art. 5, § 66 à 69) ; l’extension, « de manière générale et indifférenciée », de la surveillance algorithmique à la criminalité organisée (art. 15, § 128 et 129), et l’analyse des adresses internet complètes déjà prévue par la loi (§ 132).
- Censurés : l’aggravation des peines pour le seul port d’une arme, même cachée, jugée manifestement disproportionnée (art. 19, § 184 à 187) ; la possibilité de condamner sur des preuves du dossier coffre que la personne n’a pas pu contester (art. 40, § 361 à 363).
- Censurés : la garde à vue de 96 heures pour la corruption liée à la criminalité organisée (art. 55, § 443 à 445) et la visioconférence imposée pour certaines audiences de détenus (art. 56, § 484 à 497).
- Réserves d’interprétation (lecture imposée par le Conseil) : fermetures proportionnées (§ 46), activation à distance limitée aux délits en bande organisée punis d’au moins cinq ans (§ 319 et 330), délais de contestation du dossier coffre (§ 351), fouilles en prison (§ 553 et 554), obligations des locataires (§ 585).
Où en est le texte
Promulguée : loi n° 2025-532 du 13 juin 2025 visant à sortir la France du piège du narcotrafic, publiée au Journal officiel du 14 juin 2025.
Sources
- Assemblée nationale, dossier législatif (24/10/2026)
- Sénat, dossier législatif (24/10/2026)
- Scrutin n° 1194 (première lecture) (01/04/2025)
- Scrutin n° 1473 (texte de la commission mixte paritaire) (29/04/2025)
- Compte rendu de la deuxième séance du 1er avril 2025 (explications de vote) (01/04/2025)
- Conseil constitutionnel, décision n° 2025-885 DC (12/06/2025)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 20
- Contre
- 67
- Abstention
- 0
- Non-votant
- 2
- Votants
- 87
- Exprimés
- 87
- Majorité requise
- 44
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 123 membres | Contre | 0 | 26 | 0 | 0 | |
| EPR 94 membres | Contre | 0 | 12 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Pour | 16 | 0 | 0 | 0 | |
| SOC 66 membres | Pour | 4 | 0 | 0 | 0 | |
| DR 47 membres | Contre | 0 | 3 | 0 | 1 | |
| ECOS 38 membres | Contre | 0 | 9 | 0 | 0 | |
| DEM 36 membres | Contre | 0 | 5 | 0 | 0 | |
| HOR 33 membres | Contre | 0 | 4 | 0 | 0 | |
| LIOT 23 membres | Contre | 0 | 1 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Contre | 0 | 1 | 0 | 0 | |
| UDR 16 membres | Contre | 0 | 5 | 0 | 0 | |
| NI 11 membres | Contre | 0 | 1 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 26 dans le décompte
Contre (26) : Emmanuel Blairy, Nicolas Dragon, Jocelyn Dessigny, Gisèle Lelouis, José Gonzalez, Caroline Colombier, Katiana Levavasseur, Yoann Gillet, Florence Goulet, Michaël Taverne, Thierry Frappé, Sandrine Dogor-Such, Emeric Salmon, Marine Hamelet, Julie Lechanteux, Bénédicte Auzanot, Guillaume Florquin, Manon Bouquin (ancien député), Thierry Perez, Pascal Jenft, Julien Guibert, Anthony Boulogne, Claire Marais-Beuil, Marc de Fleurian, Tiffany Joncour, Sébastien Humbert
Ensemble pour la République 13 dans le décompte
Contre (12) : Sébastien Huyghe, Constance Le Grip, Florent Boudié (ancien député), Olga Givernet, Lionel Causse, Stéphanie Rist (ancien député), Anne Genetet, Céline Calvez, Jean-François Rousset, Charles Sitzenstuhl, Karl Olive, Maud Bregeon (ancien député)
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 16 dans le décompte
Pour (16) : Élisa Martin, Sophia Chikirou, Andy Kerbrat, Ségolène Amiot, David Guiraud (ancien député), Idir Boumertit, Élise Leboucher, Nadège Abomangoli, Clémence Guetté, Maxime Laisney, Farida Amrani, Antoine Léaument, Aurélien Saintoul, Arnaud Saint-Martin, Aly Diouara, Gabrielle Cathala
Socialistes et apparentés 4 dans le décompte
Pour (4) : Guillaume Garot, Christian Baptiste, Boris Vallaud, Roger Vicot
Droite Républicaine 4 dans le décompte
Contre (3) : Éric Pauget, Alexandra Martin (Alpes-Maritimes), Élisabeth de Maistre
Non-votant (1) : Xavier Breton
Écologiste et Social 9 dans le décompte
Contre (9) : Dominique Voynet, Eva Sas, Julie Laernoes, Sandra Regol, Marie-Charlotte Garin, Sabrina Sebaihi, Tristan Lahais, Léa Balage El Mariky, Steevy Gustave
Les Démocrates 5 dans le décompte
Contre (5) : Sophie Mette, Sabine Thillaye, Marc Fesneau, Jean-Paul Mattei, Anne Bergantz
Horizons & Indépendants 4 dans le décompte
Contre (4) : Agnès Firmin Le Bodo, Paul Christophe (ancien député), Jérémie Patrier-Leitus, Jean Moulliere (ancien député)
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 1 dans le décompte
Contre (1) : Constance de Pélichy
Gauche Démocrate et Républicaine 1 dans le décompte
Contre (1) : Jean-Paul Lecoq
UDR 5 dans le décompte
Contre (5) : Marc Chavent, Olivier Fayssat, Alexandre Allegret-Pilot, Maxime Michelet, Éric Michoux
Non inscrit 1 dans le décompte
Contre (1) : Sacha Houlié
Mises au point
Déclarations faites après le vote par des députés qui indiquent avoir voulu voter autrement. Elles ne changent pas le résultat.
Voulait voter Contre : Ayda Hadizadeh, Boris Vallaud, Guillaume Garot, Roger Vicot, Christian Baptiste
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin