Votes · Scrutin n° 2236 · 4 juin 2025 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 4 de Mme Allemand après l'article premier de la proposition de loi relative au droit de vote par correspondance des personnes détenues (première lecture).
Demandé par : Président du groupe "Ensemble pour la République"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Après article premier
- Texte
- Proposition de loi relative au droit de vote par correspondance des personnes détenues Proposition de loi ordinaire
Amendement déposé par Mme Allemand et 65 cosignataires (SOC) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Le présent amendement d’appel du groupe socialistes et apparentés, a pour objet de favoriser et prioriser la permission de sortie pour motif électoral comme modalité de droit de vote des détenus aux élections locales.
En effet, la présente proposition de loi entend supprimer la possibilité de vote par correspondance à l’exception des cas des élections où la République forme une circonscription unique et pour les référendums.
L’article D.143-4 5° du code de procédure pénale prévoit que les personnes détenues condamnées soit à une peine privative de liberté inférieure ou égale à cinq ans, soit à une peine privative de liberté supérieure à cinq ans lorsque ces dernières ont exécuté la moitié de leur peine peuvent demander une permission de sortir d’une journée pour l’exercice de leur droit de vote.
L’article 723-3 du code de procédure pénale prévoit que, lorsqu’une première permission de sortir a été accordée par le juge de l’application des peines, les permissions de sortir ultérieures peuvent, sauf décision expresse contraire de ce magistrat, être accordées par le chef d’établissement pénitentiaire, selon des modalités déterminées par l’article D142-2-1 du même code.
Enfin, l’article 723-6 du code de procédure pénale prévoit que toute personne condamnée peut obtenir à titre exceptionnel une autorisation de sortie sous escorte accordée par l’autorité judiciaire (ASSE).
Dès lors, les personnes en détention provisoire ne peuvent bénéficier d’une permission de sortir pour voter alors qu’ils représentent toutefois 26,5% de la population carcérale au 1er février 2025, selon l’Observatoire International des Prisons. […]
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Le code de procédure pénale est ainsi modifié :
1° Après le deuxième alinéa de l’article 723‑3, sont insérés deux alinéas ainsi rédigés :
« La permission de sortir est accordée de plein droit en période d’élections dans lesquelles la circonscription est locale, pour que le condamné puisse exercer son droit de vote.
« Toutefois, si la dangerosité du détenu est établie ou que ses conditions d’incarcération ne le permettent pas, le juge de l’application des peines en application de l’article 712‑5 ou le chef d’établissement pénitentiaire, peut refuser cette permission pour ces motifs ».
2° L’article 723‑6 est complété par deux alinéas ainsi rédigés :
« Cette autorisation de sortie sous escorte est accordée de plein droit en période d’élections dans lesquelles la circonscription est locale, pour que le condamné puisse exercer son droit de vote. […]
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Proposition de loi déposée au Sénat le 5 décembre 2024 par la sénatrice Laure Darcos et plusieurs de ses collègues (dossier du Sénat). Adoptée par le Sénat le 20 mars 2025, elle a été votée sans modification par l’Assemblée nationale le 4 juin 2025. D’après le texte définitif, son article unique :
- réserve le vote par correspondance des personnes détenues aux scrutins où « la République forme une circonscription unique » (élection présidentielle, élections européennes) et aux référendums ;
- ajoute la commune d’un descendant à la liste des communes où une personne détenue peut s’inscrire sur les listes électorales ;
- prévoit une application à partir du premier renouvellement général des conseils municipaux suivant la publication de la loi.
Ce « vote par correspondance », créé en 2019, n’est pas un vote postal : selon le rapport de la commission des lois de l’Assemblée (rapporteur Jean Moulliere, Horizons), on vote en prison et les bulletins sont comptés dans la commune chef-lieu du département de l’établissement.
Ce que ça change
Pour les élections municipales, législatives et les autres scrutins locaux, les personnes détenues ne votent plus depuis la prison. Elles gardent deux voies : la procuration et, pour les condamnés, la permission de sortir accordée par le juge (décision du Conseil constitutionnel, § 15 et 16).
Selon le rapport de la commission, 57 000 personnes détenues ont le droit de vote, soit 68 % des détenus. Leur participation aux législatives est passée de 1 % en 2017 à 20 % en 2024, et plus de 90 % des votants utilisent le vote par correspondance. Dans plusieurs chefs-lieux, ils représentent plus de 2 % des électeurs inscrits, « et parfois jusqu’à 5 % ».
Ce qui est contesté
Le texte a été adopté par 109 voix contre 60 (scrutin n° 2244 du 4 juin 2025). Contre : La France insoumise (26), socialistes (18, 2 abstentions), écologistes (12), LIOT (2) et Gauche démocrate et républicaine (2). Pour : Rassemblement national (53), Ensemble pour la République (29), Horizons (13), Droite républicaine (5), Démocrates (5), UDR (4). La veille, une motion de rejet de LFI avait été repoussée par 83 voix contre 70 (scrutin n° 2221).
Pour LFI, Jean-François Coulomme a qualifié le texte de « hypocrite » et soutenu qu’il limite le droit de vote des détenus. Nicolas Sansu (GDR) a parlé d’une « régression maquillée en solution ». Pour les socialistes, Marie-José Allemand a estimé que « la privation de liberté ne doit pas être une privation de citoyenneté ». Martine Froger (LIOT) et Léa Balage El Mariky (écologistes) préféraient la version initiale : un vote par correspondance compté dans la commune d’attache du détenu.
Les partisans invoquent le lien entre l’électeur et sa commune. Le rapporteur cite l’avis du Conseil d’État de 2019, selon lequel le système revient « à rompre tout lien personnel entre l’électeur et la commune d’inscription ». Philippe Schreck (RN) a estimé que ce vote « risque donc de peser artificiellement sur le scrutin » lors des élections locales. Pour le Gouvernement, le ministre François-Noël Buffet a déclaré qu’il n’était « absolument pas question » de réduire le droit de vote des détenus.
L’article unique a concentré 12 des 23 scrutins publics ; un seul amendement y a été adopté, celui qui rétablissait la rédaction du Sénat, supprimée en commission.
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi le 18 juin 2025 par plus de soixante députés LFI, le Conseil a jugé la disposition contestée conforme à la Constitution, sans censure ni réserve d’interprétation (une réserve est une condition posée à la lecture d’un article) (décision n° 2025-889 DC du 17 juillet 2025). Face aux griefs d’« abstention contrainte » et de rupture d’égalité (§ 3 et 4), il retient un objectif d’intérêt général, le lien de proximité avec la commune et la sincérité du scrutin (§ 13). Les détenus ne sont pas privés du droit de vote (§ 14 à 17) et votent aux élections locales comme les autres électeurs (§ 18).
Où en est le texte
Promulgué : loi n° 2025-658 du 18 juillet 2025 relative au droit de vote par correspondance des personnes détenues.
Sources
- Assemblée nationale, dossier législatif « Droit de vote par correspondance des personnes détenues » (18/07/2025)
- Sénat, dossier législatif de la proposition de loi n° 192 (2024-2025) (05/12/2024)
- Texte adopté n° 131 (texte définitif) (04/06/2025)
- Rapport n° 1475 de Jean Moulliere, commission des lois (28/05/2025)
- Compte rendu de la deuxième séance du 3 juin 2025 (présentation, motion de rejet) (03/06/2025)
- Compte rendu de la première séance du 4 juin 2025 (discussion générale, articles) (04/06/2025)
- Scrutin public n° 2221 sur la motion de rejet préalable (03/06/2025)
- Scrutin public n° 2244 sur l’ensemble (04/06/2025)
- Conseil constitutionnel, décision n° 2025-889 DC (17/07/2025)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 53
- Contre
- 93
- Abstention
- 0
- Non-votant
- 2
- Votants
- 146
- Exprimés
- 146
- Majorité requise
- 74
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 123 membres | Contre | 0 | 45 | 0 | 0 | |
| EPR 94 membres | Contre | 0 | 23 | 0 | 2 | |
| LFI-NFP 71 membres | Pour | 26 | 0 | 0 | 0 | |
| SOC 66 membres | Pour | 13 | 3 | 0 | 0 | |
| DR 49 membres | Contre | 0 | 5 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Pour | 13 | 0 | 0 | 0 | |
| DEM 36 membres | Contre | 0 | 3 | 0 | 0 | |
| HOR 33 membres | Contre | 0 | 11 | 0 | 0 | |
| LIOT 23 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Pour | 1 | 0 | 0 | 0 | |
| UDR 16 membres | Contre | 0 | 3 | 0 | 0 | |
| NI 11 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 45 dans le décompte
Contre (45) : Hervé de Lépinau, Bruno Bilde, Marie-France Lorho, Angélique Ranc, Joëlle Mélin, José Gonzalez, Kévin Mauvieux, Lisette Pollet, Christine Loir, Serge Muller, Aurélien Lopez-Liguori (ancien député), Edwige Diaz (ancien député), Roger Chudeau, Hélène Laporte, Matthieu Marchio, Kévin Pfeffer, Laurent Jacobelli, Caroline Parmentier, Thierry Frappé, Michel Guiniot, Anaïs Sabatini, Antoine Villedieu, Marine Hamelet, Philippe Lottiaux, Frédéric Boccaletti, Philippe Schreck, Bénédicte Auzanot, Sandra Delannoy, Romain Tonussi, Pascal Markowsky, Sylvie Josserand (ancien député), Julien Gabarron, Pascal Jenft, Anthony Boulogne, Claire Marais-Beuil, David Magnier, Marc de Fleurian, Jonathan Gery, Tiffany Joncour, Aurélien Dutremble, Julien Limongi, Matthias Renault, Catherine Rimbert, Gaëtan Dussausaye, Sébastien Humbert
Ensemble pour la République 25 dans le décompte
Contre (23) : Franck Riester (ancien député), Brigitte Klinkert, Stéphane Mazars (ancien député), Hervé Berville (ancien député), Liliana Tanguy, Camille Galliard-Minier (ancien député), Christine Le Nabour, Daniel Labaronne, Amélia Lakrafi, Guillaume Gouffier Valente, Natalia Pouzyreff, Gabriel Attal, Jean-François Rousset, Thomas Cazenave (ancien député), Christophe Marion, Anthony Brosse, Philippe Fait, Charles Sitzenstuhl, Pierre Cazeneuve, Prisca Thevenot, Emmanuelle Hoffman, Anne-Sophie Ronceret, Vincent Caure
Non-votant (2) : Roland Lescure (ancien député), Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 26 dans le décompte
Pour (26) : Élisa Martin, Jean-Philippe Nilor, Ugo Bernalicis, Mathilde Panot, Sarah Legrain, Anne Stambach-Terrenoir, Christophe Bex, Sylvain Carrière, David Guiraud (ancien député), Emmanuel Fernandes, Sylvie Ferrer, Idir Boumertit, Alma Dufour, Nadège Abomangoli, Damien Maudet, Ersilia Soudais, Farida Amrani, Karen Erodi, Marie Mesmeur, Mathilde Feld, Anaïs Belouassa-Cherifi, Abdelkader Lahmar, Arnaud Saint-Martin, Zahia Hamdane, Bérenger Cernon, Raphaël Arnault
Socialistes et apparentés 16 dans le décompte
Pour (13) : Jérôme Guedj, Pascale Got, Marietta Karamanli, Fanny Dombre Coste, Chantal Jourdan, Philippe Brun, Marie-José Allemand, Fabrice Barusseau, Jacques Oberti, Sébastien Saint-Pasteur, Pierrick Courbon, Christophe Proença, Romain Eskenazi
Contre (3) : François Hollande, Gérard Leseul, Sophie Pantel
Droite Républicaine 5 dans le décompte
Contre (5) : Émilie Bonnivard, Josiane Corneloup, Anne-Laure Blin, Nicolas Ray, François-Xavier Ceccoli
Écologiste et Social 13 dans le décompte
Pour (13) : Pouria Amirshahi, Hendrik Davi, Sébastien Peytavie, Christine Arrighi, Sandrine Rousseau, Benjamin Lucas-Lundy, Sabrina Sebaihi, Catherine Hervieu, Emmanuel Duplessy, Nicolas Bonnet, Léa Balage El Mariky, Boris Tavernier, Steevy Gustave
Les Démocrates 3 dans le décompte
Contre (3) : Sophie Mette, Perrine Goulet, Anne Bergantz
Horizons & Indépendants 11 dans le décompte
Contre (11) : Paul Christophe (ancien député), Sylvain Berrios, Xavier Lacombe (ancien député), Naïma Moutchou (ancien député), Béatrice Piron, François Gernigon, Jean Moulliere (ancien député), Félicie Gérard, Marie-Agnès Poussier-Winsback, Béatrice Bellamy (ancien député), Nathalie Colin-Oesterlé
Gauche Démocrate et Républicaine 1 dans le décompte
Pour (1) : Nicolas Sansu
UDR 3 dans le décompte
Contre (3) : Bernard Chaix, Olivier Fayssat, Matthieu Bloch
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin