Votes · Scrutin n° 2243 · 4 juin 2025 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 6 de M. Bex après l'article 6 de la proposition de loi relative au droit de vote par correspondance des personnes détenues (première lecture).
Demandé par : Président du groupe "Ensemble pour la République"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Après article 6
- Texte
- Proposition de loi relative au droit de vote par correspondance des personnes détenues Proposition de loi ordinaire
Amendement déposé par M. Bex et 69 cosignataires (LFI-NFP) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Par cet amendement, le groupe La France insoumise – NFP demande la remise d’un rapport gouvernemental portant sur les permissions de sortir accordées aux personnes détenues dans le cadre de leur participation aux votes et scrutins électoraux.
Garantir l’exercice effectif du droit de vote pour toutes et tous est un impératif démocratique. À ce titre, les personnes détenues, sauf en cas de déchéance prononcée par un juge, doivent pouvoir participer aux échéances électorales. Or, les modalités d’accès au vote demeurent aujourd’hui très restreintes en milieu carcéral, et les permissions de sortir, qui devraient être favorisées, restent extrêmement limitées.
Si le vote par correspondance a permis une nette progression du taux de participation des personnes détenues — atteignant jusqu’à 22,4 % aux élections européennes de 2024 —, il ne saurait être considéré comme une solution unique. Il ne remplace pas la nécessité de permettre aux personnes incarcérées de voter dans les mêmes conditions que les autres citoyen·nes, c’est-à-dire par un déplacement physique au bureau de vote, dès lors que leur situation le permet. Pourtant, les chiffres sont révélateurs d’un manque d’ambition : seulement 187 et 196 permissions de sortie ont été accordées pour les deux tours de la présidentielle de 2022, 140 pour les européennes de 2024, et environ 100 pour les législatives de la même année. Ces faibles chiffres traduisent une réticence institutionnelle, alors même que 93 % des détenus ayant voté en 2022 l’ont fait par correspondance.
Le rapport demandé devra faire toute la lumière sur les freins actuels à l’octroi de ces permissions : critères d’éligibilité trop restrictifs, délais d’instruction, contraintes sécuritaires ou culture administrative. […]
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Dans un délai de six mois à compter de la promulgation de la présente loi, le Gouvernement remet au Parlement un rapport sur les obstacles au vote des détenus par autorisation de sortir et formulant des recommandations pour y remédier.
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Proposition de loi déposée au Sénat le 5 décembre 2024 par la sénatrice Laure Darcos et plusieurs de ses collègues (dossier du Sénat). Adoptée par le Sénat le 20 mars 2025, elle a été votée sans modification par l’Assemblée nationale le 4 juin 2025. D’après le texte définitif, son article unique :
- réserve le vote par correspondance des personnes détenues aux scrutins où « la République forme une circonscription unique » (élection présidentielle, élections européennes) et aux référendums ;
- ajoute la commune d’un descendant à la liste des communes où une personne détenue peut s’inscrire sur les listes électorales ;
- prévoit une application à partir du premier renouvellement général des conseils municipaux suivant la publication de la loi.
Ce « vote par correspondance », créé en 2019, n’est pas un vote postal : selon le rapport de la commission des lois de l’Assemblée (rapporteur Jean Moulliere, Horizons), on vote en prison et les bulletins sont comptés dans la commune chef-lieu du département de l’établissement.
Ce que ça change
Pour les élections municipales, législatives et les autres scrutins locaux, les personnes détenues ne votent plus depuis la prison. Elles gardent deux voies : la procuration et, pour les condamnés, la permission de sortir accordée par le juge (décision du Conseil constitutionnel, § 15 et 16).
Selon le rapport de la commission, 57 000 personnes détenues ont le droit de vote, soit 68 % des détenus. Leur participation aux législatives est passée de 1 % en 2017 à 20 % en 2024, et plus de 90 % des votants utilisent le vote par correspondance. Dans plusieurs chefs-lieux, ils représentent plus de 2 % des électeurs inscrits, « et parfois jusqu’à 5 % ».
Ce qui est contesté
Le texte a été adopté par 109 voix contre 60 (scrutin n° 2244 du 4 juin 2025). Contre : La France insoumise (26), socialistes (18, 2 abstentions), écologistes (12), LIOT (2) et Gauche démocrate et républicaine (2). Pour : Rassemblement national (53), Ensemble pour la République (29), Horizons (13), Droite républicaine (5), Démocrates (5), UDR (4). La veille, une motion de rejet de LFI avait été repoussée par 83 voix contre 70 (scrutin n° 2221).
Pour LFI, Jean-François Coulomme a qualifié le texte de « hypocrite » et soutenu qu’il limite le droit de vote des détenus. Nicolas Sansu (GDR) a parlé d’une « régression maquillée en solution ». Pour les socialistes, Marie-José Allemand a estimé que « la privation de liberté ne doit pas être une privation de citoyenneté ». Martine Froger (LIOT) et Léa Balage El Mariky (écologistes) préféraient la version initiale : un vote par correspondance compté dans la commune d’attache du détenu.
Les partisans invoquent le lien entre l’électeur et sa commune. Le rapporteur cite l’avis du Conseil d’État de 2019, selon lequel le système revient « à rompre tout lien personnel entre l’électeur et la commune d’inscription ». Philippe Schreck (RN) a estimé que ce vote « risque donc de peser artificiellement sur le scrutin » lors des élections locales. Pour le Gouvernement, le ministre François-Noël Buffet a déclaré qu’il n’était « absolument pas question » de réduire le droit de vote des détenus.
L’article unique a concentré 12 des 23 scrutins publics ; un seul amendement y a été adopté, celui qui rétablissait la rédaction du Sénat, supprimée en commission.
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi le 18 juin 2025 par plus de soixante députés LFI, le Conseil a jugé la disposition contestée conforme à la Constitution, sans censure ni réserve d’interprétation (une réserve est une condition posée à la lecture d’un article) (décision n° 2025-889 DC du 17 juillet 2025). Face aux griefs d’« abstention contrainte » et de rupture d’égalité (§ 3 et 4), il retient un objectif d’intérêt général, le lien de proximité avec la commune et la sincérité du scrutin (§ 13). Les détenus ne sont pas privés du droit de vote (§ 14 à 17) et votent aux élections locales comme les autres électeurs (§ 18).
Où en est le texte
Promulgué : loi n° 2025-658 du 18 juillet 2025 relative au droit de vote par correspondance des personnes détenues.
Sources
- Assemblée nationale, dossier législatif « Droit de vote par correspondance des personnes détenues » (18/07/2025)
- Sénat, dossier législatif de la proposition de loi n° 192 (2024-2025) (05/12/2024)
- Texte adopté n° 131 (texte définitif) (04/06/2025)
- Rapport n° 1475 de Jean Moulliere, commission des lois (28/05/2025)
- Compte rendu de la deuxième séance du 3 juin 2025 (présentation, motion de rejet) (03/06/2025)
- Compte rendu de la première séance du 4 juin 2025 (discussion générale, articles) (04/06/2025)
- Scrutin public n° 2221 sur la motion de rejet préalable (03/06/2025)
- Scrutin public n° 2244 sur l’ensemble (04/06/2025)
- Conseil constitutionnel, décision n° 2025-889 DC (17/07/2025)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 57
- Contre
- 108
- Abstention
- 1
- Non-votant
- 2
- Votants
- 166
- Exprimés
- 165
- Majorité requise
- 83
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 123 membres | Contre | 0 | 52 | 0 | 0 | |
| EPR 94 membres | Contre | 0 | 29 | 0 | 2 | |
| LFI-NFP 71 membres | Pour | 26 | 0 | 0 | 0 | |
| SOC 66 membres | Pour | 15 | 1 | 1 | 0 | |
| DR 49 membres | Contre | 0 | 4 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Pour | 12 | 0 | 0 | 0 | |
| DEM 36 membres | Contre | 0 | 5 | 0 | 0 | |
| HOR 33 membres | Contre | 1 | 12 | 0 | 0 | |
| LIOT 23 membres | aucun vote | 1 | 1 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Pour | 2 | 0 | 0 | 0 | |
| UDR 16 membres | Contre | 0 | 4 | 0 | 0 | |
| NI 11 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 52 dans le décompte
Contre (52) : Hervé de Lépinau, Bruno Bilde, Marie-France Lorho, Angélique Ranc, Joëlle Mélin, José Gonzalez, Kévin Mauvieux, Lisette Pollet, Christine Loir, Serge Muller, Aurélien Lopez-Liguori (ancien député), Edwige Diaz (ancien député), Roger Chudeau, Hélène Laporte, Matthieu Marchio, Kévin Pfeffer, Laurent Jacobelli, Caroline Parmentier, Thierry Frappé, Michel Guiniot, Anaïs Sabatini, Antoine Villedieu, Marine Hamelet, Stéphane Rambaud, Philippe Lottiaux, Frédéric Boccaletti, Philippe Schreck, Bénédicte Auzanot, Sandra Delannoy, Romain Tonussi, Pascal Markowsky, Nadine Lechon, Sylvie Josserand (ancien député), Julien Gabarron, Pascal Jenft, Frédéric Weber, Anthony Boulogne, Claire Marais-Beuil, David Magnier, Antoine Golliot, Marc de Fleurian, Jonathan Gery, Tiffany Joncour, Aurélien Dutremble, Patrice Martin, Julien Limongi, Matthias Renault, Catherine Rimbert, Guillaume Bigot, Gaëtan Dussausaye, Sébastien Humbert, Anne Sicard
Ensemble pour la République 31 dans le décompte
Contre (29) : Franck Riester (ancien député), Florent Boudié (ancien député), Éric Bothorel, Brigitte Klinkert, Stéphane Mazars (ancien député), François Cormier-Bouligeon, Annaïg Le Meur, Liliana Tanguy, Camille Galliard-Minier (ancien député), Christine Le Nabour, Daniel Labaronne, Danielle Brulebois, Nicole Le Peih, Amélia Lakrafi, Guillaume Gouffier Valente, Jean Terlier, Natalia Pouzyreff, Annie Vidal, Jean-François Rousset, Thomas Cazenave (ancien député), Christophe Marion, Anthony Brosse, Philippe Fait, Charles Sitzenstuhl, Prisca Thevenot, Jean Laussucq (ancien député), Emmanuelle Hoffman, Anne-Sophie Ronceret, Vincent Caure
Non-votant (2) : Roland Lescure (ancien député), Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 26 dans le décompte
Pour (26) : Élisa Martin, Jean-Philippe Nilor, Ugo Bernalicis, Mathilde Panot, Sarah Legrain, Anne Stambach-Terrenoir, Christophe Bex, Sylvain Carrière, David Guiraud (ancien député), Emmanuel Fernandes, Sylvie Ferrer, Idir Boumertit, Alma Dufour, Nadège Abomangoli, Damien Maudet, Ersilia Soudais, Farida Amrani, Karen Erodi, René Pilato, Marie Mesmeur, Mathilde Feld, Abdelkader Lahmar, Arnaud Saint-Martin, Zahia Hamdane, Bérenger Cernon, Raphaël Arnault
Socialistes et apparentés 17 dans le décompte
Pour (15) : Pascale Got, Marietta Karamanli, Fanny Dombre Coste, Philippe Naillet, Chantal Jourdan, Marie-José Allemand, Fabrice Barusseau, Paul Christophle, Pierre Pribetich, Jacques Oberti, Sébastien Saint-Pasteur, Pierrick Courbon, Christophe Proença, Peio Dufau, Romain Eskenazi
Contre (1) : François Hollande
Abstention (1) : Sophie Pantel
Droite Républicaine 4 dans le décompte
Contre (4) : Laurent Wauquiez, Émilie Bonnivard, Anne-Laure Blin, Nicolas Ray
Écologiste et Social 12 dans le décompte
Pour (12) : Pouria Amirshahi, Hendrik Davi, Sébastien Peytavie, Christine Arrighi, Benjamin Lucas-Lundy, Sabrina Sebaihi, Catherine Hervieu, Benoît Biteau, Emmanuel Duplessy, Léa Balage El Mariky, Boris Tavernier, Steevy Gustave
Les Démocrates 5 dans le décompte
Contre (5) : Sophie Mette, Philippe Bolo (ancien député), Perrine Goulet, Nicolas Turquois, Anne Bergantz
Horizons & Indépendants 13 dans le décompte
Pour (1) : Béatrice Piron
Contre (12) : Paul Christophe (ancien député), Sylvain Berrios, Xavier Lacombe (ancien député), Naïma Moutchou (ancien député), François Gernigon, Anne Le Hénanff (ancien député), Jean Moulliere (ancien député), Félicie Gérard, Marie-Agnès Poussier-Winsback, Béatrice Bellamy (ancien député), Nathalie Colin-Oesterlé, Thomas Lam
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 2 dans le décompte
Pour (1) : Martine Froger
Contre (1) : Joël Bruneau
Gauche Démocrate et Républicaine 2 dans le décompte
Pour (2) : Nicolas Sansu, Jean-Victor Castor
UDR 4 dans le décompte
Contre (4) : Bernard Chaix, Olivier Fayssat, Matthieu Bloch, Éric Michoux
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin