Votes · Scrutin n° 448 · 20 novembre 2024 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 6 de M. Saintoul après l'article premier de la proposition de loi organique portant réforme du financement de l'audiovisuel public (première lecture).
Demandé par : Présidente du groupe "Rassemblement National"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Après article premier
- Texte
- Proposition de loi organique portant réforme du financement de l'audiovisuel public Projet ou proposition de loi organique
Amendement déposé par M. Saintoul et 69 cosignataires (LFI-NFP) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Par cet amendement d'appel, le groupe LFI-NFP souhaite inscrire a minima dans la loi organique relative aux lois de finances (LOLF) le principe d’une redevance universelle et progressive, dont les recettes seraient entièrement affectées à la chaîne culturelle européenne dénommée « ARTE » instituée par le traité du 2 octobre 1990 signé entre la France et les Lands allemands.
Née d’une volonté politique forte des deux côtés du Rhin dès la fin des années 1980, la chaîne ARTE est un modèle de coopération en matière culturelle puisqu’elle a abouti pour la première fois de l’histoire à la mise en place d’une chaîne franco-allemande de service public et à vocation européenne. Régie par un traité bilatéral, sa gouvernance est unique en son genre. Organisée sous forme de groupement européen d’intérêt économique (GEIE), ARTE se compose de 3 entités distinctes en France et en Allemagne : le siège social et pôle de diffusion ARTE GEIE à Strasbourg, et deux pôles d’édition et de fourniture de contenus, ARTE France et ARTE Deutschland. Cette spécificité unique dans la gouvernance explique notamment qu’Arte ne relève pas de la compétence des autorités de régulation française ou allemandes, en raison de dispositions conventionnelles du traité de 1990. Très concrètement, cela signifie par exemple que l’ARCOM n’est pas compétente pour contrôler Arte.
Cette spécificité se reflète également sur la question du financement. ARTE est financée à 95 % (la chaîne ne diffuse pas de publicité, sauf campagnes d’intérêt général et a la possibilité de développer ses recettes propres, en particulier par du parrainage) par la France et l’Allemagne selon les modalités de financement de l’audiovisuel public propres à chaque pays. […]
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Après l’article 2 de la loi organique n° 2001‑692 du 1er août 2001 relative aux lois de finances, il est inséré un article 2 bis ainsi rédigé :
"Art. 2 bis. – L’organisme du secteur public de la communication audiovisuelle mentionné à l’article 45 de la loi n° 86‑1067 du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication est notamment financé par une imposition de toute nature intégralement affectée et progressive. Cette imposition de toute nature résulte d’une disposition d’une loi de finances. »
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Cette proposition de loi organique (une loi qui précise la Constitution, ici les règles du budget de l’État) a été déposée au Sénat le 10 juillet 2024 par les sénateurs Cédric Vial, Catherine Morin-Desailly, Roger Karoutchi, Laurent Lafon et plusieurs collègues. Le Gouvernement a engagé la procédure accélérée le 2 octobre 2024. D’après le texte définitif et le rapport de Denis Masséglia (EPR) :
- un article unique complète la loi organique relative aux lois de finances : « Un montant déterminé d’une imposition de toute nature » peut être « directement affecté » à l’audiovisuel public ;
- sont visés Arte France, France Médias Monde, France Télévisions, Radio France, TV5 Monde et l’INA ;
- le Sénat a limité la source à une seule imposition et n’a pas retenu deux articles du texte initial, sur la chaîne culturelle européenne et sur une compensation financière.
Ce que ça change
Selon le rapport, la redevance a été supprimée par la loi de finances rectificative du 16 août 2022. L’audiovisuel public est depuis financé surtout par une part de TVA, un mode de financement qui, « à droit organique constant », ne pouvait pas être reconduit en 2025. Le projet de budget 2025 prévoyait donc 4 029,13 millions d’euros de crédits budgétaires classiques, ce qui suscitait selon le rapporteur des inquiétudes pour l’indépendance du secteur. La loi permet de revenir à une ressource affectée, à fixer chaque année en loi de finances. La commission spéciale a adopté le texte sans modification pour qu’il soit promulgué avant la fin de l’examen du budget 2025.
Ce qui est contesté
Le 20 novembre 2024, l’Assemblée a adopté le texte par 119 voix contre 6 (scrutin n° 451). L’UDR a voté contre (6 voix, 1 abstention). Le RN (52) et LFI (11) se sont abstenus. EPR (28), les socialistes (24), la Droite républicaine (17), les Démocrates (16), les écologistes (14), Horizons (12), la GDR (4), LIOT (3) et un non-inscrit ont voté pour. Les quatre amendements « après l’article premier » ont tous été rejetés ; celui de LFI réécrivant l’article a recueilli 7 voix contre 107 (scrutin n° 446).
Dans les explications de vote, Hanane Mansouri (UDR) déclare : « Le groupe UDR défend la privatisation de l’audiovisuel public et s’oppose donc à ce texte. » Bruno Clavet (RN) juge la TVA « un moindre mal » mais parle de « bricolage budgétaire » et plaide pour une privatisation progressive. Aurélien Saintoul (LFI), favorable à une redevance, annonce une abstention « afin de permettre son adoption ».
Côté soutiens, Soumya Bourouaha (GDR) vote le texte pour que l’audiovisuel ne soit pas « financé à la discrétion des gouvernements ». Emmanuel Grégoire (socialistes) y voit le seul moyen d’éviter une budgétisation. Céline Calvez (EPR) défend « un audiovisuel public fort et indépendant ». Virginie Duby-Muller (Droite républicaine) parle de « sanctuariser » ce financement.
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi de droit par le Premier ministre le 21 novembre 2024, comme pour toute loi organique, le Conseil a rendu la décision n° 2024-873 DC le 12 décembre 2024. Rien n’est censuré et il n’y a aucune réserve d’interprétation. Aucun principe n’interdit d’affecter le produit d’un impôt à un organisme chargé d’une mission de service public (§ 4). Le Conseil ajoute que « la garantie des ressources du secteur de l’audiovisuel public constitue un élément de son indépendance » (§ 5). L’article unique est déclaré conforme (§ 6).
Où en est le texte
La loi organique n° 2024-1177 du 13 décembre 2024 a été publiée au Journal officiel du 14 décembre 2024, selon le dossier législatif.
Sources
- Proposition de loi organique n° 720 (2023-2024), Sénat (10/07/2024)
- Rapport n° 556 de M. Denis Masséglia, commission spéciale (13/11/2024)
- Compte rendu de la séance du 20 novembre 2024, Assemblée nationale (20/11/2024)
- Scrutin public n° 446 (amendement de M. Boyard) (20/11/2024)
- Scrutin public n° 451 sur l’ensemble (20/11/2024)
- Texte définitif, T.A. n° 10, Assemblée nationale (20/11/2024)
- Décision n° 2024-873 DC, Conseil constitutionnel (12/12/2024)
- Dossier législatif, Assemblée nationale (13/12/2024)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 7
- Contre
- 129
- Abstention
- 1
- Non-votant
- 1
- Votants
- 137
- Exprimés
- 136
- Majorité requise
- 69
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 124 membres | Contre | 0 | 51 | 0 | 0 | |
| EPR 94 membres | Contre | 0 | 20 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Pour | 7 | 0 | 0 | 0 | |
| SOC 66 membres | Contre | 0 | 13 | 0 | 0 | |
| DR 47 membres | Contre | 0 | 7 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Contre | 0 | 7 | 0 | 0 | |
| DEM 36 membres | Contre | 0 | 11 | 0 | 0 | |
| HOR 34 membres | Contre | 0 | 9 | 0 | 0 | |
| LIOT 23 membres | Contre | 0 | 4 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Abstention | 0 | 0 | 1 | 0 | |
| UDR 16 membres | Contre | 0 | 6 | 0 | 0 | |
| NI 9 membres | Contre | 0 | 1 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 51 dans le décompte
Contre (51) : Marie-France Lorho, Christian Girard, Nicolas Dragon, Jocelyn Dessigny, Jorys Bovet, Jordan Guitton, Frédéric Falcon, Julien Rancoule, Franck Allisio, Kévin Mauvieux, Lisette Pollet, Christine Loir, Serge Muller, Yoann Gillet, Thomas Ménagé, Hélène Laporte, Laurence Robert-Dehault, Matthieu Marchio, Philippe Ballard, Kévin Pfeffer, Laurent Jacobelli, Thierry Frappé, Sandrine Dogor-Such, Anaïs Sabatini, Antoine Villedieu, Emeric Salmon, Nathalie Da Conceicao Carvalho, Jean-Philippe Tanguy, Yaël Ménaché, Marine Hamelet, Philippe Schreck, Eddy Casterman, Bruno Clavet, Florence Joubert, René Lioret, Sylvie Josserand (ancien député), Manon Bouquin (ancien député), Julien Gabarron, Thierry Perez, Pascal Jenft, Anthony Boulogne, Claire Marais-Beuil, David Magnier, Marc de Fleurian, Auguste Evrard, Arnaud Sanvert (ancien député), Patrice Martin, Julien Limongi, Guillaume Bigot, Sébastien Humbert, Anne Sicard
Ensemble pour la République 21 dans le décompte
Contre (20) : Constance Le Grip, Brigitte Klinkert, Sylvain Maillard, Danielle Brulebois, Denis Masséglia, Bertrand Sorre, Belkhir Belhaddad, Jean Terlier, Céline Calvez, Gabriel Attal, Christophe Marion, Anthony Brosse, Violette Spillebout, Françoise Buffet, Charles Sitzenstuhl, Mathieu Lefèvre (ancien député), Marie-Ange Rousselot (ancien député), Emmanuelle Hoffman, Christophe Mongardien, Vincent Caure
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 7 dans le décompte
Pour (7) : Bastien Lachaud, Sébastien Delogu, Andrée Taurinya, Idir Boumertit, Nadège Abomangoli, Paul Vannier, Aurélien Saintoul
Socialistes et apparentés 13 dans le décompte
Contre (13) : Hervé Saulignac, Claudia Rouaux, Colette Capdevielle, Mickaël Bouloux, Fatiha Keloua Hachi, Emmanuel Grégoire (ancien député), Laurent Lhardit, Arnaud Simion, Sébastien Saint-Pasteur, Pierrick Courbon, Fabrice Roussel, Christophe Proença, Sophie Pantel
Droite Républicaine 7 dans le décompte
Contre (7) : Jean-Luc Bourgeaux, Virginie Duby-Muller, Eric Liégeon, Thibault Bazin, Guillaume Lepers (ancien député), Valérie Bazin-Malgras (ancien député), Ian Boucard
Écologiste et Social 7 dans le décompte
Contre (7) : Pouria Amirshahi, Sophie Taillé-Polian, Nicolas Thierry, Jérémie Iordanoff, Lisa Belluco, Emmanuel Duplessy, Boris Tavernier
Les Démocrates 11 dans le décompte
Contre (11) : Olivier Falorni (ancien député), Erwan Balanant, Sophie Mette, Marc Fesneau, Sandrine Josso, Richard Ramos, Laurent Croizier, Delphine Lingemann, Louise Morel, Hubert Ott, Didier Padey
Horizons & Indépendants 9 dans le décompte
Contre (9) : Agnès Firmin Le Bodo, Thierry Benoit, Sylvain Berrios, Laetitia Saint-Paul, Isabelle Rauch, Béatrice Piron, Jérémie Patrier-Leitus, Béatrice Bellamy (ancien député), Jean-Michel Brard
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 4 dans le décompte
Contre (4) : Laurent Panifous (ancien député), Martine Froger, Joël Bruneau, Constance de Pélichy
Gauche Démocrate et Républicaine 1 dans le décompte
Abstention (1) : Émeline K/Bidi
UDR 6 dans le décompte
Contre (6) : Sophie Ricourt Vaginay, Marc Chavent, Olivier Fayssat, Gérault Verny, Hanane Mansouri, Éric Michoux
Non inscrit 1 dans le décompte
Contre (1) : Philippe Bonnecarrère
Mises au point
Déclarations faites après le vote par des députés qui indiquent avoir voulu voter autrement. Elles ne changent pas le résultat.
Voulait voter Contre : Florence Herouin-Léautey
Voulait voter Non-votant : Fabrice Roussel
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin