Votes · Scrutin n° 5679 · 23 février 2026 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 1520 de Mme Pollet à l'article 14 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (deuxième lecture).
Demandé par : Présidente du groupe "Rassemblement National"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article 14
- Texte
- Fin de vie Proposition de loi ordinaire
Amendement déposé par Mme Pollet et 37 cosignataires (RN) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
La clause de conscience prévue par la proposition de loi serait purement théorique si les professionnels ou établissements qui l’exercent pouvaient ensuite faire l’objet de sanctions, de pressions financières, de retraits d’agrément ou de ruptures de convention.
Dans un État de droit, la liberté de conscience ne peut être proclamée d’une main et neutralisée de l’autre par des mesures de représailles déguisées.
Cet amendement vise donc à garantir l’effectivité de la clause de conscience, en interdisant toute mesure défavorable fondée uniquement sur l’exercice de ce refus, dès lors que l’accès du patient à la prise en charge prévue par la loi demeure assuré.
L’expérience canadienne montre que, sans protection explicite, une clause de conscience peut être vidée de sa substance. En Colombie-Britannique, la Delta Hospice Society a ainsi perdu son entente de financement public après avoir refusé d’autoriser l’« aide médicale à mourir » dans son hospice, entraînant la fin de son activité dans ce cadre.
Par ailleurs, une contestation constitutionnelle est en cours afin de contraindre des hôpitaux confessionnels financés publiquement, notamment St. Paul’s Hospital (Providence Health Care), à permettre la mise en œuvre de l’aide médicale à mourir en leur sein plutôt que d’imposer un transfert des patients.
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Compléter cet article par les trois alinéas suivants :
« IV. – Aucune sanction, décision de retrait ou de suspension d’agrément, déchéance, résiliation, congé ni mesure financière défavorable ne peut être appliquée au seul motif de l’exercice du refus prévu aux I, dès lors que l’accès effectif du patient à toutes les procédures autorisées par la loi est garanti.
« Quel que soit son régime de droit public ou de droit privé, et sans égard à son fondement légal ou contractuel, l’acte pris au seul motif de ces refus est nul.
« Toute stipulation contraire est réputée non écrite. »
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Proposition de loi d’Olivier Falorni, député du groupe Les Démocrates, déposée le 11 mars 2025 (n° 1100). Elle reprend, selon son exposé des motifs, un texte interrompu par la dissolution de 2024. D’après la décision du Conseil constitutionnel, qui décrit la loi définitive, le texte :
- crée un « droit à l’aide à mourir » : être autorisé à recourir à une substance létale et être accompagné pour se l’administrer ou, si la personne n’en est pas physiquement capable, se la faire administrer par un médecin ou un infirmier (§ 9) ;
- fixe cinq conditions cumulatives : être majeur, Français ou résident stable et régulier, atteint d’une affection grave et incurable engageant le pronostic vital, en phase avancée ou terminale, avec une souffrance réfractaire aux traitements ou jugée insupportable, et apte à exprimer une volonté libre et éclairée (§ 10) ;
- confie la décision à un médecin, après avis d’un collège pluriprofessionnel, dans un délai de quinze jours, avec un délai de réflexion d’au moins deux jours avant la confirmation (§ 107, 111 et 113) ;
- prévoit une clause de conscience pour les soignants, une commission de contrôle et d’évaluation et la prise en charge des frais par l’assurance maladie (§ 160, 258 et 286).
Ce que ça change
Les malades majeurs remplissant ces conditions pourront demander l’aide à mourir, à domicile, chez un proche ou en établissement (§ 142). Seule la personne qui a fait la demande peut contester la décision du médecin devant le juge administratif, sauf recours de la personne chargée de sa mesure de protection (§ 223). L’application dépend de décrets : selon le baromètre de l’Assemblée, leur publication est envisagée entre novembre 2026 et janvier 2027.
Ce qui est contesté
Rejeté trois fois par le Sénat, le texte a été adopté en lecture définitive (dernier mot donné à l’Assemblée en cas de désaccord entre les chambres) le 15 juillet 2026 par 291 voix contre 241 (scrutin n° 8280). Contre : RN (106 contre, 12 pour), Droite républicaine (41 contre, 5 pour), UDR (17). Pour : LFI-NFP (61), socialistes (57), écologistes (33), GDR (10). Partagés : EPR (64 pour, 18 contre), Démocrates (20 pour, 16 contre), Horizons (16 pour, 18 contre), LIOT (10 pour, 8 contre).
- Pour l’UDR, Olivier Fayssat estime : « Ce texte est dangereux : nous avons échoué à sécuriser son application. »
- Pour la Droite républicaine, Justine Gruet demande : « Comment expliquez-vous le choix d’un recours a posteriori plutôt que d’un contrôle a priori ? »
- Pour le RN, Christophe Bentz déclare : « Notre société n’a pas le droit de renoncer à protéger les plus vulnérables, les personnes handicapées, les personnes les plus pauvres. »
- Pour LFI-NFP, Karen Erodi répond : « Cette loi n’ôte aucun droit mais elle en crée un : le droit de disposer de soi. »
- Selon nos données, les conditions d’accès (article 4) ont fait l’objet de 195 scrutins publics, la procédure (article 6) de 143.
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi notamment par le Premier ministre, le président du Sénat et des députés (recours conduits par Patrick Hetzel, DR, et Marine Le Pen, RN), le Conseil a rendu la décision n° 2026-910 DC le 14 août 2026. Aucune disposition n’est censurée. Il juge que les conditions d’accès ne sont « ni imprécises, ni équivoques » (§ 40). Il émet trois réserves d’interprétation (lecture obligatoire de la loi, sans laquelle elle serait contraire à la Constitution) :
- le médecin doit tenir compte des observations de la personne chargée de la mesure de protection d’un majeur protégé (§ 121) ;
- les pharmaciens qui préparent ou délivrent la substance ne peuvent être tenus de participer à la procédure (§ 166) ;
- un établissement privé peut refuser la procédure dans ses locaux si elle est manifestement contraire à son projet, à condition que d’autres établissements puissent répondre aux besoins locaux (§ 188).
Où en est le texte
Promulguée : loi n° 2026-794 du 18 août 2026 relative au droit à l’aide à mourir. Au 24 octobre 2026, ses décrets d’application ne sont pas publiés.
Sources
- Assemblée nationale, dossier législatif « Fin de vie » (dont baromètre de l’application des lois) (24/10/2026)
- Proposition de loi n° 1100 et exposé des motifs (11/03/2025)
- Scrutin n° 2107 (première lecture) (27/05/2025)
- Scrutin n° 5729 (deuxième lecture) (25/02/2026)
- Scrutin n° 7894 (nouvelle lecture) (30/06/2026)
- Scrutin n° 8280 (lecture définitive) (15/07/2026)
- Compte rendu de la séance du 15 juillet 2026 (lecture définitive) (15/07/2026)
- Conseil constitutionnel, décision n° 2026-910 DC et saisines (14/08/2026)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 64
- Contre
- 103
- Abstention
- 3
- Non-votant
- 2
- Votants
- 170
- Exprimés
- 167
- Majorité requise
- 84
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 122 membres | Pour | 40 | 0 | 1 | 0 | |
| EPR 92 membres | Contre | 0 | 21 | 0 | 2 | |
| LFI-NFP 71 membres | Contre | 0 | 20 | 0 | 0 | |
| SOC 69 membres | Contre | 0 | 29 | 0 | 0 | |
| DR 49 membres | Pour | 13 | 2 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Contre | 0 | 10 | 0 | 0 | |
| DEM 36 membres | Contre | 0 | 8 | 0 | 0 | |
| HOR 34 membres | Contre | 3 | 6 | 2 | 0 | |
| LIOT 22 membres | Contre | 0 | 2 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| UDDPLR 17 membres | Pour | 7 | 2 | 0 | 0 | |
| NI 10 membres | Contre | 1 | 3 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 41 dans le décompte
Pour (40) : Hervé de Lépinau, Marie-France Lorho, Christian Girard, Nicolas Dragon, Jocelyn Dessigny, Jordan Guitton, Julien Rancoule, Gisèle Lelouis, Lionel Tivoli, Caroline Colombier, Lisette Pollet, Christine Loir, Edwige Diaz (ancien député), Roger Chudeau, Christophe Bentz, Laurence Robert-Dehault, Thierry Frappé, Sandrine Dogor-Such, Sophie Blanc, Anaïs Sabatini, Emeric Salmon, Marine Hamelet, Stéphane Rambaud, Frédéric Boccaletti, Eddy Casterman, Monique Griseti, Pascal Markowsky, Florence Joubert, Thibaut Monnier, Sylvie Josserand (ancien député), Manon Bouquin (ancien député), Julien Guibert, Claire Marais-Beuil, David Magnier, Marc de Fleurian, Catherine Rimbert, Sébastien Humbert, Sophie-Laurence Roy, Anne Sicard, Anchya Bamana
Abstention (1) : Pierre Meurin
Ensemble pour la République 23 dans le décompte
Contre (21) : François Cormier-Bouligeon, Graziella Melchior, Didier Le Gac, Corinne Vignon, Sophie Panonacle, Camille Galliard-Minier (ancien député), Michel Lauzzana, Nicole Dubré-Chirat, Bertrand Sorre, Brigitte Liso, Guillaume Gouffier Valente, Agnès Pannier-Runacher, Jean-François Rousset, Christophe Marion, Anthony Brosse, Violette Spillebout, Charles Sitzenstuhl, Nicolas Metzdorf, Nathalie Coggia, Bastien Marchive, Christophe Mongardien
Non-votant (2) : Stéphanie Rist (ancien député), Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 20 dans le décompte
Contre (20) : Bastien Lachaud, Sarah Legrain, Murielle Lepvraud, Hadrien Clouet, Anne Stambach-Terrenoir, Sylvain Carrière, Mathilde Hignet, Emmanuel Fernandes, Sylvie Ferrer, Gabriel Amard (ancien député), Élise Leboucher, Jean-François Coulomme, Aurélie Trouvé, Ersilia Soudais, Antoine Léaument, Karen Erodi, René Pilato, Arnaud Saint-Martin, Bérenger Cernon, Raphaël Arnault
Socialistes et apparentés 29 dans le décompte
Contre (29) : Marie-Noëlle Battistel, Fanny Dombre Coste, Laurent Baumel, Philippe Naillet, Isabelle Santiago, Arthur Delaporte, Mickaël Bouloux, Iñaki Echaniz, Fatiha Keloua Hachi, Stéphane Delautrette, Aurélien Rousseau, Marie-José Allemand, Valérie Rossi, Fabrice Barusseau, Océane Godard, Pierre Pribetich, Arnaud Simion, Jacques Oberti, Pierrick Courbon, Christophe Proença, Sophie Pantel, Estelle Mercier, Peio Dufau, Denis Fégné, Thierry Sother, Sandrine Runel, Florence Herouin-Léautey, Dieynaba Diop, Ayda Hadizadeh
Droite Républicaine 15 dans le décompte
Pour (13) : Philippe Gosselin, Xavier Breton, Philippe Juvin, Patrick Hetzel, Christelle Minard, Valérie Bazin-Malgras (ancien député), Sylvie Bonnet, Émilie Bonnivard, Josiane Corneloup, Anne-Laure Blin, Justine Gruet, Nicolas Tryzna, Lionel Duparay
Contre (2) : Frédérique Meunier, Alix Fruchon
Écologiste et Social 10 dans le décompte
Contre (10) : Pouria Amirshahi, Christine Arrighi, Cyrielle Chatelain, Julie Laernoes, Jean-Claude Raux, Sandra Regol, Sandrine Rousseau, Tristan Lahais, Léa Balage El Mariky, Steevy Gustave
Les Démocrates 8 dans le décompte
Contre (8) : Philippe Vigier, Olivier Falorni (ancien député), Géraldine Bannier, Perrine Goulet, Jean-Paul Mattei, Nicolas Turquois, Delphine Lingemann, Anne Bergantz
Horizons & Indépendants 11 dans le décompte
Pour (3) : François Gernigon, Thomas Lam, Benoît Blanchard
Contre (6) : Agnès Firmin Le Bodo, Bertrand Bouyx, François Jolivet, Lise Magnier, Béatrice Piron, Pierre Henriet
Abstention (2) : Thierry Benoit, Philippe Fait
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 2 dans le décompte
Contre (2) : Audrey Abadie-Amiel, Joël Bruneau
Union des droites pour la République 9 dans le décompte
Pour (7) : Christelle D'Intorni, Sophie Ricourt Vaginay, Vincent Trébuchet, Bernard Chaix, Olivier Fayssat, Matthieu Bloch, Éric Michoux
Contre (2) : Alexandre Allegret-Pilot, Hanane Mansouri
Non inscrit 4 dans le décompte
Pour (1) : Véronique Besse
Contre (3) : Sophie Errante, Stella Dupont, Lionel Vuibert
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin